La vie serait simple à Manneville – Pierre Cochez

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Les murs mangés par la vigne vierge, les fenêtres grandes ouvertes, Manneville est une maison de famille, celle qui abrite le jeune Bruce Dehaut, ses soeurs, de joyeux cousins, et puis des adultes occupés à profiter de l’été en lisant le journal ou en préparant des pastis-grenadine. La vie serait simple à Manneville, mais Bruce doit partir. L’Angleterre l’attend : Oxford, les études, un début de vie adulte. Là-bas, Bruce fera la rencontre d’Alex, un grand roux à la veste de tweed beige, qui fume des cigarettes en jouant au jacquet. Bruce n’avait pas prévu ça. L’amour, l’éblouissement. Et l’impossibilité d’une vie partagée.
Devenu journaliste, il sillonnera le monde, des îles Féroé au Mozambique, en quête de vérité, en quête de lui-même, pris dans un mouvement permanent. Mais Bruce l’apprendra, l’attente aussi est une façon d’aimer.

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J’aimerai dire que j’ai été totalement dépaysée en lisant ce livre mais cela ne serait pas la vérité. Le côté Neuilly/Auteuil/Passy, les parents distants, les rallyes pour rencontrer des « gens biens », et les week-end dans les châteaux de tel ou tel. Si je ne l’ai pas vécu directement j’ai pu côtoyer des personnes pour qui c’était le cas et le portrait qui en est fait me parait assez juste.

Bruce se complait vaguement dans le confort de cette vie de « gosse de riche », disons le clairement, même s’il sent bien que tout ceci reste quand même assez superficiel. La vie serait plus simple aux côtés de son meilleur ami, Armand, qui, comme lui, vit dans l’expectative de partir à Oxford, de se défaire de son nom et de se faire, en tant qu’homme, en tant que personne.

« Je sais que c’est la dernière fois que je ne suis qu’un fils heureux. Je le redoute et je l’espère. Partir doit être une joie.« 

Il est temps pour Bruce de partir à Oxford, au collège de Brasenose, (Marie si tu me lis!!!!!). Il quitte une bulle pour une autre. Le dépaysement le satisfait surtout lorsqu’il rencontre Alexander, un grand roux qui l’intrigue et le fascine.

« Les jours suivants, nous parlons peu. Nous croisons nos regards. Cela suffit à me nourrir. J’ai trop peur que la parole craque le rêve qui me berce. C’est lui qui décide de m’adresser ou non la parole.« 

Ils vivent alors leur histoire, prudemment, entre les portes. Un peu à Oxford, surtout à Manneville, l’été, dans ce point d’ancrage, ce lieu qui échappe à l’érosion du temps et où, finalement, tout est plus simple. Les années passent, Alex s’en va et Bruce reste seul, triste, avec pour seule compagnie son métier d’apprenti journaliste pour occuper ses journées.

« Je m’enfonce dans l’actualité. Elle me mange. C’est ce que je demandais. Etre mangé par la marche du monde. Je vis au rythme des sonneries. Je contemple le monde s’écrouler, exploser, s’entretuer. »

Ses voyages initiatiques, avec le souvenir d’Alex en filigrane, apprendront alors à Bruce à se connaître et apprendre à vivre.

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Le personnage de Bruce est attachant et j’ai apprécié ces quelques heures en sa compagnie. Un livre à emporter dans ses valises.

Nota Bene : A lire toujours plutôt que jamais.

Ma note : 

quatresurcinq


Editeur : ESCALES
Date parution : 13/04/17
ISBN : 9782365692694
Nb de pages : 240 pages

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La ballade de l’enfant-gris – Baptiste Beaulieu

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C’est l’histoire de Jo’, jeune interne en pédiatrie à la personnalité fantasque, à qui tout sourit.
C’est l’histoire de No’, un petit garçon de sept ans attachant et joueur, qui est atteint d’un mal incurable et ne comprend pas pourquoi sa maman ne vient pas plus souvent le voir à l’hôpital.
C’est l’histoire de Maria, une mère secrète, qui disparaît à l’autre bout du monde au lieu de rester au chevet de son fils.
Un matin, dans la chambre de l’enfant, survient un drame qui lie à jamais le destin de ces trois êtres.
Jo’ devra tout quitter pour partir sur les traces de Maria et percer ses mystères.

Inspiré par le choc ressenti lors de la disparition de l’un de ses jeunes patients, l’auteur livre une quête initiatique et poétique, semée de recoins obscurs qui s’illuminent. Un magnifique troisième roman, porté par des personnages profondément humains.

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En un mot j’ai adoré. Je pourrais m’en tenir à ça mais blog oblige je vais tenter d’être un minimum explicite.

Ce roman est un récit qui suit deux temporalités séparées par La déchirure (la mort de No’). Il y a une alternance entre les chapitres « après la déchirure » et les chapitres comptes à rebours « à l’hôpital X jours avant la déchirure ».

La déchirure on n’en parle presque pas. L’important c’est ce qu’il y a avant, c’est ce qu’il y a après. Et pourtant elle plane comme une menace inévitable sur les personnages. Jo’ le personnage principal, est un jeune interne en médecine de 24 ans qui s’attache progressivement à No’, un enfant-gris, un enfant qui souffre d’une maladie de sang, que la mère Maria ne vient presque jamais  voir à l’hôpital.

Pourtant elle est là Maria, comme un fantôme, elle aussi au chevet de son fils. Elle est là et elle couche sur le papier son histoire, les mots qu’elle n’a pas su lui dire. Elle lui raconte son histoire de femme, son histoire de mère, sa difficulté à assumer sa maternité et sa peur de blesser cette petite chose si fragile qu’elle a mise au monde.

J’aurais voulu que quelque chose arrivât, un acte fondateur, éclatant, indubitable. Me sentir « être mère ». Un contrat, une voix divine, une injonction, n’importe quoi qui rendît mon intronisation incontestable. J’aurais voulu éprouver ce que je n’éprouvais pas : l’attachement, l’amour immodéré, l’évidence et l’instinct maternels, seulement rien n’arrivait. J’attendais, pleine d’espoir. Je te fixais, je te trouvais beau, ça oui, mais c’était tout, et ce n’était pas assez.

Tout le monde la juge sévèrement cette mère indigne qui n’est même pas là auprès de son fils pour ses derniers moments. Tout le monde. Même Jo’. Surtout Jo’.

Pourtant après la déchirure, lorsqu’il s’apercevra que le fantôme de No’ est toujours là et le suit comme son ombre, Jo’ est pris d’une intuition. Il faut qu’il retrouve Maria et qu’il lui rende son fils. Il met alors sa vie entre parenthèse (son internat, sa copine qui n’en est plus vraiment une, sa famille) pour partir dans une folle aventure. Ses voyages le mèneront jusqu’à Rome et Jérusalem, sur les traces du passé et du présent de Maria, toujours accompagné du petit fantôme muet de No’ qui communique avec lui en écrivant sur une ardoise…

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Un livre dont le souvenir me suivra longtemps, comme un fantôme. J’ai réellement été touchée par ce livre, poétique et sincère, pourtant je ne m’y attendais pas du tout. L’écriture y est légère, drôle, pleine de cynisme et d’autodérision même si l’on sait que la fracture approche, irrémédiablement. Une écriture à la fois légère et profonde. On n’en sort pas indemne et c’est pour moi la caractéristique principale d’un bon livre. Merci à l’auteur.

Nota Bene A lire assis dans un avion côté hublot en écoutant « Sail » – Awolnation

Ma note :

quatresurcinq


Editeur : MAZARINE
Date parution : 28/09/16
ISBN : 9782863744444
Nb de pages : 416 pages

Le cri – Thierry Vila

9782246860839-001-X

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« Lorsqu’elle pénétra dans son bureau, la première chose que Blache ressentit fut de l’exaspération : une exaspération immédiate, entière, sans autre goût que la pure exaspération. Il n’aimait pas les femmes de pouvoir et pour lui, une femme médecin ne pouvait pas ne pas être une femme de pouvoir. Quelque chose d’elle lui faisait peur et il ne savait pas quoi ; mais il savait aussi que, très probablement, il ne le saurait jamais. »

Au moment où ce récit commence, Lil Servinsky, métisse anglo-rwandaise de trente-cinq ans, médecin, embarque pour la première fois à bord du Septentrion, un navire renifleur de pétrole. La jeune femme a fait de l’errance sur les océans son seul territoire. Mais sa relation très particulière au monde fera bien vite naître et croître des haines incontrôlables dans cet univers essentiellement masculin et clos sur lui-même.

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C’est un de ses romans qui m’a emportée dès les premières lignes. L’écriture y est délicate, poétique, essentielle.

Soudain ce fut la nuit. Brutale. Déconcertante. Le point brasillant de la cigarette d’André traçait des volutes rubis dans le noir. Lil se sentait bien. Le caboteur dansait sous les étoiles.

Le cri. Le cri c’est celui de cette femme, à huis-clos dans un milieu d’hommes. Lil Servinsky, se retrouve embarquée comme médecin à bord d’un navire pétrolier, le Septentrion. Considérée par les autres marins comme une bête curieuse, d’abord par son statut de femme mais aussi par sa fragilité, son introversion, Lil est réellement l’élément perturbateur de la routine bien huilée du pétrolier. Qui est cette femme qui déclame des poèmes à l’océan et qui agit de manière étrange avec les autres membres de l’équipage?

Il n’y a que Robert, chef mécanicien, qui semble trouver grâce à ses yeux. Ils tissent au fil des jours un lien particulier, un amour fraternel fait de respect et de compréhension mutuelle…

J’ai eu un peu de mal à me plonger dans cette histoire, dans cet environnement qui ne m’était pas familier. Si j’ai été séduite par la première partie et la fin du livre, j’ai trouvé que l’histoire trainait un peu en longueur malgré le style de l’auteur que j’apprécie beaucoup.

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Je dois avouer que j’aime beaucoup ces histoires de femmes fortes. Dans un autre registre, ceux qui ont aimé Féminine devraient se retrouver dans ce titre. Pour être honnête j’ai préféré le style à l’histoire et pour moi un bon roman doit concilier les deux d’où la note attribuée.

 

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A lire en écoutant Max Richter (le thème au piano de “The leftovers”) face au scintillement du soleil sur l’océan.

Ma note :

troissurcinq


Editeur : GRASSET
Date parution : 24/08/16
ISBN : 9782246860839
Nb de pages : 272 pages