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Babylone – Yasmina Reza

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« Tout le monde riait. Les Manoscrivi riaient. C’est l’image d’eux qui est restée. Jean-Lino, en chemise parme, avec ses nouvelles lunettes jaunes semi-rondes, debout derrière le canapé, empourpré par le champagne ou par l’excitation d’être en société, toutes dents exposées. Lydie, assise en dessous, jupe déployée de part et d’autre, visage penché vers la gauche et riant aux éclats. Riant sans doute du dernier rire de sa vie. Un rire que je scrute à l’infini. Un rire sans malice, sans coquetterie, que j’entends encore résonner avec son fond bêta, un rire que rien ne menace, qui ne devine rien, ne sait rien. Nous ne sommes pas prévenus de l’irrémédiable ».

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Yasmina Reza. Je la connaissais pour Art bien sûr (la version avec Arditi, Luchini et Vaneck) et j’ai eu envie de la découvrir sous un autre prisme que celui d’une pièce de théâtre. Pour être parfaitement honnête, je n’ai ni lu le résumé, ni prêté attention plus que ça au bordereau qui mentionnait le prix Renaudot lorsque j’ai choisi ce livre au hasard des rayons de ma librairie (parce que toutes ces histoires d’attribution de prix m’ont toujours paru suspectes).

« Je ne pourrais pas dire que j’ai su être heureuse dans la vie, je ne pourrais pas me donner quatorze sur vingt à l’heure de ma mort, comme ce collègue de Pierre qui avait dit allez, disons quatorze sur vingt, moi je dirais plutôt douze, parce que moins j’aurais l’impression d’être ingrate ou de blesser, je dirais douze sur vingt en trichant.« 

Ce livre est très curieux parce qu’il m’a tout d’abord fait penser à Mrs Dalloway que j’ai découvert il y a quelques semaines, ce tourbillon de pensées, l’importance des petits riens et les émotions qui sont parfois (souvent?) bien plus révélatrices d’un être que ses actions. Oui, j’avais été sous le charme de Clarissa et j’ai quitté à regrets l’univers de Virginia Woolf pour me plonger dans celui de Yasmina Reza. Coïncidence ou pas, on se retrouve là-encore dans la tête d’une femme l’espace de deux journées significatives.

« La femme doit être gaie. Contrairement à l’homme qui a droit au spleen et à la mélancolie. A partir d’un certain âge une femme est condamnée à la bonne humeur. Quand tu fais la gueule à vingt ans c’est sexy, quand tu la fais à soixante c’est chiant.« 

Elisabeth, femme d’une soixantaine d’années qui s’ennuie un peu dans son quotidien décide d’organiser une soirée et d’y inviter quelques amis et ses voisins du dessus. Notamment l’excentrique Lydie et son mari Jean-Lino, avec lequel elle a noué au fil des années une véritable amitié. La soirée se passe somme toute relativement bien, les dialogues sont incisifs, on boit, on mange, on s’amuse. Il faudrait être bien observateur pour deviner le drame qui se profile sous les plaisanteries et les rires des invités.

Et puis la soirée se termine et… Et c’est le drame. Pendant un coup de folie et une dispute anodine, Jean Lino tue sa femme et, sous le choc, descend voir ses voisins parce qu’il ne sait pas quoi faire. On entre alors dans cette délicieuse seconde partie de roman avec des accents plus policiers où l’on suit les événements rocambolesques qui vont amener Elisabeth à aider son voisin à dissimuler le crime. On s’y croirait!

« Je regardais mes pieds, mon pantalon de pyjama à carreaux, mes chaussons en fausse fourrure. Je descendais seule quatre étages avec un cadavre. Aucune panique. Je me suis trouvée ultra-gonflée. Je me suis plu. Je me suis dit, tu aurais eu ta place dans l’armée des Ombres ou dans le service action de la DGSE.« 

C’est amusant, rempli de justesse et assez brillant tout de même. Petite pensée particulière au passage avec la mouche (qui, pour une raison qui m’échappe, m’a particulièrement marquée).

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Un tourbillon magnifique. Un bel hommage à l’amitié et une lecture précise et intelligente de la nature humaine. Petit bijou pour bien commencer l’année.

Nota Bene : A lire dans la cage d’escaliers de son immeuble après la fête des voisins.

Ma note :

quatresurcinq


Editeur : FLAMMARION
Date parution : 31/08/16
ISBN : 9782081375994
Nb de pages : 300 pages

The Nickel Boys – Colson Whitehead

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As the civil rights movement begins to reach the black enclave of Frenchtown in segregated Tallahassee, Elwood Curtis takes the words of Dr. Martin Luther King Jr. to heart: He is “as good as anyone.” Abandoned by his parents, but kept on the straight and narrow by his grandmother, Elwood is about to enroll in the local black college. But for a black boy in the Jim Crow South of the early 1960s, one innocent mistake is enough to destroy the future. Elwood is sentenced to a juvenile reformatory called the Nickel Academy, whose mission statement says it provides “physical, intellectual and moral training” so the delinquent boys in their charge can become “honorable and honest men.”

In reality, the Nickel Academy is a grotesque chamber of horrors where the sadistic staff beats and sexually abuses the students, corrupt officials and locals steal food and supplies, and any boy who resists is likely to disappear “out back.” Stunned to find himself in such a vicious environment, Elwood tries to hold onto Dr. King’s ringing assertion “Throw us in jail and we will still love you.” His friend Turner thinks Elwood is worse than naive, that the world is crooked, and that the only way to survive is to scheme and avoid trouble.

The tension between Elwood’s ideals and Turner’s skepticism leads to a decision whose repercussions will echo down the decades. Formed in the crucible of the evils Jim Crow wrought, the boys’ fates will be determined by what they endured at the Nickel Academy.

Based on the real story of a reform school in Florida that operated for one hundred and eleven years and warped the lives of thousands of children, The Nickel Boys is a devastating, driven narrative that showcases a great American novelist writing at the height of his power.

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We must believe in our souls that we are somebody, that we are significant, that we are worthful, and we must walk the streets of life every day with this sense of dignity and this sense of somebody-ness.

Colson Whitehead. Une valeur sûre.

Généralement, les auteurs qui ont remporté un Pulitzer sont toujours excellents (coucou Toni Morrison et Donna Tartt <3). Je n’ai pas encore eu l’occasion de lire The underground railroad, alors je découvre cet auteur par ce nouveau titre, chaudement conseillé par une amie militante pour la cause (par la cause j’entends : « contre le racisme »).

J’allais donc lire ce livre pour lui faire plaisir et, très vite, j’ai été happée par l’histoire. On suit la vie d’Elwood Curtis, un jeune homme noir qui vit dans l’Amérique de Jim Crow, dans les années 60. De nature profondément curieuse, Elwood veut tout comprendre, tout savoir, et rêve d’entrer à l’université. Il voit la vie d’une façon naïve et attachante, pensant que tout le monde devrait respecter les principes qui lui tiennent à coeur. Je ne vais pas critiquer, j’ai tendance à faire partie de la team idéaliste moi aussi. Elwood, c’est le good guy par excellence.

Elwood said, « It’s against the law. » State law, but also Elwood’s. If everyone looked the other way, then everybody was in on it. If he looked the other way, he was as implicated as the rest. That’s how he saw it, how he’d always seen things.

Mais un jour, alors qu’il fait un trajet en stop, il est arrêté par la police sur un malentendu parce que la voiture a été volée (là, on sent que la suite risque d’être moins chatoyante…). Elwood est immédiatement embarqué dans la Nickel Academy, une maison de redressement pour les mauvaises graines ou règne la ségrégation et la terreur évidemment (là je commence à grimacer). Et puis on apprends ce qui se passe dans cette fameuse Academy: la maltraitance, les actes de tortures banalisés… On rappelle ici que Colson Whitehead s’est inspiré de faits réels. Glaçants.

The Nickel Boys est une lecture très difficile. Non pas que les actes de torture etc soient explicites. Tout est toujours suggéré (ce qui est pire quelque part). On assiste, impuissant, au sadisme des uns, à la désillusion des autres, comme un adolescent qui  grandit et réalise que le monde est vraiment moche.

J’entends encore, comme Elwood, la prière de Martin Luther King, qu’il se répète en se disant qu’il faut aimer ses bourreaux, qu’on sera toujours meilleurs qu’eux et qu’ils ne nous atteindront pas. Plus facile à dire qu’à faire…

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Un de ces livres qui marque. Une histoire importante qui doit être racontée encore et toujours, pour ne pas être oubliée. Le talent de Colson Whitehead sublime le propos, terrible parce que trop vrai, trop juste, trop « humain ». Dans toute l’horreur que ce dernier mot comporte. Pour les anglophones à découvrir en anglais bien sûr 🙂 Pour les autres, il sortira chez Albin en VF dans quelques mois !

Nota Bene A lire entre deux recueils de poèmes de Langston Hughes.

Ma note :

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Editeur : DOUBLEDAY
Date parution : 16/07/19
ISBN : 9780385537070
Nb de pages : 224 pages

Jouir – Sarah Barmak

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Libérée, la sexualité des femmes d’aujourd’hui ? On serait tenté de croire que oui. Pourtant, plus de 50 % d’entre elles se disent insatisfaites, que ce soit à cause d’un manque de désir ou de difficultés à atteindre l’orgasme. Si tant de femmes ordinaires sont concernées, peut-être qu’elles n’ont rien d’anormal et que ce n’est pas à la pharmacie qu’il faut aller chercher la solution. Le remède dont elles ont besoin est plus certainement culturel, et passe par une réorientation de notre approche androcentrée du sexe et du plaisir.
Tour à tour reportage, essai et recueil de réflexions à la première personne, cet ouvrage enquête sur les dernières découvertes scientifiques ayant trait à l’orgasme féminin. On y apprend ainsi qu’une chercheuse en psychologie clinique a recours à la méditation de pleine conscience pour traiter les troubles à caractère sexuel. On y découvre aussi diverses façons dont les femmes choisissent de redéfinir leur sexualité. Cette aventure aux confins de la jouissance nous emmène jusqu’au festival Burning Man, où l’orgasme féminin est donné à voir sur scène, ou encore dans le cabinet feutré d’une thérapeute qui propose de soigner les traumatismes liés au viol à l’aide de massages sensuels.

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« Si le champ des plaisirs érotiques nous semble parfois étriqué, tassé dans des normes trop petites et des potentiels de jouissance finalement décevants, cet essai constitue un fantastique antidote.  » – Préface de Maia Mazaurette

Jouir. Tout un programme.

Il est vrai que le titre laisse peu place à l’imagination. Je découvre avec curiosité ce nouveau titre de la génialissime collection Zones (qui rappelons-le a publié Mona Chollet et ses essais : Chez soi, Beauté Fatale et le fameux Sorcières dont je persiste à conseiller la lecture à à peu près tout le monde). Bref, a priori, j’ai goûté au nectar des essais, aux propos intelligents et documentés des essais Zones qui réussissent à ne pas tomber dans qqch de trop intello et jargonneux. Jouir, un essai écrit par Sarah Barmak qui perce le mystère de la jouissance féminine.

Parce que oui, la question de l’orgasme a toujours été dépeinte comme qqch d’assez mystérieux, mystique presque. La découverte même du clitoris n’a pas été si évidente que cela. Découvert, oublié, découvert à nouveau, puis réoublié, le clito a fait une partie de cache-cache soutenue dans les manuels d’anatomie. Et Sarah s’interroge : Comment se fait-il que ce sujet soit aussi absent des recherches ? Pourquoi le plaisir semble-t’il être si peu évoqué alors que cela reste une préoccupation omniprésente pour la plupart d’entre nous? Un orgasme ou plusieurs orgasmes?

Alors elle enquête. Elle lit, elle interroge, elle se réconcilie avec sa sexualité. Elle donne la parole à ces femmes qui prennent leur sexualité en main (no pun intended XD) et vont à la conquête de la jouissance. Un essai libérateur et profondément féministe !

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Un essai extrêmement instructif, intelligent, qui, au-delà d’une simple vulgarisation scientifique nous explique en quoi : OUI, c’est important de connaître son corps et savoir en jouir. Savoir jouir tout court. On kiffe !

Nota Bene : Oh my…. A lire en écoutant Sexual healing bien sûr ^^

Ma note :

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Editeur : ZONES
Date parution : 03/10/19
ISBN : 9782355221453
Nb de pages : 208 pages

I, Too – Langston Hughes

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Petit article qui n’en est pas vraiment un. Je regardais le dernier épisode de la magnifique série This is Us (S4E7) et j’ai été incroyablement touchée par cette scène interprétée brillamment par le jeune Randall qui lit I, too de Langston Hughes à son père.

Parce que parfois il est vain de vouloir expliquer un poème.

Parce que la musique des mots se suffit à elle-même.

Parce que c’est un texte important.

*

I, too, sing America.
I am the darker brother.
They send me to eat in the kitchen
When company comes,
But I laugh,
And eat well,
And grow strong.
Tomorrow,
I’ll be at the table
When company comes.
Nobody’ll dare
Say to me,
“Eat in the kitchen,”
Then.
Besides,
They’ll see how beautiful I am
And be ashamed—
I, too, am America.

*

Les petites robes noires – Madeleine St John

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1959. Au deuxième étage du grand magasin F.G. Goode’s de Sidney, des jeunes femmes vêtues de petites robes noires s’agitent avant le rush de Noël. Parmi elles, Fay, à la recherche du grand amour ; l’exubérante Magda, une Slovène qui règne sur les prestigieux Modèles Haute Couture ; Lisa, affectée au rayon Robes de cocktail, où elle compte bien rester en attendant ses résultats d’entrée à l’université… Dans le secret d’une cabine d’essayage ou le temps d’un achat, les langues se délient, les vies et les rêves des vendeuses se dévoilent sous la plume délicate de Madeleine St John.

Avec la finesse d’une Edith Wharton et l’humour d’un Billy Wilder, l’australienne Madeleine St John (1941-2006), livre un remarquable instantané de l’Australie des années 1950 et une critique subtile de la place de la femme dans la société. Devenu un classique dans les pays anglo-saxons, Les petites robes noires, traduit pour la première fois en français, est un chef-d’oeuvre d’élégance et d’esprit.

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Australie. Début des années 60. C’est l’effervescence qui précède la période de Noël dans les grands magasins et principalement chez Goode’s, une enseigne très chic de prêt-à-porter. Madeleine St John nous peint le portrait des petites robes noires, les vendeuses du rayon des robes à cocktail, qui, chacune à leur façon, nous en disent beaucoup sur l’époque et la vie des femmes.

« Jeune, n’importe qui peut être joli et doit être joli, moyennant quelques petits arrangements, si nécessaire. Autrement, c’est un désastre, d’être jeune, ou du moins une perte de temps.« 

Leurs destins se croisent et virevoltent dans une danse effrénée au rythme des achats des clientes toujours plus nombreuses. Il y a tout d’abord la timide et réservée Patty, en manque d’enfants qui peine à trouver sa place entre ses deux soeurs à qui tout réussit et son mari, à qui il vient la charmante idée de disparaître soudainement quelques semaines avant les fêtes. Il y a ensuite Fay, l’éternelle amoureuse, qui finit par désespérer de trouver le grand amour auquel elle aspire (une petite vie de famille bien rangée, loin des rencontres occasionnelles toujours décevantes). Il y a aussi Lindsey (qui veut qu’on l’appelle Lisa), jeune écolière qui travaille chez Goode’s pour gagner un peu d’argent en attendant les résultats de son diplôme avant de sauter dans le grand bain et aller à la fac et puis… Ma préférée : Magda bien sûr ! Ce personnage haut en couleur, un brin cynique, qui prends Lisa sous son aile et décide de la chaperonner dans ce monde dont elle ne connait pas les règles.

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Un feel-good très sympathique, une petite madeleine qui se déguste avec gourmandise. Un film est parait-il en production… A voir.

Nota Bene : A lire dans une cabine d’essayage des Galeries Lafayette, rayon haute couture!

Ma note :

quatresurcinq


Editeur : ALBIN MICHEL
Date parution : 02/10/19
ISBN : 9782226443250
Nb de pages : 275 pages

L’homme qui voulait devenir psychopathe – Laurent Malot

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Victor a quarante-six ans, une femme et deux enfants. Une vie simple, comme les autres, il a beau bien faire, on ne le connait, ne le reconnait pas…
Lassé de la vie, il décide d’en finir, mais même son suicide, il le rate…
Alors, quitte à laisser une trace, vu que l’on ne retient pas les bons, autant devenir un mauvais, dans le genre tueur en série…
Mais être un psychopathe n’est pas chose aisée, Victor va le découvrir à ses dépens.

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Tout d’abord il faut préciser que j’ai un goût exacerbé pour toutes les thématiques un peu psycho, Mindhunter et co. Je me suis donc jetée sur ce livre comme la misère sur le pauvre monde avec l’assurance de passer un bon moment. Avec l’envie de lire un livre qui ressemblerait peut-être à l’excellent bouquin de Paul Cleave « Un employé modèle » qui dépeint le quotidien de Joe, tueur en série qui nous raconte son petit passe-temps sordide. Délicieusement dark and twisted.

Si ce livre ne manque pas d’humour et est un brin déjanté on reste tout de même loin du talent de Cleave. On suit ici les aventures de Victor, la quarantaine bien passée, prof de Physique-chimie, marié, deux enfants, une maison… Bref une routine légèrement angoissante et un quotidien médiocre qui ne laissent aucune place à la fantaisie. On suit donc Victor, en pleine crise existentielle, qui se demande comment pimenter un peu son existence et faire quelque chose de mémorable. Tirer la queue de cheval de la dame au supermarché dans la file d’attente, fumer un joint… Oui… Mais non ! Il faut voir plus grand!

 » Ce qui lui manque, c’est un objectif, une mission, un moteur qui le ferait avancer sans qu’il se pose toutes ces questions. À quarante-six ans, il est trop tard pour se mettre à chanter, à jouer du piano, à peindre ou à cuisiner comme un grand chef. Où les passionnés dénichent-ils leur passion ? Naissent-ils avec, apparaît-elle du jour au lendemain, la construisent-ils inconsciemment ? Ce monde-là lui est interdit, alors à quoi bon ? À quoi bon continuer à se lamenter dans ce labyrinthe ? « 

C’est alors que lui vient l’idée. Victor sera psychopathe. Il va tuer des gens, il aura son petit quart d’heure de gloire. Sortir de l’anonymat, d’une vie fade et inintéressante. Il se délecte de son projet mais très vite fait face à de nombreuses contrariétés. Pourquoi personne ne semble le prendre au sérieux? Comment faire pour disposer lui aussi de cette aura dangereuse et terrifiante? Comment faire pour être un autre? A-t-il l’étoffe d’un psychopathe en puissance?

« Victor ne portera pas plainte. S’il entre un jour dans un commissariat, ce sera par la grande porte, celle des criminels qui font peur, dont on suit le procès à la télé et dans les journaux à scandale. »

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La petite lecture agréable du week-end mais pas le roman du siècle. On a du mal à vraiment s’attacher aux personnages qui restent assez superficiels. Comme le héros de cette histoire, ce livre manque un peu d’ambition.

Nota Bene : A lire sur un banc, habillée en Desigual en écoutant M.

troissurcinq


Editeur : FRENCH PULP EDITIONS
Date parution : 19/09/19
ISBN : 9791025106280
Nb de pages : 208 pages

Moon Brothers – Sarah Crossan

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Joe Moon a dix-sept ans. Il vient de quitter New York pour aller vivre un temps au Texas. Son frère aîné, Ed, est en prison là-bas. Jugé coupable du meurtre d’un policier, il attend son exécution dans le couloir de la mort. Or, la date approche. Alors Joe veut être là, aider son frère à affronter ces dernières semaines. Car sinon, Ed sera tout seul. Mais voilà qu’un nouvel avocat reprend la défense du condamné… et il a l’air d’y croire. Joe osera-t-il espérer encore ?

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Tout d’abord j’ai envie de dire bravo. Parce que c’est le genre de livre qui se lit d’un coup. D’une traite. Comme ça. Un rythme martelé, un style cash. Une fuite en avant vers une issue que l’on sait inévitable.

Joe nous raconte, par bribes, son histoire et celle de son frère Edward. Ed va mourir. Parce qu’il a tué un homme 10 ans auparavant. Ou peut-être pas. Mais ça on s’en fout. On s’en fout parce que ce n’est pas vraiment la question de sa culpabilité qui se joue ici. C’est l’histoire d’une famille, brisée par un drame, comme il en arrive tant et comme il en arrivera encore. Ce sont les injustices, c’est la tante Karen qui croit Ed coupable, c’est une mère défaillante et absente. Mais c’est surtout Joe. Joe qui doit se construire et vivre avec le souvenir de cette figure paternelle en prison.
Il espère.
Paumé.
Entre deux footing dans la chaleur étouffante du Texas.

Le système est contre son frère et il sait, même s’il ne veut pas vraiment se l’avouer, que rien de pourra les sauver.

« Les pires choses qu’on fait, ça nous définit pas,
ni les pires choses qu’on nous fait à nous.
On est plein d’autres trucs au-delà de ça.
Comme par exemple…
On est toutes les fois
où on se prépare un bol de céréales,
où on regarde Buffy contre les vampires,
où on aide une vieille dame à descendre du bus.
On est les bons, les brutes et les idiots, tout à la fois,
tu vois ?« 

Cette histoire c’est surtout celle de la double-peine. Celle infligée aux familles des coupables. Les regards mauvais dans la rue.

Si le thème abordé par l’auteure est puissant, le propos est sublimé par l’écriture de Sarah Crossan. Elle ne s’embarrasse pas de phrases à rallonge, de descriptions à n’en plus finir sur les états d’âmes des personnages (ce qui m’a manqué d’une certaine manière car c’est souvent ce que je recherche dans des romans) mais le parti-pris reste intéressant. C’est brut. Morcelé. Comme la vie de Joe.

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Un roman fort pour les YA. Le ton n’est pas moralisateur, le débat sur la peine de mort n’est finalement évoqué qu’en filigrane le long du texte. Ce livre est l’histoire d’un jeune homme de 17 ans, qui cherche des réponses, qui essaie de traverser cette épreuve qu’on lui impose : le meurtre légalisé de son grand-frère, réduit pour la société à cette image terrifiante d’un mugshot, réduit à un acte qu’il a prétendument commis.

Nota Bene : A lire entre deux les deux coups du marteau de la justice.

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Editeur : RAGEOT
Date parution : 11/09/19
ISBN : 9782700273687
Nb de pages : 384 pages

Not a « what if » situation anymore

We often reach this point in a distopian series where we wonder what we would do in this situation. What would we do if women were deprived of basic human rights ? What would we do if a bunch of white old men would casually treat women like living wombs ? What would we do if women were taken away their rights to read, to write, to breathe? What would we do during this slow and scary revolution to dictatorship ?
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Would we turn a blind eye on it? Would we tweet about it? Would we discuss it on dinners among friends? Would we stand together and protest on the streets?
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Well. I wish it could only have been a « what if » situation, a random train of thoughts and a wild escape in our imagination but it is not a « what if » situation anymore. Today, in America, doctors can actually go to jail for performing abortions, woman face prison if not death for it. Rapists face less consequences than their victims. This is not just « another bad news » among the bad news. This is clearly war on women. And America is next door. Let’s wake up and not allow any longer our basic rights to be challenged. As much as I love reading and watching The Handmaid’s Tale by the brilliant Margaret Atwood, let’s not make it our reality. Humanity can do better. We can do better.
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Le Street Art au tournant – Christophe Genin

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Même si le street art est indéniablement devenu une part importante du marché de l’art et un renouvellement de notre univers visuel, il continue de témoigner d’une intelligence de la rue comme rendez-vous de la variété humaine. Des mots d’amour, jetés à même le sol, aux fresques monumentales, des oeuvres à petit budget aux enchères internationales de haut vol, il s’agit d’un phénomène planétaire et contradictoire. Il court dans tous les pays, des plus développés aux plus pauvres, des plus sages aux plus turbulents. Ce phénomène donne lieu à des interprétations contradictoires, des débats d’école qui reposent le plus souvent sur une vision parcellaire. Opposer le graffiti au street art semble relever plus d’une querelle de parts de marché que d’une distinction ontologiquement fondée. Dans nos sociétés policées et policières qui font de la rue un espace sous surveillance, un lieu de contrôle insidieux pour homogénéiser les comportements et anticiper toute forme de dissidence, l’art urbain réintroduit du grain, de la disparité, de la surprise et des rencontres, redonnant des occasions de mélange et d’échange. Il redonne à nos trajectoires, à nos humeurs, à nos songes cette part d’imprévisibilité, et par là même d’incertitude, où flotte un air de liberté.

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« Je ne vois que des couleurs confusément amassées et contenues par une multitude de lignes bizarres qui forment une muraille de peinture » – Balzac, Le chef d’œuvre inconnu

Ce livre, prêté par ma tante (merci à elle au passage!) est une très belle découverte pour tous les amateurs de Street Art.

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J’ai découvert le Street Art de manière très peu originale je vous le concède, grâce aux représentations de Bansky qui égayaient joyeusement mon fil d’actualité Facebook il y a quelques années.

Comme toujours, lorsqu’un sujet m’intéresse, j’ai fait preuve d’un très (trop?) grand enthousiasme vis à vis du Street Art, guettant toutes les informations traitant de ce sujet que je trouvais passionnant. Passionnant ces graffitis me-dira-t’on? Eh bien OUI! Passionnant!

Parce que l’on ne peut pas dire que l’on n’aime pas le Street Art, de la même manière qu’on ne peut pas dire que l’on n’aime pas les livres. Ça serait absurde tant le concept revêt de formes, de genres, de messages différents. Il y a forcément une pièce qui vous parlera, à vous et rien qu’à vous!

« (…) Entre une vedette américaine de quarante ans qui passe son temps dans les galeries huppées de Londres et de New York, un anarchiste allemand de soixante ans qui vit dans un squat altermondialiste, un Parisien de vingt ans qui meurt électrifié sur les rails du métro, un Brésilien qui dépeint le désespoir de la rue, une Egyptienne qui marque son vœu d’émancipation, on a affaire à des phénomènes sociaux, politiques, économiques, esthétiques, foncièrement différents. »

Cet extrait est finalement assez parlant et l’auteur, Christophe Génin, nous révèle bien comment, d’une certaine manière, les origines et les finalités du Street Art relèvent de réalités distinctes. Le point commun de ces artistes serait peut-être l’appropriation  d’un espace appartenant à tous, la rue, ainsi que la vocation à aller contre l’ordre établi, à protester pour telle ou telle cause (l’affirmation de soi et de son identité, un signe de reconnaissance d’un entre soi ou bien un message universel).

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Cette pratique qui s’est voulue par sa forme antisystème s’est vue progressivement cannibalisée par le monde et le marché de l’art. C’est un des points sur lesquels s’attarde l’auteur et que j’ai trouvé assez intéressant puisqu’il montre, au fond, comment certains artistes ont peur de dénaturer leur travail en rentrant dans le marché (qui adore soit dit en passant ce côté un peu rock et rebelle au niveau des campagnes marketing).

Même si le Street Art n’a pas toujours gagné ses lettres de noblesse,  il n’est pas aujourd’hui une capitale qui n’a pas son exposition, son festival, de street art et qui ne glorifie pas ses plus grands représentants dans des beaux livres (comme celui-ci!) ou dans les salles d’enchères où sont vendus les graffs des artistes les plus connus et reconnus. Bansky, Ludo, Space Invader ou encore Speedy Graphito. Ils ont tous leur légitimité mais peut-on réellement parler d’Art, de courant, de mouvement artistique ?

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Christophe Génin évacue assez rapidement cette question car au-delà du vandalisme pur et dur (qui existe certes), le Street art, dans sa multiplicité, est un courant vaste, porteur d’autant de messages que d’artistes. Il est témoin d’une « intelligence de rue », d’un souffle de liberté, d’une parole qu’il faut savoir voir et écouter.

Même s’il est difficile d’étudier ce mouvement hétéroclite en constante évolution,  l’auteur nous transmet ici quelques clés de lecture, pose un diagnostic sur le Street Art et assouvit cette curiosité que l’on a face à ce nouveau phénomène artistique.

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Un très beau livre illustré qui explique de manière simple et claire les enjeux du Street Art. A partir de quand peut-on parler d’Art? Comment envisager ce mouvement par rapport aux autres arts, à l’économie et à la géopolitique? Vaste sujet qui mériterait un second tome 🙂

Nota Bene : A lire entre deux séances de marouflage 🙂

Ma note : 

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Editeur : LES IMPRESSIONS NOUVELLES
Date parution : 17/11/16
ISBN : 9782874494307
Nb de pages : 258 pages