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Le pouvoir – Naomi Alderman

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Et si les femmes prenaient enfin le pouvoir dans le monde entier ? Aux quatre coins du monde, les femmes découvrent qu’elles détiennent le « pouvoir ». Du bout des doigts, elles peuvent infliger une douleur fulgurante. Et même la mort. Soudain, les hommes comprennent qu’ils deviennent le « sexe faible ». Mais jusqu’où iront les femmes pour imposer ce nouvel ordre ?

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J’ai commencé mon mois de janvier avec des livres écrits par des femmes afin de raviver la flamme féministe qui s’était quelque peu atténuée ces derniers temps. Virginia Woolf, Virginia Despentes, (il y assurément un truc avec le prénom Virginia), Siri Husvedt, Yasmina Reza, Toni Morrison… et enfin Naomi Alderman! On commence très fort et je dois dire que toutes ces lectures sont assez jouissives. Beaucoup plus la force de dire Fu** aux pervers psychopathes. C’est donc du bout de mes doigts qui crépitent encore que j’écris cette chronique.

Ce livre est présenté comme un récit historique écrit par Neil Adam Armon. Il interroge l’origine de la domination féminine sous le regard amusé de sa correspondante, en partant du présupposé que jadis le monde était patriarcal. Il imagine que très peu de temps avant « la chute », les femmes n’avaient pas encore LE POUVOIR, ce fuseau leur permettant de faire jaillir de l’électricité du bout de leurs doigts, de blesser, de détruire, de guérir…

*

Suite à une mutation génétique, les adolescentes développent LE POUVOIR partout dans le monde et arrivent à le transmettre à leurs aînées par le toucher (j’adore cette idée de transmission). Au début c’est l’incompréhension, on crie aux fake news devant les vidéos qui se multiplient sur les réseaux sociaux, on s’interroge et puis très vite, la peur. Il faut faire quelque chose. Elles deviennent incontrôlables, dangereuses. Comment lutter contre ce nouvel ordre mondial ? Et pour toutes les filles la question se pose : que faire de ce nouveau pouvoir?

On suit alors la destinée d’Allie, jeune femme qui se fait appeler Eve et prône une nouvelle religion en réécrivant les évangiles avec Dieu la Mère. De son côté, Margot  représente la politicienne qui entrevoit les enjeux géopolitiques de cette nouvelle prise de pouvoir. Roxy, fille de gangsters au pouvoir particulièrement développé, compte bien mettre à profit le pouvoir des femmes et enfin le sympathique Tunde, journaliste globe-trotter, documente la révolution mondiale et nous la fait voir du point de vue d’un homme.

« Elle sait qu’elle ne doit pas le faire, qu’elle ne le fera jamais, mais là encore, peu importe. Tout ce qui compte, c’est qu’elle le pourrait si elle le voulait. Le pouvoir de nuire, de faire mal, est une sorte de richesse. »

On suit l’évolution des personnages et du monde sur une dizaine d’années. La passation de pouvoir avant le déluge. C’est beau, puissant, presque crédible. La vraie force de ce roman tient dans le fait qu’il nous interroge : sur la mémoire, sur l’Histoire, sur la domination qui finalement relève plus du pouvoir que du genre. L’autrice, à travers cet exercice nous incite à nous interroger sur notre société, sur ces acquis qui pourraient disparaître grâce à l’étincelle d’un claquement de doigt. Non les femmes ne sont pas plus vertueuses, plus douces, plus ceci ou plus cela. Le matriarcat ne serait pas une contrée douce et paisible car le pouvoir corrompt…

*

Et que dire de ces échanges épistolaires entre l’auteur et son amie qui considère son livre avec une légère pointe d’amusement et de condescendance?

« Neil, je sais que cette suggestion risque de te sembler de très mauvais goût, mais as-tu envisagé de publier ce livre sous un pseudonyme féminin ?« 

Oh cette dernière ligne… Merci Madame Alderman, j’ai presque l’impression d’avoir les doigts qui crépitent à la fin de cette lecture.

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En refermant ce livre j’ai encore l’image de cette bande de filles qui se balade en riant le soir dans la rue, s’amusant à faire apparaître des petits arcs d’électricité entre leurs doigts. Elles devaient se sentir si invulnérables, comme si le monde leur appartenait. Et en voyant la scène à travers les yeux d’un homme, on sent en lui cette peur viscérale si familière, celle du sexe faible. C’est peut-être finalement ça le pouvoir. Ce sentiment d’impunité, grisant et électrique. La possibilité de faire ce que l’on veut. Le passage à l’acte est accessoire. Ce qui fait toute la différence c’est la possibilité, LE Pouvoir.

Nota Bene : A lire avant de s’endormir, en comptant les moutons électriques 

Ma note :

quatresurcinq


Editeur : CALMANN LEVY
Date parution : 03/01/18
ISBN : 9782702163405
Nb de pages : 400 pages

Soif – Amélie Nothomb

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« Pour éprouver la soif il faut être vivant. »

MonavisV2

Je suis un peu en retard pour le Nothomb annuel, mais avec la perspective du Goncourt qui s’approche, je me suis enfin décidée à lire Soif ! Le choix du sujet me paraissait intéressant et si ce n’est pas un livre qui nous tient par le suspense, Amélie nous présente ici les états d’âme d’un Jésus qui sait qu’il va mourir : du dernier jour de son procès à sa résurrection.

On connait déjà l’histoire, je ne vais pas revenir là-dessus : le simulacre de procès de Ponce Pilate, l’interminable (et insoutenable) chemin de Jésus portant la croix, les heures de supplice et puis enfin… La résurrection. AMEN!

Si Jésus est bien le fils de Dieu, il est aussi (et surtout!) un homme (qui a une grande lucidité et une forme d’autodérision que j’ai trouvé charmante). Le sens de l’humour est toujours un bien nécessaire dans des circonstances tragiques, et en vérité je vous le dis : Jésus n’en est pas dépourvu.

Ce livre est extrêmement riche dans les thèmes abordés (et mon article serait bien trop long si je voulais tous les évoquer) ainsi je voudrais insister sur les trois points qui m’ont le plus parlé.

1/. Jésus conscient des failles de la nature humaine

« En vérité, je n’ai rien dit parce que j’avais trop à dire. Et si j’avais parlé, je n’aurais pas été capable de cacher mon mépris. L’éprouver me tourmente. J’ai été homme assez longtemps pour savoir que certains sentiments ne se répriment pas. Il importe de les laisser passer sans chercher à les contrer : c’est ainsi qu’ils ne laissent aucune trace.« 

Oui, Jésus a écouté patiemment tous les témoins de son procès qui ont fait preuve d’une indécence frôlant le niveau des Balkany. Pareil pour l’intégrité. Mais Jésus est resté chill. Il arrive, difficilement, à faire la part des choses et à garder un souvenir pur des beaux moments passés avec ceux qui l’ont trahi au pire moment (pas sûr que tout le monde aurait pu en faire autant mais bon… On n’est pas Jésus!). Le silence pour ne pas donner à l’adversaire la satisfaction de voir se peindre la colère ou la peine sur son visage… Ce n’est pas tant du courage finalement que l’envie de rester digne car, tout homme qu’il soit, Jésus sait qu’il est un exemple et qu’il doit servir la cause. Après tout, cet être omniscient à conscience que son histoire entrera dans l’Histoire. Pas toujours interprétée correctement, souligne-t’il d’ailleurs à plusieurs reprises.

2/. L’incarnation qui symbolise le vivant

« En trente-trois ans de vie, j’ai pu le constater : la plus grande réussite de mon père, c’est l’incarnation. Qu’une puissance désincarnée ait eu l’idée d’inventer le corps demeure un gigantesque coup de génie. Comment le créateur n’aurait-il pas été dépassé par cette création dont il ne comprenait pas l’impact?« 

Peut-être mon thème préféré parmi ceux explorés dans le livre. Vaste sujet. J’ai tendance à être d’accord avec Jésus (avec le Jésus de Nothomb j’entends). On aurait envie, de prime abord, de penser que l’élévation, la beauté suprême, est quelque chose d’immatériel, qui relève de l’esprit. Il apparaitrait alors que ce qui tient du corps serait d’une certaine manière inférieur, de l’ordre du désir. MAIS, ce que souligne Jésus, c’est que c’est à travers le corps, l’incarnation, que l’on peut ressentir les choses, les émotions. Qu’on peut vibrer, se sentir vivant, respirer. On ne se sent jamais aussi vivant que lorsque l’on aime, que l’on meurt où que l’on éprouve la soif. D’où la citation en 4ème de couv, éprouver la soif pour se sentir vivant.

En étant désincarné, en se limitant uniquement à son esprit (en valorisant l’ange plutôt que la bête pour reprendre l’image de Pascal), on risque de ne plus rien ressentir et de passer à côté de la vie tout simplement. Et j’ai tendance à penser qu’il vaut mieux ressentir quelque chose plutôt que rien. Souffrir, aimer, être tourmenté par mille passions, plutôt que de rester un être relativement indifférent à ce qui l’entoure et déconnecté de son corps et du monde. C’est la raison pour laquelle il parait si incroyable que Dieu ait pu « inventer » l’amour, le monde, sans lui-même être incarné. Belle trouvaille (sur laquelle on pourrait évidemment parler pendant des heures ! )

3/. Hello Judas, my old friend

« J’imagine que chacun a un ami de cette espèce: un ami dont les autres ne comprennent pas qu’il soit notre ami.« 

On a beau ne pas connaître la Bible par coeur et hésiter au moment de nommer les apôtres, s’il y en a bien un que tout le monde connait, c’est lui : Judas. Cet ami qui trahit, cet ami si insupportable que l’on ne peut pas s’empêcher d’aimer, d’une manière toute particulière, précisément parce qu’on a l’impression d’être le seul à pouvoir le voir réellement, à l’apprécier dans toute sa complexité.

Jésus sait dès leur première rencontre que Judas le trahira. Il le sait et pourtant il l’aime et l’aimera jusqu’à la fin. Très chic type ce Jésus.

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C’est un très beau roman que nous livre Amélie Nothomb. Au-delà de l’exactitude des faits, j’ai trouvé intéressant de découvrir l’histoire sous ce prisme. Celui d’un homme, fils de Dieu mais homme quand même, qui souffre, qui s’interroge et se demande si, en montant sur la croix et en acceptant sa condamnation, il s’est vraiment aimé lui-même autant que son prochain.

Nota Bene : A lire après la Bible et avant de prendre une coupe de champagne !

Ma note :

quatresurcinq


Editeur : ALBIN MICHEL
Date parution : 21/08/19
ISBN : 9782226443885
Nb de pages : 162 pages

Tenebra Roma – Donato Carrisi

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Et si Rome se retrouvait plongée dans les ténèbres pour toujours…

Cinq siècles auparavant, le pape Léon X lança cet avertissement : Rome ne devra jamais être plongée dans l’obscurité. Pourtant, lorsqu’aujourd’hui la foudre s’abat sur une centrale électrique au cours d’une terrible tempête, les autorités romaines sont forcées d’imposer un black-out total de vingt-quatre heures sur la ville le temps de réparer les dégâts. Dès le crépuscule, les ombres reviennent envahir Rome.
Dans le chaos et la panique qui s’ensuivent, une silhouette plus sombre que les autres va se déplacer silencieusement à travers la capitale, laissant derrière elle une traînée de morts… ainsi que des indices.
Marcus, le prêtre de l’ordre des Pénitenciers, peut reconnaître et interpréter les anomalies sur les scènes de crime. Mais le pénitencier a perdu son arme la plus précieuse : sa mémoire. Lui-même victime du tueur, il échappe de justesse à une mort atroce, sans plus aucun souvenir des derniers jours passés. Il va devoir remonter le fil de sa vie en même temps que la piste du monstre.
Seule Sandra Vega, une ancienne photographe scientifique, peut l’aider dans sa traque. Sandra connaît le secret de Marcus, mais a subi trop de pertes dans sa vie pour être en mesure de faire face à nouveau au mal. Et pourtant, elle va se retrouver entraînée malgré elle au cœur de l’enquête…
Le coucher du soleil se rapproche, et le temps est compté : au-delà des ténèbres, il n’y a que l’abîme.
MonavisV2

Rome ne devrait jamais, jamais, jamais, se retrouver dans le noir.

Cette bulle papale prononcée avant de mourir par Léon X faisant office de funeste prophétie, se réalise soudain à Rome. C’est le black-out. Il tombe une pluie diluvienne,   les centrales électriques sont HS. Les ombres peuvent enfin sortir de l’obscurité pour éteindre la vie dans cette atmosphère sourde d’anarchie qui gronde dans les rues de Rome. Malgré les mesures de la Police, personne ne sait ce qu’il va se passer une fois que le couvre-feu sera prononcé. Le compte à rebours en début de chaque chapitre parvient à exprimer la tension et l’angoisse que ressentent les personnages.

Dans cette ambiance, lourde et étouffante, et ce compte à rebours inéluctable d’ici la tombée de la nuit, un autre drame se joue. Des meurtres dans des rituels anciens, un enlèvement d’un petit garçon qui date de neuf ans, et l’implication de nos deux compères Marcus et Sandra, dans une affaire sordide qui semble poser les éléments du jeu. Mais cette fois, il y a un nouveau facteur que l’on n’avait pas prévu. Le black out, l’impossibilité de communiquer. On bat les cartes et on doit alors changer les règles. Comment survivre dans le chaos?

Au lieu de penser au danger qu’elle courait, Sandra tenta de faire le compte mathématique de son existence. Combien de cigarettes fumait le commissaire Crespi ? Une par jour. Peut-être avait-il l’illusion d’éloigner le cancer, mais mises bout à bout cela faisait toujours trois cent soixante-cinq par an. Combien de fois s’était-elle maquillée devant un miroir ? En moyenne une fois par semaine depuis qu’elle était adolescente. Combien de paires de chaussures avait-elle possédées ? (…) Combien de glaces ? On n’avait jamais l’impression de faire beaucoup de fois les choses. Et puis, quand on les mettait bout à bout, cela faisait un nombre inimaginable. Or, ce nombre était la vie. 

*

Vous l’aurez compris, ce nouveau Carissi (après l’excellent La fille dans le brouillard), se déroule une nouvelle fois à Rome avec Marcus et Sandra, notre duo de choc, attachant et déterminé. Ce tome, encore une fois, est extrêmement bien documenté, on reconnait les codes, la construction du récit mais…. (parce qu’il y a un mais), il n’y a pas ce petit plus caractéristique de la série du Chuchoteur, cette horreur qui se mêle à la psychologie des personnages. Dommage.

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Un bon thriller évidemment (est-il nécessaire de le préciser puisque c’est un Carissi!) mais je ne suis pas fan de la série du Tribunal des âmes, celle du Chuchoteur était bien plus percutante. Finalement, le plus grand reproche que je pourrais faire à ce livre est de ne pas être la suite du Chuchoteur et de l’Ecorchée

Nota Bene : A lire à Rome, éclairé(e) à la faible lueur d’une bougie.

Ma note :

troissurcinq


Editeur : CALMANN-LEVY
Date parution : 18/10/17
ISBN : 9782702162019
Nb de pages : 352 pages

L’homme qui voyait à travers les visages – Eric-Emmanuel Schmitt

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Après La nuit de feu, Eric-Emmanuel Schmitt poursuit son exploration des mystères spirituels dans un roman troublant, entre suspense et philosophie.Tout commence par une explosion à la sortie d’une messe. Le narrateur était là. Il a tout vu. Et davantage encore, il possède un don unique : voir à travers les visages et percevoir autour de chacun les êtres minuscules –souvenirs, anges ou démons- qui le motivent ou le hantent.Est-ce un fou ? Ou un sage qui déchiffre la folie des autres ? Son investigation sur la violence et le sacré va l’amener à la rencontre dont nous rêvons tous…

MonavisV2

J’ai été assez surprise par ce livre. Pour tout vous avouer j’avais déjà assisté à la conférence d’EES sur ce livre avant de l’avoir lu et finalement je pense que c’était une bonne chose car ma lecture en a été grandie.

Pour autant j’ai eu du mal à m’accrocher à ce livre. Evidemment les sujets abordés sont intéressants, font réfléchir et la plume d’EES est celle que l’on connaît donc c’est toujours un plaisir de le lire. Cependant j’ai eu du mal à m’accrocher et à sincèrement m’intéresser à l’histoire d’Augustin. Ce roman raconte l’histoire d’Augustin, un journaliste payé avec un salaire de misère dans la petite rédaction de Charleroi en Belgique. Un jour, son chef, un individu tyrannique et totalement dépourvu de compassion l’envoie « dans la rue » afin qu’il ramène du matériel pour faire un article. C’est justement en se promenant au hasard dans la rue qu’Augustin tombe sur une étrange vision : Un jeune homme agissant suspicieusement qui est accompagné d’une petite silhouette qui lui parle avec véhémence sur son épaule et semble le convaincre de faire ou ne pas faire quelque chose.

Quelques minutes plus tard, le jeune homme se fait exploser devant une église dans laquelle se déroulait un enterrement. Augustin est aux premières loges. Via un voyage initiatique, les entretiens avec un écrivain de renom (pas de spoiler mais il ne sera pas très compliqué de deviner lequel) et l’exploration des limites de sa conscience, Augustin essaiera de comprendre. Comprendre ce qui a poussé le jeune homme à commettre cet acte et comprendre pourquoi il a ce don: celui de voir à travers les visages.

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C’est définitivement un livre qui fait réfléchir sur la religion, sur l’influence des morts sur notre vie. Afin de ne pas avoir trop de redites je vous invite à lire le débrief de la conférence d’EES sur le sujet, à laquelle j’ai assisté le mois dernier et qui complètera la chronique!

Nota Bene A lire par dessus l’épaule des fantômes qui nous accompagnent

Ma note :

troissurcinq


Editeur : ALBIN MICHEL
Date parution : 31/08/16
ISBN : 9782226328830
Nb de pages : 420 pages

Conférence d’Eric-Emmanuel Schmitt

« L’homme qui voyait à travers les visages »

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La librairie Decitre organisait mercredi dernier (5/10) à la Bourse de Travail de Lyon une conférence d’Eric-Emmanuel Schmitt autour de la parution de son dernier ouvrage « L’homme qui voyait à travers les visages ». Bien entendu, lorsque j’ai vu la nouvelle sur mon fil d’actualité Twitter je me suis inscrite dans la seconde et là, quelques heures après la fin de la conférence je ne regrette absolument pas ce choix plus poussé par un instinct primaire qu’autre chose.

Pour la petite histoire, la conférence devait commencer à 19h mais une séance de dédicaces était organisée à 18h donc évidemment je suis arrivée en avance…Très en avance ! Pas folle la guêpe. Et au bout de 23 petites minutes d’attente je me suis retrouvée devant lui. J’hésite à vous retranscrire le dialogue tant il est dépourvu d’intérêt et tant j’ai eu l’air cruche et pathétique mais bon pour la véracité du récit allons-y ! No shame no game!

 **

MOI (m’avançant avec mon exemplaire dans les mains tremblotantes) : Heu Bonjour Monsieur ! (Déjà la phrase d’accroche bien naze)
LUI (avec un sourire accueillant) : Bonjour Mademoiselle.
Il se penche sur le post-it jaune remis par une organisatrice sur lequel est marqué mon prénom et me regarde avec un petit sourire au coin.
LUI (surpris) : Vous-vous appelez Ségolène ?
MOI (s’il me dit que c’est Royal…) : Heu oui *rire nerveux* (et là c’est la catastrophe) En fait je suis un peu stressée (comme s’il n’avait pas remarqué) *rire nerveux bis* Voilà, je voulais vous dire que j’ai adoré votre livre, « Concerto à la mémoire d’un ange ». Je …enfin… Il m’a vraiment marquée et heu… voilà (intérieurement vous pouvez bien vous imaginer que je me décomposais lamentablement sur place et je me disais mais tais-toi mais tais-toi)
LUI (même sourire bienveillant ou sourire « pauvre fille » mais bon on va faire comme si c’était toujours le sourire bienveillant #déni) : Oh merci c’est gentil ça me fait très plaisir.
Il écrit sa dédicace et moi je suis juste incapable de sortir une phrase sujet-verbe-complément un tant soit peu pertinente ! Sortir une phrase tout court d’ailleurs.
LUI (en me tendant mon exemplaire dédicacé) : Voilà !
MOI (les mains toujours tremblotantes mais avec un entrain pour le moins suspect) : Merci ! Bonne soirée ! (Oui j’ai vraiment dit Bonne soirée. Alors que j’assistais à la conférence 30 minutes plus tard. No comment).

Pour couronner le tout je me suis trompée de direction en repartant. Bref, la TO-TALE. Heureusement la suite de la soirée fut plus heureuse concernant ma dignité  (ou ce qui en restait) puisque je me suis contentée de m’asseoir sur mon fauteuil et de boire ses paroles avec un sourire béat. Mission accomplie 

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Mais quid de la conférence ?

Tout d’abord j’aimerais conseiller à tout le monde d’assister au moins une fois dans sa vie à une conférence d’EES. J’ai retrouvé le temps d’une heure et demie cette satisfaction que j’avais en cours de philo, ces moments où l’on apprend, où l’on comprend les choses et où d’une certaine manière, on accède à de nouvelles clés de lecture du monde. EES est également un orateur de talent (mes notes sont truffées de verbatim). Il explique avec pédagogie et humilité le cœur de ses œuvres et partage son avis sur les questions essentielles de la vie ou encore les débats d’actualité. Avec une dose d’humour en prime.

Certains moments sont faits pour être vécus et pas pour être racontés mais je vais quand même vous faire un petit débrief non exhaustif de la conférence par thématiques. Je laisserai de côté les considérations vraiment spécifiques à son dernier livre (à inclure peut-être dans la critique #teasing).

♦ ACTUALITE : ENTRE VIOLENCE ET DE-RADICALISATION 

Le dernier roman d’EES s’ouvre sur un attentat à la sortie d’une messe. En abordant ce thème qui fait tristement écho à l’actualité, il suscite l’interrogation du libraire qui lui demande ce qu’il pense du phénomène de dé-radicalisation et de la violence dans la société. EES entame sa réponse en citant Proust « La plus grande des violences qu’on peut infliger à quelqu’un c’est l’indifférence ».

Lorsqu’on l’interroge sur l’Islam, il a cette phrase très juste « Ce à quoi on assiste aujourd’hui c’est à l’Islamisation de la radicalisation plutôt que La radicalisation de l’islam ». De tout temps, les radicalisations ont existé et au fond, ce qu’il faut retenir c’est que certains ont besoin d’une cause, quelle qu’elle soit, surtout à la période de l’adolescence où l’on peine à trouver sa place dans le monde. On se construit selon trois identités : sociale, familiale et religieuse. Lorsque l’on se trouve en perte de repère, mal inséré socialement et avec une famille peut-être dysfonctionnelle, l’équilibre est rompu et le danger est de « réduire son identité à une pure identité religieuse ». Si l’émotion est une clé pour recruter les jeunes, EES pense que c’est aussi une des solutions pour les dé-radicaliser.

Il insiste également dans ce processus de construction de l’identité sur l’importance de la transmission dans la famille, surtout celle qui est non verbalisée. Il faut éviter de tomber dans l’écueil du déterminisme afin de « ne pas être objet de l’histoire mais sujet de son histoire ».

♦ LA VIE D’UN AUTRE

« Je crois qu’on est beaucoup à ne pas seulement vivre notre vie mais à vivre la vie de quelqu’un d’autre ». Cette phrase fait écho au personnage de son dernier livre, Augustin, qui est pourvu d’un don. Il voit à travers les visages l’invisible, les morts qui nous accompagnent. Certains d’entre nous ont cette lucidité, cette empathie particulière aux écrivains qui permet de voir la lumière, la nostalgie, au fond d’un regard. « Bienheureux sont ceux d’entre nous qui ont beaucoup de morts autour d’eux ». Cela signifie qu’ils ont vécu, que de nombreuses personnes les inspirent et les aident à vivre « Un écrivain a toujours un mur de morts autour de lui ».

En vivant la vie des autres, de ceux que l’on a aimé et qui sont partis on apprend à vivre et à ne pas oublier que la vie est éphémère « Je passerai toute ma vie à essayer de mériter d’être en vie. La vie est un cadeau qui nous est fait et en route on trouve ça normal d’être vivant, on oublie que c’est un cadeau. Il faut pratiquer l’étonnement d’être en vie, de se souvenir, vivre avec vivacité et intensité chaque instant ». Cultiver cet appétit de vivre. « Quand j’entends des gens se plaindre de vieillir cela m’est insupportable. C’est vieillir ou mourir jeune. Elle a ses maladies mais la vieillesse n’est pas une maladie ».

♦ LE MYSTERE DE L’ECRITURE 

« Puisque ces mystères nous dépassent. Feignons d’en être les organisateurs » Cocteau. Lorsqu’on lui demande comment il procède pour écrire, EES prend le temps de la réflexion. Il explique que tout cela relève d’un processus mystérieux, presque mystique « J’ai l’impression d’être le scribe plutôt que le créateur ». Les personnages apparaissent dans un coin de son esprit, au loin, comme des silhouettes non définies. Il s’endort alors quelques minutes et lorsqu’il se réveille de cette transe permise par ce demi-sommeil les personnages lui apparaissent plus présents. Ce n’est pas comme si l’histoire était déjà écrite et rédigée dans son esprit, plutôt comme si elle était vivante et qu’il n’avait plus qu’à retranscrire ce qu’il avait perçu.

C’est intéressant de voir finalement que le terreau de son imagination réside dans cet état de demi-conscience qui lui permet de raconter ses rêves. D’ailleurs les histoires, EES en est féru comme il l’a expliqué à une personne qui lui posait une question à la fin de la conférence. Les yeux fatigués après des journées de travail et d’écriture, il aime écouter des histoires audio avant de dormir. Toujours ce besoin de s’évader et de rêver. C’est peut-être pour cela que c’est un écrivain de génie. Parce qu’il s’autorise à cultiver ses rêves.

♦ LES TEXTES FONDATEURS ET LE RAPPORT AU DIVIN 

« C’est la lecture qui fait le livre et pas le livre qui fait la lecture… Sauf quand on le lit plusieurs fois ». EES croit profondément qu’il ne faut pas avoir une lecture littérale et passive des textes fondateurs. La Bible ou le Coran nécessitent une lecture critique, attentive et intelligente « La religiosité ce n’est pas la cessation de la pensée ».

Le violent est celui qui veut faire disparaître dans le réel tout ce qui remet en question sa pensée. « C’est une maladie de la pensée, ce n’est pas une maladie de la religion. Comme c’est une maladie de la pensée, c’est une bonne nouvelle, on peut la guérir par la pensée ». EES conclut ce point en insistant sur l’importance de la pensée des Lumières et de la culture pour avoir l’ouverture d’esprit adéquate et ne pas tomber dans les travers que l’on connaît.

Il termine cette conférence en expliquant que « Dieu est un auteur mal compris, mal lu, très mal lu. En fait ce n’est pas Dieu qui est un mauvais écrivain c’est l’homme qui est un mauvais lecteur» L’homme est responsable de sa lecture, de son rapport avec le divin et des autres hommes.

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Vous l’aurez compris, je n’ai pas encore lu son dernier livre (dédicacé !!! On ne le répètera jamais assez) mais je publierai sûrement sa critique dans le courant du mois de Novembre. Et vous ? Qu’est ce que vous pensez d’EES ? Quel est son livre que vous avez préféré ?