Archives du mot-clé Grèce

Circé – Madeline Miller

Circe.jpg

SynopsisV2

Après Le chant d’Achille, Madeline Miller s’empare d’une autre figure mythologique : Circé, la sorcière, experte en sorts et poisons, celle qui fut la compagne d’Ulysse. Elle en tire un véritable roman, mené avec un sens du suspens unique et explore toutes les facettes de cette femme. Circé, rejetée par sa famille, tiraillée entre les hommes et les dieux, fascine par son indépendance, sa liberté et son courage.

MonavisV2

Je continue sur ma petite lancée de livres féministes et merveilleusement jouissifs avec Circé de Madeline Miller. Je l’avais dans ma PAL depuis quelques mois et confinement oblige, je me suis jetée sur ce livre comme Scylla aurait pu se jeter sur des marins et les dévorer tout crus!

Pour les férus de mythologie, il y a un réel plaisir à lire cette histoire, redécouvrir sous un nouveau prisme la vie de Circé – qui tient généralement du personnage secondaire. Comment est-elle devenue cette sorcière exilée sur une île, transformant les hommes en cochons ? Faut-il uniquement la réduire à ses vices ? La réponse est évidemment non ! Miller nous présente dans ce roman qui mêle fiction et légendes, une héroïne complexe, attachante, sans concessions, qui grandit et évolue pour enfin trouver sa place dans le monde et sa liberté, entre le monde des dieux et celui des hommes.

*

Circé, c’est tout d’abord le vilain petit canard, dans le monde passablement cruel et magnifique des Dieux. Fille du titan Hélios et de l’Océanide Perséis, Circé détonne dès son enfance parmi les siens. Elle ne possède pas cette grâce et cette beauté redoutable que partagent les autres nymphes, est régulièrement méprisée par ses frères et soeurs et ignorée par son père éblouissant. On se moque. Circé avec ses yeux jaunes, avec sa voix de crécelle, Circé l’idiote qui s’émeut du destin des hommes et – oh sacrilège – est un peu moins indécente que les autres divinités. Ferait-elle preuve de pitié ou même… d’humanité?

« Ils se fichent que tu sois gentille. Ils remarquent à peine si tu es méchante. La seule chose qui puisse les obliger à t’écouter c’est le pouvoir.« 

Mais un jour, désespérée de voir l’amour lui échapper, elle découvre son pouvoir de sorcière. Le Pouvoir. C’est bien de cela qu’il s’agit et qui fera tant peur à ses pairs (et la raison pour laquelle, suite à une vengeance contre sa rivale Scylla, elle sera hautement punie, exilée sur une île). Elle parfaira alors son talent pendant des générations et des générations…

Circé apprends, se façonne et gagne son indépendance. Elle se confronte à la cruauté des hommes, à la folie des Dieux. Personnage secondaire Circé ? Pas tant que ça finalement. Loin de faire de la figuration dans les aventures héroïques de Jason ou d’Ulysse, elle côtoie aussi de près les Dieux et se mêle à leurs querelles. Ces Dieux cruels et capricieux qui jouent avec le destin des hommes comme les enfants avec des insectes fragiles dont l’existence parait si éphémère.

« Les dieux prétendent être des parents […] Alors que ce sont des enfants qui applaudissent en en redemandant.« 

Au-delà de ces grandes aventures, Madeline Miller nous compte aussi avec talent les histoires d’amour de Circé, nous propose une réflexion sur l’exil, solitude imposée qui permet de se confronter à soi-même et exister en dehors de son rapport aux autres.

Une histoire parmi les Dieux et les hommes, une histoire de nymphe, d’exilée, de sorcière, d’amante, de guérisseuse, de mère. Une histoire de femme puissante qui effraie parce qu’elle trace sa propre route et doit tout à elle-même. En définitive, un texte terriblement actuel.

EnconclusionV2

Au-delà d’une histoire faite de mille péripéties et aventures, reprenant les grands classiques de la mythologie, on sent la maîtrise de l’autrice. Elle recrée pour nous un monde poétique et violent et une héroïne dont le souvenir restera gravé dans mon esprit. Je reprendrai la critique de Donna Tartt chérie en conclusion. « Impossible de lâcher ce livre. Toute la sauvagerie et le frisson de l’Antiquité« . Brillantissime.

Nota Bene : A lire cachée à l’orée de la forêt, en dégustant une coupe d’hydromel, la boisson des dieux.

Ma note :

13686698_10153604164167413_8360219448355853944_n


Editeur : POCKET
Date parution : 02/05/19
ISBN : 9782266278638
Nb de pages : 576 pages

Ceux qu’on aime – Victoria Hislop

411fc2wU0NL._SX309_BO1,204,203,200_.jpg

SynopsisV2

Le destin poignant de Themis, femme courageuse et engagée au cœur d’une Grèce tourmentée.

Athènes, 1941. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la Grèce, après avoir été libérée de l’occupation allemande est ruinée et le pays devient le théâtre d’une guerre civile. Révoltée par les injustices qui touchent ses proches, la jeune Themis décide de s’engager dans l’armée communiste et se révèle prête à tout, même à donner sa vie, pour défendre ses droits et sa liberté. Quand elle est emprisonnée sur l’île de Makronisos, Themis doit prendre une décision qui la hantera à jamais pour protéger ceux qu’elle aime.
Au crépuscule de sa vie, Themis prend conscience qu’il faut parfois rouvrir certaines blessures pour en guérir d’autres, et lève enfin le voile sur son passé tourmenté.

MonavisV2

J’avais adoré les précédents Hislop et cette atmosphère si particulière qu’elle arrivait à peindre dans ses fresques qui prenaient pour décor la Grèce. Ceux qu’on aime ne déroge pas à la règle. On y découvre à travers l’histoire de Themis, une fresque familiale et plusieurs destins qui s’entrecroisent et se déchirent au fil des années sur le fond des conflits politiques qui ont terrassé la Grèce.

L’histoire commence à la fin des années 2000, quand Thémis, matriarche à la tête d’une famille nombreuse se demande quel est l’héritage qu’elle pourra léguer à ses petits enfants. Qu’a-t-elle de précieux, de singulier, qu’elle pourrait transmettre? La réponse lui apparaît alors : ses souvenirs.

Victoria Hislop nous plonge au début des années 30, dans l’histoire d’une famille qui, comme tant d’autres, a connu en son sein de nombreuses batailles. D’abord petite fille effacée et invisible, méprisée par sa grande soeur et témoin malgré elle de la lutte intestine entre ses grands frères, Themis peine à trouver sa voie. J’ai découvert tout un pan de l’histoire grecque en lisant cette histoire, sous le prisme des yeux de Themis qui petit à petit en vient à se forger une conscience politique. Ses questionnements sont brûlants et nous touchent en plein coeur, car s’ils appartiennent à l’Histoire, on ne peut que trop constater combien ces schémas de haine et de peur se répètent encore, générations après générations : la peur des réfugiés, la montée du fascisme, la révolte gauchiste chez les jeunes et des prises de positions politiques de plus en plus radicales qui mènent aux drames familiaux…

Sans s’appesantir sur les drames et avec une écriture subtile et maitrisée, l’autrice nous raconte finalement une destinée, où comment Thémis, cette petite fille qui voulait toujours se faire oublier a pu oeuvrer pour son pays. Elle nous rappelle aussi, en ces temps troublés, combien la conscience et l’action politique sont importantes. Propos que l’on retrouvait dans une autre mesure dans l’excellente série Years and Years récemment.

Je conseille évidemment ce livre, ne serait-ce que pour faire une escale en Grèce et découvrir un pan de l’histoire que l’on survole peut-être un peu trop vite lors de notre scolarité. Devoir de mémoire nécessaire.

EnconclusionV2

Chaque année il y a le Musso, le Weber et le Nothomb mais depuis 2012 aux Escales, chaque année il y a le Hislop et ON ADORE ! Une auteure magnifique à découvrir et redécouvrir. Cette année ne déroge pas à la règle : encore une superbe réussite!

Nota Bene A lire assis le dos contre un olivier avec un verre de Raki et des biscuits au miel en écoutant cette petite playlist #ambiance

Ma note :

quatresurcinq


Editeur : ESCALES
Date parution : 10/10/19
ISBN : 9782365694827
Nb de pages : 496 pages

La joueuse d’échecs – Bertina Henrichs

lajoueusedechec

SynopsisV2

Un jeu peut-il faire basculer la vie d’une femme ? Difficile de le croire. Dans l’île de Naxos, les joueurs de trictrac sont légion, mais jamais aucune femme n’a approché les pions noirs et blancs. Quant à ceux d’un échiquier, n’y pensez même pas ! Cependant, pour Eleni, prise dans une vie sans aspérités et sans folie, le plus vieux jeu du monde sera le début d’une aventure qui la mènera jusqu’à l’émancipation.

MonavisV2

Eleni est une femme de chambres à l’hôtel Dionysos sur la petite île de Naxos (en Grèce). Elle évolue avec simplicité dans la routine plaisante de son travail à l’hôtel, de ses discussions avec son amie Katarina et de sa vie de famille avec Panis, son mari, et ses deux enfants. Ses journées sont rythmées par une régularité rassurante sous le regard serein des habitants de la ville de Naxos où chacun épie les moindres gestes des uns et des autres.

Un jour, alors qu’elle faisait la chambre d’un jeune couple de vacanciers français elle aperçoit un jeu d’échecs qui l’intrigue. Quel est donc ce jeu si sophistiqué dont elle ne comprend absolument pas les règles à la première vue?

Eleni n’était pas une femme à pincements. mais Paris constituait une exception. Sa passion rêveuse était demeurée d’ailleurs totalement inavouée. C’était son jardin secret.

Eleni sait qu’elle n’ira jamais à Paris, qu’elle ne possèdera surement jamais ces parfums élégants de parisiennes mais elle décide d’entreprendre une folle entreprise. La plus folle de toute son existence. Elle va acheter un jeu d’échec à Panis (son mari) et elle va apprendre à y jouer. Panis, perplexe ne comprend pas l’intérêt soudain de sa femme pour les échecs et se détourne de ce cadeau incongru mais Eleni ne compte pas abandonner. Elle décide se se tourner vers Kouros, son ancien professeur pour qu’il lui enseigne le plus vieux jeu du monde.

EnconclusionV2

Très belle histoire d’une femme qui s’émancipe grâce aux échecs et gagnera le courage de s’affirmer et être pleinement elle-même. Ce livre est simple, sans prétention comme son héroïne et c’est peut-être sa plus grande qualité.

Nota Bene A lire en écoutant “La vie en rose” d’Edith Piaf, après avoir déposé délicatement une goutte du parfum “Eau sauvage” de Dior derrière ses oreilles.

Ma note :

quatresurcinq


Editeur : LIANA LEVI
Date parution : 2005
ISBN : 9782867464195
Nb de pages : 212 pages

 

Une nuit en Crète – Victoria Hislop

hislop

SynopsisV2

Au fil de dix nouvelles au charme indéniable, Victoria Hislop nous emmène à travers les rues d’Athènes et les parcs ombragés des villages grecs. En évoquant leur atmosphère si particulière, elle donne vie à un grand nombre de personnages inoubliables : un prêtre solitaire, deux frères qui n’arrêtent pas de se quereller, un étranger indésirable ou encore un jeune marié à la mémoire défaillante.
Ces nouvelles douces-amères ont pour thème l’amour, la loyauté, la séparation et la réconciliation et sont écrites avec le style si reconnaissable et propre à Victoria Hislop.

MonavisV2

J’ai lu ces dix nouvelles comme on regarde dix cartes postales. Victoria Hislop a ce talent particulier qui est de saisir l’essence de ses personnages et de nous transporter en Grèce le temps de quelques pages.

On ressent à cette lecture la chaleur pesante, presque étouffante, de la Grèce sur notre peau. On regarde les yeux plissés le ciel, bleu comme une orange, qui se reflète dans la mer scintillante. On observe patiemment les saisons rythmées par les allées et venues immuables des touristes. Chaque nouvelle, à sa manière, nous montre encore et encore l’attachement des grecs envers leurs racines et traditions, ce profond respect qu’ils vouent à leurs ainés et cette ambition assumée qu’ils nourrissent à l’égard de leurs enfants.

J’ai particulièrement aimé « Le coeur d’Angeliki » qui raconte l’histoire d’une jeune femme dont la mère désespère car à presque trente ans, elle n’est toujours pas mariée et ne semble pas être dérangée par cet état de fait. Jusqu’au jour où dans la pâtisserie qu’elle tient avec sa mère, un bel inconnu fait chavirer son coeur.

« Certains se demandaient si elle avait été blessée pour rejeter ainsi tous ceux qui lui faisaient la cour. Angeliki, elle, savait que son coeur avait été chaviré, pas brisé » – Le coeur d’Angeliki

Si chaque nouvelle a sa saveur particulière, comme les tartelettes d’Angeliki, c’est peut-être l’avant dernière histoire « Le sapin » qui m’a le plus marquée. Elle raconte la première rencontre de Claire, jeune anglaise, avec la famille de son fiancé Andréas. Derrière la dureté et la froideur apparente de la mère d’Andréas, Claire comprendra l’amour et la dévotion infinie qu’elle porte à son fils.

« Elle avait été subjuguée par ces symboles de Noël, conçus en Europe du Nord, fabriqués en Chine et, aujourd’hui, exposés dans la vitrine d’une rue étouffante et poussiéreuse de Chypre. Leur présence était si incongrue dans ce cadre… Dans cette ville où le soleil faisait encore miroiter les pavés en novembre et où la neige n’était jamais plus qu’un rêve. » – Le sapin

Je vous laisse découvrir les huit autres nouvelles, fragments de vies traversées par le souffle mystérieux de la Grèce…

EnconclusionV2

Chaque année il y a le Musso, le Weber et le Nothomb mais depuis 2012 aux Escales, chaque année il y a le Hislop et ON ADORE ! Une auteur(e) magnifique à découvrir et redécouvrir. Pour les néophytes vous pouvez commencer avec le très poignant « L’île des oubliés ».

Nota Bene A lire assis le dos contre un olivier avec un verre de Raki et des biscuits au miel en écoutant cette petite playlist #ambiance

Ma note :

quatresurcinq


Editeur : ESCALES
Date parution : 01/10/16
ISBN : 9782365691208
Nb de pages : 144 pages