Moon Brothers – Sarah Crossan

SynopsisV2

Joe Moon a dix-sept ans. Il vient de quitter New York pour aller vivre un temps au Texas. Son frère aîné, Ed, est en prison là-bas. Jugé coupable du meurtre d’un policier, il attend son exécution dans le couloir de la mort. Or, la date approche. Alors Joe veut être là, aider son frère à affronter ces dernières semaines. Car sinon, Ed sera tout seul. Mais voilà qu’un nouvel avocat reprend la défense du condamné… et il a l’air d’y croire. Joe osera-t-il espérer encore ?

MonavisV2

Tout d’abord j’ai envie de dire bravo. Parce que c’est le genre de livre qui se lit d’un coup. D’une traite. Comme ça. Un rythme martelé, un style cash. Une fuite en avant vers une issue que l’on sait inévitable.

Joe nous raconte, par bribes, son histoire et celle de son frère Edward. Ed va mourir. Parce qu’il a tué un homme 10 ans auparavant. Ou peut-être pas. Mais ça on s’en fout. On s’en fout parce que ce n’est pas vraiment la question de sa culpabilité qui se joue ici. C’est l’histoire d’une famille, brisée par un drame, comme il en arrive tant et comme il en arrivera encore. Ce sont les injustices, c’est la tante Karen qui croit Ed coupable, c’est une mère défaillante et absente. Mais c’est surtout Joe. Joe qui doit se construire et vivre avec le souvenir de cette figure paternelle en prison.
Il espère.
Paumé.
Entre deux footing dans la chaleur étouffante du Texas.

Le système est contre son frère et il sait, même s’il ne veut pas vraiment se l’avouer, que rien de pourra les sauver.

« Les pires choses qu’on fait, ça nous définit pas,
ni les pires choses qu’on nous fait à nous.
On est plein d’autres trucs au-delà de ça.
Comme par exemple…
On est toutes les fois
où on se prépare un bol de céréales,
où on regarde Buffy contre les vampires,
où on aide une vieille dame à descendre du bus.
On est les bons, les brutes et les idiots, tout à la fois,
tu vois ?« 

Cette histoire c’est surtout celle de la double-peine. Celle infligée aux familles des coupables. Les regards mauvais dans la rue.

Si le thème abordé par l’auteure est puissant, le propos est sublimé par l’écriture de Sarah Crossan. Elle ne s’embarrasse pas de phrases à rallonge, de descriptions à n’en plus finir sur les états d’âmes des personnages (ce qui m’a manqué d’une certaine manière car c’est souvent ce que je recherche dans des romans) mais le parti-pris reste intéressant. C’est brut. Morcelé. Comme la vie de Joe.

EnconclusionV2

Un roman fort pour les YA. Le ton n’est pas moralisateur, le débat sur la peine de mort n’est finalement évoqué qu’en filigrane le long du texte. Ce livre est l’histoire d’un jeune homme de 17 ans, qui cherche des réponses, qui essaie de traverser cette épreuve qu’on lui impose : le meurtre légalisé de son grand-frère, réduit pour la société à cette image terrifiante d’un mugshot, réduit à un acte qu’il a prétendument commis.

Nota Bene : A lire entre deux les deux coups du marteau de la justice.

troissurcinq


Editeur : RAGEOT
Date parution : 11/09/19
ISBN : 9782700273687
Nb de pages : 384 pages

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Mensonge – JP Delaney

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SynopsisV2

Claire, étudiante anglaise en art dramatique, finance ses études d’une manière peu conventionnel e : elle flirte, pour le compte d’un cabinet d’avocats spécialisé dans les divorces, avec des hommes mariés suspectés d’infidélité. Lorsque la femme de l’un d’entre eux est retrouvée morte, tout change… La police exige de Claire qu’elle utilise ses talents d’actrice pour faire avouer le mari. Dès le début, elle n’est cependant pas sûre du rôle qu’elle doit jouer dans cette mise en scène mensongère, mais elle ne veut pas non plus que les enquêteurs la questionnent sur la nuit du meurtre. Bientôt, Claire se rend compte qu’elle est en train de jouer le rôle le plus mortel de sa vie…

MonavisV2

Cela faisait une éternité que je ne m’étais pas plongée dans un thriller mais JP  Delaney oblige, j’ai cédé à la tentation. Ma première impression, quelques minutes à peine après la lecture de ce roman reste assez mitigée. Oui je l’ai lu d’une traite, oui on sent la maîtrise et l’efficacité dans la plume de l’auteur mais il manquait quelque chose dans ce livre. Cet attachement au personnage principal, Claire, qui nous raconte l’histoire.

Mais n’était-ce pas aussi voulu de la part de l’auteur? Qu’on s’interroge, qu’on remette tout en cause, encore et encore, qu’on se perde ou qu’on se gagne comme cette jeune femme qui a fait de sa vie un film jusqu’à parfois être sur la tangente?

« Suis-je la seule qui se voit constamment jouer dans le film de sa vie? Lorsque je pose la question à mes amis, la plupart répondent que ça ne leur arrive jamais. Mais je les soupçonne de mentir. Pourquoi devenir comédien, sinon pour modifier la réalité? »

Le pitch du livre est assez tentant. Une jeune femme qui use de ses talents d’actrice pour financer ses études jusqu’au drame : l’assassinat d’une mystérieuse Stella. La police lui demande alors d’enquêter sur son mari, Patrick, le principal suspect, en lui créant une couverture à la hauteur de son talent. Mais dans ce jeu dangereux, qui est le chat? Qui est la souris? Qui manipule qui?

Ce qui était intéressant, au-delà du doute tout au long du roman quant à ce qui est vraiment en jeu dans cette histoire, c’est finalement le doute identitaire de Claire, qui elle-même ne sait plus parfois si elle porte un masque ou pas. Très psycho.

EnconclusionV2

J’avais beaucoup apprécié la lecture de La fille d’avant qui m’avait réellement tenue en haleine mais le bilan est un peu plus mitigé pour moi cette fois-ci. En résumé, cela reste tout de même une bonne lecture pour les amateurs de thrillers et de retournements de situation !

Nota Bene : A lire entre deux poèmes de Baudelaire.

troissurcinq


Editeur : FAYARD
Date parution : 18/09/19
ISBN : 9782863745137
Nb de pages : 432 pages

DOSSIER : La femme d’en haut – Claire Messud

** Attention cet article contient des spoilers pour ceux qui n’ont pas lu le livre**

 Les gens n’ont pas envie de s’inquiéter pour la femme d’en haut. Elle est fiable, organisée, sans histoires

J’ai de suite été séduite par la 4ème de couverture, cette description de la voisine sans histoire qui semble avoir la vie banale et normale par excellence. Qui se cache derrière cette femme ni belle ni moche, ni jeune ni vieille, ni blonde ni brune ?

Nora est cette fille/femme* qui a toujours fait plus ou moins ce que l’on attendait d’elle (la bonne copine, la bonne prof, la digne héritière des rêves contrariés de sa mère et de ses envies d’évasion). Finalement, on a l’impression qu’elle n’a jamais eu le courage de vivre ses ambitions, d’oser être pleinement elle-même ; comme si son avis était un critère parmi tant d’autres dans son processus de décision, un critère d’une importance relative par rapport aux exigences de ses parents et des valeurs reçues par son éducation.

fille/femme* : C’est peut-être un détail mais je trouvais intéressant qu’elle se décrive comme une fille puis comme une femme. Qu’elle oscille entre les deux. La question de la finitude de la vie, de son âge (elle fait une véritable fixette là-dessus) apparait tout au long du roman. Au-début on peut dire effectivement que c’est une fille (parce qu’elle n’est pas en accord avec elle-même) mais après la trahison de Sirena elle s’affirme et devient réellement femme (en tout cas c’est comme ça que je l’interprète).

En parlant de filles/femmes j’ai été frappée par son mépris et sa condescendance par rapport justement aux filles (toutes décrites comme des idiotes qui s’intéressent plus à leurs fringues qu’aux vrais problèmes du monde). C’est un féminisme un peu facile ou seules les quelques figures admirées sont épargnées : Didi, Sirena et sa mère.

1/. Le Palais des glaces : La quête de sens vers l’affirmation de soi

La métaphore du palais des glaces était particulièrement bien trouvée. Pourquoi ?

  • La palais: Le palais représente l’immensité de l’existence et son côté labyrinthique, les opportunités qui se trouvent derrières de nombreuses portes sur notre chemin qu’on laisse passer (par peur, par déni ou bien tout simplement parce qu’on veut tracer vers la fameuse sortie!).
  • Des glaces : Alors là évidemment il y a la métaphore de l’identité, la question du reflet, de ce que l’on projette. La différence entre la personne que l’on est, que l’on pense être, que l’on voudrait être et le reflet que l’on renvoie au reste du monde (via les miroirs déformants). Nora parait obsédée par cette question au point de devenir la fille la moins spontanée du monde. Et comment pourrait-on lui en vouloir ? Elle nous pose avec justesse tout au long du livre la question de savoir si finalement à force de faire semblant on ne devient pas cette caricature à laquelle on joue quotidiennement pour sauver les apparences. A force de trop faire semblant, le risque est de ne plus se souvenir de la personne que l’on était auparavant. Cette idée m’a fait penser à l’anecdote d’un type qui avait passé son adolescence à imiter les rires des autres et qui, arrivé à l’âge adulte, ne se souvenait plus de son véritable rire. C’est vrai que c’est l’écueil auquel on arrive inévitablement et c’est particulièrement pervers puisque lorsque l’on s’en rend compte c’est trop tard et on a perdu notre authenticité. On est obligé de jouer la comédie, avec plus ou moins de talent, et on ressent ce sentiment de décalage qui persiste, qui nous met à l’écart. D’où peut-être aussi (pour en revenir au livre !) tous ces moments où elle a peur d’avoir l’air folle, d’avoir un comportement inapproprié vis-à-vis des parents d’élèves ou de Sirena.

Nora se sent comme le personnage secondaire de sa propre vie, elle observe mais n’agit que très sporadiquement. Cela fait sens lorsqu’elle parle de l’inscription qu’il y aura sur sa tombe. C’est une question que l’on est tous amené à se poser. Comment les autres nous perçoivent ? Est-ce que l’on nous reconnaitrait si l’on donnait la véritable description de nous-même (de notre « moi intérieur ») ?

2/. Le besoin vital d’être comprise et acceptée

A travers les relations que Nora entretient notamment avec ses deux amies (Didi- vraie amie ; Sirena – amitié/amour malsain) on voit que Nora cherche d’abord à être comprise, qu’on lui donne au fond l’autorisation d’être elle-même.

Mais est-ce que l’on peut vraiment être compris ? Personnellement je pense que c’est impossible, que personne ne peut vraiment comprendre s’ils n’ont pas vécu les mêmes choses (on peut compatir au sens de « souffrir avec », essayer de se mettre à la place de) mais on ne peut pas comprendre. Nora en est consciente mais elle se laisse bercer par l’illusion qu’elle comprend Sirena, ou plutôt que celle-ci lui laisse entrevoir sa véritable nature (ce qu’elle estime être un cadeau inestimable). Là-dessus je rejoins totalement Nora. Au fond qui est-ce que l’on connait et qui nous connait totalement ? Personne. C’est un risque de se dévoiler entièrement parce qu’on fait le pari que l’autre personne nous comprendra (vraiment) et en respect par rapport au contrat implicite de l’amitié partagée ne nous trahira pas. En grandissant on revient très vite de cette conception idyllique de l’amitié j’ai envie de dire.

3/. La relation entre Nora et Sirena (+ la famille Shahid)

Le prénom

 J’ai adoré la création de la construction de la fascination de Nora pour Sirena. Déjà le choix du prénom Sirena en soi n’est pas anodin ! Sirena, Sirène. Les sirènes sont la métaphore de la dualité du plaisir, du plaisir qui ne se présente pas comme ce qu’il est vraiment. Les sirènes fascinent et envoutent les marins par leur chant (côté positif du plaisir) et leurs bateaux s’échouent sur les rochers (dangers du plaisir que l’on ne perçoit pas à première vue). C’est la raison pour laquelle justement Ulysse avait fait preuve de ruse dans l’Odyssée parce qu’il avait réussi à bénéficier uniquement du côté positif des sirènes (écouter leur chant) sans avoir le côté négatif (s’échouer donc) grâce à la ruse (s’attacher au mat du bateau).

C’était une petite parenthèse mais nécessaire je trouve pour réellement comprendre ce qu’implique le personnage de Sirena. Elle n’est pas la personne qu’elle semble être (Sirena ainsi que le mari et le fils).

L’importance du toucher

C’est quelque chose qui m’a marquée évidemment: l’importance du toucher et de cette fameuse main que Sirena pose toujours sur le bras de Nora. Il y a une véritable importance des gestes dans la manipulation, la manière dont un geste même anodin peut nous renvoyer à cet instant originel. La première fois ou Sirena lui a touché le bras, ou elle l’a bouleversée. A chaque fois que le geste est réitéré, l’émotion revient avec emphase, avec exactement la même puissance que la première fois. Lorsqu’elle lui demande de garder son fils (moment de manipulation digne d’une marquise de Merteuil), Nora ne peut refuser à cause de son éducation, à cause de Sirena mais surtout à cause de cette main sur son bras. Je trouve que c’est très intelligent de parler de ça parce que c’est vrai que les gens ne se rendent pas comptent que parfois un geste aussi anodin qu’une main sur un bras puisse déchainer tout un afflux d’émotions brutes, non rationnalisées car non traitées par le cerveau (cf. conférence de B. Cyrulnik sur la mémoire traumatique). Du coup c’est vrai que l’on peut avoir l’air ridicule à avoir peur d’un geste qui parait insignifiant d’un point de vue extérieur.

La naissance et l’évolution de la dépendance physique et affective

 Sirena est ravissante. Elle ravit Nora parce qu’elle lui plait mais aussi parce qu’elle l’enlève. Nora ne peut plus se passer d’elle. Elle attend toujours avec impatience les conversations qu’elles partagent et dont l’issue a toujours pour elle une vraie signification, un enjeu quasi-vital. Nora, est un peu naïve sur ce coup là (mais qui pourrait lui reprocher parce qu’on a tous fait l’erreur (mais elle, elle se réveille un peu tard quand même !)).

Elle est persuadée que ses sentiments sont réciproques mais inconsciemment elle se rend bien compte qu’elles ne sont pas sur un pied d’égalité. Elle admire fiévreusement Sirena tandis que cette dernière l’apprécie tièdement tout au plus. Ça m’a fait penser au passage dans Les faux monnayeurs d’André Gide ou le héros explique qu’on fait toujours semblant de ne pas trop tenir aux personnes les plus importantes par peur d’être ridicule/rejeté. C’est exactement ce que dit Nora quand elle a peur de paraitre trop enjouée en la présence de Sirena et qu’elle se force à ne pas être complètement hystérique/extatique lorsque celle-ci la contacte.

Le début de leur relation s’apparente à une période « lune de miel ». Elles entretiennent une relation exclusive et Nora fait comme si Sirena n’existait pas en dehors de leurs rencontres. Et puis lorsqu’elle rencontre son mari c’est le retour à la réalité : Sirena est une artiste montante, elle a un mari, un fils, une vie en dehors d’elle. Et pour Nora, cette idée lui apparait progressivement de plus en plus insupportable.

Reza est l’enfant rêvé. Le fils qu’elle aurait pu avoir. Skandar le mec qu’elle aurait pu avoir. Nora ne cesse tout au long du roman de se justifier d’être toujours une femme célibataire sans enfants (« toujours » sous-entendu « toujours à son âge »). Elle avait eu l’opportunité (avec Ben), c’est par choix, en suivant les principes de sa mère qu’elle a décidé d’être indépendante (vive l’émancipation !). Enfin petite parenthèse, ça c’est ce qu’elle dit mais elle n’a pas l’air d’avoir une vie amoureuse très funky ! Elle persiste dans sa volonté et sa fierté à toujours vouloir se débrouiller toute seule (bon là je serai mal placée pour lui en tenir rigueur). Elle a tendance à se dévaloriser dans la description qu’elle fait d’elle-même, dans son rapport d’admiration/de mépris par rapport aux autres. Il n’y a pas de juste milieu.

Du choc de voir que cette famille évolue sans elle, elle s’immisce progressivement dans leur quotidien (via les fantasmes qu’elle a de Skandar, les conversations avec Sirena et son attitude maternelle et surprotectrice envers Reza). Evidemment elle culpabilise et se rends bien compte qu’elle n’est pas à sa place mais après tout peu importe puisque ça la rends plus heureuse et plus vivante qu’elle ne l’a jamais été. C’est pour ça qu’elle accepte d’être utilisée parce qu’au fond elle y trouve elle aussi son compte. Sa volonté de faire partie de cette cellule familiale devient limite obsessionnelle et Sirena ne cesse de l’encourager dans cette voie en lui disant qu’elle est je cite « une véritable amie ». Mon dieu, quand elle a dit ça j’au juste eu envie de sauter dans le livre et de la remettre à sa place !

Jusqu’à ce moment-là l’opération séduction se déroule avec succès !

Des illusions à la désillusion

Tout est merveilleux, Nora n’a pour l’instant entendu que le chant des sirènes et est à peine consciente qu’elle pourrait s’échouer sur des récifs. Tout est merveilleux et puis sa famille d’adoption part brusquement. Sans elle. C’est les heures passées près du téléphone à attendre une lettre, un sms, n’importe quoi. C’est se raccrocher au moindre signe de vie de l’autre. C’est se retrouver désespérée de réaliser qu’on est cette personne qui ne se suffit pas à elle-même malgré ses beaux discours sur l’indépendance.

Sa colère n’est finalement que l’expression de sa tristesse qui la prend aux tripes. Peut-être que finalement elle ne comptait pas tant que ça pour Sirena (il était temps qu’elle s’en rende compte) ! Il n’y a pas eu de promesses entre elles. Rationnellement Nora ne pouvait pas en vouloir à Sirena de ne pas lui donner de nouvelles mais le contrat de l’amitié était implicite. On en revient encore à cette prise de risque de s’attacher, de mettre quelqu’un sur un piédestal. Soit l’autre personne s’en fout, soit elle s’en rend compte et en joue (pour le coup c’est plus pervers). A ce moment-là on ne sait pas encore si Sirena est juste une connasse égoiste qui ne se rend pas compte de ce qu’elle fait ou si c’est une perverse qui sait et qui en joue. A la limite on préfèrerait presque la seconde possibilité. Une indifférence sans mauvaise intention c’est le mépris ultime. On raye la personne de son existence et basta ya.

Pour Nora, plus l’attente dure, plus elle s’accroche. Plus Sirena est cruelle, plus elle a besoin d’elle. C’est terrible. Pourquoi ? En pardonnant (parce qu’évidemment Nora finit par lui pardonner, comment faire autrement) elle justifie le fait d’être restée. Si elle avait dit stop, alors Nora aurait été obligée de se retrouver face à elle-même et de réaliser qu’elle avait été bien conne de s’accrocher tout ce temps dans cette amitié à sens unique. Alors Nora pardonne. Elle pardonne parce qu’elle est trop faible pour dire non et se sortir de cette emprise délicieuse, de cette relation destructrice qui représente tout et qui désormais la définit.

Nora pardonne mais elle n’oublie pas. La graine de sa colère et de sa rébellion a désormais un terreau fertile pour pousser.

Nora n’est pas uniquement fascinée par Sirena elle l’est par cette famille mais aussi pour ce qu’elle représente ; un champ de possibilité, l’espoir de s’épanouir et de devenir l’artiste et la femme qu’elle voudrait être, de réaliser le rêve qui était bridé par sa peur de rater, sa peur de ne pas être à la hauteur de l’idée qu’elle se faisait d’elle-même.

Je ne supportais pas l’idée d’échouer. Je trouvais pire de tenter ma chance et d’échouer que de ne pas essayer.

Là encore on retrouve cette peur héritée de sa mère de passer à côté de sa vie et d’errer dans le Palais des glaces et de manquer les portes (encore une petite couche sur le temps qui passe et fixette sur son âge – décidément !).

Elle est fascinée par cette famille mais peu à peu devient jalouse de Sirena qui prend sa vie de rêve pour acquise. Nora rêverait d’avoir une relation exclusive avec chacun d’entre eux. Pourquoi est-ce que c’est si important ? En fait c’est un peu la dialectique maitre/esclave de Hegel inversée. Nora admire de façon particulière les trois membres de la famille et elle est enchantée qu’ils l’aiment en retour. Pourquoi ? Parce que si des personnes aussi fascinantes l’aiment alors cela signifie qu’elle est digne d’être aimée, qu’elle a de la valeur. En fait cette relation booste sa confiance en elle et font naitre en elle l’espoir que sa vie n’est pas finie, qu’elle peut réussir en tant que femme, en tant qu’artiste et qu’elle pourra un jour traverser Paris en voiture, les cheveux au vent.

La relation plus intime

 On le voyait venir, le moment où Nora allait se rendre compte qu’elle éprouvait du désir au-delà de l’amitié et de l’amour pour Skandar et Sirena. Plus que le désir c’est une relation intime, particulière qu’elle veut avec chacun d’entre eux, séparément (l’idée qu’ils puissent coexister sans elle lui est aussi insupportable).

Skandar est un personnage très énigmatique tout au long du livre au sens où on se demande ce qu’il trouve à Nora. Sirena l’utilise comme assistante et faire-valoir, Reza comme mère de substitution mais lui ? Qu’est-ce qu’il lui trouve ?? J’étais un peu sceptique par rapport aux promenades platoniques de Skandar et Nora. Cette situation est peu crédible à mon avis.

Les oppositions dans l’art

Skandar ne m’a pas intéressé plus que ça jusqu’au moment où il découvre l’œuvre de Nora. Ce qui m’amène à un point majeur du livre : les différentes conceptions artistiques de Nora et Sirena et ce que ça dit de leur personnalité.

Nora a un art recroquevillé sur lui-même, minutieux, introverti, elle s’efface, invisible, pour laisser la place aux femmes qu’elle admire et dont elle imagine le lieu d’intimité par excellence (la chambre donc) tandis que Sirena envisage une œuvre grandiose, exposée à la lumière, éclatante de joie, à la taille de son ego et de son ambition. On a également une opposition entre les photos professionnelles de Sirena qui témoigne, qui s’assume, et les polaroids flous et fantasmagoriques de Nora qui s’amuse à être quelqu’un d’autre, qui s’excuse presque d’exister. L’opposition entre l’ombre et la lumière.

On ne peut décemment pas parler de leur opposition sans évoquer le titre de l’œuvre de Sirena (là-encore on apprécie le clin d’œil à Lewis Caroll : Alice au pays des merveilles jusqu’à l’autre côté du miroir). L’œuvre de Sirena (qui porte décidément bien son nom !) fait également écho à la métaphore du début, celle du Palais des Glaces, des miroirs déformants qui embellissent, asservissent, transforment la réalité.

Il y aurait surement beaucoup de chose à dire sur le détail de la construction de leurs œuvres respectives mais là n’est peut-être pas l’essentiel du livre, c’est surtout le fil conducteur, une illustration imagée des rapports qu’elles ont avec la vie, avec elles-mêmes.

Le tragique du départ de « la famille » de Nora

J’ai toujours su que mon désir ne pourrait pas être satisfait, qu’il ne le serait jamais ; mais que j’étais encore assez près pour me cramponner, par intermittence, au fantasme de sa satisfaction, et que cela même suffisait à le maintenir, si longtemps, en vie.

Quand la famille part, l’obsession de Nora prend une dimension toute particulière. Et personne, même pas Didi, ne comprend. Comment le pourrait-elle ? A-t‘elle seulement déjà vécu quelque chose de similaire ? Nora ne vit encore une fois que dans l’attente et regarde le monde par le prisme de sa relation avec eux. Eux qui sont tellement parfaits par rapport à elle qui, au fond, à part cette année partagée avec eux, n’a pas accompli grand-chose.

Le départ de Sirena est vécu comme une petite mort. Je pense que le mot « mort » n’est pas exagéré (lorsqu’elle compare cet abandon à la mort de sa mère). C’est une mort, la fin d’une histoire, le démantèlement de l’œuvre pour laquelle elle a tant travaillé (réellement et symboliquement), la fin des jours heureux. Comme si tout cela n’avait été qu’une parenthèse imaginée/imaginaire.

Et puis Sirena revient, elle irradie, elle rayonne comme un soleil et même Anna (la galeriste) ne peut détourner son regard d’elle. Est-elle vraiment aussi magnétique ou bien est-ce une déformation de ce que croit voir Nora ?

La trahison

Nora était déjà amère lorsque Skandar lui avait donné ses vieilles affaires en partant (une concession et pas réel cadeau) et on ne peut que la comprendre. Mais même ça elle était prête à le comprendre et à l’accepter parce qu’elle se trouvait insignifiante. Ce qu’elle ne pourra pas pardonner en revanche c’est la trahison ultime de Sirena et le silence complice de Skandar. Réaliser que leur famille n’était pas sincère, que cette amitié/cet amour n’était pas réciproque.

Au fond c’est peut être un mal pour un bien parce que, une fois trahie, Nora se donne la permission de vivre. Elle s’autorise à avoir une fureur de vivre, à laisser éclater sa colère et à dire FUCK sur sa tombe. Le monde peut trembler parce que maintenant « vous allez voir ce que vous allez voir ».

3/. Une nouvelle lucidité

Parfois, vous ne saisissez même pas l’importance d’un évènement avant longtemps, car vous n’arrivez pas à croire qu’un fait aussi capital ait pu présenter une apparence aussi anodine.

On pourrait écrire des pages et des pages sur cette phrase. Parce qu’elle est vraie. Parce qu’il suffit d’un rien pour changer une vie, de cinq malheureuses petites minutes et c’est fini, tout bascule. Irrémédiablement. C’est la « fêlure fatale » dont parlait Donna Tartt (de manière générale tout est dans le livre de DT).

On peut se demander si c’était une bonne chose que Nora croise le chemin de la famille Shahid. Est-ce qu’il aurait mieux valu qu’elle reste « la femme d’en haut » ou bien est-ce que cette rage de vie est préférable ? Je tends à préférer la seconde option. Pourquoi ? Déjà parce que c’est impossible de revenir sur le passé mais surtout parce que l’important c’est ce qu’elle va faire de cette expérience. C’est qu’elle se batte, c’est qu’elle dise FUCK sur sa tombe, c’est qu’elle devienne l’artiste qu’elle a toujours voulu être et qu’elle arrête de se mettre toute seule des barrières. Sirena aura au moins eu le mérite de la révéler à elle-même. Bien sûr elle lui aura fait du mal. Terriblement. Mais Nora ne va plus se laisser faire ! Elle choisit la Vie avec un V majuscule.

J’aimerai terminer sur une petite phrase de Martha Graham que j’avais notée sur un petit carnet parce que je trouve qu’elle correspond bien au nouvel esprit combatif de Nora (et surtout parce que je n’ai pas trop d’inspiration pour une conclusion !):

There is a vitality, a life force, a quickening that is translated through you into action, and there is only one of you in all time, this expression is unique, and if you block it, it will never exist through any other medium; and be lost. The world will not have it. It is not your business to determine how good it is, not how it compares with other expression. It is your business to keep it yours clearly and directly, to keep the channel open. You do not even have to believe in yourself or your work. You have to keep open and aware directly to the urges that motivate you. Keep the channel open

C’est un peu la leçon que donne Nora finalement : Keep the channel open

La femme d’en haut – Claire Messud

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Nora ressemble à votre voisine du dessus, celle qui vous sourit chaleureusement dans l’escalier mais dont vous ignorez tout. Lorsque la belle Sirena, accompagnée de son mari et de son fils, fait irruption dans son existence d’institutrice dévouée, elle réveille un flot de sentiments longtemps réprimés. Mais échappe-t-on réellement au statut de femme de second plan ?

Claire Messud brise avec acidité le mythe de la femme sans histoires, pour la révéler grinçante et en colère, habitée d’espoirs fous et, inévitablement, de fracassantes désillusions.

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Les gens n’ont pas envie de s’inquiéter pour la femme d’en haut. Elle est fiable, organisée, sans histoires. 

J’ai tout de suite été séduite par la 4ème de couverture, cette description de la voisine sans histoire qui semble avoir la vie banale et normale par excellence. Qui se cache derrière cette femme ni belle ni moche, ni jeune ni vieille, ni blonde ni brune ?

Nora est cette fille/femme qui a toujours fait plus ou moins ce que l’on attendait d’elle (la bonne copine, la bonne prof, la digne héritière des rêves contrariés de sa mère et de ses envies d’évasion). Elle n’a jamais eu le courage de vivre ses ambitions, d’oser être pleinement elle-même ; comme si son avis était un critère parmi tant d’autres dans son processus de décision, un critère d’une importance relative par rapport aux exigences de ses parents et des valeurs reçues par son éducation.

Lorsque les trois membres de la famille Shahid font irruption dans sa vie terne et grise, Nora semble enfin timidement commencer à connaitre le bonheur et voir la vie en couleur en se révélant en tant que mère, que femme et qu’artiste. Mais le tableau n’est pas si rose car au-delà de l’amitié apparente que lui porte cette famille on voit se dessiner une relation à sens unique, une amitié/amour non partagée qui finira à obliger Nora à se remettre en question et s’autoriser à Vivre avec un V majuscule.

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Une lecture extrêmement intéressante sur les vices de l’amitié, sur la confiance en soi et la création artistique.

Nota Bene : A lire en écoutant « The Ballad of Lucy Jordan » après une promenade en voiture de sport dans le dédale des rues parisiennes. Pour les curieux vous pouvez vous rendre ici pour avoir un avis plus détaillé !

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Editeur : FOLIO
Date parution : 17/03/16
ISBN : 9782070468881
Nb de pages : 416

Le chardonneret – Donna Tartt

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C’est un minuscule tableau de maître. Un oiseau fascinant. Inestimable.
La raison pour laquelle Theo Decker, 13 ans, s’est retrouvé en possession de ce chef-d’œuvre de l’art flamand est une longue histoire… Un hasard qui, huit ans après ce jour tragique de pluie et de cendres à New York, l’obsède toujours autant. Des salons huppés de Manhattan aux bas-fonds mafieux d’Amsterdam ou de Las Vegas, Le Chardonneret surveille l’effroyable descente aux enfers de Theo et préside à son étrange destin…

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Donna Tartt écrit un livre tous les 10 ans. Son premier? Le maître des illusions, peut-être le livre qui m’a le plus marqué et qui m’a définitivement convaincue que je voulais travailler dans l’édition. Son second? Le petit copain, J’ai craqué au bout de quoi? 3 semaines? Brillant encore, on y retrouve l’atmosphère et la beauté de son univers. Le Chardonneret je voulais me le garder pour un moment spécial, comme une petite pépite parce que je savais qu’une fois lu, ingurgité, dévoré (il fait quand même près de 1000 pages) il ne me resterait plus qu’à attendre, bêtement comme une âme en peine, de longues années avant de tenir entre les mains un nouveau livre qui vaille la peine d’être lu. Si elle suit son schéma habituel son prochain livre sortira en 2023… 4 years to go…

Bref, ce livre c’était mon cadeau de Noël de moi à moi (meilleur cadeau je précise) et je l’ai lu emmitouflée dans mon plaid pendant les vacances qui ont suivi. Là encore, une claque. Comment résumer ce livre? En fait ce n’était pas UN livre, c’était une longue immersion de plus d’une dizaine d’années dans la vie de Théo, de New York à Amsterdam en passant par Las Vegas. J’ai peut-être plus appris, plus compris de chose à ma vie, à LA vie en général en lisant ce livre qu’en de nombreuses années d’existence. J’en suis ressortie tellement exaltée que j’ai été incapable de lire quoi que soit d’autre pendant plusieurs semaines tant j’étais habitée par l’univers de Donna Tartt. Inutile de préciser que toutes les lectures qui ont suivi ont été fades et insipides…

Ce livre n’est pas juste un livre c’est tellement plus. C’est une expérience de vie, une révélation. Donna Tartt a achevé mon coeur à coup de plume, à coup de mots tranchants sur le papier. Si je devais résumer ce livre :

  • en un tableau ça serait Le Chardonneret de Fabritius (évidemment)
  • en un extrait de film ça serait la scène du sac plastique d’American Beauty,
  • en une affliction ça serait Le syndrome de Stendhal

 

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Donna Tartt disait « la musique est l’espace entre les notes ». La magie du Chardonneret c’est l’espace entre ses mots, le silence envoutant après avoir lu la dernière page qui appartient tout entier à l’auteur. Un chef d’oeuvre magistral, un coup de coeur.

Nota Bene A lire en se laissant fondre et emporter dans l’écriture subtile et intense, authentique et poétique de Donna Tartt.

Ma note :

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Editeur : POCKET
Date parution : 2/01/15
ISBN : 9782266250764
Nb de pages : 1 102 pages

The rules do not apply – Ariel Levy

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« I wanted what we all want: everything. We want a mate who feels like family and a lover who is exotic, surprising. We want to be youthful adventurers and middle-aged mothers. We want intimacy and autonomy, safety and stimulation, reassurance and novelty, coziness and thrills. But we can’t have it all. »

Ariel Levy picks you up and hurls you through the story of how she lived believing that conventional rules no longer applied – that marriage doesn’t have to mean monogamy, that aging doesn’t have to mean infertility, that she could be ‘the kind of woman who is free to do whatever she chooses’. But all of her assumptions about what she can control are undone after a string of overwhelming losses.

« I thought I had harnessed the power of my own strength and greed and love in a life that could contain it. But it has exploded. »

Levy’s own story of resilience becomes an unforgettable portrait of the shifting forces in our culture, of what has changed – and what never can.

 

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Ariel Levy is way too cool.

She made me think of this friend, sort of crazy (not in a clinical sense, crazy in a good way! most of times at least), that is also a little « too much ». The kind that dies her hair pink a Tuesday on the spur of the moment because she cried in front of the perfection of a sunset and she realized that « Pink is a psychedelic color, I swear hun, you were not there you can’t get it! » (The girl is 30. Everything is fiiiine. Thanks to her, I’m the one that seems to be « all together » for once. So refreshing.) My friend also speaks with a flow so high that it defies imagination. She’s always way way too happy about the little things of life. I love people like that, for whom everything is so intense, people that don’t follow the rules and that, contrary to most people (contrary to me), allow themselves to say fuck to conventions.

.« Daring to think that the rules do not apply is the mark of a visionary. It’s also a symptom of narcissism. »

Still, it’s nice to read the story of an imperfect person that is trying (shouldn’t we all?) to be honest with herself. She’s really self-conscious about who she is and what she wants and she manages to get it. Fake it until you make it. This might be another definition of bravery, I guess. It’s allowing oneself to be happy even though we don’t think we deserve it because, let’s face it, we haven’t always been « perfect ».

« I didn’t want her girlfriend to suffer. But I didn’t feel particularly guilty, either. They seemed so far from love, I even thought (stupidly) that the girlfriend might be happy to have Lucy taken off her hand. They had become strangers. Maybe they always had been. And we were magic. »

For instance when she cheats on her girlfriend and she justifies it with this nebulous theory that love dedicated to only ONE person is not contradictory to sleeping from time to time with random people, if there is attraction etc… Well, well, well. Let’s test this theory. I’m not sure my boyfriend would be that tolerant! But, to be perfectly honest, I kind of agree with Ariel about this « cheating issue ». This is quite ridiculous and childish when you think about it. Mariage is a social construction that hasn’t been existing for so long regarding the story of mankind. And being physically attracted to sb else doesn’t take anything from your loved one. Of course, the advantage to submit to social pressure/the norm is to be « part of the group  » (i feel like I’m talking about animals… weird). ANYWAY. You sort of have to get married, have children, a long-term contract (I wish!) to check the boxes of a « successful life » (says who?) but… Is that really what we want? Is that really what we should do?

« One day you are very young and the suddenly you are thirty-five and it is Time. You have to reproduce, or else. »

The mere thought of having to stay stuck with the same person till the end of my life is terribly scary… It’s like, voluntarily, getting on a highway to hell, direction death, without any fun on the way. But since divorce is an option, and so a real possibility, all is not necessarily lost dixit Ariel.

*

I also really liked all the moments where she talks about her job as a journalist, as a writer, about the fact that she needs to tell stories and live things twice (live them and then write them). I think she tried (unconsciously maybe) to turn her life into something « novel material » so she could write about it. Isn’t it what we all secretly want? To have a crazy destiny? Because we always believe that we are invulnerable (obviously since we are the main character of our story) but we get back from it. No, no. We are the main character of absolutely nothing at all. Nada. Niet. Rien du tout. First disillusionment of life when you realize that, actually, you don’t control anything and in face of hard ordeals, you’re not this hero you thought you would be. You’re just that pathetic little thing, crying over your terrible fate. The thing is, I guess, at least to try to become the best version of yourself. Fake it until you make it. Always and forever. And maybe someday, it will become true…

I could talk about this book forever. I’ll have my pink-haired friend read it, maybe she’ll get inspired and dye them green who knows!

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Plus, Ariel liked my tweet. Ariel. I know, right ??? Like we’re already on first-name basis, like we’re kind of best friends now. God, I’m so delusional. Anyway, if you want to have a long talk with a friend just dive in, dive in this book, take a breath and enjoy the journey because man, it’s worth it ! AND READ IT IN ENGLISH PLEASE (way better this way, french fellows <3).

Nota Bene : I read it on my first day to work, heading to a job I’m passionate about and this book really comforted me that life is too short for compromise. Life is made to be lived 100%. Don’t waste your time with things you « kind of » like. Dream and live Big. Dare to be « too much ». And READ THIS BOOK!

My grade :

quatresurcinq


Editeur : RANDOM HOUSE
Date parution : 03/17
ISBN : 9780812996937
Nb de pages : 224 pages

 

Le maître des illusions – Donna Tartt

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En décrochant une bourse à l’université de Hampden, dans le Vermont, Richard Papen ne laisse pas grand chose derrière lui : la Californie, qui lui déplaît ; son adolescence, faite de souvenirs incolores ; et ses parents, avec qui il ne s’entend pas. Hampden est une porte de sortie inespérée, l’opportunité de vivre une nouvelle vie. Passées quelques semaines, il est bientôt attiré par un professeur atypique, Julian Morrow, esthète capricieux qui enseigne les lettres classiques à cinq étudiants apparemment très liés. Contre l’avis de ses professeurs, il tente de s’introduire dans le groupe de ces jeunes gens marginaux sur qui courent les plus folles rumeurs. Et il est loin d’imaginer ce que lui coûtera sa curiosité.

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Les choses terribles et sanglantes sont parfois les plus belles. 

Je vous le conseille vraiment parce que c’est un texte merveilleux tant sur le fond que sur la forme. Donna Tartt écrit de manière fluide, simple et très juste. Elle a surtout le mérite de réussir à créer une atmosphère, une ambiance particulière qui est à la fois, lourde, malsaine mais qui a aussi par moments des accents de légèreté et de poésie. Il ne suffit que de quelques pages pour entrer dans cet univers qu’elle dépeint avec talent.

J’errais comme un somnambule, abasourdi et ivre de beauté. Un groupe de filles aux joues rouges qui jouaient au football, queues de cheval au vent, leurs cris et leurs rires atténués par la prairie veloutée au déclin du jour. Des pommiers craquants sous les pommes, avec en dessous des fruits rouges tombés sur l’herbe, l’odeur lourde et sucrée des pommes qui pourrissaient par terre, le bourdonnement régulier des guêpes (…) Le choc de voir pour la première fois un bouleau se dresser dans le noir, le soir, aussi mince et indifférent qu’un fantôme. Et les nuits d’une ampleur inimaginable : noires et venteuses, énormes et agitées, traversées d’étoiles. 

Sur le fond c’est un véritable chef-d’œuvre parce que Donna Tartt aborde les sujets les plus fondamentaux de la vie (la mort, la vanité, la beauté, la culpabilité, la morale…) avec plusieurs niveaux de lecture, tout en finesse et subtilité. Le thème est vu est revu : l’histoire d’une bande d’étudiants riches et débauchés qui en arrive à tuer l’un des leurs (ce n’est pas un spoiler on le sait dès la 2ème ligne du texte).

Si le thème de départ paraît simpliste, c’est surtout le développement, la psychologie des personnages, qui est au cœur du livre. Le thème principal n’est pas tant le côté enquête puisque l’on sait dès le prologue qui sont les coupables, mais le pourquoi du meurtre et la gestion de l’après (comment vivre avec et assumer). Plus généralement, ce livre parle du moment particulier que constitue la fracture dans une vie. On pourrait même presque parler de fracture identitaire, du moment où une décision, un événement, nous transforme profondément. C’est finalement cela que l’on vit par les yeux de Richard (le narrateur) quelques années après les faits : comment il a été amené à traverser, à (sur)vivre cette fracture.

Richard, jeune boursier, quitte sa Californie natale pour étudier à l’université de Hampden dans le Vermont où très vite il est intrigué par un petit groupe d’étudiants qui se détache de l’ensemble de sa promotion. Fascinés par la culture classique, les grands philosophes grecs et le magnétisme de leur charismatique maitre à penser, Julian, ils décident d’explorer les limites de leur conscience en se livrant à des rituels anciens. Un soir, l’expérience tourne au drame lorsque quatre d’entre eux, sous l’influence de puissants psychotropes tuent un homme. Richard, le narrateur, nous compte alors comment le cinquième membre du groupe, Bunny, qui n’avait pas été convié à la Bacchanale (le fameux rituel), comprend ce qui s’est passé et se met progressivement à faire planer de manière cruelle et insidieuse la menace sur les autres, qui, impuissants, en arriveront à envisager l’inenvisageable…

Sur fond de cours de grec, de week-ends dans l’ivresse à la campagne et de sophistication extrême, le masque de perfection glacée des personnages se fissure. Irrémédiablement. On reste spectateur, à travers les yeux de Richard, de cette lente descente aux enfers, mécanique, qui les mènera à un destin tragique…

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Je reprendrai la critique d’Olivia de Lamberterie qui résume finalement mon ressenti « Le maître des illusions : un coup de maître ». Alors, pour ceux qui ne l’ont pas encore lu, êtes vous prêts à quitter le monde phénoménal et à entrer dans le sublime?

Nota Bene : A lire et à relire, partout, tout le temps. Je l’ai lu en écoutant en boucle Lorde (Team, A world Alone) et Feder ft Lyse (Goodbye), musiques qui correspondent bien à l’ambiance du livre. Pour les passionnés ou les curieux vous pouvez vous rendre ici pour avoir un avis plus détaillé !

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Editeur : PLON
Date parution : 1993 (NED 2014)
ISBN : 9782259221917
Nb de pages : 600 pages