Kafka sur le rivage – Haruki Murakami

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SynopsisV2

Magique, hypnotique, Kafka sur le rivage est un roman d’initiation où se déploient, avec une grâce infinie et une imagination stupéfiante, toute la profondeur, la richesse de Haruki Murakami. Une œuvre majeure qui s’inscrit parmi les plus grands romans d’apprentissage de la littérature.

Kafka Tamura, quinze ans, fuit sa maison de Tokyo pour échapper à la terrible prophétie que son père a prononcée contre lui.
Nakata, vieil homme simple d’esprit, décide lui aussi de prendre la route, obéissant à un appel impérieux, attiré par une force qui le dépasse.
Lancés dans une vaste odyssée, nos deux héros vont croiser en chemin des hommes et des chats, une mère maquerelle fantomatique et une prostituée férue de Hegel, des soldats perdus, un inquiétant colonel, des poissons tombant du ciel, et encore bien d’autres choses… Avant de voir leur destin converger inexorablement, et de découvrir leur propre vérité.

MonavisV2

Il est assez difficile pour moi de rédiger cette chronique tant ce livre a pu être différent de ceux que j’ai eu l’occasion de lire ces derniers mois.

J’y appose une grille de lecture qui m’est très personnelle. Ce récit d’apprentissage onirique étant fait de métaphores et de symboles, je suppose que chacun y trouvera quelque chose de différent. Cela sera sûrement également mon cas lorsque je le relirai dans quelques années parce que je ne verrai plus la vie de la même manière, j’aurai fait de nouvelles expériences et les mots d’Haruki Murakami résonneront autrement en moi.

C’est la raison pour laquelle l’interprétation que j’en donne ici n’est pas nécessairement la bonne. D’ailleurs, je ne pense pas qu’au fond, il y ait une bonne interprétation (bonne au sens vraie). C’est ça qui fait la force de ce livre. Chacun peut y trouver ce qu’il est venu y chercher, consciemment ou pas.

« Quand on cherche désespérément quelque chose, on ne le trouve pas. Et quand on s’efforce d’éviter quelque chose, on peut être sûr que ça va venir vers nous tout naturellement »

Ce qui a été ouvert doit être fermé. Si je devais résumer ce livre en une phrase, ça serait celle-ci. Ce n’est sûrement pas la plus poétique ni la plus belle mais elle fait écho en moi parce que j’ai cette vague impression qu’elle résume ce livre si compliqué à résumer. Ce qui a été ouvert doit être fermé.

Pour moi ce livre raconte le cheminement que tout à chacun doit accomplir pour se libérer de son passé, de ses entraves et devenir soi-même, trouver son identité.

Kafka Tamura, jeune garçon de 15 ans, abandonné par sa mère partie avec sa sœur ainée, et délaissé par un  père qui ne l’aime pas, décide de partir de chez lui et de faire une fugue. Il s’y prépare consciencieusement avec le garçon nommé Corbeau (que j’interprète comme la voix intérieure qui lui insuffle courage et détermination). Son but est de trouver refuge dans une bibliothèque pour pouvoir y lire à loisir et échapper entre autre à la terrible prédiction œdipienne professée par son père (tu tueras ton père et tu coucheras avec ta mère et ta sœur).

S’ensuit alors un voyage où Kafka (ce n’est pas son prénom d’origine mais celui qu’il s’est choisi – il y aurait d’ailleurs beaucoup à dire sur ce sujet !) essaiera d’échapper à cette malédiction tout en s’efforçant inconsciemment de la réaliser (en couchant avec celles qu’il considère symboliquement comme sa mère et sa sœur). Au cours de son périple, il arrivera dans une bibliothèque, symbole de la mémoire dans laquelle les livres représentent le passé et les souvenirs. Kafka y cherchera sans doute les réponses à ses questions existentielles : pourquoi sa mère l’a-t-elle abandonné ? Mademoiselle Saeki, femme dont il devait nécessairement tomber amoureux, est-elle sa mère ?

Je me permets ici un petit point sur le personnage de Mademoiselle Saeki que j’ai trouvé fascinant. C’est peut-être une des pierres angulaires du livre. Une de celles qui est entrée mais qui n’est pas totalement sortie. Mademoiselle Saeki a perdu son amour de jeunesse, évènement traumatisant à la suite duquel elle n’a plus jamais vraiment été la même. C’est comme si ce jour-là, la jeune fille pleine de vie qu’elle était pendant les jours heureux de ses quinze ans l’avait abandonnée, restant coincée dans les limbes, dans cet ailleurs à peine perceptible, dans ce lieu de mémoire entre le vie et la mort ou Kafka peut percevoir à la fois la jeune fille qu’elle a été et la femme qu’elle est aujourd’hui. Il y aurait, là-encore, beaucoup à dire sur Mademoiselle Saeki, touchante à de multiples niveaux.

Kafka poursuivra sa quête, son cheminement personnel (la forêt labyrinthique), se perdra dans ses souvenirs, dans une vie n’étant qu’hypothèses et possibilités mais il décidera, au contraire d’Orphée, de ne pas se retourner et de laisser Eurydice derrière lui. Il faut fermer ce qui a été ouvert. Il faut laisser Eurydice de l’autre côté, sa mère, sa sœur, le souvenir de Mademoiselle Saeki. Kafka doit les laisser pour se retrouver, à son réveil, dans un monde complètement différent.

L’histoire de Kafka n’aurait pas été si puissante et si onirique (malgré la somme astronomique de symboles distillés tout au long du livre) sans les péripéties en parallèle de  Nakata, vieil homme un peu simplet (au premier abord) qui lui aussi chemine dans cette quête identitaire, quête dont il n’a que vaguement conscience.

Voyez-vous, Nakata n’est pas un vieil homme comme les autres. Il est entré mais il n’est jamais vraiment ressorti. Lors d’un évènement inexplicable au Japon lors de la seconde guerre mondiale, un groupe d’enfants a perdu connaissance dans la forêt et s’est réveillé quelques minutes plus tard sans le moindre souvenir de ce qui leur était arrivé et sans aucunes séquelles apparentes. Tous sauf un. Nakata est resté de l’autre côté, dans le coma, pendant quelques semaines et s’est réveillé complètement vide. Ses souvenirs effacés comme une bibliothèque sans livres.

« Nous perdons tous sans cesse des choses qui nous sont précieuses, déclare-t-il quand la sonnerie du téléphone a enfin cessé de retentir. Des occasions précieuses, des possibilités, des sentiments qu’on ne pourra pas retrouver. C’est cela aussi, vivre. Mais à l’intérieur de notre esprit – je crois que c’est à l’intérieur de notre esprit -, il y a une petite pièce dans laquelle nous stockons le souvenir de toutes ces occasions perdues. Une pièce avec des rayonnages, comme dans cette bibliothèque, j’imagine. Et il faut que nous fabriquions un index, avec des cartes de références, pour connaître précisément ce qu’il y a dans nos cœurs. Il faut aussi balayer cette pièce, l’aérer ; changer l’eau des fleurs. En d’autres termes, tu devras vivre dans ta propre bibliothèque »

Il devient alors cet homme un peu simplet, décalé, qui voit le monde d’une manière totalement différente (est-il simplet pour autant ? Là est toute la question). Il gagne cependant la faculté de pouvoir converser avec les chats et suite à une série d’évènements improbables en vient à quitter son quartier natal pour s’embarquer dans une aventure dont il ne connait pas la fin. Il sait juste qu’il doit aller quelque part pour aller faire quelque chose d’important. Aller où et faire quoi ? Il ne sait pas. Il le saura au moment venu. Il en est convaincu et parvient presque à nous en convaincre aussi, en même temps que Hoshino, son compagnon de voyage qui, d’individu rationnel, parvient peu à peu à lâcher prise et à accepter l’étrange et l’incongru.

« Même si j’y comprends que dalle, je fais ce que vous me dites, comme vous me le dites. J’ai pris conscience de ça hier soir. Je me suis dit qu’il était inutile de me poser des questions normales à propos de trucs qui ne le sont pas. »

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Bref, je pourrai parler de ce livre pendant des heures tant il est intéressant, riche et complexe. Merci à Cyntia de me l’avoir fait découvrir. J’en ressors différente et c’est pour moi la caractéristique d’un grand livre.

Nota Bene : A lire en écoutant le chant envoûtant de Mademoiselle Saeki qui chante « Kafka sur le Rivage ».

Ma note :lovediit


Editeur : BELFOND
Date parution : 05/01/06
ISBN : 9782714440419
Nb de pages : 624 pages

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