DOSSIER : Le maître des illusions – Donna Tartt

** Attention cet article contient des spoilers pour ceux qui n’ont pas lu le livre**

Pour ceux qui ne lisent pas les articles dans le bon ordre (shaaaame) : la critique du maitre des illusions est ICI.

Pourquoi Le maitre des illusions est mon livre préféré ? Oui oui la question a le mérite d’être posée !

On peut réellement parler de chef d’œuvre, voire de classique, parce que l’histoire n’est pas clairement datée, elle pourrait se passer aujourd’hui comme dans 20 ans. Ces étudiants désabusés par la vanité de la vie et le manque de sens de leur existence  essaient d’y trouver une échappatoire. Et puis la situation leur échappe et devient hors de contrôle. Le narrateur nous plonge dès le début dans cette angoisse qui ne quitte pas Richard tout au long du livre. Il explique d’ailleurs que sa vie était « compromise de façon subtile et essentielle ». En effet, comment échapper à ce sentiment qui fait que l’on a l’impression que son avenir est tout tracé, que finalement la liberté n’est qu’illusoire et qu’au fond, on nait on meurt et ce qu’on fait entre les deux n’a pas tant d’importance ? Pour échapper à cette pensée et regagner le contrôle (parce que c’est aussi de cela qu’il s’agit : regagner le contrôle sur son existence) le groupe d’étudiants décide de se plonger régulièrement dans un état qui leur permet d’oublier leur état de mortel. Ils le font d’abord via le divertissement de manière assez transgressive (grâce à une consommation récréative de drogues/alcool) qui va petit à petit avoir des dérives mortifères. Ils flirtent symboliquement (via les drogues) puis effectivement (via le meurtre) avec la mort.

Ils poussent l’idée à son paroxysme en partant du principe que pour se sentir vraiment vivant il faut expérimenter le fameux rituel dionysiaque : la bacchanale qui consiste à se mettre dans un autre état de conscience pour jouir d’une liberté totale (tout en choisissant les modalités et le cadre de ce rituel cela dit!).

L’idée est que ce n’est que dans cet état altéré de conscience qu’ils peuvent vraiment se réaliser. Mais évidemment cette croyance est fausse parce que cet état de conscience altéré est par essence éphémère et qu’ensuite retourner à la vraie vie et assumer la conséquence de leurs actes sera nécessairement douloureux. Pourquoi ? Parce que le retour à la réalité est toujours extrêmement difficile quand on a connu cette liberté permise (et souvent promise) par l’usage des drogues. Et aussi parce que lors du retour à la réalité il faut assumer ce qu’il s’est passé pendant ce moment de « folie ». Comment les protagonistes gèrent ce retour à la réalité ? Chacun à sa manière. Pour certains c’est l’horreur, pour d’autres une révélation… Tout étant évidemment décrit de manière crédible et juste passionnante.

 Le premier meurtre

Les détails de ce qui s’est passé au fond cette nuit-là (à la Bacchanale) n’ont pas tant d’importance. D’ailleurs, l’auteur ne s’y attarde pas plus que ça finalement. C’est le moment de la fracture, du basculement qui importe. Ce moment où tout est possible et où l’on peut sortir du carcan des conventions sociales d’une vie fade et prédestinée, où on peut jouir d’une liberté totale.

Evidemment, le problème avec la bacchanale vient du fait que ce n’est qu’un moment passager. C’est aussi ce qui en fait son attractivité. On peut d’ailleurs y voir une analogie avec la vie et le problème intrinsèque que pose le concept de la vie éternelle auquel ils attachent tous tant d’importance. Puisque la vie n’est pas la vie sans la mort. La liberté totale dont ils croient jouir pendant la Bacchanale ne l’est pas tant que ça puisqu’elle est éphémère. Et puis est-ce vraiment de la liberté (de la perte totale de contrôle de soi) si on est voué à retourner à sa vie par la suite ? Est-ce seulement possible de revenir à sa vie d’avant ?

Parce qu’après il faut assumer. Assumer avoir perdu le contrôle, assumer cette excitation perverse et surtout assumer avoir aimé faire le mal. Et c’est justement ça qui est important au fond. Ce qu’ils font après ce premier meurtre, comment ils gèrent l’après. S’ils se perdent dans l’oubli et essaient de retourner à leur vie de débauche parce qu’ils savent que ce ne sont que des êtres humains et qu’il n’y a ni rédemption, ni vie éternelle, ni bonheur possible. Juste une pale imitation d’une vie désincarnée (avec drogues, alcools, etc). Soit (et c’est cette solution là qu’ils ont choisi d’après moi) ils épousent le mal parce que c’est leur seul moyen de se sentir vivants.

Ca recoupe un peu finalement ce que disait Nietzsche « Si tu plonges longuement ton regard dans l’abîme, l’abîme finit par ancrer son regard en toi ». En tuant, en s’autorisant à tuer, ils se sont laissé dévorer par l’abîme en quelque sorte. Il n’y a rien de plus significatif ‘dans une vie vide de sens dans laquelle ils sont confinés) que de tuer quelqu’un (réellement ou symboliquement) pour se sentir vivant je pense. Et c’est peut-être cela que recherchait inconsciemment Richard : se sentir vivant, appartenir à cette élite qu’il admirait et prendre la place de Bunny quand l’opportunité s’est présentée. C’est surement pour cette raison en partie qu’il a adhéré au plan d’Henri.

Les personnages

Le personnage de Richard est le plus intriguant selon moi. Finalement c’est plus un anti-héros qu’autre chose. Au début il inspire la sympathie. L’auteure fait tout pour : il est pauvre, brillant, paumé dans ses études. Il veut juste partir de chez lui et se sentir intégré, faire partie de quelque chose de grand, qui le dépasse. Tout le monde peut s’y retrouver et faire preuve d’un minimum d’empathie. Il y a donc RICHARD, l’anti-héros et les autres :

  • HENRI: L’intellectuel peu voire pas du tout sympathique. Profondément lassé et déconnecté de la réalité et qui utilise les drogues pour éviter d’y être confronté. C’est un peu ce qu’il fait (de manière plus saine je vous l’accorde) en passant sa vie dans les livres et l’étude des langues anciennes. Personnage intéressant qui semble à part au début mais qui se révèle fascinant. Il est le leader de la petite bande grâce à trois qualités fondamentales : sa froideur (presque analytique – celui qui résous les problèmes), son intelligence décalée (qui impressionne les autres) et sa richesse (qui lui permet d’avoir un certain poids dans les décisions et dans la dynamique du groupe)
  • LES JUMEAUX : Charles et Camilla, véritable binôme, entité presque allégorique, toujours vêtue de blanc, a priori sympathique mais qui n’existe pas trop en dehors d’une relation quasi-exclusive, incestueuse parfois. On les découvre à travers les yeux de Richard, fasciné par la beauté de Camilla

    Elle n’était plus son personnage habituel, inaccessible et lumineux, mais plutôt une apparition un peu brumeuse et d’une tendresse ineffable, toute en poignets fragiles, en creux ombrés et en cheveux ébouriffés, l’adorable et pâle Camilla qui se cachait dans le boudoir de mes rêves mélancoliques. 

  • FRANCIS : Le personnage qui m’a peut-être le moins séduite, le dandy perpétuellement angoissé.
  • BUNNY : Celui a l’apparence de la bonhomie. Celui qui nous apparaît comme le good guy et qui inclut d’emblée Richard dans la bande. Celui dont la gentillesse et la désinvolture n’est qu’une apparence. A l’origine la gentillesse est une vertu. Beaucoup l’oublient et la confondent avec de la niaiserie ou de la stupidité (« elle est gentille ») alors que la gentillesse, la vraie, la désintéressée est belle vertueuse et révélatrice d’une grandeur d’âme dont peu savent faire preuve. Mais souvent la gentillesse cache des dessins plus obscurs/pervers et c’est le cas chez Bunny qui utilise son sourire comme une arme. Une arme pour gagner la confiance de l’autre, trouver sa faille et la titiller jusqu’à le détruire. Tout en subtilité. En faisant mine de ne pas y toucher. Avec un sourire en prime ! Evidemment le portrait est noirci par Richard (le narrateur) qui inconsciemment cherche peut-être à justifier ses actes (même si on voit par la suite que ce n’est pas la culpabilité qui l’étouffe). Bunny reste cette personne que tout le monde aime parce que personne ne le connaît vraiment. C’est facile de faire illusion à distance mais ses « amis » ne sont pas dupes et comprennent avec effroi la menace qu’il représente.

C’est finalement aussi cela qui est terrible dans ce livre. Ce n’est pas tant le meurtre originel du paysan qui est la cause de tous leurs malheurs. Quand on y réfléchit ils n’ont jamais été soupçonnés ! C’est Bunny le problème, Bunny qui a été exclus de la Bacchanale et qui tient là sa vengeance malsaine tout en art et manière. En dissimulant des menaces à peine voilées derrière un sourire ou une plaisanterie. Est-ce que Bunny voulait juste les punir ou avait-il un cas de conscience (devenant de fait le seul à prendre la mesure de leurs actes) ? Autre question : Est-ce que la menace de Bunny était aussi réelle que ça ? Est-ce que Henri n’a pas exagéré cette menace pour avoir une raison de commettre un nouveau meurtre (et se débarrasser du problème Bunny de manière définitive ? Est-ce que les autres ont participé par peur de Bunny ou par fascination pour le projet morbide de Henri ?

On pourrait dire pour leur défense qu’ils avaient trop bu/consommé ou qu’ils n’avaient pas l’esprit clair à ce moment là mais non. M’est avis qu’ils savaient exactement ce qu’ils faisaient et les conséquences de leurs actes. Ils l’ont fait parce qu’ils le voulaient. Point. D’ailleurs, aucun d’entre eux n’a eu de sursaut de conscience. Ils ont tous approuvé le plan machiavélique d’Henri sans l’ombre d’une hésitation et avec une sérénité presque troublante.

Encore une fois, c’est la question de l’après qui a été importante. Nouveau bouleversement, nouvelle fêlure. Un meurtre encore, mais prémédité cette fois. L’incarnation de leurs pulsions destructrices et de leurs fantasmes dans la réalité. Se sentir exister plus que jamais. Et la réalité est tellement intense et belle (parce que terrifiante cf cours de Julian) qu’il leur faut à nouveau des drogues pour s’y confronter. Mais ce n’est plus le même genre de consommation qu’auparavant. On passe d’une consommation récréative qui sert à rompre l’ennui du quotidien à une consommation frénétique pour oublier, gérer la situation (pas tant la culpabilité que la peur d’être pris). Ce qui n’a en fait rien à voir. A la Bacchanale, ils étaient dans un rêve, un moment hors du temps, presque innocent et sans conséquences. Au second meurtre, ils étaient dans la vraie vie, avec un vrai mort, la police, le système fédéral et les parents qui cherchent des réponses etc.

Quid de Julian et de ses cours ? Les cours de grec sont un peu le fil rouge du roman ou Julian enseigne les vertus de la perte de soi, de l’amoralité (immoralité ??) qu’il pratique lui-même. Julian, tout comme Henri et Richard ont des tendances sociopathes (manipulateurs, calculateurs et profondément amoraux). C’est d’ailleurs assez amusant que Julian développe la philosophie de Platon ou l’idée du bonheur se rapproche de la sérénité et de la contemplation alors que ses étudiants pratiques une conception plus N du bonheur (oscillant entre joie intense, peine extrême et apathie par les drogues).

Bref, ils sont tous à courir derrière une chimère et je trouvais magnifique le fait que ce livre se termine sur un rêve, la silhouette d’Henri qui s’éloigne…

Ce livre est réellement le plus beau texte qu’il m’ait été donné de lire, je n’ai jamais autant exaltée après une lecture! Au point de ne point de ne pas pouvoir parler d’autre chose pendant des semaines!

 

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Le maître des illusions – Donna Tartt

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En décrochant une bourse à l’université de Hampden, dans le Vermont, Richard Papen ne laisse pas grand chose derrière lui : la Californie, qui lui déplaît ; son adolescence, faite de souvenirs incolores ; et ses parents, avec qui il ne s’entend pas. Hampden est une porte de sortie inespérée, l’opportunité de vivre une nouvelle vie. Passées quelques semaines, il est bientôt attiré par un professeur atypique, Julian Morrow, esthète capricieux qui enseigne les lettres classiques à cinq étudiants apparemment très liés. Contre l’avis de ses professeurs, il tente de s’introduire dans le groupe de ces jeunes gens marginaux sur qui courent les plus folles rumeurs. Et il est loin d’imaginer ce que lui coûtera sa curiosité.

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Les choses terribles et sanglantes sont parfois les plus belles. 

Je vous le conseille vraiment parce que c’est un texte merveilleux tant sur le fond que sur la forme. Donna Tartt écrit de manière fluide, simple et très juste. Elle a surtout le mérite de réussir à créer une atmosphère, une ambiance particulière qui est à la fois, lourde, malsaine mais qui a aussi par moments des accents de légèreté et de poésie. Il ne suffit que de quelques pages pour entrer dans cet univers qu’elle dépeint avec talent.

J’errais comme un somnambule, abasourdi et ivre de beauté. Un groupe de filles aux joues rouges qui jouaient au football, queues de cheval au vent, leurs cris et leurs rires atténués par la prairie veloutée au déclin du jour. Des pommiers craquants sous les pommes, avec en dessous des fruits rouges tombés sur l’herbe, l’odeur lourde et sucrée des pommes qui pourrissaient par terre, le bourdonnement régulier des guêpes (…) Le choc de voir pour la première fois un bouleau se dresser dans le noir, le soir, aussi mince et indifférent qu’un fantôme. Et les nuits d’une ampleur inimaginable : noires et venteuses, énormes et agitées, traversées d’étoiles. 

Sur le fond c’est un véritable chef-d’œuvre parce que Donna Tartt aborde les sujets les plus fondamentaux de la vie (la mort, la vanité, la beauté, la culpabilité, la morale…) avec plusieurs niveaux de lecture, tout en finesse et subtilité. Le thème est vu est revu : l’histoire d’une bande d’étudiants riches et débauchés qui en arrive à tuer l’un des leurs (ce n’est pas un spoiler on le sait dès la 2ème ligne du texte).

Si le thème de départ paraît simpliste, c’est surtout le développement, la psychologie des personnages, qui est au cœur du livre. Le thème principal n’est pas tant le côté enquête puisque l’on sait dès le prologue qui sont les coupables, mais le pourquoi du meurtre et la gestion de l’après (comment vivre avec et assumer). Plus généralement, ce livre parle du moment particulier que constitue la fracture dans une vie. On pourrait même presque parler de fracture identitaire, du moment où une décision, un événement, nous transforme profondément. C’est finalement cela que l’on vit par les yeux de Richard (le narrateur) quelques années après les faits : comment il a été amené à traverser, à (sur)vivre cette fracture.

Richard, jeune boursier, quitte sa Californie natale pour étudier à l’université de Hampden dans le Vermont où très vite il est intrigué par un petit groupe d’étudiants qui se détache de l’ensemble de sa promotion. Fascinés par la culture classique, les grands philosophes grecs et le magnétisme de leur charismatique maitre à penser, Julian, ils décident d’explorer les limites de leur conscience en se livrant à des rituels anciens. Un soir, l’expérience tourne au drame lorsque quatre d’entre eux, sous l’influence de puissants psychotropes tuent un homme. Richard, le narrateur, nous compte alors comment le cinquième membre du groupe, Bunny, qui n’avait pas été convié à la Bacchanale (le fameux rituel), comprend ce qui s’est passé et se met progressivement à faire planer de manière cruelle et insidieuse la menace sur les autres, qui, impuissants, en arriveront à envisager l’inenvisageable…

Sur fond de cours de grec, de week-ends dans l’ivresse à la campagne et de sophistication extrême, le masque de perfection glacée des personnages se fissure. Irrémédiablement. On reste spectateur, à travers les yeux de Richard, de cette lente descente aux enfers, mécanique, qui les mènera à un destin tragique…

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Je reprendrai la critique d’Olivia de Lamberterie qui résume finalement mon ressenti « Le maître des illusions : un coup de maître ». Alors, pour ceux qui ne l’ont pas encore lu, êtes vous prêts à quitter le monde phénoménal et à entrer dans le sublime?

Nota Bene : A lire et à relire, partout, tout le temps. Je l’ai lu en écoutant en boucle Lorde (Team, A world Alone) et Feder ft Lyse (Goodbye), musiques qui correspondent bien à l’ambiance du livre. Pour les passionnés ou les curieux vous pouvez vous rendre ici pour avoir un avis plus détaillé !

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Editeur : PLON
Date parution : 1993 (NED 2014)
ISBN : 9782259221917
Nb de pages : 600 pages

L’Héritier – Joost de Vries

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Quand il apprend le décès de son mentor Josip Brik, le philosophe spécialiste du métadiscours sur Hitler, Friso de Vos est anéanti. Profitant de sa détresse, un certain Philip de Vries, inconnu total, occupe alors le devant de la scène, multiplie les apparitions télévisées et devient le successeur de Brik aux yeux du monde entier.

Refusant de se laisser reléguer au second plan, Friso se rend à Vienne pour un colloque, bien décidé à montrer qu’il est le seul vrai connaisseur de l’oeuvre de Brik et son unique dauphin. Mais quand on le confond avec l’imposteur, Friso décide de se prêter au jeu.

Se jouant de la culture universitaire, mêlant références littéraires et culture pop, le roman nous entraîne dans l’univers de l’intelligentsia internationale ou la réalité compte moins que ce qu’on en dit. Une satire universitaire cinglante, un conte absurde extrêmement érudit.

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A nous deux l’Héritier!

J’avais tellement hâte de lire ce livre dont la couverture me faisait l’oeil depuis quelques semaines. Le reflet dans le miroir étant dans le mauvais sens, il me semblait que j’allais enfin avoir entre les mains un livre où la psychologie, les double-sens allaient être de mise. J’abordais donc ce livre avec un a priori positif mais il faut dire que ce livre a juste été une grande déception.

Il raconte l’histoire de Friso de Ros, un universitaire brillant, admirateur invétéré de son mentor Josip Brik qui a pris pour sujet d’études Hitler. Lorsque Brik décède brusquement à Amsterdam, Friso, alors en Amérique en Latine est dévasté. Il consacrait une grande partie de son temps avec son amie Pippa, à entretenir le mythe du vieux professeur.

Elle me toisa, me jaugeant ouvertement. Je tentai de la regarder avec la même dureté, de l’évaluer moi aussi, mais ce fut à moi que je pensais. A ma maigre cage thoracique, à mon visage creusé.

L’auteur nous emmène alors à un congrès à Vienne où Friso découvre, à son plus grand désarroi qu’un autre homme, qui lui ressemble étrangement (et qui a le même nom que l’auteur #funnybutnotfunny) s’arroge le titre d’héritier de son maître à penser. Friso, par un jeu d’apparences et de faux semblants jouera, alternera entre sa propre identité et celle de son double pour notre plus grand plaisir. Finalement, qui est vraiment l’héritier?

 

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En définitive, un livre qui m’est un peu tombé des mains et que j’ai trouvé assez décousu. Même si le style était plaisant à lire, j’ai eu du mal à comprendre où voulait nous emmener l’auteur exactement… Petite déception donc.

Nota Bene : A lire dans la Bibliothèque de son Université entre deux bouquins d’Histoire.

Ma note :

troissurcinq


Editeur : PLON
Date parution : 07/09/17
ISBN : 9782259249508
Nb de pages : 320 pages

 

Tu ne perds rien pour attendre – Janis Otsiemi

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Flic à Libreville, Jean-Marc a perdu sa mère et sa soeur dans un accident de la circulation alors qu’il avait douze ans. Le chauffard, fils d’un ministre, n’a jamais été poursuivi. Jean-Marc est entré dans la police à cause de ce drame. Pour se venger, se faire justice lui-même, condamner à sa manière ce meurtrier. Mais, fatigué des magouilles de ses collègues de la PJ et des crimes, viols et disparitions quotidiens, il a demandé à être muté à la Sûreté urbaine de Libreville. Un service pas plus reluisant, mais où il a le temps de préparer une vengeance qui le fait tenir au quotidien. Chaque soir, il s’arrête devant la villa du chauffard, en attendant le jour où il fondra sur lui comme un prédateur. Mais pour le moment, tel un Dexter à la mode gabonaise, il nettoie les rues de Libreville des voyous, violeurs, politiciens véreux et génocidaires rwandais qui y sont planqués…

MonavisV2

« Tu ne perds rien pour attendre » est le premier roman de la collection Sang Neuf chez Plon. Vendu comme un Dexter à la mode gabonaise. D’après son portrait dépeint aux Quais du Polar, Janis Otsiémi est venu au polar par effraction. Il a été nourri à la double sauce du polar français et américain.

Je m’attendais donc à un thriller haletant, un policier avec un sens douteux de la morale et de la justice mais quand même terriblement attachant. Finalement, j’ai eu du mal à rentrer dans l’histoire. Peut-être était-ce dû aux courts chapitres qui fragmentent la lecture ou bien aux nombreuses expressions et au vocabulaire auquel il est difficile de s’habituer. Cela dit, le style particulier, cash et direct, de l’auteur permet aussi de créer une ambiance qui peut avoir un certain charme.

Le pitch du roman ? C’est l’histoire de Jean-Marc, un policier qui après avoir croisé le fantôme de Svetlana, jeune femme assassinée plus de deux ans auparavant, se donne pour mission de résoudre ce crime.

La panthère vit dans les fourrés, disait un proverbe. La Sûreté urbaine était ses fourrés, à lui. Il allait devoir traquer toutes les pourritures qui pullulaient dans cette ville.

La quasi-intégralité du récit raconte le déroulement de l’enquête et finalement, ce qui a cruellement manqué pour moi c’était de voir les personnages dans d’autres contextes. Je n’ai pas réussi à m’identifier aux personnages, j’ai lu, regardé cette enquête de loin et c’est peut-être mon principal reproche.

EnconclusionV2

J’ai un avis plutôt mitigé sur ce livre puisque j’ai eu du mal à vraiment me laisser emporter par l’histoire. Le style de l’auteur, truffé d’expressions gabonnaises, a également nécessité un temps d’adaptation. Une belle découverte mais je n’ai pas été totalement convaincue.

Nota Bene : A lire en dansant la rumba à 3h du matin sur les trottoirs désertés de Libreville.

troissurcinq


Editeur : PLON
Date parution : 16/03/17
ISBN : 9782259253345
Nb de pages : 234 pages

Autobiographie d’une Courgette – Gilles Paris

autobiographie

SynopsisV2

« Depuis tout petit, je veux tuer le ciel ». Ainsi commence l’histoire racontée par Icare, un petit garçon naïf et inculte, surnommé Courgette, qui, à neuf ans, vit à la campagne avec sa mère. Depuis son accident, la mère de Courgette ne travaille plus à l’usine et boit des bières en regardant la télévision du matin au soir. Elle s’occupe peu de son fils qui n’apprend rien à l’école et joue seul pour la plupart du temps. Les rares dialogues échangés passent par la télévision, source d’inspiration de Courgette qui ne connaît la vie qu’à travers le petit écran. Un jour, Courgette découvre un revolver et tue accidentellement sa mère. Le juge le déclare « incapable mineur » et Courgette est envoyé dans une maison d’accueil. Mais pour Courgette, contrairement aux autres enfants, la maison d’accueil est loin d’être « une prison ». L’apprentissage d’une vie passe désormais par les Fontaines et tous les rêves de Courgette deviennent possibles.

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Des fois, maman dit n’importe quoi

C’est vrai, avachie devant la télé et toujours une bière à la main la maman d’Icare, surnommé Courgette, dit n’importe quoi des fois. (Et là j’ai la voix nasillarde de ma prof de français de collège qui hurle « Sacrilège!!! On dit parfois et pas des fois »). Elle jure contre le ciel, contre le père d’Icare qui est parti avec une poule et contre les personnages à la télé qui se font toujours tuer bêtement.

Alors lorsque Courgette trouve un revolver dans la chambre de sa mère, il se met en tête de tuer le ciel qui semble être la cause de tous leurs malheurs. Alertée par ces coups de feu tirés en l’air, sa mère essaie de lui arracher le revolver des mains mais dans leur altercation, le coup part. Brutalement. La maman de Courgette est devenue une poupée de chiffon toute molle, comme à la télé.  Et à la télé, ils ne disent jamais ce que deviennent les poupées de chiffons, alors Courgette retourne jouer dans le grenier parce qu’il ne sait pas quoi faire et qu’il se rend bien compte qu’il vient de faire une grosse bêtise. 

Le gendarme Raymond l’emmène alors aux Fontaines, un foyer dans lequel il fait la connaissance d’autres enfants, Alice qui a toujours les cheveux devant les yeux, Ahmed qui pleure tout le temps, Simon qui sait tout sur tout le monde sauf le secret des barbus, les frères Chafouin qui jouent au jeu du dictionnaire, Béatrice qui mange ses crottes de nez et surtout la belle Camille qui fait battre son coeur très fort. Dans cette maison remplie de jeux, de vacances et de sourires, supervisée par les « zéducateurs », Courgette foncera la tête baissée vers le premier jour du reste de sa vie.

*

Si l’écriture volontairement infantilisante m’a légèrement (euphémisme) agacée dans les premières pages, j’ai finalement réussi à passer outre et à me mettre à la place de ce petit héros de neuf ans qui a un regard optimiste et simple sur la vie. Il n’a pas peur de poser des questions même si le « monde des grands » lui paraît parfois bien compliqué pour lui qui prend toujours tout au pied de la lettre.

Apprendre par cœur c’est pas pour moi et je ne vois pas ce que le cœur vient faire dans tout ça

Malgré le côté enfantin et simpliste de cette histoire, le sujet est plus profond qu’il n’y paraît. C’est une bouffée d’air frais et d’optimisme, un instant d’enfance qui donne la banane. Merci Courgette!

Des fois, les grandes personnes faudrait les secouer pour faire tomber l’enfant qui dort à l’intérieur

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Un roman totalement perché qui a remué mon petit coeur tout mou. Une belle leçon de vie que nous donne Courgette en nous faisant retomber en enfance, lieu magique où la vie est un bonbon à la fois sucré et acidulé.

Nota Bene A lire au second degré avec un sourire grand comme la lune en écoutant Henri Dès.

Ma note :

quatresurcinq


Editeur : PLON
Date parution : 06/10/16 (NED)
ISBN : 9782259252348
Nb de pages : 228 pages

 

Nous traverserons ensemble – Denis Lemasson

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En plein Paris, Zaher, un jeune réfugié afghan, meurt poignardé sous les yeux de Luc, qui échoue à le réanimer. Pourquoi a t’il été assassiné ? Qui était-il ? Luc reconstitue le parcours de la victime et découvre, au fil de ses rencontres dans les rues de la capitale, le monde invisible des exilés.

A son enquête se mêlent les voix d’un gamin de Kaboul et d’un mystérieux traducteur afghan qui relatent leur stupéfiante odyssée pour rejoindre Paris. Luc en est convaincu : ce n’est qu’en comprenant l’histoire de ces destins brisés par la guerre qu’il approchera la vérité du meurtre.

Par ce roman choral tendu et poignant, Denis Lemasson, médecin et écrivain, qui a travaillé en Afghanistan pour Médecins sans Frontières, donne vie, voix et corps à un des enjeux majeurs de notre époque.

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Ce qui suit n’est pas une invention. L’histoire est vraie. Vraie, si la vérité se raconte avec ce condensé qui subsiste quand on presse le réel comme une éponge : ce qui nous anime et, au bout du compte, nous tue.

L’auteur nous averti dès le préambule. Ce qui suit n’est pas une invention.

J’ai été bouleversée par ce livre. Que dire sinon que c’est un témoignage juste, authentique, rempli de vérité. Le personnage principal, qui ressemble étrangement à l’auteur, nous entraine presque malgré nous dans ce Paris que l’on ne connait pas ou très peu. Ou plutôt dans ce Paris que l’on ne veut pas connaître. Qui aurait envie de savoir que ce sont des centaines de personnes qui vivent dans cette société parallèle ? On passe devant eux sans les voir. Eux, les invisibles, les oubliés, les réfugiés qui fuient une réalité souillée par la guerre et des luttes intestines.

Luc, médecin humanitaire revenu exercer à Paris, se rend un dimanche matin de 2009 avec sa fille de quatre ans, Manon, dans un square à côté de la Gare de l’Est. C’est alors qu’il aperçoit, gisant sur la pelouse, un corps immobile poignardé de quelques coups de couteau. Ce corps c’est celui de Zaher, jeune réfugié afghan. Luc n’arrivera pas à le sauver malgré ses réflexes de médecin. Il veut comprendre. Qui était Zaher ? Pourquoi a-t-il été assassiné ? Quelle est son histoire ?

Déterminé, Luc mènera l’enquête jusque dans le Paris des réfugiés envers et contre tout. Nous traverserons ensemble, une Odyssée particulièrement marquante par bien des aspects.

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On parle toujours DES migrants, DES réfugiés. Au pluriel. Ils sont si nombreux à affluer constamment en Europe dans l’espoir d’une vie meilleure. Ce récit replace l’humain, l’individu, au centre de l’Histoire. Ce ne sont pas DES migrants, c’est UN gosse qui veut échapper à la guerre, c’est UN homme qui crève de peur de se faire tuer en bas de chez lui et qui abandonne sa maison, son métier, son pays pour survivre. Parce que ça ne pourra pas être pire ailleurs. C’est aussi UN homme qui veut comprendre. Une grande claque qui m’a donné des insomnies. Un livre que tout le monde devrait lire.

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A lire pour tordre le coup à certains préjugés et ne pas tomber dans des amalgames trop faciles. A lire en écoutant Manhattan-Kaboul de Renaud et Axelle Red.

Ma note :quatresurcinq


Editeur : PLON
Date parution : 14/01/16
ISBN : 9782259230377
Nb de pages : 395 pages

4 Décembre – Nathalie Rykiel

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Etre bien à soixante ans, ce n’est sûrement pas ressembler à une jeune fille. C’est plutôt qu’une jeune fille ait envie de vous ressembler, quand elle aura soixante ans.

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Antipathique – Pauvre petite fille riche. C’est vrai qu’elle a tout Nathalie. Tout sauf l’essentiel. Elle a le patronyme, les paillettes, les vacances. Elle a les podiums, le succès, l’élégance. Tout en ambivalence.

Elle rêve de liberté mais elle reste tiraillée entre un père aux abonnés absents qui la voit mais ne la regarde pas, trop occupé à admirer son frère, et une mère qui règne en égérie sur le trône de la maison Rykiel. Pas de place pour une autre, même pour sa fille. Pourtant elle est là Nathalie, elle crève d’envie qu’on la remarque, spectatrice désavouée de sa propre vie.

Authentique – Elle se cherche, se perd, se trouve, se cherche à nouveau. Elle est Rykiel, elle est Nathalie. Entre désinvolture et assurance, elle expérimente avec style. Ses amants, ses envies, ses désillusions. Nathalie se dévoile, veut prouver sa sincérité et sa légitimité. Trop peut-être.

Son histoire de femme reste finalement l’histoire d’une petite fille. L’histoire d’une tragédie œdipienne, d’un père parti trop tôt et d’une mère érigée en symbole. A 60 ans elle fait enfin la paix avec son passé. Elle s’empare de la couronne. C’est à son tour de briller, de ne plus être Rykiel mais d’être Nathalie, la « fille de » qui a prouvé qu’elle pouvait, elle aussi, imposer son style.

EnconclusionV2

Amoureux de la littérature et des phrases sujet-verbe-complément, passez votre chemin ce livre n’est pas fait pour vous. Du haut de sa tour d’ivoire Rykiel fille dévoile ses secrets, parfois à la première personne, souvent à la troisième. Mais elle (elle=moi) lui pardonne, parce que Nathalie est je cite « Pilates plutôt que yoga. Mer et soleil. Le chocolat ». Nathalie Rykiel aime le chocolat #rassurée. C’était la véritable info du livre.

NB3

A lire si et seulement si vous faites partie du Gotha ou, si vous faites partie de la plèbe, vous assumez de lire un livre rose bonbon dans le métro.

Ma note :

deuxsurcinq


Editeur : PLON
Date parution : 01/10/15
ISBN : 9782259241359
Nb de pages : 200 pages