Les Mandible – Lionel Shriver

9782714474230

SynopsisV2

Aux États-Unis, en 2029.

Les États-Unis ont élu leur premier président latino, l’Espagnol est devenu la première langue du pays, l’Indonésie a annexé l’Australie et Poutine est toujours au pouvoir.
Comme toutes les familles américaines, les Mandible subissent la crise économique. La situation est grave mais pas désespérées : certes, les légumes sont devenus hors de prix, l’eau est une denrée rare, même le papier toilette est soumis à la plus grande rigueur, mais les comptes du patriarche sont bien garnis, l’heure de l’héritage est proche.
C’est alors que le Président Alvarado annonce la faillite des États-Unis : l’argent des particuliers est réquisitionné, les seniors sont expulsés de leur maison de retraite, les salaires ne sont plus versés. La maison de Florence Mandible devient le dernier refuge de toute la famille. Mais combien de personnes peuvent vivre en totale promiscuité dans une petite maison de Brooklyn ? Combien de temps avant que la solidarité entre ses habitants ne laisse place à la colère, à la haine ? Avant que la famille Mandible ne s’écroule, comme le reste du monde qui l’entoure ?

MonavisV2

J’ai lu ce livre la semaine des élections, autant dire que j’étais plein dans la dynamique « quel serait le pire monde possible »? #Voltaire.

J’ai abordé cette histoire avec curiosité parce que j’avais entendu beaucoup de bien de Lionel Shriver et de ces précédents livres mais pour être honnête, celui-ci m’est un peu tombé des mains. Pourtant je suis une grande fan de dystopies (à niveau presque maladif soit dit en passant). Coucou Margaret Atwood! Si je n’ai absolument rien à reprocher à l’écriture et aux portraits extrêmement précis et réalistes des personnages, j’ai en revanche été très vite agacée par les longues (très longues, trop longues?) considérations économiques de l’auteure à tel point que parfois j’avais l’impression d’avoir sous les yeux un essai d’éco et non pas un roman. Et pourtant je suis en école de commerce donc je devrais être habituée.

Mais je lis principalement pour me détendre, m’évader un peu, très loin si possible alors me replonger dans des taux d’intérêts, fonds de pension et tutti quanti. Au secours. Je vous met à titre d’exemple un des (nombreux) passages qui entrecoupait de manière quasi-systématique l’intrigue.

Exactement. Tu as la France qui se trouve dans l’incapacité totale de refinancer une tranche de la dette arrivée à échéance, mais l’Allemagne et la BCE sont intervenues immédiatement, donc ce n’est pas comme s’ils risquaient de fermer la tour Eiffel par manque de financement. Ils en ont contrarié quelques-uns, c’est tout. Quant à Barclay’s au Royaume-Uni, la version officielle est que le gouvernement d’Ed Balls ne peut pas la renflouer cette fois-ci, mais ce n’est qu’une posture stratégique. Je suis prêt à parier qu’ils trouveront assez de pièces de dix pence entre les coussins des canapés de Downing Street pour empêcher la banque d’aller dans le mur. Et hier, deux fonds spéculatifs un peu nerveux de Zurich et de Bruxelles ont quasiment soldé à zéro leurs positions en dollars et investi dans l’or. Grand bien leur fasse. Ils se serviront de leurs beaux lingots comme presse-papiers quand l’or s’effondrera de nouveau.

Bon OK je vous l’accorde c’est compréhensible mais quand même, je trouvais que vu le sujet choisi, on aurait pu partir sur des pistes beaucoup plus intéressantes et vraiment mettre les personnages au centre plutôt que explications qui n’en finissaient pas.

Tout ça pour dire que ce détail m’a réellement gâché une lecture qui aurait été agréable sans ce fâcheux aspect.

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Une thèse assez intéressante sur une alternative de notre société. Si vous aimez l’économie foncez sinon… Foncez quand même, ça vaut le coup de découvrir cette auteure 🙂

Nota Bene : A lire dans un régime démocratique, sans l’ombre d’un populiste avec sa petite frisure blonde sur le crâne.

Ma note : 

troissurcinq


Editeur : BELFOND
Date parution : 04/05/17
ISBN : 9782714474230
Nb de pages : 528 pages

La maison de poupée – MJ Arlidge

9782365692953

SynopsisV2

Une jeune femme se réveille, désorientée. Elle n’est pas dans son lit mais dans une cave. Prisonnière d’un simulacre de chambre. La panique monte. Comment a-t-elle atterri là ?Pourquoi ?
Non loin de là, des promeneurs font une découverte macabre : le corps décomposé d’une femme. Sa disparition n’a jamais été signalée : sa famille recevait régulièrement de ses nouvelles via les réseaux sociaux et n’avait donc aucune raison de s’inquiéter. Quel assassin peut être assez pervers pour jouer ainsi avec les proches de ses victimes ?
La détective Helen Grace se lance sur la piste de ce meurtrier redoutable. Un prédateur vicieux et intelligent qui ne recule devant rien. Mais elle doit faire vite. Quelque part, une femme lutte pour sa survie…

MonavisV2

Voilà un nouveau livre de MJ Arlidge dont j’avais déjà lu un précédent livre: Am Stram Gram. Elle en publié un autre l’année dernière « Il court, il court le furet » pour ceux que ça intéresse. Là encore, il s’agit d’une histoire qui met en scène sa détective fétiche, Helen Grace, sur les traces d’un serial killer.

Le principal talent de l’auteure réside dans la construction de son intrigue et l’alternance des points de vue entre Ruby (la jeune femme qui a été enlevée), le serial killer et la partie concernant l’enquête. Il est toujours intéressant d’avoir plusieurs perspectives d’un même évènement et passer d’un personnage à l’autre. Cela permet de construire de manière efficace la tension dramatique.

Brièvement, le pitch : C’est l’histoire d’un psychopathe qui a pour particularité d’enlever ses victimes (jeunes femmes isolées ou ayant plus ou moins perdu contact avec leur entourage) et de continuer à les faire vivre sur les réseaux sociaux, par SMS etc. Ce mécanisme est extrêmement pervers (est-il nécessaire de le préciser) mais j’ai trouvé que c’était une excellente idée. J‘avais envie de savoir le pourquoi de tout ça, qu’est-ce qui avait bien pu arriver au tueur pour qu’il en arrive là. Mais encore une fois, j’ai été déçue par la réponse qui me paraissait trop simple, pas assez fouillée.

Néanmoins, les passages avec Ruby (la victime) sont très bien écrits et font froid dans le dos, ce qui relève sensiblement le niveau d’un roman qui sinon aurait été moyen (dans la mesure où le côté enquête n’était pas des plus trépidants).

« C’était dit avec le sourire, mais Ruby en eut froid dans le dos. A cet instant, elle comprit avec clarté ce qu’elle aurait dû savoir depuis le début: cet inconnu exerçait un droit de vie et de mort sur elle.« 

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J’ai l’impression que c’est une malédiction avec cette auteure. A chaque fois le pitch me fait terriblement envie, les scènes avec les victimes et du point de vue du serial killer sont excellentes mais là où le bat blesse c’est dans l’enquête avec la détective Helen Grace. J’ai vraiment du mal à accrocher avec son personnage récurrent à travers les tomes. En somme, La maison de poupée est un bon thriller, dans la même veine qu’Am Stram Gram mais il ne répond pas à toutes ses promesses.

Nota Bene : A lire dans une cave noire. Noire et obscure. Obscure et sombre, après une soirée un peu rock’n’roll 😛

troissurcinq


Editeur : ESCALES
Date parution : 30/03/17
ISBN : 9782365693240
Nb de pages : 284 pages

Am stram gram – MJ Alridge

9782365690812

SynopsisV2

Deux jeunes gens sont enlevés et séquestrés au fond d’une piscine vide dont il est impossible de s’échapper. A côté d’eux, un pistolet chargé d’une unique balle et un téléphone portable avec suffisamment de batterie pour délivrer un terrible message : « Vous devez tuer pour vivre. » Les jours passent, la faim et la soif s’intensifient, l’angoisse monte. Jusqu’à l’issue fatale. Les enlèvements se répètent.

Ce sont les crimes les plus pervers auxquels le commandant Helen Grace ait été confrontée. Si elle n’avait pas parlé avec les survivants traumatisés, elle ne pourrait pas y croire. Helen connaît les côtés sombres de la nature humaine, y compris la sienne ; pourtant, cette affaire et ces victimes apparemment sans lien entre elles la laissent perplexe. Rien ne sera plus terrifiant que la vérité.

MonavisV2

Je me suis jetée sur ce livre comme la misère sur le pauvre monde ou comme une addict au chocolat sur un macaron Pierre Hermé. Aussitôt dans les mains, aussitôt soupesé, lu, dévoré.

Am Stram Gram pique et pique et colegram bourre et bourre et ratatam Am Stram Gram.

Un tueur qui aime jouer avec ses victimes comme avec des marionnettes. On l’imagine, assis derrière son écran avec un grand saladier de pop corn en train de se délecter du spectacle. A chaque fois ses deux « joueurs » sont précautionneusement choisis : un jeune couple, des collègues de travail, une mère et sa fille… Et à chaque fois la même règle. Il place méticuleusement les éléments du décor et les acteurs et c’est parti. Am stram Gram. A partir de combien de temps envisage-t-on sérieusement de tuer l’autre pour sauver sa peau ? Quand est-ce que l’on perd son humanité ? Est-on réellement prêt à tout pour survivre ?

La recette semblait fonctionner. Le concept était terriblement attirant, je m’attendais à de grands drames psychologiques, à un plan machiavélique mené par un tueur tout aussi tordu que ses mises en scène mais…non. La policière en charge de l’enquête, Helen, torturée, un brin masochiste, est en charge de l’enquête et si l’auteur maitrise bien les ficelles du polar traditionnel il manque ce petit truc en plus qui nous fait tourner les pages avec une frénésie presque maladive. On est trop dans la caricature, les portraits ne sont pas assez fouillés à mon goût et la fin est… décevante. Tout ça pour ça. Surtout au regard de la quatrième de couverture qui m’avait vraiment donné envie.

EnconclusionV2

Am Stram Gram, encore une comptine qui prends un aspect glaçant comme celle des Dix petits nègres d’Agatha Christie. Le concept est particulièrement pervers et efficace : tuer ou être tué. Pas d’échappatoire. Pour le concept : chapeau bas, pour le reste… pas à la hauteur de mes attentes. Je lui met cette note principalement à cause du concept et de la scène d’ouverture dans la piscine. MJ Arlidge revient d’ailleurs dans un nouveau polar « La maison de Poupée » dont je publierai la critique la semaine pro 🙂

Nota Bene : A lire au fond d’une piscine vide avec son meilleur ami. Ambiance.

troissurcinq


Editeur : ESCALES
Date parution : 19/03/16
ISBN : 9782365690812
Nb de pages : 364 pages

Le murmure du vent – Karen Viggers

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L’auteur des best-sellers La Mémoire des embruns et La Maison des hautes falaises revient avec un troisième roman bouleversant.

Quand Abby rencontre Cameron, tout en lui l’agace. Biologiste, elle arpente seule la vallée des monts Brindabella pour observer le comportement des kangourous. Il est un jeune journaliste enquête d’un article pouvant susciter la polémique. Quand il cherche à la revoir, elle fait tout pour l’éloigner. Pourquoi prendrait-elle le risque d’être à nouveau blessée par la vie ?
Un jour, elle rencontre une vieille dame, Daphné, qui a passé sa jeunesse dans ces montagnes et vient régulièrement se ressourcer dans cette nature si chère à son coeur. Malgré leur différence d’âge, les deux femmes se rapprochent. Avec délicatesse, Daphné essaye de sortir Abby de son marasme. Leur amitié leur permettra peut-être enfin de se libérer du passé et de sourire à l’avenir ?

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JOIE, BONHEUR! Un nouveau Karen Viggers, je suis ravie! Après les baleines voilà les kangourous, après Lex et Callista voilà Cameron et Abby. On prend de nouveaux ingrédients, on applique la recette magique et on recommence.

J’avais déjà été conquise par La maison des hautes falaises et ce nouveau livre de Karen Viggers ne m’a absolument pas déçue. Dès les premières lignes, on retrouve cette même écriture, cette poésie, ainsi que ces personnages torturés qui évoluent dans de grands espaces, dans les montagnes et le bush australien. La nature, là encore, est omniprésente.

Ce roman c’est d’abord une histoire d’amour entre Cameron et Abby. Cette dernière est une jeune femme de 23 ans qui est biologiste et étudie les kangourous, une activité solitaire et passionnante qui lui permet de rester seule avec elle-même et de ne pas être dans la superficialité des relations avec les personnes de son âge. Elle rencontre Cameron, un jeune journaliste dans le cadre d’une interview et même si fatalement, elle est attirée par lui, elle a peur de s’attacher, de le perdre. De se perdre.

– Je ne sais pas, mais j’ai l’impression que tu me tiens à distance. Laisse-moi percer ton mystère.
– Donne moi un peu de temps. Le temps de fuir, complète-t-elle intérieurement en se levant pour aller à la salle de bains.

Cette histoire c’est aussi la rencontre d’Abby avec Daphné, cette vieille femme qui lui rappelle sa grand-mère et avec qui elle se sent en confiance. Au long de son roman, Karen Viggers souligne l’importance des liens avec les autres générations, comment chacun peut apporter à l’autre et nouer des relations sincères.

– J’ai pas besoin d’une maman, grogne-t-il. Je suis assez grand pour faire face tout seul. Mais Abby sait bien que ce n’est pas vrai. Tout le monde a besoin d’une mère. Ceux qui ont en une ne se rendent pas compte de la chance qu’ils ont.

Au fond, Karen Viggers traite de thèmes essentiels dans ses livres et particulièrement celui-ci: comment les hommes s’inscrivent dans la nature (a t’on le droit de tuer les kangourous pour préserver un écosystème?), comment faire face à la perte, le deuil. Et surtout, surtout, comment réussir à revivre? Elle réhabilite également le peuple des aborigènes persécutés par les blancs et dont l’histoire a trop souvent été effacée des mémoires.

Un goût de bile lui remplit la bouche, elle s’étrangle. Les yeux morts fixent le vide. Dire qu’il y a quelques minutes à peine le kangourou était bien vivant et qu’il ne reste de lui que cette carcasse à présent. Si peu de chose sépare la vie de la mort. Abby en sait quelque chose.

Si l’on apprend quelque chose dans ce livre c’est qu’on a tous le droit de trouver sa place au soleil. Je vous conseille réellement de découvrir cette auteur qui est juste adorable, aussi sincère et authentique que son écriture 🙂 Je suis encore dans une petite période post lune de miel après le brunch organisé par Le Livre de Poche et Les Escales samedi dernier 🙂

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Une très belle escale en Australie, une bouffée d’oxygène qui nous enseigne l’humilité face à la nature et le courage d’affronter ses peurs. Vivre plutôt que survivre. Mon seul reproche serait peut-être la trop grande similarité entre ce livre et son précédent. Saura-t-elle se renouveler pour ses prochains titres?

Nota Bene : A lire d’une main, en tenant un joey dans ses bras.

quatresurcinq


Editeur : LES ESCALES
Date parution : 06/04/17
ISBN : 9782365692861
Nb de pages : 546 pages

Margaret Atwood : Géante de la littérature adaptée sur le petit écran

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Une fois n’est pas coutume, j’aimerai vous parler aujourd’hui de Margaret Atwood et de The Handmaid’s Tale (La servante écarlate) dont le livre va être adapté en série sur Hulu (la date de sortie est le 26 avril 2017)!

Je ne vais pas mentir, je n’ai pas (encore) lu La servante écarlate et je n’aurai sûrement pas le temps de le lire avant la diffusion de la série. Il est vrai que je suis plutôt du genre à lire les livres avant de voir les films/séries pour une multitude de raisons mais ici, je vais faire une exception: il y a une première à tout!

Si je ne connais pas ce roman, j’ai pu en lire de nombreuses critiques (accro à Babelio et aux autres blogs oblige!) et franchement c’est tout à fait le genre de lecture qui a l’air passionnante : une dystopie dans un monde de science fiction où règne la dictature et la peur absolue. Les femmes sont considérées comme des « ventres », des mères-porteuses qui subissent le bon vouloir des hommes et de la chaîne immuable du commandement. Par ce livre, Margaret Atwood y dénonce les dérives des systèmes totalitaires et je pense qu’il fait bon, en ces temps de présidentielles troublées, de lire ce genre d’ouvrages qui à mon avis est assez éclairant et fait figure de classique! Je ne sais pas vous mais moi je regarderai avidement la série (avec son casting de folie) et je lirai le livre dès que possible!

Le tueur aveugle

Il aurait été un peu facile de faire un article « je ne sais pas de quoi je parle mais je conseille quand même par principe » donc je vais m’efforcer de faire un petit point sur l’auteur qui, je le rappelle, ne sort pas de nulle part et a de nombreux chefs-d’oeuvre à son actif!

tueur aveugleJ’avais lu Le tueur aveugle l’été dernierC’est un livre assez perturbant mais qui m’a beaucoup plu. En même temps, c’est bien parfois de se faire un peu violence et de lire quelque chose de différent, qui prend aux tripes. Un livre dont on se souviendra et qui ne restera pas qu’un souvenir périssable prenant la poussière sur son étagère.

« Pour qui est-ce que j’écris ceci? […] 

Peut-être que je n’écris pour personne? Peut-être est-ce pour la personne à qui les enfants écrivent quand ils gribouillent leurs noms dans la neige? »

Ce livre là c’est une véritable saga familiale, l’histoire d’une époque depuis la fin du 19ème, de la décadence d’une famille, une histoire dans une histoire, celle du « tueur aveugle » récit imaginé par la soeur suicidée de l’héroïne. C’est un de ces pavés comme je les aime, remarquablement bien écrit, fouillé, détaillé et impossible à lâcher. Une vraie perle 🙂

Les livres de M. Atwood valent donc le détour et j’espère que cette série augmentera the brand awareness (cf. restes de cours de mkt) et qu’elle se fera plus largement connaître et reconnaître du grand public! 🙂

La maison des hautes falaises – Karen Viggers

9782365691864

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Une magnifique méditation sur le pouvoir de la nature et la force de l’amour. Hanté par un passé douloureux, Lex Henderson part s’installer dans un petit village isolé, sur la côte australienne. Très vite, il tombe sous le charme de cet endroit sauvage, où les journées sont rythmées par le sac et le ressac de l’océan. Au loin, il aperçoit parfois des baleines. Majestueuses, elles le fascinent. Peu de temps après son arrivée, sa route croise celle de Callista, artiste passionnée, elle aussi blessée par la vie. Attirés l’un par l’autre, ils ont pourtant du mal à se comprendre et à laisser libre cours à leurs sentiments. Parviendront-ils à oublier leurs passés respectifs pour guérir et faire de nouveau confiance à la vie ?

Dans la lignée de La Mémoire des embruns, ce roman en finesse est une véritable ode à la nature et à son admirable pouvoir de guérison. 

MonavisV2

Ecorchés vif, Lex et Callista portent sur eux comme un fardeau les stigmates de leur passé. Comme des cicatrices qui se refermeront peut-être un jour. Voilà à quoi ils m’ont fait penser, à des cicatrices. Elles sont là, béantes, mais ne sont pas tant des témoins de leurs blessures que du fait qu’ils ont survécu, qu’ils ont choisi de vivre, de continuer, pour trouver un sens à ce qui n’en a pas : la perte d’un enfant. D’où l’importance de la communion avec la nature. De se fondre, de s’oublier dans quelque chose de plus grand (l’art pour Callista/la contemplation de la nature pour Lex), qui les dépasse pour s’accrocher à la vie. Ce livre m’a fait penser à ce que Pascal disait sur la finitude de l’homme terriblement insignifiant face au silence éternel des espaces infinis.

On pouvait faire ça avec l’art: changer les règles, modifier l’horizon, embellir les couleurs. Dommage que se ne soit pas si facile de faire pareil dans la vraie vie.

Comme dans La mémoire des embruns, la nature est véritablement le personnage principal du roman. Puissante, sauvage, immuable. Indomptable souvent, rassurante parfois.

C’est ça la vie : c’est toucher le fond et toucher le ciel. Une vie plate et sans reliefs n’a aucun intérêt (ce n’est pas que moi qui le dis Nietzsche est d’accord avec moi – ou plutôt c’est moi qui suis d’accord avec lui !). Evidemment, c’est préférable lorsque le fond n’est pas trop profond parce que sinon le risque est de ne pas réussir à remonter à la surface et les trop rares bouffées d’oxygènes ne seront qu’un soulagement illusoire/temporaire permis et promis par des chimères (l’alcool pour Lex par exemple). L’alcool étant une aide paradoxale car elle permet à Lex d’anesthésier sa peine mais aussi, parfois, de la ressentir avec d’autant plus d’intensité devenant de fait le seul lien qui lui reste avec sa fille. Indispensable.

Lex et Callista sont deux âmes en peine qui se sont trouvées. Deux issues auraient été possibles : qu’ils se tirent mutuellement vers le haut… ou vers le bas. Dans tous les cas ça aurait été préférable à la solitude et là j’ai tendance à penser qu’il vaut mieux toucher le fond à deux que d’être un peu moins brisé mais tout seul. La solitude, l’indifférence des autres étant souvent une peine supplémentaire, plus difficilement supportable que le problème initial. Comme deux âmes blessées, sauvages, Lex et Callista se cherchent, se perdent, cherchent à s’apprivoiser, se perdent à nouveau… pour peut-être se retrouver. La fin reste ouverte.

*

Etrangement j’ai bien aimé le long passage du sauvetage de la baleine malgré quelques longueurs. Fallait-il la sauver ? La question fait écho aux personnages : Aurait-on pu sauver Isabel ? Le bébé de Callista ? Kate l’ex de Jordi ? Helen la femme du boucher ? Et surtout peut-on sauver Lex et Callista ?

J’ai appris que la nature appartient à tout le monde. Et que les baleines appartiennent au royaume du sacré. Quand la vie d’une baleine est en jeu rien ne justifie l’euthanasie. La baleine nous appartient à tous et nous voulons tous la sauver.

Se sauver : c’est s’aider mais c’est aussi partir. C’est vrai que cela fait sens. C’était la stratégie de Lex : partir de chez lui pour se sauver, Callista aussi est partie mais autrement, en vivant en marge de la société, en n’étant qu’une présence désincarnée vivotant grâce à la vente de ses peintures au marché. Mais voilà, s’éloigner physiquement ne permet de se sauver que pour un temps car on s’emporte avec soi. Les stratégies de Callista ou de Jordi sont plus efficaces même si dommageables à long terme.

EnconclusionV2

Ce livre m’a donné des envies d’évasion, il m’a fait me sentir toute petite sur une terre hostile en écoutant le chant des baleines. Un roman tout en douceur sur la résilience, la reconstruction de soi. Une ode à la nature.

Nota Bene : A lire les orteils en éventail sur une plage sauvage en écoutant le chant des baleines.

quatresurcinq


Editeur : LES ESCALES
Date parution : 31/03/16
ISBN : 9782365692007
Nb de pages : 304 pages

Sous la même étoile – Dorit Rabinyan

dorit

SynopsisV2

Tout commence par le froid glacial d’un hiver à New York et tout se termine sur le sable brûlant des plages de Jaffa.
Le hasard a fait se rencontrer et s’aimer une femme et un homme qui ne se seraient jamais adressé la parole dans d’autres circonstances. La femme, c’est Liat, une Israélienne dévorée par une nostalgie profonde de Tel Aviv. L’homme, c’est Hilmi, un peintre palestinien originaire de Ramallah.
À New York, espace neutre hors du temps et de la politique, Liat et Hilmi décident de s’immerger, le temps d’un hiver, dans un amour impossible. Commence alors une vie commune dont la date d’expiration se rapproche chaque jour un peu plus. Dans cet univers clos qu’ils se sont créé, Liat et Hilmi ont décidé d’ignorer les à-côtés, les différences et les fissures. Mais la réalité finit toujours par s’imposer…

MonavisV2

Avant de commencer je souhaiterai faire un point sur l’histoire de ce roman qui a suscité la polémique et a été retiré des programmes scolaires israéliens parce qu’il dépeignait une histoire d’amour entre une israélienne et un palestinien. Stupid much? D’autant plus que le meilleur moyen de s’assurer qu’un texte soit lu est de l’interdire (cf. Harry Potter 5 et la fameuse interview dans la Chicaneur – oui on a les références qu’on mérite). On peut donc conclure de toute cette affaire que le gouvernement israélien n’était pas forcément au fait de la psychologie inversée. Au delà du cynisme qui consiste à interdire un roman, c’était surtout sous-estimer l’esprit de contradiction du peuple qui a porté Dorit Rabinyan pour faire de son roman un best-seller!

censureParce que de manière générale je suis contre la censure et ces prises de positions stupides je conseille à tout le monde de lire ce livre qui est porteur d’un beau message, universel.

Même si je vous conseille de lire ce livre « par principe », il faut aussi (et surtout) le lire pour l‘histoire, la qualité de l’écriture et l’objet-livre dont la couverture est particulièrement réussie. ❤

*

Revenons-en au texte. Il est découpé en 3 parties, chacune explorant une saison afin de montrer l’évolution de l’histoire de Liat et Hilmi à travers le temps.

Automne: La rencontre

Comment le décrire, à présent? Par où commencer? Comment restituer l’impression initiale que j’éprouvai au cours de ces lointaines secondes? Comment en dresser fidèlement le portrait, constitué d’une superposition de nuances, tel que je le vis la toute première fois? Comment rendre en quelques traits l’image complète, à travers toutes ses dimensions? Et ce regard, et cette clarté – peut-on seulement les restituer, alors que l’altérant de leurs empreintes, les doigts de la nostalgie touchent et remodèlent sans cesse le souvenir?

Lorsque Liat, jeune israélienne habitant à NY rencontre Hilmi dans un café elle tombe amoureuse de lui quasi instantanément. Mais Hilmi est arabe, palestinien et pour sa part, elle devra rentrer en Israel dans quelques mois. Est-il raisonnable de se perdre dans une relation à obsolescence programmée que ses parents et sa famille désaprouveraient certainement? Non, mais l’attirance est trop forte. Liat s’abandonne dans les bras de celui qui fera chavirer son coeur. Presque par surprise, elle se laissera guider et prendre par la main vers la promesse tourbillonnante d’une histoire qui la bouleversera et la changera à tout jamais. C’est décidé, elle vivra ces quelques mois avec d’autant plus d’intensité que leur relation n’est pas vouée à durer.

Hiver: La confrontation à la réalité

C’est le joint que vous avez fumé dans l’après-midi, me rétorqueras-tu; ce sont les bières achetées sur la route qui t’ont valu cette impression d’harmonie généralisée; ou peut-être, comme tu me l’as dit une fois, est-ce là le goût de l’eau que l’on dérobe; le goût d’une eau vive et l’ivresse de la liberté qu’elle procure; ce sentiment de victoire secrète qui nous envelope lorsque nous arpentons les rues, deux individus anonymes, enlacés, parmi la foule, dans la profusion des lumières qui clignotent et l’immense désordre urbain. De temps à autre, on distingue un ballon perdu, argenté, gonflé à l’hélium, qui monte vers le ciel en tourbillonnant au-dessus des passants; nous portons alors nos regards vers les hauteurs, et mon coeur aussi souhaite monter, comme le point argenté du ballon qui disparait au-dessus des buildings, il chavire et manque d’éclater de bonheur.

Liam vit son histoire avec Hilmi comme dans une parenthèse enchantée, dans des envolées lyriques avec des étoiles plein les yeux. Sa soeur ne la reconnait plus et désapprouve cette relation qu’elle juge contre nature. Comment Liat peut-elle rester avec cet homme qui représente tout ce qui va à l’encontre de ses valeurs, sa culture et son pays? Hilmi et elle sont les héritiers d’un conflit ancestral qui les dépasse et même s’ils évitent soigneusement d’aborder le sujet, ils se rendent compte amèrement que vivre leur relation au grand jour semble impossible. Liat est alors tiraillée entre son amour pour son pays et sa famille et sa culpabilité de ne pas pouvoir vivre pleinement sa relation avec Hilmi, comme si elle portait sur ses épaules le poids des responsabilités qui incomberait à une digne représentante d’Israel. Malgré la frontière invisible qui les sépare, les deux amants arriveront-il à se (re)trouver?

Eté: La fin de l’histoire… ou le début d’une autre? 

EnconclusionV2

Une histoire puissante, un Roméo et Juliette des temps modernes dans les rues de New York qui interroge: Peut-on  aller à l’encontre de sa famille, de sa culture et de son pays par amour? Au fond le destin des individus peut-il se soustraire à l’Histoire? Par une écriture touchante, vraie et sincère Dorit Rabinyan signe ici un vrai chef d’oeuvre.

Nota Bene : A lire un pied de chaque côté de la frontière Mexico/US en écoutant Saturn de Sleeping at Last because « Music is the language in which the soul talks with itself »

cinqsurcinq


Editeur : ESCALES
Date parution : 02/03/17
ISBN : 9782365691871
Nb de pages : 320 pages