DOSSIER : La femme d’en haut – Claire Messud

** Attention cet article contient des spoilers pour ceux qui n’ont pas lu le livre**

 Les gens n’ont pas envie de s’inquiéter pour la femme d’en haut. Elle est fiable, organisée, sans histoires

J’ai de suite été séduite par la 4ème de couverture, cette description de la voisine sans histoire qui semble avoir la vie banale et normale par excellence. Qui se cache derrière cette femme ni belle ni moche, ni jeune ni vieille, ni blonde ni brune ?

Nora est cette fille/femme* qui a toujours fait plus ou moins ce que l’on attendait d’elle (la bonne copine, la bonne prof, la digne héritière des rêves contrariés de sa mère et de ses envies d’évasion). Finalement, on a l’impression qu’elle n’a jamais eu le courage de vivre ses ambitions, d’oser être pleinement elle-même ; comme si son avis était un critère parmi tant d’autres dans son processus de décision, un critère d’une importance relative par rapport aux exigences de ses parents et des valeurs reçues par son éducation.

fille/femme* : C’est peut-être un détail mais je trouvais intéressant qu’elle se décrive comme une fille puis comme une femme. Qu’elle oscille entre les deux. La question de la finitude de la vie, de son âge (elle fait une véritable fixette là-dessus) apparait tout au long du roman. Au-début on peut dire effectivement que c’est une fille (parce qu’elle n’est pas en accord avec elle-même) mais après la trahison de Sirena elle s’affirme et devient réellement femme (en tout cas c’est comme ça que je l’interprète).

En parlant de filles/femmes j’ai été frappée par son mépris et sa condescendance par rapport justement aux filles (toutes décrites comme des idiotes qui s’intéressent plus à leurs fringues qu’aux vrais problèmes du monde). C’est un féminisme un peu facile ou seules les quelques figures admirées sont épargnées : Didi, Sirena et sa mère.

1/. Le Palais des glaces : La quête de sens vers l’affirmation de soi

La métaphore du palais des glaces était particulièrement bien trouvée. Pourquoi ?

  • La palais: Le palais représente l’immensité de l’existence et son côté labyrinthique, les opportunités qui se trouvent derrières de nombreuses portes sur notre chemin qu’on laisse passer (par peur, par déni ou bien tout simplement parce qu’on veut tracer vers la fameuse sortie!).
  • Des glaces : Alors là évidemment il y a la métaphore de l’identité, la question du reflet, de ce que l’on projette. La différence entre la personne que l’on est, que l’on pense être, que l’on voudrait être et le reflet que l’on renvoie au reste du monde (via les miroirs déformants). Nora parait obsédée par cette question au point de devenir la fille la moins spontanée du monde. Et comment pourrait-on lui en vouloir ? Elle nous pose avec justesse tout au long du livre la question de savoir si finalement à force de faire semblant on ne devient pas cette caricature à laquelle on joue quotidiennement pour sauver les apparences. A force de trop faire semblant, le risque est de ne plus se souvenir de la personne que l’on était auparavant. Cette idée m’a fait penser à l’anecdote d’un type qui avait passé son adolescence à imiter les rires des autres et qui, arrivé à l’âge adulte, ne se souvenait plus de son véritable rire. C’est vrai que c’est l’écueil auquel on arrive inévitablement et c’est particulièrement pervers puisque lorsque l’on s’en rend compte c’est trop tard et on a perdu notre authenticité. On est obligé de jouer la comédie, avec plus ou moins de talent, et on ressent ce sentiment de décalage qui persiste, qui nous met à l’écart. D’où peut-être aussi (pour en revenir au livre !) tous ces moments où elle a peur d’avoir l’air folle, d’avoir un comportement inapproprié vis-à-vis des parents d’élèves ou de Sirena.

Nora se sent comme le personnage secondaire de sa propre vie, elle observe mais n’agit que très sporadiquement. Cela fait sens lorsqu’elle parle de l’inscription qu’il y aura sur sa tombe. C’est une question que l’on est tous amené à se poser. Comment les autres nous perçoivent ? Est-ce que l’on nous reconnaitrait si l’on donnait la véritable description de nous-même (de notre « moi intérieur ») ?

2/. Le besoin vital d’être comprise et acceptée

A travers les relations que Nora entretient notamment avec ses deux amies (Didi- vraie amie ; Sirena – amitié/amour malsain) on voit que Nora cherche d’abord à être comprise, qu’on lui donne au fond l’autorisation d’être elle-même.

Mais est-ce que l’on peut vraiment être compris ? Personnellement je pense que c’est impossible, que personne ne peut vraiment comprendre s’ils n’ont pas vécu les mêmes choses (on peut compatir au sens de « souffrir avec », essayer de se mettre à la place de) mais on ne peut pas comprendre. Nora en est consciente mais elle se laisse bercer par l’illusion qu’elle comprend Sirena, ou plutôt que celle-ci lui laisse entrevoir sa véritable nature (ce qu’elle estime être un cadeau inestimable). Là-dessus je rejoins totalement Nora. Au fond qui est-ce que l’on connait et qui nous connait totalement ? Personne. C’est un risque de se dévoiler entièrement parce qu’on fait le pari que l’autre personne nous comprendra (vraiment) et en respect par rapport au contrat implicite de l’amitié partagée ne nous trahira pas. En grandissant on revient très vite de cette conception idyllique de l’amitié j’ai envie de dire.

3/. La relation entre Nora et Sirena (+ la famille Shahid)

Le prénom

 J’ai adoré la création de la construction de la fascination de Nora pour Sirena. Déjà le choix du prénom Sirena en soi n’est pas anodin ! Sirena, Sirène. Les sirènes sont la métaphore de la dualité du plaisir, du plaisir qui ne se présente pas comme ce qu’il est vraiment. Les sirènes fascinent et envoutent les marins par leur chant (côté positif du plaisir) et leurs bateaux s’échouent sur les rochers (dangers du plaisir que l’on ne perçoit pas à première vue). C’est la raison pour laquelle justement Ulysse avait fait preuve de ruse dans l’Odyssée parce qu’il avait réussi à bénéficier uniquement du côté positif des sirènes (écouter leur chant) sans avoir le côté négatif (s’échouer donc) grâce à la ruse (s’attacher au mat du bateau).

C’était une petite parenthèse mais nécessaire je trouve pour réellement comprendre ce qu’implique le personnage de Sirena. Elle n’est pas la personne qu’elle semble être (Sirena ainsi que le mari et le fils).

L’importance du toucher

C’est quelque chose qui m’a marquée évidemment: l’importance du toucher et de cette fameuse main que Sirena pose toujours sur le bras de Nora. Il y a une véritable importance des gestes dans la manipulation, la manière dont un geste même anodin peut nous renvoyer à cet instant originel. La première fois ou Sirena lui a touché le bras, ou elle l’a bouleversée. A chaque fois que le geste est réitéré, l’émotion revient avec emphase, avec exactement la même puissance que la première fois. Lorsqu’elle lui demande de garder son fils (moment de manipulation digne d’une marquise de Merteuil), Nora ne peut refuser à cause de son éducation, à cause de Sirena mais surtout à cause de cette main sur son bras. Je trouve que c’est très intelligent de parler de ça parce que c’est vrai que les gens ne se rendent pas comptent que parfois un geste aussi anodin qu’une main sur un bras puisse déchainer tout un afflux d’émotions brutes, non rationnalisées car non traitées par le cerveau (cf. conférence de B. Cyrulnik sur la mémoire traumatique). Du coup c’est vrai que l’on peut avoir l’air ridicule à avoir peur d’un geste qui parait insignifiant d’un point de vue extérieur.

La naissance et l’évolution de la dépendance physique et affective

 Sirena est ravissante. Elle ravit Nora parce qu’elle lui plait mais aussi parce qu’elle l’enlève. Nora ne peut plus se passer d’elle. Elle attend toujours avec impatience les conversations qu’elles partagent et dont l’issue a toujours pour elle une vraie signification, un enjeu quasi-vital. Nora, est un peu naïve sur ce coup là (mais qui pourrait lui reprocher parce qu’on a tous fait l’erreur (mais elle, elle se réveille un peu tard quand même !)).

Elle est persuadée que ses sentiments sont réciproques mais inconsciemment elle se rend bien compte qu’elles ne sont pas sur un pied d’égalité. Elle admire fiévreusement Sirena tandis que cette dernière l’apprécie tièdement tout au plus. Ça m’a fait penser au passage dans Les faux monnayeurs d’André Gide ou le héros explique qu’on fait toujours semblant de ne pas trop tenir aux personnes les plus importantes par peur d’être ridicule/rejeté. C’est exactement ce que dit Nora quand elle a peur de paraitre trop enjouée en la présence de Sirena et qu’elle se force à ne pas être complètement hystérique/extatique lorsque celle-ci la contacte.

Le début de leur relation s’apparente à une période « lune de miel ». Elles entretiennent une relation exclusive et Nora fait comme si Sirena n’existait pas en dehors de leurs rencontres. Et puis lorsqu’elle rencontre son mari c’est le retour à la réalité : Sirena est une artiste montante, elle a un mari, un fils, une vie en dehors d’elle. Et pour Nora, cette idée lui apparait progressivement de plus en plus insupportable.

Reza est l’enfant rêvé. Le fils qu’elle aurait pu avoir. Skandar le mec qu’elle aurait pu avoir. Nora ne cesse tout au long du roman de se justifier d’être toujours une femme célibataire sans enfants (« toujours » sous-entendu « toujours à son âge »). Elle avait eu l’opportunité (avec Ben), c’est par choix, en suivant les principes de sa mère qu’elle a décidé d’être indépendante (vive l’émancipation !). Enfin petite parenthèse, ça c’est ce qu’elle dit mais elle n’a pas l’air d’avoir une vie amoureuse très funky ! Elle persiste dans sa volonté et sa fierté à toujours vouloir se débrouiller toute seule (bon là je serai mal placée pour lui en tenir rigueur). Elle a tendance à se dévaloriser dans la description qu’elle fait d’elle-même, dans son rapport d’admiration/de mépris par rapport aux autres. Il n’y a pas de juste milieu.

Du choc de voir que cette famille évolue sans elle, elle s’immisce progressivement dans leur quotidien (via les fantasmes qu’elle a de Skandar, les conversations avec Sirena et son attitude maternelle et surprotectrice envers Reza). Evidemment elle culpabilise et se rends bien compte qu’elle n’est pas à sa place mais après tout peu importe puisque ça la rends plus heureuse et plus vivante qu’elle ne l’a jamais été. C’est pour ça qu’elle accepte d’être utilisée parce qu’au fond elle y trouve elle aussi son compte. Sa volonté de faire partie de cette cellule familiale devient limite obsessionnelle et Sirena ne cesse de l’encourager dans cette voie en lui disant qu’elle est je cite « une véritable amie ». Mon dieu, quand elle a dit ça j’au juste eu envie de sauter dans le livre et de la remettre à sa place !

Jusqu’à ce moment-là l’opération séduction se déroule avec succès !

Des illusions à la désillusion

Tout est merveilleux, Nora n’a pour l’instant entendu que le chant des sirènes et est à peine consciente qu’elle pourrait s’échouer sur des récifs. Tout est merveilleux et puis sa famille d’adoption part brusquement. Sans elle. C’est les heures passées près du téléphone à attendre une lettre, un sms, n’importe quoi. C’est se raccrocher au moindre signe de vie de l’autre. C’est se retrouver désespérée de réaliser qu’on est cette personne qui ne se suffit pas à elle-même malgré ses beaux discours sur l’indépendance.

Sa colère n’est finalement que l’expression de sa tristesse qui la prend aux tripes. Peut-être que finalement elle ne comptait pas tant que ça pour Sirena (il était temps qu’elle s’en rende compte) ! Il n’y a pas eu de promesses entre elles. Rationnellement Nora ne pouvait pas en vouloir à Sirena de ne pas lui donner de nouvelles mais le contrat de l’amitié était implicite. On en revient encore à cette prise de risque de s’attacher, de mettre quelqu’un sur un piédestal. Soit l’autre personne s’en fout, soit elle s’en rend compte et en joue (pour le coup c’est plus pervers). A ce moment-là on ne sait pas encore si Sirena est juste une connasse égoiste qui ne se rend pas compte de ce qu’elle fait ou si c’est une perverse qui sait et qui en joue. A la limite on préfèrerait presque la seconde possibilité. Une indifférence sans mauvaise intention c’est le mépris ultime. On raye la personne de son existence et basta ya.

Pour Nora, plus l’attente dure, plus elle s’accroche. Plus Sirena est cruelle, plus elle a besoin d’elle. C’est terrible. Pourquoi ? En pardonnant (parce qu’évidemment Nora finit par lui pardonner, comment faire autrement) elle justifie le fait d’être restée. Si elle avait dit stop, alors Nora aurait été obligée de se retrouver face à elle-même et de réaliser qu’elle avait été bien conne de s’accrocher tout ce temps dans cette amitié à sens unique. Alors Nora pardonne. Elle pardonne parce qu’elle est trop faible pour dire non et se sortir de cette emprise délicieuse, de cette relation destructrice qui représente tout et qui désormais la définit.

Nora pardonne mais elle n’oublie pas. La graine de sa colère et de sa rébellion a désormais un terreau fertile pour pousser.

Nora n’est pas uniquement fascinée par Sirena elle l’est par cette famille mais aussi pour ce qu’elle représente ; un champ de possibilité, l’espoir de s’épanouir et de devenir l’artiste et la femme qu’elle voudrait être, de réaliser le rêve qui était bridé par sa peur de rater, sa peur de ne pas être à la hauteur de l’idée qu’elle se faisait d’elle-même.

Je ne supportais pas l’idée d’échouer. Je trouvais pire de tenter ma chance et d’échouer que de ne pas essayer.

Là encore on retrouve cette peur héritée de sa mère de passer à côté de sa vie et d’errer dans le Palais des glaces et de manquer les portes (encore une petite couche sur le temps qui passe et fixette sur son âge – décidément !).

Elle est fascinée par cette famille mais peu à peu devient jalouse de Sirena qui prend sa vie de rêve pour acquise. Nora rêverait d’avoir une relation exclusive avec chacun d’entre eux. Pourquoi est-ce que c’est si important ? En fait c’est un peu la dialectique maitre/esclave de Hegel inversée. Nora admire de façon particulière les trois membres de la famille et elle est enchantée qu’ils l’aiment en retour. Pourquoi ? Parce que si des personnes aussi fascinantes l’aiment alors cela signifie qu’elle est digne d’être aimée, qu’elle a de la valeur. En fait cette relation booste sa confiance en elle et font naitre en elle l’espoir que sa vie n’est pas finie, qu’elle peut réussir en tant que femme, en tant qu’artiste et qu’elle pourra un jour traverser Paris en voiture, les cheveux au vent.

La relation plus intime

 On le voyait venir, le moment où Nora allait se rendre compte qu’elle éprouvait du désir au-delà de l’amitié et de l’amour pour Skandar et Sirena. Plus que le désir c’est une relation intime, particulière qu’elle veut avec chacun d’entre eux, séparément (l’idée qu’ils puissent coexister sans elle lui est aussi insupportable).

Skandar est un personnage très énigmatique tout au long du livre au sens où on se demande ce qu’il trouve à Nora. Sirena l’utilise comme assistante et faire-valoir, Reza comme mère de substitution mais lui ? Qu’est-ce qu’il lui trouve ?? J’étais un peu sceptique par rapport aux promenades platoniques de Skandar et Nora. Cette situation est peu crédible à mon avis.

Les oppositions dans l’art

Skandar ne m’a pas intéressé plus que ça jusqu’au moment où il découvre l’œuvre de Nora. Ce qui m’amène à un point majeur du livre : les différentes conceptions artistiques de Nora et Sirena et ce que ça dit de leur personnalité.

Nora a un art recroquevillé sur lui-même, minutieux, introverti, elle s’efface, invisible, pour laisser la place aux femmes qu’elle admire et dont elle imagine le lieu d’intimité par excellence (la chambre donc) tandis que Sirena envisage une œuvre grandiose, exposée à la lumière, éclatante de joie, à la taille de son ego et de son ambition. On a également une opposition entre les photos professionnelles de Sirena qui témoigne, qui s’assume, et les polaroids flous et fantasmagoriques de Nora qui s’amuse à être quelqu’un d’autre, qui s’excuse presque d’exister. L’opposition entre l’ombre et la lumière.

On ne peut décemment pas parler de leur opposition sans évoquer le titre de l’œuvre de Sirena (là-encore on apprécie le clin d’œil à Lewis Caroll : Alice au pays des merveilles jusqu’à l’autre côté du miroir). L’œuvre de Sirena (qui porte décidément bien son nom !) fait également écho à la métaphore du début, celle du Palais des Glaces, des miroirs déformants qui embellissent, asservissent, transforment la réalité.

Il y aurait surement beaucoup de chose à dire sur le détail de la construction de leurs œuvres respectives mais là n’est peut-être pas l’essentiel du livre, c’est surtout le fil conducteur, une illustration imagée des rapports qu’elles ont avec la vie, avec elles-mêmes.

Le tragique du départ de « la famille » de Nora

J’ai toujours su que mon désir ne pourrait pas être satisfait, qu’il ne le serait jamais ; mais que j’étais encore assez près pour me cramponner, par intermittence, au fantasme de sa satisfaction, et que cela même suffisait à le maintenir, si longtemps, en vie.

Quand la famille part, l’obsession de Nora prend une dimension toute particulière. Et personne, même pas Didi, ne comprend. Comment le pourrait-elle ? A-t‘elle seulement déjà vécu quelque chose de similaire ? Nora ne vit encore une fois que dans l’attente et regarde le monde par le prisme de sa relation avec eux. Eux qui sont tellement parfaits par rapport à elle qui, au fond, à part cette année partagée avec eux, n’a pas accompli grand-chose.

Le départ de Sirena est vécu comme une petite mort. Je pense que le mot « mort » n’est pas exagéré (lorsqu’elle compare cet abandon à la mort de sa mère). C’est une mort, la fin d’une histoire, le démantèlement de l’œuvre pour laquelle elle a tant travaillé (réellement et symboliquement), la fin des jours heureux. Comme si tout cela n’avait été qu’une parenthèse imaginée/imaginaire.

Et puis Sirena revient, elle irradie, elle rayonne comme un soleil et même Anna (la galeriste) ne peut détourner son regard d’elle. Est-elle vraiment aussi magnétique ou bien est-ce une déformation de ce que croit voir Nora ?

La trahison

Nora était déjà amère lorsque Skandar lui avait donné ses vieilles affaires en partant (une concession et pas réel cadeau) et on ne peut que la comprendre. Mais même ça elle était prête à le comprendre et à l’accepter parce qu’elle se trouvait insignifiante. Ce qu’elle ne pourra pas pardonner en revanche c’est la trahison ultime de Sirena et le silence complice de Skandar. Réaliser que leur famille n’était pas sincère, que cette amitié/cet amour n’était pas réciproque.

Au fond c’est peut être un mal pour un bien parce que, une fois trahie, Nora se donne la permission de vivre. Elle s’autorise à avoir une fureur de vivre, à laisser éclater sa colère et à dire FUCK sur sa tombe. Le monde peut trembler parce que maintenant « vous allez voir ce que vous allez voir ».

3/. Une nouvelle lucidité

Parfois, vous ne saisissez même pas l’importance d’un évènement avant longtemps, car vous n’arrivez pas à croire qu’un fait aussi capital ait pu présenter une apparence aussi anodine.

On pourrait écrire des pages et des pages sur cette phrase. Parce qu’elle est vraie. Parce qu’il suffit d’un rien pour changer une vie, de cinq malheureuses petites minutes et c’est fini, tout bascule. Irrémédiablement. C’est la « fêlure fatale » dont parlait Donna Tartt (de manière générale tout est dans le livre de DT).

On peut se demander si c’était une bonne chose que Nora croise le chemin de la famille Shahid. Est-ce qu’il aurait mieux valu qu’elle reste « la femme d’en haut » ou bien est-ce que cette rage de vie est préférable ? Je tends à préférer la seconde option. Pourquoi ? Déjà parce que c’est impossible de revenir sur le passé mais surtout parce que l’important c’est ce qu’elle va faire de cette expérience. C’est qu’elle se batte, c’est qu’elle dise FUCK sur sa tombe, c’est qu’elle devienne l’artiste qu’elle a toujours voulu être et qu’elle arrête de se mettre toute seule des barrières. Sirena aura au moins eu le mérite de la révéler à elle-même. Bien sûr elle lui aura fait du mal. Terriblement. Mais Nora ne va plus se laisser faire ! Elle choisit la Vie avec un V majuscule.

J’aimerai terminer sur une petite phrase de Martha Graham que j’avais notée sur un petit carnet parce que je trouve qu’elle correspond bien au nouvel esprit combatif de Nora (et surtout parce que je n’ai pas trop d’inspiration pour une conclusion !):

There is a vitality, a life force, a quickening that is translated through you into action, and there is only one of you in all time, this expression is unique, and if you block it, it will never exist through any other medium; and be lost. The world will not have it. It is not your business to determine how good it is, not how it compares with other expression. It is your business to keep it yours clearly and directly, to keep the channel open. You do not even have to believe in yourself or your work. You have to keep open and aware directly to the urges that motivate you. Keep the channel open

C’est un peu la leçon que donne Nora finalement : Keep the channel open

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Le maître des illusions – Donna Tartt

9782259221917

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En décrochant une bourse à l’université de Hampden, dans le Vermont, Richard Papen ne laisse pas grand chose derrière lui : la Californie, qui lui déplaît ; son adolescence, faite de souvenirs incolores ; et ses parents, avec qui il ne s’entend pas. Hampden est une porte de sortie inespérée, l’opportunité de vivre une nouvelle vie. Passées quelques semaines, il est bientôt attiré par un professeur atypique, Julian Morrow, esthète capricieux qui enseigne les lettres classiques à cinq étudiants apparemment très liés. Contre l’avis de ses professeurs, il tente de s’introduire dans le groupe de ces jeunes gens marginaux sur qui courent les plus folles rumeurs. Et il est loin d’imaginer ce que lui coûtera sa curiosité.

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Les choses terribles et sanglantes sont parfois les plus belles. 

Je vous le conseille vraiment parce que c’est un texte merveilleux tant sur le fond que sur la forme. Donna Tartt écrit de manière fluide, simple et très juste. Elle a surtout le mérite de réussir à créer une atmosphère, une ambiance particulière qui est à la fois, lourde, malsaine mais qui a aussi par moments des accents de légèreté et de poésie. Il ne suffit que de quelques pages pour entrer dans cet univers qu’elle dépeint avec talent.

J’errais comme un somnambule, abasourdi et ivre de beauté. Un groupe de filles aux joues rouges qui jouaient au football, queues de cheval au vent, leurs cris et leurs rires atténués par la prairie veloutée au déclin du jour. Des pommiers craquants sous les pommes, avec en dessous des fruits rouges tombés sur l’herbe, l’odeur lourde et sucrée des pommes qui pourrissaient par terre, le bourdonnement régulier des guêpes (…) Le choc de voir pour la première fois un bouleau se dresser dans le noir, le soir, aussi mince et indifférent qu’un fantôme. Et les nuits d’une ampleur inimaginable : noires et venteuses, énormes et agitées, traversées d’étoiles. 

Sur le fond c’est un véritable chef-d’œuvre parce que Donna Tartt aborde les sujets les plus fondamentaux de la vie (la mort, la vanité, la beauté, la culpabilité, la morale…) avec plusieurs niveaux de lecture, tout en finesse et subtilité. Le thème est vu est revu : l’histoire d’une bande d’étudiants riches et débauchés qui en arrive à tuer l’un des leurs (ce n’est pas un spoiler on le sait dès la 2ème ligne du texte).

Si le thème de départ paraît simpliste, c’est surtout le développement, la psychologie des personnages, qui est au cœur du livre. Le thème principal n’est pas tant le côté enquête puisque l’on sait dès le prologue qui sont les coupables, mais le pourquoi du meurtre et la gestion de l’après (comment vivre avec et assumer). Plus généralement, ce livre parle du moment particulier que constitue la fracture dans une vie. On pourrait même presque parler de fracture identitaire, du moment où une décision, un événement, nous transforme profondément. C’est finalement cela que l’on vit par les yeux de Richard (le narrateur) quelques années après les faits : comment il a été amené à traverser, à (sur)vivre cette fracture.

Richard, jeune boursier, quitte sa Californie natale pour étudier à l’université de Hampden dans le Vermont où très vite il est intrigué par un petit groupe d’étudiants qui se détache de l’ensemble de sa promotion. Fascinés par la culture classique, les grands philosophes grecs et le magnétisme de leur charismatique maitre à penser, Julian, ils décident d’explorer les limites de leur conscience en se livrant à des rituels anciens. Un soir, l’expérience tourne au drame lorsque quatre d’entre eux, sous l’influence de puissants psychotropes tuent un homme. Richard, le narrateur, nous compte alors comment le cinquième membre du groupe, Bunny, qui n’avait pas été convié à la Bacchanale (le fameux rituel), comprend ce qui s’est passé et se met progressivement à faire planer de manière cruelle et insidieuse la menace sur les autres, qui, impuissants, en arriveront à envisager l’inenvisageable…

Sur fond de cours de grec, de week-ends dans l’ivresse à la campagne et de sophistication extrême, le masque de perfection glacée des personnages se fissure. Irrémédiablement. On reste spectateur, à travers les yeux de Richard, de cette lente descente aux enfers, mécanique, qui les mènera à un destin tragique…

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Je reprendrai la critique d’Olivia de Lamberterie qui résume finalement mon ressenti « Le maître des illusions : un coup de maître ». Alors, pour ceux qui ne l’ont pas encore lu, êtes vous prêts à quitter le monde phénoménal et à entrer dans le sublime?

Nota Bene : A lire et à relire, partout, tout le temps. Je l’ai lu en écoutant en boucle Lorde (Team, A world Alone) et Feder ft Lyse (Goodbye), musiques qui correspondent bien à l’ambiance du livre. Pour les passionnés ou les curieux vous pouvez vous rendre ici pour avoir un avis plus détaillé !

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Editeur : PLON
Date parution : 1993 (NED 2014)
ISBN : 9782259221917
Nb de pages : 600 pages

La porte – Magda Szabo

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« C’est moi qui ai tué Emerence. Je voulais la sauver, non la détruire, mais cela n’y change rien. » La Porte est une confession. La narratrice y retrace sa relation avec Emerence Szeredás, qui fut sa domestique pendant vingt ans. Tous les oppose : l’une est jeune, l’autre âgée ; l’une sait à peine lire, l’autre ne vit que par les mots ; l’une est forte tête mais d’une humilité rare, l’autre a l’orgueil de l’intellectuelle. Emerence revendique farouchement sa liberté, ses silences, sa solitude, et refuse à quiconque l’accès à son domicile. Quels secrets se cachent derrière la porte ?

Chef-d’oeuvre de la littérature hongroise dont le succès fut mondial, prix Femina étranger en 2003, La Porte a été élu meilleur livre de l’année 2015 par le New York Times.

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Quand j’étais étudiante je détestais Schopenhauer, plus tard j’ai compris que je devais retenir de sa théorie, que toute relation sentimentale est une possibilité d’agression, plus je laisse de gens m’approcher, plus il y a de voies par lesquelles le danger peut m’atteindre. Il ne me fut pas facile d’admettre que je devais en plus compter avec Emerence, son existence était devenue une des composantes de ma vie, et au début, je fus épouvantée à l’idée de la perdre si je lui survivais…

D’habitude on adore détester les romans qui reçoivent des prix parce qu’à chaque fois je me pose la même question : Est-ce qu’il y a eu connivence, est-ce vraiment mérité? Est-ce que je ne vais pas être un mouton si je trouve moi aussi que le dernier lauréat du Fémina est merveilleux?

Parfois il faut passer outre ses préjugés et reconnaître le talent lorsqu’il se présente à sa porte. La porte de Magda Szabo c’est un grand OUI ! C’est l’histoire racontée par l’écrivaine de son étrange relation entre elle et sa femme de ménage, la mystérieuse Emerence.

Tout de suite, on est intrigué par la personnalité de cette femme dont les codes nous échappent. On s’attache, on s’interroge, on comprends à demi-mots le pourquoi du comment mais surtout, on voit se dessiner sous nos yeux la relation complexe entre les deux femmes, faite de respect, de mépris, d’incompréhension mais aussi d’amitié. Un bras de fer qui parfois se transforme en main tendue. Un roman subtil et intelligent qui donne matière à réfléchir sur les mécanismes de l’emprise, la manipulation et l’amitié.

Ce livre est une perle brute et authentique où les sentiments ne sont pas épargnés (et c’est ça qui est extrêmement bien réussi au-delà du style précis de l’auteur). Emerence nous séduit, à sa manière, dans son orgueil, dans ses valeurs dont elle est si fière. Elle nous apprend beaucoup aussi, sur sa vision de la vie, sur ce qui compte vraiment.

Apprenez qu’on ne retient pas celui dont l’heure a sonné; parce que vous ne pouvez rien lui donner qui remplace la vie.

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En définitive, un très beau roman porté par le personnage mystérieux d’Emerence. Merci Elodie de m’avoir fait découvrir ce titre. Il y a relativement peu de romans qui me marqueront durablement mais celui-ci en fera définitivement partie. 🙂 Très bel achat pour ceux qui manquent d’inspiration pour les cadeaux de Noël!

Nota Bene : A lire, derrière la porte, à l’ombre des secrets.

Ma note :

quatresurcinq


Editeur : LE LIVRE DE POCHE
Date parution : 2017
ISBN : 978-2253070221
Nb de pages : 352 pages

Un employé modèle – Paul Cleave

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SynopsisV2

Christchurch, Nouvelle-Zélande. Joe Middleton contrôle les moindres aspects de son existence. Célibataire, aux petits soins pour sa mère, il travaille comme homme de ménage au commissariat central de la ville. Ce qui lui permet d’être au fait des enquêtes criminelles en cours. En particulier celle relative au Boucher de Christchurch, un serial killer sanguinaire accusé d’avoir tué sept femmes dans des conditions atroces. Même si les modes opératoires sont semblables, Joe sait qu’une de ces femmes n’a pas été tuée par le Boucher de Christchurch. Il en est même certain, pour la simple raison qu’il est le Boucher de Christchurch. Contrarié par ce coup du sort, Joe décide de mener sa propre enquête afin de démasquer lui-même le plagiaire. Et, pourquoi pas, de lui faire endosser la responsabilité des autres meurtres. Variation sublime sur le thème du tueur en série, ce roman d’une originalité confondante transfigure tous les clichés du genre et révèle un nouvel auteur, dont on n’a pas fini d’entendre parler.

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J’ai apporté le magazine de mots croisés de Daniela pour tuer le temps et garder mon cerveau en alerte. Déjà quatre de finis. Un être omniscient en anglais. Trois lettres. Lettre du milieu, un O. Joe.

Paul Cleave ne nous présente pas Dieu mais Joe dans ce thriller délicieux qui renouvelle le genre.

Joe est homme de ménage au commissariat d’une petite ville néo zélandaise. Il observe avec ses grands yeux écarquillés et son air benêt l’avancée de l’enquête sur le boucher de Christchurch qui semble prendre un malin plaisir à échapper à la police et à terroriser la population. Son personnage de Joe-le-lent est tellement crédible que personne n’oserait suspecter qu’il joue la comédie. Personne et surtout pas Sally qui par bonté chrétienne s’évertue à lui apporter régulièrement son déjeuner le midi.

C’est assez jouissif de voir comment Joe, par petites touches de cynisme et d’humour noir, tourne en ridicule le travail de la police en opérant sous leur nez. Parce que c’est lui le boucher de Christchurch qui passe de Joe-le-lent à Hannibal Lecter en l’espace de quelques secondes. Il tue parce que ça l’amuse. Pourquoi se priver après tout, c’est un hobby comme un autre.

J’aime les femmes et j’aime leur faire des choses qu’elles ne veulent pas me laisser faire. Il doit y avoir 2 ou 3 milliards de femmes sur cette terre. En tuer une par mois, c’est pas grand-chose. C’est juste une question de perspective.

Lorsqu’on l’accuse à tort du meurtre d’une victime qui semble s’y méprendre à l’une des siennes, Joe est furieux. Il décide alors de mener l’enquête et d’éliminer (pas littéralement! ) les suspects de sa liste. Au-delà de l’enquête et des péripéties de son quotidien de sérial killer, ce sont peut-être les repas hebdomadaires qu’il passe chez sa mère que j’ai préféré. Ces repas ou cette femme affreuse lui cuisine avec une constance insupportable du pain de viande en ne manquant pas de lui faire remarquer à chaque fois que c’est son plat préféré. Les personnages secondaires dans ce thriller sont extrêmement intéressants, de la mère de Joe à la bienheureuse Sally ou la mystérieuse Mélissa. Joe est finalement peut-être un homme comme un autre, c’est ça le pire.

Je ne suis pas un animal. Je ne tuerais pas quelqu’un juste parce qu’il passe par là. Je hais les types comme ça. C’est ce qui me distingue des autres. C’est mon humanité.

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Un thriller rafraîchissant. J’ai beaucoup aimé lire cette histoire du point de vue du serial killer, c’est un éclairage original qui est à la fois terrifiant et extrêmement drôle. A ma grande surprise je me suis finalement attachée à Joe (et ce n’était pas gagné d’avance!). On en arrive presque à espérer qu’il ne se fasse pas prendre.

Nota Bene A lire dans la salle d’attente d’un entretien d’embauche avec un air benêt accroché sur le visage.

Ma note :

quatresurcinq


Editeur : SONATINE
Date parution : 20/05/10
ISBN : 9782355840333
Nb de pages : 423 pages

Jeux de miroirs – E.O Chirovici

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Un agent littéraire, Peter Katz, reçoit un manuscrit intitulé Jeux de miroirs qui l’intrigue immédiatement. En effet, l’un des personnages n’est autre que le professeur Wieder, ponte de la psychologie cognitive, brutalement assassiné à la fin des années quatre-vingt et dont le meurtre ne fut jamais élucidé. Se pourrait-il que ce roman contienne des révélations sur cette affaire qui avait tenu en haleine les États-Unis ?

Persuadé d’avoir entre les mains un futur best-seller qui dévoilera enfin la clef de l’intrigue, l’agent tente d’en savoir plus. Mais l’auteur du manuscrit est décédé et le texte inachevé. Qu’à cela ne tienne, Katz embauche un journaliste d’investigation pour écrire la suite du livre. Mais, de souvenirs en faux-semblants, celui-ci va se retrouver pris au piège d’un maelström de fausses pistes.

Et si la vérité n’était qu’une histoire parmi d’autres ?

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Je suis faible. Je suis faible car j’ai succombé malgré moi à la communication bien menée des Escales qui m’a fait comprendre sans subtilité qu’il fallait A-BSO-LU-MENT que je lise ce « roman évènement » de E.O Chirovoci (dont on rappelle ici que c’est le premier livre).

Un agent littéraire reçoit l’extrait d’un manuscrit dont le sujet est l’histoire d’un crime qui s’est déroulé il y a plus de 20 ans. Son auteur, Richard, a fait partie des principaux suspects pendant le déroulé de l’enquête. Le crime? C’est le meurtre d’un célèbre professeur de psychologie cognitive et  il semblerait que le manuscrit raconte ce qu’il s’est vraiment passé ce soir-là et révèle les clés pour trouver qui est le coupable. Malheureusement l’auteur du manuscrit décède avant d’avoir pu transmettre la fin du roman à son agent…

Le livre est découpé en trois parties, trois points de vues qui s’entrechoquent comme les parties d’un puzzle qui pourraient constituer le miroir de vérité. La première partie est l’extrait du manuscrit envoyé par Richard qui raconte les mois ayant précédé le drame. Les seconde et troisième parties sont celle d’un journaliste qui enquête sur la crédibilité à accorder au manuscrit et celle d’un policier à la retraite qui avait mené l’enquête à l’époque et qui cherche à résoudre définitivement l’affaire.

*

Ce livre m’a fait pensé à la série The Affair qui raconte une même histoire selon plusieurs points de vue. La vérité n’est pas une, elle est un ensemble de faits colorés, teintés de manière plus où moins prononcée par nos perceptions, nos a priori, nos valeurs. Cette histoire m’a particulièrement intéressée parce que je suis dingue de tout ce qui touche au fonctionnement de la mémoire. Le sujet est effleuré, on en parle sans en parler, par quelques touches. C’est peut-être mon seul regret, que l’intrigue n’aille pas plus loin dans l’exploration de ce sujet, de la manipulation de la mémoire. Somme toute ce n’était pas assez sordide et glauque à mon goût pourtant il y avait matière vu le sujet!

Finalement quelle est la vérité? La fin est sibylline. On sait mais on ne sait pas. La réalité des faits n’est qu’une version parmi tant d’autres. Il reste un doute légitime: et si la solution n’était qu’une nouvelle version de l’histoire.  Et si tout cela n’était qu’un autre jeu de miroirs?

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Au delà du thriller j’ai beaucoup aimé les questionnements suggérés par le livre. Si c’était possible, est-ce que l’on voudrait effacer les pires moments de sa vie de sa mémoire (dans la mesure où l’on peut injecter de faux souvenirs quid de l’opération inverse)? Est-ce que l’on serait encore nous-mêmes sans nos failles qui nous ont certainement autant voire plus construits que les évènements heureux? Tous ces sujets sont passionnants, je pourrais en parler pendant des heures et des heures. En attendant je vous conseille VIVEMENT de lire Jeux de Miroirs. Parole de poisson rouge vous vous en souviendrez encore longtemps!

*Mention spéciale à la couv ultra chatoyante!

Nota Bene A lire comme un funambule qui danse sur le fil entre réalité et imagination, en écoutant Business Transaction-Home Video

Ma note :

quatresurcinq


Editeur : LES ESCALES
Date parution : 26/01/17
ISBN : 9782365693103
Nb de pages : 304 pages

 

Chanson douce – Leïla Slimani

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Lorsque Myriam, mère de deux jeunes enfants, décide malgré les réticences de son mari de reprendre son activité au sein d’un cabinet d’avocats, le couple se met à la recherche d’une nounou. Après un casting sévère, ils engagent Louise, qui conquiert très vite l’affection des enfants et occupe progressivement une place centrale dans le foyer. Peu à peu le piège de la dépendance mutuelle va se refermer, jusqu’au drame. A travers la description précise du jeune couple et celle du personnage fascinant et mystérieux de la nounou, c’est notre époque qui se révèle, avec sa conception de l’amour et de l’éducation, des rapports de domination et d’argent, des préjugés de classe ou de culture. Le style sec et tranchant de Leïla Slimani, où percent des éclats de poésie ténébreuse, instaure dès les premières pages un suspense envoûtant.

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Le bébé est mort. Il a suffi de quelques secondes. Le médecin a assuré qu’il n’avait pas souffert.

C’est la toute première phrase. Le livre s’ouvre sur un drame et le cri déchirant et presque animal d’une mère fait cette découverte macabre. Adam est mort et Mila est retrouvé dans un état critique. Quand à Louise, la nounou qui a tenté se poignarder après avoir commis ce double-meurtre, elle est encore vivante. « La mort, elle n’a su que la donner« .

Leïla Slimani nous plonge dans ce quotidien presque banal d’un couple bobo parisien et de leurs deux enfants. La mère Myriam décide après avoir eu Adam, son deuxième enfant de retourner travailler dans un cabinet d’avocat et ensemble ils décident d’engager une nounou. Louise semble être le choix idéal. Elle est douce, calme, adorable avec les enfants. Elle range la maison, prépare de bons petits plats lorsque le couple reçoit des invités. Petit à petit elle se rend indispensable jusqu’au point ou le couple l’emmènera en vacances avec eux tant elle semble faire partie de la famille. Mais c’est là que le bât blesse. Elle ne fait que « sembler » faire partie de la famille.

Petit à petit, par petites couches subtiles et tranchantes on voit se profiler le drame qui aura lieu, inéluctablement. Un livre qui m’a donné des frissons et qui mérite amplement sa réputation.

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J’avais beaucoup entendu parler de ce titre de la rentrée littéraire sur les blogs, la twittosphère et je n’ai absolument pas été déçue! Une fine analyse de la psychologie des personnages. Un livre où la question du pourquoi prime sur la question du qui. Je le recommande chaudement!

Nota Bene A lire en suçant son pouce, à écouter en s’endormant…

Ma note :

quatresurcinq


Editeur : GALLIMARD
Date parution : 18/08/16
ISBN : 9782070196678
Nb de pages : 240 pages

Donato Carrisi, le maître du suspense

Il ne vous aura pas échappé que nous sommes en Octobre et qu’Octobre c’est le mois… roulement de tambour… d’Halloween! Halloween étant selon Le Petit Crayon (selon moi donc) considéré comme le meilleur jour de l’année, il fallait marquer l’évènement (rassurez-vous on fera aussi un petit article spécial Noël… cadeaux sapin Jésus guirlandes et compagnie). Comme vous pourrez le remarquer je fais généralement preuve d’un optimisme modéré à l’approche de cette “fête” de fin d’année mais, comme cette échéance n’est pas prête d’arriver, concentrons nous plutôt sur quelque chose de positif: l’Halloween cher à mon coeur (avec le super visuel de Cyntia!)

halloween

Pour mon deuxième focus auteur, après la dame au chapeau, j’ai choisi de vous parler de Donato Carrisi, LE maître du suspense et du thriller. Ayant été biberonnée aux Agatha Christie, Maxime Chattam etc dès le plus jeune âge je suis une fine connaisseuse du genre mais il faut reconnaître que je n’ai jamais été autant saisie par un thriller qu’à la lecture du dyptique de Donato Carrisi (à quand le tome 3 d’ailleurs??? Par pitié faites qu’il y ait un tome 3). Même si vous ne l’avez jamais lu vous n’êtes surement pas passé à côté de ses couvertures représentant des visages de poupées en porcelaine creepy à souhait (ou sinon vous vivez sur une autre planète)! Avant de vous faire le petit débrief de quelques bijoux de l’amico Donato (appelons le par son petit prénom #familiarité) faisons un récap de sa bio qui est elle aussi fort intéressante et apporte un éclairage lumineux sur son oeuvre.


Tout d’abord un petit mot sur l’auteur

donatocarrisi

J’adore ce portrait avec son petit sourire au coin du style “je ne fais pas qu’écrire des livres sur des sérial killer si vous saviez hahaha” *rire diabolique* La photo est donc réussie car il cultive son aura mystérieuse (espérons que ça ne soit qu’une aura cela dit en passant).

Donato Carrisi. Italien, né en 1973 (je vous laisse faire le calcul), je n’ai pas été faire la fouine sur tous les sites qui parlent de lui pour connaître sa bio en détail MAIS le point à retenir c’est qu’il a fait des études en criminologie et sciences du comportement. Et ça se ressent parfaitement dans son écriture. Donato sait de quoi il parle. Il est très pédagogue sans avoir ce côté prof qui explique tout ou ce côté technicien qui utilise des termes incompréhensibles pour mettre de la poudre aux yeux.

Carrisi est un prestidigitateur de génie mais c’est dans la construction de ses intrigues qu’il opère son tour de magie.

Il est à noter qu’il a reçu pour “Le Chuchoteur” (j’adore le titre italien “il suggeritore”) le prix polar SNCF et si j’en crois mon expérience c’est généralement un bon indicateur de la qualité d’un roman. (cf. l’excellentissime « Avant d’aller dormir »de SJ Watson).

Le but n’étant pas d’être exhaustive vous pourrez trouver plus d’infos sur Wikipédia ou sur son site (je suis gentille je vous ai mis les liens bande de feignasses).


La série du Chuchoteur

chuchoteur

Il y a certains thrillers qui nous emportent dès la première ligne. Cela  a été le cas  pour moi avec cette série magistrale.

L’intrigue du chuchoteur est glauque à souhait, 5 petites filles ont disparu, 5 petites fosses ont été creusées dans la clairière, au fond de chacune d’elles un petit bras a été trouvé, le gauche. Un sixième appartenant à une victime inconnue est retrouvé dans une sixième fosse. L’équipe en charge de l’enquête appelle Mila Vasquez, spécialiste des affaires d’enlèvement pour retrouver à temps la dernière victime. Je crois que j’ai retenu mon souffle pendant toute la lecture de ce roman. Carrisi tourne et retourne la situation dans tous les sens dans des intrigues à tiroirs qui s’encastrent parfaitement dans une intrigue plus générale. Le style est cash, documenté, précis. On ressort de cette lecture en réalisant que l’on vient de lire un chef d’oeuvre magistral. “Dieu se tait, le diable murmure”.

Le second tome remet en scène Mila, cette héroïne dépourvue d’empathie. Sept ans plus tard, elle porte encore sur elle les stigmates de l’affaire du Chuchoteur. L’intrigue, là-encore est saisissante et dès les premières pages on frissonne d’horreur et de plaisir. Le second tome traite du thème des disparitions. Lorsqu’il s’agit d’enfants on pense à une fugue où à un enlèvement mais il existe une autre catégorie de personnes qui disparaissent, des personnes qui partent comme ça du jour au lendemain et changent de vie sans laisser de traces. Ici, dans “Les limbes”, Mila cherche dans les visages, partout, la trace de ces personnes disparues. Mais un jour, ils se mettent à réapparaître et à commettre des meurtres. Encore une intrigue magistrale où l’auteur nous balade comme des marionnettes jusqu’à la fin. Oh mon dieu la fin. Que dire sinon que cette série est un incontournable.

Le simple fait de rédiger cet article me donne une terrible envie de connaitre la suite! C’est affreux de ne pas avoir de date de sortie (si vous voulez en terme de frustration c’est équivalent à l’attente d’une nouvelle saison de GOT multipliée par 6,66). Je vous conseille donc, si vous voulez vous mettre au Carrisi d’acheter/d’emprunter/de lire Le chuchoteur et L’écorchée en même temps parce que inévitablement vous aurez besoin de lire la suite MAIS il y a un pendant négatif…. l’intrigue finale reste en suspens…

A quand un troisième tome? (ceci est clairement un appel désespéré à l’auteur – Donato si tu me lis…)


Il serait malhonnête de réduire cet incroyable auteur uniquement à cette série mais je trouve que c’est la plus réussie. Vous pouvez également découvrir Malefico et le Tribunal des âmes que j’ai personnellement moins aimé. Pour avoir regardé le teaser de La fille dans le brouillard, ce nouvel opus me paraît prometteur mais sera-t-il à la hauteur du chuchoteur? Suspense!!

Suspense relatif car je publierai sa chronique dans quelques jours !