Leur séparation – Sophie Lemp

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« Ce samedi matin de janvier, ma mère m’attend à la sortie de l’école. Comme les autres jours, nous remon- tons la rue des Boulangers mais, au lieu de nous arrêter au carrefour, nous prenons à gauche dans la rue Monge. Je me retourne et aperçois un camion de déménagement garé en bas de notre immeuble. Ma mère serre ma main dans la sienne. Je n’ai pas envie de parler, je pense au camion, aux cartons, au salon qui demain sera à moitié vide. Je pense à mon père. Désormais, j’irai chez lui tous les mercredis soir et un week-end sur deux. Ma mère s’est organisée pour que je passe l’après-midi et la nuit chez une amie. Avant de partir, elle me dit Profite bien de ta journée, amuse-toi, essaye de penser à autre chose. Je hoche la tête mais je sais que jamais plus je ne penserai à autre chose. »

Sophie Lemp fête ses dix ans quand ses parents divorcent. Trente ans plus tard, c’est avec le regard d’une petite fille devenue adulte qu’elle revit cette séparation. Pourquoi cette blessure, commune à tant d’enfants, est-elle si difficile à cicatriser ?

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C’est un jour comme les autres. Ou presque. Aujourd’hui les parents de Sophie se séparent. Ils deviennent alors pour la première fois deux entités distinctes: papa et maman là où auparavant ils n’étaient que « les parents », un pluriel qui ne sera jamais plus. Cela fait des années que ses parents se sont séparés, mais l’autrice se souvient et nous délivre le témoignage, à travers les yeux de la petite fille qu’elle était à ses dix ans, du moment où ses parents ont, en quelque sorte, cessés de l’être.

« Je savais. Mais jusqu’à la dernière minute, j’avais espéré. »

Le sujet est tellement banal et quotidien qu’il est vrai qu’on en oublie presque la blessure et les peurs qu’il peut susciter chez les enfants. Visiblement, le sujet est toujours sensible chez l’autrice. J’imagine que l’écriture de ce témoignage fait peut-être partie d’un processus thérapeutique, afin de mettre ce ressentiment et cette amertume de côté. Même si aucune violence au sens premier du terme ne ressort de ce témoignage, il l’est d’une certaine manière, dans les petites piques loin d’être anecdotiques, que ses parents ont pu se jeter à la figure.

« Mon père, s’il a accepté que ma mère conserve on patronyme, y accole systématiquement son nom de jeune fille quand il lui fait un chèque.« 

Pourquoi n’ont-il pas pu mettre leurs différents de côté pour elle? Pour être de vrais parents? Comment se construire dans ce conflit permanent de loyauté?

« Ce que je comprends prime sur ce que je ressens: quand je suis bien avec l’un, j’ai l’impression de trahir l’autre.« 

Si le sujet traité peut être intéressant je n’ai pas vraiment accroché à cette histoire. Je n’ai pas réussi à éprouver de l’empathie pour cette famille qui m’a paru très distante, des personnages peu incarnés. L’écriture non plus ne m’a pas interpellée. J’aurais sûrement préféré une histoire plus axée sur la psychologie des personnages. Ici j’ai eu l’impression qu’on survolait, ce qui donnait un côté un peu brouillon, « vite expédié », à l’ensemble.

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Un témoignage qui ne m’a donc pas vraiment convaincue mais je suis peut-être excessivement sévère dans la notation parce que je ne lis que des perles en ce moment! En tout cas, mention spéciale à la couverture, qui encore une fois, comme tous les titres aux éditions Allary, est très réussie.

Nota Bene : A lire après avoir feuilleté ses albums de famille qui prenaient la poussière.

Ma note :deuxsurcinq


Editeur : ALLARY EDITIONS
Date parution : 07/09/17
ISBN : 9782370731470
Nb de pages : 100 pages

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Et soudain, la liberté – Evelyne Pisier et Caroline Laurent

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Mona Desforêt a pour elle la grâce et la jeunesse des fées. En Indochine, elle attire tous les regards. Mais entre les camps japonais, les infamies, la montée du Viet Minh, le pays brûle. Avec sa fille Lucie et son haut-fonctionnaire de mari, un maurrassien marqué par son engagement pétainiste, elle fuit en Nouvelle-Calédonie.
À Nouméa, les journées sont rythmées par la monotonie, le racisme ordinaire et les baignades dans le lagon. Lucie grandit ; Mona bovaryse. Jusqu’au jour où elle lit Le Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir. C’est la naissance d’une conscience, le début de la liberté.
De retour en France, divorcée et indépendante, Mona entraîne sa fille dans ses combats féministes : droit à l’avortement et à la libération sexuelle, égalité entre les hommes et les femmes. À cela s’ajoute la lutte pour la libération nationale des peuples. Dès lors, Lucie n’a qu’un rêve : partir à Cuba. Elle ne sait pas encore qu’elle y fera la rencontre d’un certain Fidel Castro…

Et soudain, la liberté, c’est aussi l’histoire d’un roman qui s’écrit dans le silence, tâtonne parfois, affronte le vide. Le portrait d’une rencontre entre Evelyne Pisier et son éditrice, Caroline Laurent – un coup de foudre amical, plus fou que la fiction. Tout aurait pu s’arrêter en février 2017, au décès d’Evelyne. Rien ne s’arrêtera : par-delà la mort, une promesse les unit.

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Je ne savais pas trop comment aborder ce livre. Disons que j’étais gênée par le mélange des genres. Ce qui me tracassait le plus c’était de savoir si la volonté de l’autrice avait bien été respectée. Après tout, c’est si facile de faire parler les morts et de leur prêter des intentions qu’ils n’ont jamais eu (souvenirs de ces interminables explications de textes plus rocambolesques les unes que les autres au collège). Comment savoir ? Comment transmettre, même avec toute la meilleure volonté du monde, sans trahir ? C’est avec toutes ces questions (entre autres) que je me suis plongée dans ce roman et juste… WOW.

WOW parce que ce livre, avant d’être le roman inachevé d’Évelyne Pisier, est surtout un incroyable témoignage d’amitié. Une de ces rencontres qui compte et qui comptera pour toujours. Le début de l’histoire lui même est romanesque. Évelyne est morte, son roman inachevé, presque mort lui aussi. Mais c’est sans compter cette promesse qui la lie avec son éditrice (j’ai envie de dire son amie). Évelyne transmet à Caroline le flambeau et c’est à elle de combler les trous, instiller les souvenirs et anecdotes dans le texte, ajouter, retirer, écrémer. Faire un travail d’orfèvre, « mettre à nouveau les mains dans le cambouis » tout en se laissant porter par la confiance que son amie a placé en elle.

On sent que la démarche est sincère de par les incises, au gré des chapitres, de l’éditrice, qui nous explique finalement ses choix, qui tente de dire comment, au-delà d’un simple projet, cette histoire a trouvé un écho avec sa propre histoire. Pourquoi ce livre était si important pour elles.

Certaines rencontres nous précèdent, suspendues au fil de nos vies ; elles sont, j’hésite à écrire le mot car ni elle ni moi ne croyions plus en Dieu, inscrites quelque part. 

Cette histoire est donc double. C’est d’abord celle d’Evelyne Pisier qui raconte son histoire et celle de sa mère (les noms des personnages ont été changés), des années 40 à aujourd’hui. Le contexte historique est loin d’être anecdotique. La seconde guerre mondiale, la décolonisation, les premiers mouvements féministes. On a tous étudié ça à l’école mais peut-être pas sous cet angle. La guerre, les déchirures, Mona et sa fille Lucie (aka Evelyne) l’auront vécue de l’autre côté du globe : En Indochine dans les années 40, à Nouméa, en France et à Cuba.

L’horreur des camps, le racisme et l’idéologie nauséabonde de son mari… Mona aura tout traversé, tout supporté tant bien que mal parce qu’il faut bien survivre jusqu’au jour où elle fait une rencontre qui va changer sa vie. Celle d’un livre : « Le deuxième sexe » de Simone de Beauvoir. Et là tout bascule. Mona va peu à peu s’émanciper et s’éprendre de liberté. Elle se donne le permis de vivre en tant que femme, qu’individu qui peut faire ses propres choix. Sa fille, Lucie, toute jeune encore, tiraillée entre le besoin de plaire à son père et celui de comprendre, se laisse quant à elle entrainer par sa curiosité. Elle pose des questions, s’interroge, s’indigne, toujours la tête haute, comme Mona. Sa mère ira en enfer parce qu’elle veut divorcer ? Et bien « On va faire comme si Dieu n’existait pas ».

On va faire comme si et on va se créer le monde dans lequel on a envie de vivre. Ça sera peut-être le leitmotiv de Lucie. De Nouméa à ses études de droit, dans ses voyages à Cuba où elle rencontrera Castro, l’homme, le charismatique, pas le politique, elle s’affirmera, elle aussi. Le destin se jouera encore une fois, avec sa mère comme spectatrice qui ne veut pas qu’elle fasse la cuisine et qui insiste pour qu’elle persévère dans ses études et gagne son indépendance.

*

J’ai été touchée par ces portraits de femmes, si différentes mais si semblables qui ont su traverser les épreuves et vivre comme elles l’entendaient. Véritable récit porteur d’espoir. C’est toutefois un livre qui prend une toute autre dimension lorsque l’on y rajoute la patte de l’éditrice qui, elle aussi, nous raconte sa propre histoire en parallèle à celle d’Evelyne. On voit presque ce roman finalement comme un « work in progress » et en le refermant on se dit (ou plutôt je me dis, mes propos n’engagent que moi) que ce format là, ces incises de l’éditrice, c’est ce petit plus qui fait que ce livre est autre chose qu’un témoignage d’une époque et du combat des femmes. C’est une histoire d’amitié, de promesse et finalement peu importe que ce soit romancé. Peu importe parce que cette histoire est vraie, même si elle emprunte le chemin de l’imagination.

Evelyne avait choisi la fiction, paradis de l’imaginaire, qui est trahison peut-être, liberté assurément. Le respect des faits est un leurre ; chauve-souris prise dans une pièce fermée. La fiction porte une certaine lumière sur une certaine histoire, elle s’affranchit de l’espace comme le font les notes de musique.

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Un petit bijou de la rentrée littéraire donc à lire et à offrir à cette personne qui compte et qui comptera pour toujours. Un roman qui fait malheureusement écho à l’actualité  et au quotidien lorsque l’on entend un abruti dire à sa mère de « retourner dans son pays » dans le métro. La bêtise et la cruauté humaine semblent intemporelles parfois.

Nota Bene : A lire après un doux mélange Redbull, morceau de camembert et avant « Le Deuxième Sexe » de Simone de Beauvoir.

Ma note :

quatresurcinq


Editeur : LES ESCALES
Date parution : 31/08/17
ISBN : 9782365693073
Nb de pages : 448 pages

La Candeur de la Rose – Ielenna

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Si seulement j’avais su combien ma vie allait basculer.Comment l’enfer m’aurait enchaînée.
Si seulement j’avais pu entrevoir les rouages du destin.Les rencontres comme les pièges, les obstacles comme les révélations.
Si j’avais su mieux distinguer bontés et malveillances.Amours, amitiés ou loyautés.

Cette histoire serait tout autre. Mon histoire.
Preuve que même les Dieux ne peuvent tout savoir.​
Rare rescapée du massacre de son village natal, Diphtil, une jeune fille du peuple de l’Air, est sauvée en territoire ennemi grâce au symbole étrange qu’elle porte sur le front. Elle serait la cinquième fille de la Déesse Aveugle. Séquestrée dans un monastère et manipulée par le prêtre Sarïn qui compte la livrer au roi une fois ses pouvoirs éveillés, elle est libérée par son frère, Naid, qui la persuade de partir avec lui.
Sauf que les terres de l’Edenor sont semées de dangers et que la cruauté de certaines personnes, hantées par la haine et la guerre, s’opposent à la candeur de Diphtil, avide de découvrir ce monde dont elle a si peu joui.
Mais avant tout, elle veut échapper à son destin. Est-ce possible, lorsque l’on est vouée à devenir une Déesse ?

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Bon. La Candeur de la Rose, premier tome en deux parties des Chroniques des fleurs d’Opale. Plus de 1 000 pages. Un BON-HEUR !

Cela faisait quelques mois que j’attendais de tenir ces livres entre mes mains avides grâce au teasing excellemment maitrisé de Sainte Ielenna. J’ai pu avoir les livres Samedi et il ne m’a fallu que quatre jours pour dévorer ces deux tomes. Il y a cependant quelques effets secondaires à cette lecture je tiens à le préciser

  • Un regard un peu vague parce que l’on ne peut s’empêcher de rêvasser au monde qu’elle a créé
  • Quelque bleus pour être rentrée dans de pauvres individus qui ont dû se demander quel était mon problème à m’obstiner à lire ce pavé en marchant à deux à l’heure dans la rue
  • Louper mon arrêt de tram (bon ça c’est un classique).

Donc pour ceux qui ne l’auraient pas compris, ce livre est un véritable page-turner ! (avantage qui compense ces rares inconvénients !)

L’histoire a une trame assez classique pour le genre et reprend les codes de la Fantasy (j’étais donc RA-VIE !). On a même une petite carte, un arbre généalogique toussa toussa (c’est très mauvais pour ma santé mentale, je risque de devenir aussi pointilleuse sur les détails de cette série que pour Harry Potter – ceux qui me connaissent voient donc l’ampleur du problème et savent à quel point la situation est critique). Critique dans le bon sens hein 🙂

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Revenons-en à l’histoire. Elle se déroule dans un monde dans lequel coexistent quatre peuples descendant respectivement des dieux représentant les 4 éléments (eau, terre, air, feu). Si autrefois, la paix régnait entre les peuples, désormais ils se déchirent dans des guerres intestines, notamment celle opposant les humains (fils de la Terre) et les Neltiad (fils de l’Air). C’est d’ailleurs au cours d’un raid d’humains dans son village que Diphtil, une jeune Neltiad, assiste au massacre de son peuple et ne peut que grâce à une bonne dose de chance réussir à s’échapper (ce qui ne sera pas la cas de sa mère).

Séparée dans sa fuite de son petit frère Naid, elle parvient à se réfugier dans une église où un prêtre la reconnait grâce à la marque qu’elle porte sur son front (ça vous rappelle quelqu’un ?) comme l’héritière de Dorina, la 5ème déesse. L’homme de foi décide alors de la détenir protéger aux yeux du monde, la privant ainsi de ce qu’elle a de plus cher : sa liberté. Pendant sa captivité, elle fait la connaissance d’Astiran, jeune humain avec lequel elle se lie d’amitié. Les années passent et un soir Naid, son frère la retrouve et vient la délivrer en lui prouvant que le prêtre l’ayant recueilli ne la destinait en fait qu’à de sombres desseins, afin que le Roi puisse s’approprier ses pouvoirs de Déesse latents. Accompagnée par Naid et Astiran, Diphtil va alors partir dans une quête à travers le Royaume pour essayer de comprendre qui elle est et quel est son destin. Les compagnons de voyage ainsi que les péripéties se succèdent alors à un rythme effréné jusqu’à ce que les coïncidences et rencontres de Diphtil, prévues par les Dieux, lui fassent prendre conscience qu’elle n’est qu’une pièce sur un échiquier sans savoir quel est le véritable enjeu de la partie. Diphtil parviendra-t-elle à se soustraire à l’influence des dieux et maîtriser son destin ?

*

J’avais attendu tellement longtemps de lire cette histoire que fatalement il y a quelques éléments qui m’ont déçue. En lisant d’autres avis sur les Fleurs je ne peux qu’être d’accord avec les réflexions sur le langage soutenu de Diphtil (justifié par ses années passées à lire, seule, pendant toute sa jeunesse en captivité). Cela m’a un peu agacée au début (le mot « vénusté » clairement je ne vais pas m’y faire) mais on passe assez rapidement outre puisque cela confère une certaine ambiance au livre.

On peut clairement voir certaines références à Eragon ou à Harry Potter dans la création de la mythologie, même si celle-ci reste tout de même une création originale. Il y aurait énooooormément de choses à dire sur cette saga. J’ai nettement préféré la partie 2 à la partie 1, la première faisant plutôt office d’exposition de l’intrigue. La seconde était beaucoup plus intéressante, en termes de péripétie et de storylines. Les personnages et leurs ambiguïtés sont aussi beaucoup plus fouillés. Notons également que Diphtil devient un peu moins niaise dans cette seconde partie ce qui ne gâche pas le plaisir. Si j’étais un peu déçue par le côté mièvre de la première partie, la seconde ne se perd pas dans des serments d’amour éternel. Le monde créé par Ielenna est dur, sans pitié et notre petite Déesse ne sera pas épargnée.

Honnêtement malgré les quelques failles (qui ne représentent pas grand-chose au vu du travail fourni), cette histoire a tous les atouts pour se retrouver parmi les meilleures saga de Fantasy. Vous pouvez retrouver Ielenna sur Facebook et son site !

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Il est difficile de donner un avis sur un roman aussi long, sur un univers qui me semble exploitable à l’infini tant il est riche. J’ai passé de merveilleux moments aux côtés de Diphtil et je vous conseille vraiment (vraiment!) d’aller découvrir l’écriture de Ielenna qui vaut plus qu’un bref détour (je ne parle même pas de l’excellent Ludo Mentis Aciem => histoire dispo ici!).

Nota Bene : A lire les yeux grand ouverts en écoutant Lindsey Stirling 🙂

Ma note : 

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Editeur : GRAPHEIN EDITIONS
Date parution : 2017
ISBN : 97829560652527
Nb de pages : 493 pages (partie 1) + 626 pages (partie 2)

Portraits d’idoles – Frédéric Martinez

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Six actrices.
Six stars hollywoodiennes.
Six idoles du XXe siècle.

L’histoire d’Ava Gardner, de Grace Kelly, de Norma Jeane alias Marilyn, de Rita Hayworth, d’Audrey Hepburn et d’Ingrid Bergman. Nous sommes dans les années 1950 à Hollywood, en Californie, où parfois la terre tremble. Les sirènes boivent des cocktails au bord des piscines. Condamnées au sourire, elles ont vendu leur âme aux studios. Le diable est dans le décor. C’est une histoire d’amour, avec des millions de spectateurs. Alors forcément, ce n’est pas une histoire simple.

Voici six portraits de femmes, où le sublime côtoie le pathétique et le tragique coudoie le comique, portés par la plume ciselée, et unique, de Frédéric Martinez.

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Frédéric Martinez nous embarque dans une Odyssée folle avec le portrait de sa Vénus, Ava Gardner. De la petite fille qui grandit, anonyme, dans une famille modeste de Caroline du Nord, à la déesse qui fit tourner bien des têtes à Hollywood, il n’y eut que quelques années et des multiples prétendants. Mais celui que l’on retiendra c’est Franck Sinatra, avec lequel elle formera un couple mythique.

Franck aimait Ava. Elle non plus.

Tout est dit. Un amour passionné, destructeur que vivra cette sirène échouée sur les rivages alcoolisés, noyée par son succès. Ava a-t ’elle seulement été heureuse ? La beauté est-elle toujours un don de Dieu ? Il semblerait plutôt que son portrait soit celui d’une illusion, d’un fantasme parmi les hommes.

Direction Grace Kelly et son visage en porcelaine que l’on retrouve sur le couverture du livre. Cette poupée Hitcockienne jouera peut-être le plus grand rôle de sa vie, à corps perdu, en tant que princesse de Monaco. Elle renonce alors à son indépendance et à sa liberté. Beauté fragile, épiée comme un oiseau en cage par le monde entier, elle restera toujours, en un sens une icône inaccessible.

L’auteur nous propose ensuite une escale auprès d’Ingrid Bergman. Vive, intelligente et sûre d’elle. Ingrid a une idée bien précise de ce qu’elle veut dans la vie mais le rôle qu’elle avait peut-être le plus de mal à jouer c’était le sien. Rossellini, avec lequel elle vivra une histoire survoltée le comprendra bien en capturant son essence dans le magistral et moderne Stromboli, véritable documentaire de la vie de son égérie.

Vivre, c’était jouer. Entre les prises, il fallait être Ingrid Bergman.

Brève échappée vers Rita Hayworth. A-t-elle jamais pu être maîtresse de ses choix ? C’est le portrait qui m’a peut-être le plus touchée tant on sent sa détresse dans les ellipses, voulues, par l’auteur.

Son père lui avait volé son enfance, son mari lui volait sa vie, tout continuait.

La chasse aux trésors continue avec un diamant brut posé sur canapé. L’indémodable Audrey Hepburn avec son sourire malicieux et ses yeux espiègles. Véritable icône, élégante et sophistiquée. Pourtant, Audrey n’a pas connu une enfance facile, embarquée dans les tourments de l’Histoire et de la WW2, elle se réfugie dans les livres. Une vie exempte de scandale, teintée par l’amertume du destin des enfants qu’elle a vu déportés et de l’horreur de la guerre. C’est peut-être ce qui donnera un air mystérieux à son regard envoûtant.

Enfin, une arrivée à bon port avec celle qui entonnera la version la plus sensuelle de « Happy Birthday Mister President ». J’ai nommé Marilyn Monroe, cette étrange créature qui jonglera habilement entre son personnage de séductrice, fatale et celui de la ravissante idiote qui connaîtra un destin tragique.

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J’ai beaucoup aimé cette galerie de portraits et la plume de F. Martinez qui propose ici un véritable exercice de style. Portraits d’idoles : Le titre est bien choisi. On les adule, on les adore, on les idol(âtre). Peut-être trop. La beauté a toujours fasciné même lorsqu’elle se fane et subit les affres du temps. Il ressort de ces portraits une violence, une cruauté des spectateurs qui scrutent et sacrent leurs reines de beauté puis attendent d’elles qu’elles soient à la hauteur de leur statut. N’oublions pas qu’il y avait des femmes, des personnes, derrière ces idoles. Des âmes qui ont ri, pleuré et aimé avant de se déliter sous le feu des projecteurs.

Nota Bene : A lire en prenant la pose comme une star de cinéma.

Ma note :

quatresurcinq


Editeur : PERRIN
Date parution : 15/10/15
ISBN : 9782262047191
Nb de pages : 400 pages

Le Street Art au tournant – Christophe Genin

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Même si le street art est indéniablement devenu une part importante du marché de l’art et un renouvellement de notre univers visuel, il continue de témoigner d’une intelligence de la rue comme rendez-vous de la variété humaine. Des mots d’amour, jetés à même le sol, aux fresques monumentales, des oeuvres à petit budget aux enchères internationales de haut vol, il s’agit d’un phénomène planétaire et contradictoire. Il court dans tous les pays, des plus développés aux plus pauvres, des plus sages aux plus turbulents. Ce phénomène donne lieu à des interprétations contradictoires, des débats d’école qui reposent le plus souvent sur une vision parcellaire. Opposer le graffiti au street art semble relever plus d’une querelle de parts de marché que d’une distinction ontologiquement fondée. Dans nos sociétés policées et policières qui font de la rue un espace sous surveillance, un lieu de contrôle insidieux pour homogénéiser les comportements et anticiper toute forme de dissidence, l’art urbain réintroduit du grain, de la disparité, de la surprise et des rencontres, redonnant des occasions de mélange et d’échange. Il redonne à nos trajectoires, à nos humeurs, à nos songes cette part d’imprévisibilité, et par là même d’incertitude, où flotte un air de liberté.

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« Je ne vois que des couleurs confusément amassées et contenues par une multitude de lignes bizarres qui forment une muraille de peinture » – Balzac, Le chef d’œuvre inconnu

Ce livre, prêté par ma tante (merci à elle au passage!) est une très belle découverte pour tous les amateurs de Street Art.

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J’ai découvert le Street Art de manière très peu originale je vous le concède, grâce aux représentations de Bansky qui égayaient joyeusement mon fil d’actualité Facebook il y a quelques années.

Comme toujours, lorsqu’un sujet m’intéresse, j’ai fait preuve d’un très (trop?) grand enthousiasme vis à vis du Street Art, guettant toutes les informations traitant de ce sujet que je trouvais passionnant. Passionnant ces graffitis me-dira-t’on? Eh bien OUI! Passionnant!

Parce que l’on ne peut pas dire que l’on n’aime pas le Street Art, de la même manière qu’on ne peut pas dire que l’on n’aime pas les livres. Ça serait absurde tant le concept revêt de formes, de genres, de messages différents. Il y a forcément une pièce qui vous parlera, à vous et rien qu’à vous!

« (…) Entre une vedette américaine de quarante ans qui passe son temps dans les galeries huppées de Londres et de New York, un anarchiste allemand de soixante ans qui vit dans un squat altermondialiste, un Parisien de vingt ans qui meurt électrifié sur les rails du métro, un Brésilien qui dépeint le désespoir de la rue, une Egyptienne qui marque son vœu d’émancipation, on a affaire à des phénomènes sociaux, politiques, économiques, esthétiques, foncièrement différents. »

Cet extrait est finalement assez parlant et l’auteur, Christophe Génin, nous révèle bien comment, d’une certaine manière, les origines et les finalités du Street Art relèvent de réalités distinctes. Le point commun de ces artistes serait peut-être l’appropriation  d’un espace appartenant à tous, la rue, ainsi que la vocation à aller contre l’ordre établi, à protester pour telle ou telle cause (l’affirmation de soi et de son identité, un signe de reconnaissance d’un entre soi ou bien un message universel).

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Cette pratique qui s’est voulue par sa forme antisystème s’est vue progressivement cannibalisée par le monde et le marché de l’art. C’est un des points sur lesquels s’attarde l’auteur et que j’ai trouvé assez intéressant puisqu’il montre, au fond, comment certains artistes ont peur de dénaturer leur travail en rentrant dans le marché (qui adore soit dit en passant ce côté un peu rock et rebelle au niveau des campagnes marketing).

Même si le Street Art n’a pas toujours gagné ses lettres de noblesse,  il n’est pas aujourd’hui une capitale qui n’a pas son exposition, son festival, de street art et qui ne glorifie pas ses plus grands représentants dans des beaux livres (comme celui-ci!) ou dans les salles d’enchères où sont vendus les graffs des artistes les plus connus et reconnus. Bansky, Ludo, Space Invader ou encore Speedy Graphito. Ils ont tous leur légitimité mais peut-on réellement parler d’Art, de courant, de mouvement artistique ?

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Christophe Génin évacue assez rapidement cette question car au-delà du vandalisme pur et dur (qui existe certes), le Street art, dans sa multiplicité, est un courant vaste, porteur d’autant de messages que d’artistes. Il est témoin d’une « intelligence de rue », d’un souffle de liberté, d’une parole qu’il faut savoir voir et écouter.

Même s’il est difficile d’étudier ce mouvement hétéroclite en constante évolution,  l’auteur nous transmet ici quelques clés de lecture, pose un diagnostic sur le Street Art et assouvit cette curiosité que l’on a face à ce nouveau phénomène artistique.

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Un très beau livre illustré qui explique de manière simple et claire les enjeux du Street Art. A partir de quand peut-on parler d’Art? Comment envisager ce mouvement par rapport aux autres arts, à l’économie et à la géopolitique? Vaste sujet qui mériterait un second tome 🙂

Nota Bene : A lire entre deux séances de marouflage 🙂

Ma note : 

quatresurcinq


Editeur : LES IMPRESSIONS NOUVELLES
Date parution : 17/11/16
ISBN : 9782874494307
Nb de pages : 258 pages

Un avion sans elle – Michel Bussi

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23 décembre 1980. Un crash d’avion dans le Jura. Une petite libellule de 3 mois tombe du ciel, orpheline. Deux familles que tout oppose se la disputent. La justice tranche : elle sera Émilie Vitral. Aujourd’hui, elle a 18 ans, la vie devant elle mais des questions plein la tête. Qui est-elle vraiment ?
Dix-huit ans que Crédule Grand-Duc, détective privé, se pose la même question. Alors qu’il s’apprête à abandonner, la vérité surgit devant ses yeux, qu’il referme aussitôt, assassiné.
Il ne reste plus à Émilie qu’un vieux carnet de notes, des souvenirs, et Marc, son frère, pour découvrir la vérité…

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Michel Bussi. Il fallait vraiment vivre sur une autre planète pour ne pas avoir entendu parler de cet auteur dont les livres sont toujours en tête de gondoles (et en tête des ventes) avec les irréductibles Musso et Levi. Si pendant quelques années j’ai succombé je l’avoue aux livres de Musso et Levi qui restent quand même des feel-good sympas à lire à la plage ou dans le train, je n’avais jamais tenté l’expérience Michel Bussi. C’est maintenant chose faite.

Je ne m’attendais pas à une écriture transcendante. À un polar efficace tout au plus. Et de  ce point de vue là je n’ai pas été déçue. L’histoire est plutôt bien menée et le véritable talent de Bussi est d’arriver à nous tenir en haleine sur une histoire un peu bancale. Le fameux « oui ce n’est pas dingue mais je veux quand même avoir le fin mot de l’histoire« !

L’histoire repose sur un drame qui a eu lieu fin décembre 1980. Un crash d’où il ne restera qu’une survivante, un petit bébé d’à peine trois mois, une véritable miraculée. Hasard du destin, il y avait deux bébés du même âge dans l’avion et très vite se pose alors la question de son identité. Est-elle Emilie Vitral ou Lyse-Rose de Calville? Les deux familles se la disputent, se l’arrachent à une époque où l’on ne parle pas encore de test ADN. La justice tranche, elle sera Emilie Vitral. Mais le doute subsiste, surtout chez son frère Marc qui ne la voit pas uniquement comme sa petite soeur et chez Malvina de Calville qui est convaincue dans son esprit torturé que c’est Lyse-Rose qui a survécu.

Le jour de ses 18 ans, Emilie reçoit un carnet d’un détective privé engagé par les De Carville qui est un véritable témoignage de presque 18 années d’enquête pour découvrir la vérité. Dans une enquête à deux vitesses, celle qui se déroule sur une journée dans le présent et celle du carnet du détective le lecteur hésite : Qui est donc Lilly, la petite libellule?

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C’était mon premier Michel Bussi. Un livre assez prenant puisque je l’ai lu d’une traite mais l’intrigue aurait gagné à être plus resserrée et plus concise. Quitte à choisir je reviens donc à mes premières amoures: les romans de plages ça restera l’exclusivité de Guillaume Musso 🙂

Nota Bene A lire dans l’avion pendant un long courrier.

Ma note :

troissurcinq


Editeur : POCKET
Date parution : 03/13
ISBN : 9782266233897
Nb de pages : 573 pages

La vie serait simple à Manneville – Pierre Cochez

manneville

SynopsisV2

Les murs mangés par la vigne vierge, les fenêtres grandes ouvertes, Manneville est une maison de famille, celle qui abrite le jeune Bruce Dehaut, ses soeurs, de joyeux cousins, et puis des adultes occupés à profiter de l’été en lisant le journal ou en préparant des pastis-grenadine. La vie serait simple à Manneville, mais Bruce doit partir. L’Angleterre l’attend : Oxford, les études, un début de vie adulte. Là-bas, Bruce fera la rencontre d’Alex, un grand roux à la veste de tweed beige, qui fume des cigarettes en jouant au jacquet. Bruce n’avait pas prévu ça. L’amour, l’éblouissement. Et l’impossibilité d’une vie partagée.
Devenu journaliste, il sillonnera le monde, des îles Féroé au Mozambique, en quête de vérité, en quête de lui-même, pris dans un mouvement permanent. Mais Bruce l’apprendra, l’attente aussi est une façon d’aimer.

MonavisV2

J’aimerai dire que j’ai été totalement dépaysée en lisant ce livre mais cela ne serait pas la vérité. Le côté Neuilly/Auteuil/Passy, les parents distants, les rallyes pour rencontrer des « gens biens », et les week-end dans les châteaux de tel ou tel. Si je ne l’ai pas vécu directement j’ai pu côtoyer des personnes pour qui c’était le cas et le portrait qui en est fait me parait assez juste.

Bruce se complait vaguement dans le confort de cette vie de « gosse de riche », disons le clairement, même s’il sent bien que tout ceci reste quand même assez superficiel. La vie serait plus simple aux côtés de son meilleur ami, Armand, qui, comme lui, vit dans l’expectative de partir à Oxford, de se défaire de son nom et de se faire, en tant qu’homme, en tant que personne.

« Je sais que c’est la dernière fois que je ne suis qu’un fils heureux. Je le redoute et je l’espère. Partir doit être une joie.« 

Il est temps pour Bruce de partir à Oxford, au collège de Brasenose, (Marie si tu me lis!!!!!). Il quitte une bulle pour une autre. Le dépaysement le satisfait surtout lorsqu’il rencontre Alexander, un grand roux qui l’intrigue et le fascine.

« Les jours suivants, nous parlons peu. Nous croisons nos regards. Cela suffit à me nourrir. J’ai trop peur que la parole craque le rêve qui me berce. C’est lui qui décide de m’adresser ou non la parole.« 

Ils vivent alors leur histoire, prudemment, entre les portes. Un peu à Oxford, surtout à Manneville, l’été, dans ce point d’ancrage, ce lieu qui échappe à l’érosion du temps et où, finalement, tout est plus simple. Les années passent, Alex s’en va et Bruce reste seul, triste, avec pour seule compagnie son métier d’apprenti journaliste pour occuper ses journées.

« Je m’enfonce dans l’actualité. Elle me mange. C’est ce que je demandais. Etre mangé par la marche du monde. Je vis au rythme des sonneries. Je contemple le monde s’écrouler, exploser, s’entretuer. »

Ses voyages initiatiques, avec le souvenir d’Alex en filigrane, apprendront alors à Bruce à se connaître et apprendre à vivre.

EnconclusionV2

Le personnage de Bruce est attachant et j’ai apprécié ces quelques heures en sa compagnie. Un livre à emporter dans ses valises.

Nota Bene : A lire toujours plutôt que jamais.

Ma note : 

quatresurcinq


Editeur : ESCALES
Date parution : 13/04/17
ISBN : 9782365692694
Nb de pages : 240 pages