Archives du mot-clé Shirley Jackson

Nous avons toujours vécu au château – Shirley Jackson

shirley_jackson

SynopsisV2

« Je m’appelle Mary Katherine Blackwood. J’ai dix-huit ans, et je vis avec ma sœur, Constance. J’ai souvent pensé qu’avec un peu de chance, j’aurais pu naître loup-garou, car à ma main droite comme à la gauche, l’index est aussi long que le majeur, mais j’ai dû me contenter de ce que j’avais. Je n’aime pas me laver, je n’aime pas les chiens, et je n’aime pas le bruit. J’aime bien ma sœur Constance, et Richard Plantagenêt, et l’amanite phalloïde, le champignon qu’on appelle le calice de la mort. Tous les autres membres de ma famille sont décédés. »

MonavisV2

Ah… Nous avons toujours vécu au château… Je ressens toujours une certaine nostalgie quand je repense à ce livre qui m’a fait l’effet d’une friandise délicieuse et interdite : une véritable petite pépite, comme un repas gastronomique saupoudré d’arsenic. Yummy !

L’histoire nous est racontée par la jeune Mary Katherine Blackwood, surnommée Merrycat, qui oscille avec une apparente décontraction entre innocence et machiavélisme. Il faut dire qu’elle n’a pas une vie facile. Toute sa famille est morte empoisonnée à l’arsenic lors d’un diner de famille. Toute ? Non! Les survivants sont Marrycat (punie dans sa chambre ce soir là) et sa grande soeur Constance – considérée comme officiellement coupable – qui n’avait pas touché au dessert. L’oncle Julian aussi a survécu mais souffre de nombreuses séquelles. Les derniers survivants Blackwood vivent donc dans ce château tombant à l’abandon, dans une routine presque immuable, sous les regards suspicieux des habitants du village. Après tout, qui sait ce qu’il s’est réellement passé ce jour là?

Constance n’en parle jamais. L’oncle Julian tout le temps, qui voit dans cette tragédie familiale un réel moyen d’écrire un roman à succès et d’intéresser le voisinage.

« Je crois vraiment que je vais commencer le chapitre 44 », tapotant ses mains l’une contre l’autre. « Je vais commencer, je pense, par une légère exagération, puis de là je passerai à un mensonge éhonté. Constance, ma chérie?

–  Oui, Oncle Julian?

–  Je vais écrire que ma femme était une beauté.

L’histoire est piquante, cynique et merveilleusement dark. Mais au-delà des personnages qui m’ont tellement fait rire (cela nécessite d’avoir un peu d’humour noir), c’est surtout la personnalité totalement décalée (complètement flippante en fait) de Merrycat que j’ai adorée. On comprends très vite, ce n’est pas un spoiler,  que c’est elle qui a tué sa famille. Délibérément. Reste la question du pourquoi. Petit à petit, le piège se referme, on prends conscience de l’étendue de sa folie et le talent de Shirley Jackson prends alors tout son sens !

« – Charles est intrépide. Ta cuisine, bien que d’une qualité remarquable en vérité, présente certains inconvénients.
– Je n’ai pas peur d’avaler ce que Constance mettra dans mon assiette, déclara Charles.
– Vraiment ? fit Oncle Julian. Je te félicite. Je pensais aux effets qu’un repas lourd peut avoir sur un estomac délicat. Mais toi, je suppose que tu pensais à l’arsenic.
– À table ! » dit Constance »

EnconclusionV2

Un huis-clos qui devient presque oppressant lorsque l’on réalise que la légèreté de la narratrice n’a d’égale que sa folie. On arrive presque à adhérer à son discours et ses lubies. Presque. Un roman terriblement parfait.

Nota Bene : A lire dans une cabane cachée dans les arbres avec cette petite folle de Merrycat.

Ma note :

13686698_10153604164167413_8360219448355853944_n


Editeur : RIVAGES
Date parution : 2012 (NED)
ISBN : 9782743623982
Nb de pages : 240 pages