Et soudain, la liberté – Evelyne Pisier et Caroline Laurent

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SynopsisV2

Mona Desforêt a pour elle la grâce et la jeunesse des fées. En Indochine, elle attire tous les regards. Mais entre les camps japonais, les infamies, la montée du Viet Minh, le pays brûle. Avec sa fille Lucie et son haut-fonctionnaire de mari, un maurrassien marqué par son engagement pétainiste, elle fuit en Nouvelle-Calédonie.
À Nouméa, les journées sont rythmées par la monotonie, le racisme ordinaire et les baignades dans le lagon. Lucie grandit ; Mona bovaryse. Jusqu’au jour où elle lit Le Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir. C’est la naissance d’une conscience, le début de la liberté.
De retour en France, divorcée et indépendante, Mona entraîne sa fille dans ses combats féministes : droit à l’avortement et à la libération sexuelle, égalité entre les hommes et les femmes. À cela s’ajoute la lutte pour la libération nationale des peuples. Dès lors, Lucie n’a qu’un rêve : partir à Cuba. Elle ne sait pas encore qu’elle y fera la rencontre d’un certain Fidel Castro…

Et soudain, la liberté, c’est aussi l’histoire d’un roman qui s’écrit dans le silence, tâtonne parfois, affronte le vide. Le portrait d’une rencontre entre Evelyne Pisier et son éditrice, Caroline Laurent – un coup de foudre amical, plus fou que la fiction. Tout aurait pu s’arrêter en février 2017, au décès d’Evelyne. Rien ne s’arrêtera : par-delà la mort, une promesse les unit.

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Je ne savais pas trop comment aborder ce livre. Disons que j’étais gênée par le mélange des genres. Ce qui me tracassait le plus c’était de savoir si la volonté de l’autrice avait bien été respectée. Après tout, c’est si facile de faire parler les morts et de leur prêter des intentions qu’ils n’ont jamais eu (souvenirs de ces interminables explications de textes plus rocambolesques les unes que les autres au collège). Comment savoir ? Comment transmettre, même avec toute la meilleure volonté du monde, sans trahir ? C’est avec toutes ces questions (entre autres) que je me suis plongée dans ce roman et juste… WOW.

WOW parce que ce livre, avant d’être le roman inachevé d’Évelyne Pisier, est surtout un incroyable témoignage d’amitié. Une de ces rencontres qui compte et qui comptera pour toujours. Le début de l’histoire lui même est romanesque. Évelyne est morte, son roman inachevé, presque mort lui aussi. Mais c’est sans compter cette promesse qui la lie avec son éditrice (j’ai envie de dire son amie). Évelyne transmet à Caroline le flambeau et c’est à elle de combler les trous, instiller les souvenirs et anecdotes dans le texte, ajouter, retirer, écrémer. Faire un travail d’orfèvre, « mettre à nouveau les mains dans le cambouis » tout en se laissant porter par la confiance que son amie a placé en elle.

On sent que la démarche est sincère de par les incises, au gré des chapitres, de l’éditrice, qui nous explique finalement ses choix, qui tente de dire comment, au-delà d’un simple projet, cette histoire a trouvé un écho avec sa propre histoire. Pourquoi ce livre était si important pour elles.

Certaines rencontres nous précèdent, suspendues au fil de nos vies ; elles sont, j’hésite à écrire le mot car ni elle ni moi ne croyions plus en Dieu, inscrites quelque part. 

Cette histoire est donc double. C’est d’abord celle d’Evelyne Pisier qui raconte son histoire et celle de sa mère (les noms des personnages ont été changés), des années 40 à aujourd’hui. Le contexte historique est loin d’être anecdotique. La seconde guerre mondiale, la décolonisation, les premiers mouvements féministes. On a tous étudié ça à l’école mais peut-être pas sous cet angle. La guerre, les déchirures, Mona et sa fille Lucie (aka Evelyne) l’auront vécue de l’autre côté du globe : En Indochine dans les années 40, à Nouméa, en France et à Cuba.

L’horreur des camps, le racisme et l’idéologie nauséabonde de son mari… Mona aura tout traversé, tout supporté tant bien que mal parce qu’il faut bien survivre jusqu’au jour où elle fait une rencontre qui va changer sa vie. Celle d’un livre : « Le deuxième sexe » de Simone de Beauvoir. Et là tout bascule. Mona va peu à peu s’émanciper et s’éprendre de liberté. Elle se donne le permis de vivre en tant que femme, qu’individu qui peut faire ses propres choix. Sa fille, Lucie, toute jeune encore, tiraillée entre le besoin de plaire à son père et celui de comprendre, se laisse quant à elle entrainer par sa curiosité. Elle pose des questions, s’interroge, s’indigne, toujours la tête haute, comme Mona. Sa mère ira en enfer parce qu’elle veut divorcer ? Et bien « On va faire comme si Dieu n’existait pas ».

On va faire comme si et on va se créer le monde dans lequel on a envie de vivre. Ça sera peut-être le leitmotiv de Lucie. De Nouméa à ses études de droit, dans ses voyages à Cuba où elle rencontrera Castro, l’homme, le charismatique, pas le politique, elle s’affirmera, elle aussi. Le destin se jouera encore une fois, avec sa mère comme spectatrice qui ne veut pas qu’elle fasse la cuisine et qui insiste pour qu’elle persévère dans ses études et gagne son indépendance.

*

J’ai été touchée par ces portraits de femmes, si différentes mais si semblables qui ont su traverser les épreuves et vivre comme elles l’entendaient. Véritable récit porteur d’espoir. C’est toutefois un livre qui prend une toute autre dimension lorsque l’on y rajoute la patte de l’éditrice qui, elle aussi, nous raconte sa propre histoire en parallèle à celle d’Evelyne. On voit presque ce roman finalement comme un « work in progress » et en le refermant on se dit (ou plutôt je me dis, mes propos n’engagent que moi) que ce format là, ces incises de l’éditrice, c’est ce petit plus qui fait que ce livre est autre chose qu’un témoignage d’une époque et du combat des femmes. C’est une histoire d’amitié, de promesse et finalement peu importe que ce soit romancé. Peu importe parce que cette histoire est vraie, même si elle emprunte le chemin de l’imagination.

Evelyne avait choisi la fiction, paradis de l’imaginaire, qui est trahison peut-être, liberté assurément. Le respect des faits est un leurre ; chauve-souris prise dans une pièce fermée. La fiction porte une certaine lumière sur une certaine histoire, elle s’affranchit de l’espace comme le font les notes de musique.

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Un petit bijou de la rentrée littéraire donc à lire et à offrir à cette personne qui compte et qui comptera pour toujours. Un roman qui fait malheureusement écho à l’actualité  et au quotidien lorsque l’on entend un abruti dire à sa mère de « retourner dans son pays » dans le métro. La bêtise et la cruauté humaine semblent intemporelles parfois.

Nota Bene : A lire après un doux mélange Redbull, morceau de camembert et avant « Le Deuxième Sexe » de Simone de Beauvoir.

Ma note :

quatresurcinq


Editeur : LES ESCALES
Date parution : 31/08/17
ISBN : 9782365693073
Nb de pages : 448 pages

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La vie serait simple à Manneville – Pierre Cochez

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Les murs mangés par la vigne vierge, les fenêtres grandes ouvertes, Manneville est une maison de famille, celle qui abrite le jeune Bruce Dehaut, ses soeurs, de joyeux cousins, et puis des adultes occupés à profiter de l’été en lisant le journal ou en préparant des pastis-grenadine. La vie serait simple à Manneville, mais Bruce doit partir. L’Angleterre l’attend : Oxford, les études, un début de vie adulte. Là-bas, Bruce fera la rencontre d’Alex, un grand roux à la veste de tweed beige, qui fume des cigarettes en jouant au jacquet. Bruce n’avait pas prévu ça. L’amour, l’éblouissement. Et l’impossibilité d’une vie partagée.
Devenu journaliste, il sillonnera le monde, des îles Féroé au Mozambique, en quête de vérité, en quête de lui-même, pris dans un mouvement permanent. Mais Bruce l’apprendra, l’attente aussi est une façon d’aimer.

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J’aimerai dire que j’ai été totalement dépaysée en lisant ce livre mais cela ne serait pas la vérité. Le côté Neuilly/Auteuil/Passy, les parents distants, les rallyes pour rencontrer des « gens biens », et les week-end dans les châteaux de tel ou tel. Si je ne l’ai pas vécu directement j’ai pu côtoyer des personnes pour qui c’était le cas et le portrait qui en est fait me parait assez juste.

Bruce se complait vaguement dans le confort de cette vie de « gosse de riche », disons le clairement, même s’il sent bien que tout ceci reste quand même assez superficiel. La vie serait plus simple aux côtés de son meilleur ami, Armand, qui, comme lui, vit dans l’expectative de partir à Oxford, de se défaire de son nom et de se faire, en tant qu’homme, en tant que personne.

« Je sais que c’est la dernière fois que je ne suis qu’un fils heureux. Je le redoute et je l’espère. Partir doit être une joie.« 

Il est temps pour Bruce de partir à Oxford, au collège de Brasenose, (Marie si tu me lis!!!!!). Il quitte une bulle pour une autre. Le dépaysement le satisfait surtout lorsqu’il rencontre Alexander, un grand roux qui l’intrigue et le fascine.

« Les jours suivants, nous parlons peu. Nous croisons nos regards. Cela suffit à me nourrir. J’ai trop peur que la parole craque le rêve qui me berce. C’est lui qui décide de m’adresser ou non la parole.« 

Ils vivent alors leur histoire, prudemment, entre les portes. Un peu à Oxford, surtout à Manneville, l’été, dans ce point d’ancrage, ce lieu qui échappe à l’érosion du temps et où, finalement, tout est plus simple. Les années passent, Alex s’en va et Bruce reste seul, triste, avec pour seule compagnie son métier d’apprenti journaliste pour occuper ses journées.

« Je m’enfonce dans l’actualité. Elle me mange. C’est ce que je demandais. Etre mangé par la marche du monde. Je vis au rythme des sonneries. Je contemple le monde s’écrouler, exploser, s’entretuer. »

Ses voyages initiatiques, avec le souvenir d’Alex en filigrane, apprendront alors à Bruce à se connaître et apprendre à vivre.

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Le personnage de Bruce est attachant et j’ai apprécié ces quelques heures en sa compagnie. Un livre à emporter dans ses valises.

Nota Bene : A lire toujours plutôt que jamais.

Ma note : 

quatresurcinq


Editeur : ESCALES
Date parution : 13/04/17
ISBN : 9782365692694
Nb de pages : 240 pages

La maison de poupée – MJ Arlidge

9782365692953

SynopsisV2

Une jeune femme se réveille, désorientée. Elle n’est pas dans son lit mais dans une cave. Prisonnière d’un simulacre de chambre. La panique monte. Comment a-t-elle atterri là ?Pourquoi ?
Non loin de là, des promeneurs font une découverte macabre : le corps décomposé d’une femme. Sa disparition n’a jamais été signalée : sa famille recevait régulièrement de ses nouvelles via les réseaux sociaux et n’avait donc aucune raison de s’inquiéter. Quel assassin peut être assez pervers pour jouer ainsi avec les proches de ses victimes ?
La détective Helen Grace se lance sur la piste de ce meurtrier redoutable. Un prédateur vicieux et intelligent qui ne recule devant rien. Mais elle doit faire vite. Quelque part, une femme lutte pour sa survie…

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Voilà un nouveau livre de MJ Arlidge dont j’avais déjà lu un précédent livre: Am Stram Gram. Elle en publié un autre l’année dernière « Il court, il court le furet » pour ceux que ça intéresse. Là encore, il s’agit d’une histoire qui met en scène sa détective fétiche, Helen Grace, sur les traces d’un serial killer.

Le principal talent de l’auteure réside dans la construction de son intrigue et l’alternance des points de vue entre Ruby (la jeune femme qui a été enlevée), le serial killer et la partie concernant l’enquête. Il est toujours intéressant d’avoir plusieurs perspectives d’un même évènement et passer d’un personnage à l’autre. Cela permet de construire de manière efficace la tension dramatique.

Brièvement, le pitch : C’est l’histoire d’un psychopathe qui a pour particularité d’enlever ses victimes (jeunes femmes isolées ou ayant plus ou moins perdu contact avec leur entourage) et de continuer à les faire vivre sur les réseaux sociaux, par SMS etc. Ce mécanisme est extrêmement pervers (est-il nécessaire de le préciser) mais j’ai trouvé que c’était une excellente idée. J‘avais envie de savoir le pourquoi de tout ça, qu’est-ce qui avait bien pu arriver au tueur pour qu’il en arrive là. Mais encore une fois, j’ai été déçue par la réponse qui me paraissait trop simple, pas assez fouillée.

Néanmoins, les passages avec Ruby (la victime) sont très bien écrits et font froid dans le dos, ce qui relève sensiblement le niveau d’un roman qui sinon aurait été moyen (dans la mesure où le côté enquête n’était pas des plus trépidants).

« C’était dit avec le sourire, mais Ruby en eut froid dans le dos. A cet instant, elle comprit avec clarté ce qu’elle aurait dû savoir depuis le début: cet inconnu exerçait un droit de vie et de mort sur elle.« 

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J’ai l’impression que c’est une malédiction avec cette auteure. A chaque fois le pitch me fait terriblement envie, les scènes avec les victimes et du point de vue du serial killer sont excellentes mais là où le bat blesse c’est dans l’enquête avec la détective Helen Grace. J’ai vraiment du mal à accrocher avec son personnage récurrent à travers les tomes. En somme, La maison de poupée est un bon thriller, dans la même veine qu’Am Stram Gram mais il ne répond pas à toutes ses promesses.

Nota Bene : A lire dans une cave noire. Noire et obscure. Obscure et sombre, après une soirée un peu rock’n’roll 😛

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Editeur : ESCALES
Date parution : 30/03/17
ISBN : 9782365693240
Nb de pages : 284 pages

Le murmure du vent – Karen Viggers

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L’auteur des best-sellers La Mémoire des embruns et La Maison des hautes falaises revient avec un troisième roman bouleversant.

Quand Abby rencontre Cameron, tout en lui l’agace. Biologiste, elle arpente seule la vallée des monts Brindabella pour observer le comportement des kangourous. Il est un jeune journaliste enquête d’un article pouvant susciter la polémique. Quand il cherche à la revoir, elle fait tout pour l’éloigner. Pourquoi prendrait-elle le risque d’être à nouveau blessée par la vie ?
Un jour, elle rencontre une vieille dame, Daphné, qui a passé sa jeunesse dans ces montagnes et vient régulièrement se ressourcer dans cette nature si chère à son coeur. Malgré leur différence d’âge, les deux femmes se rapprochent. Avec délicatesse, Daphné essaye de sortir Abby de son marasme. Leur amitié leur permettra peut-être enfin de se libérer du passé et de sourire à l’avenir ?

MonavisV2

JOIE, BONHEUR! Un nouveau Karen Viggers, je suis ravie! Après les baleines voilà les kangourous, après Lex et Callista voilà Cameron et Abby. On prend de nouveaux ingrédients, on applique la recette magique et on recommence.

J’avais déjà été conquise par La maison des hautes falaises et ce nouveau livre de Karen Viggers ne m’a absolument pas déçue. Dès les premières lignes, on retrouve cette même écriture, cette poésie, ainsi que ces personnages torturés qui évoluent dans de grands espaces, dans les montagnes et le bush australien. La nature, là encore, est omniprésente.

Ce roman c’est d’abord une histoire d’amour entre Cameron et Abby. Cette dernière est une jeune femme de 23 ans qui est biologiste et étudie les kangourous, une activité solitaire et passionnante qui lui permet de rester seule avec elle-même et de ne pas être dans la superficialité des relations avec les personnes de son âge. Elle rencontre Cameron, un jeune journaliste dans le cadre d’une interview et même si fatalement, elle est attirée par lui, elle a peur de s’attacher, de le perdre. De se perdre.

– Je ne sais pas, mais j’ai l’impression que tu me tiens à distance. Laisse-moi percer ton mystère.
– Donne moi un peu de temps. Le temps de fuir, complète-t-elle intérieurement en se levant pour aller à la salle de bains.

Cette histoire c’est aussi la rencontre d’Abby avec Daphné, cette vieille femme qui lui rappelle sa grand-mère et avec qui elle se sent en confiance. Au long de son roman, Karen Viggers souligne l’importance des liens avec les autres générations, comment chacun peut apporter à l’autre et nouer des relations sincères.

– J’ai pas besoin d’une maman, grogne-t-il. Je suis assez grand pour faire face tout seul. Mais Abby sait bien que ce n’est pas vrai. Tout le monde a besoin d’une mère. Ceux qui ont en une ne se rendent pas compte de la chance qu’ils ont.

Au fond, Karen Viggers traite de thèmes essentiels dans ses livres et particulièrement celui-ci: comment les hommes s’inscrivent dans la nature (a t’on le droit de tuer les kangourous pour préserver un écosystème?), comment faire face à la perte, le deuil. Et surtout, surtout, comment réussir à revivre? Elle réhabilite également le peuple des aborigènes persécutés par les blancs et dont l’histoire a trop souvent été effacée des mémoires.

Un goût de bile lui remplit la bouche, elle s’étrangle. Les yeux morts fixent le vide. Dire qu’il y a quelques minutes à peine le kangourou était bien vivant et qu’il ne reste de lui que cette carcasse à présent. Si peu de chose sépare la vie de la mort. Abby en sait quelque chose.

Si l’on apprend quelque chose dans ce livre c’est qu’on a tous le droit de trouver sa place au soleil. Je vous conseille réellement de découvrir cette auteur qui est juste adorable, aussi sincère et authentique que son écriture 🙂 Je suis encore dans une petite période post lune de miel après le brunch organisé par Le Livre de Poche et Les Escales samedi dernier 🙂

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Une très belle escale en Australie, une bouffée d’oxygène qui nous enseigne l’humilité face à la nature et le courage d’affronter ses peurs. Vivre plutôt que survivre. Mon seul reproche serait peut-être la trop grande similarité entre ce livre et son précédent. Saura-t-elle se renouveler pour ses prochains titres?

Nota Bene : A lire d’une main, en tenant un joey dans ses bras.

quatresurcinq


Editeur : LES ESCALES
Date parution : 06/04/17
ISBN : 9782365692861
Nb de pages : 546 pages

La maison des hautes falaises – Karen Viggers

9782365691864

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Une magnifique méditation sur le pouvoir de la nature et la force de l’amour. Hanté par un passé douloureux, Lex Henderson part s’installer dans un petit village isolé, sur la côte australienne. Très vite, il tombe sous le charme de cet endroit sauvage, où les journées sont rythmées par le sac et le ressac de l’océan. Au loin, il aperçoit parfois des baleines. Majestueuses, elles le fascinent. Peu de temps après son arrivée, sa route croise celle de Callista, artiste passionnée, elle aussi blessée par la vie. Attirés l’un par l’autre, ils ont pourtant du mal à se comprendre et à laisser libre cours à leurs sentiments. Parviendront-ils à oublier leurs passés respectifs pour guérir et faire de nouveau confiance à la vie ?

Dans la lignée de La Mémoire des embruns, ce roman en finesse est une véritable ode à la nature et à son admirable pouvoir de guérison. 

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Ecorchés vif, Lex et Callista portent sur eux comme un fardeau les stigmates de leur passé. Comme des cicatrices qui se refermeront peut-être un jour. Voilà à quoi ils m’ont fait penser, à des cicatrices. Elles sont là, béantes, mais ne sont pas tant des témoins de leurs blessures que du fait qu’ils ont survécu, qu’ils ont choisi de vivre, de continuer, pour trouver un sens à ce qui n’en a pas : la perte d’un enfant. D’où l’importance de la communion avec la nature. De se fondre, de s’oublier dans quelque chose de plus grand (l’art pour Callista/la contemplation de la nature pour Lex), qui les dépasse pour s’accrocher à la vie. Ce livre m’a fait penser à ce que Pascal disait sur la finitude de l’homme terriblement insignifiant face au silence éternel des espaces infinis.

On pouvait faire ça avec l’art: changer les règles, modifier l’horizon, embellir les couleurs. Dommage que se ne soit pas si facile de faire pareil dans la vraie vie.

Comme dans La mémoire des embruns, la nature est véritablement le personnage principal du roman. Puissante, sauvage, immuable. Indomptable souvent, rassurante parfois.

C’est ça la vie : c’est toucher le fond et toucher le ciel. Une vie plate et sans reliefs n’a aucun intérêt (ce n’est pas que moi qui le dis Nietzsche est d’accord avec moi – ou plutôt c’est moi qui suis d’accord avec lui !). Evidemment, c’est préférable lorsque le fond n’est pas trop profond parce que sinon le risque est de ne pas réussir à remonter à la surface et les trop rares bouffées d’oxygènes ne seront qu’un soulagement illusoire/temporaire permis et promis par des chimères (l’alcool pour Lex par exemple). L’alcool étant une aide paradoxale car elle permet à Lex d’anesthésier sa peine mais aussi, parfois, de la ressentir avec d’autant plus d’intensité devenant de fait le seul lien qui lui reste avec sa fille. Indispensable.

Lex et Callista sont deux âmes en peine qui se sont trouvées. Deux issues auraient été possibles : qu’ils se tirent mutuellement vers le haut… ou vers le bas. Dans tous les cas ça aurait été préférable à la solitude et là j’ai tendance à penser qu’il vaut mieux toucher le fond à deux que d’être un peu moins brisé mais tout seul. La solitude, l’indifférence des autres étant souvent une peine supplémentaire, plus difficilement supportable que le problème initial. Comme deux âmes blessées, sauvages, Lex et Callista se cherchent, se perdent, cherchent à s’apprivoiser, se perdent à nouveau… pour peut-être se retrouver. La fin reste ouverte.

*

Etrangement j’ai bien aimé le long passage du sauvetage de la baleine malgré quelques longueurs. Fallait-il la sauver ? La question fait écho aux personnages : Aurait-on pu sauver Isabel ? Le bébé de Callista ? Kate l’ex de Jordi ? Helen la femme du boucher ? Et surtout peut-on sauver Lex et Callista ?

J’ai appris que la nature appartient à tout le monde. Et que les baleines appartiennent au royaume du sacré. Quand la vie d’une baleine est en jeu rien ne justifie l’euthanasie. La baleine nous appartient à tous et nous voulons tous la sauver.

Se sauver : c’est s’aider mais c’est aussi partir. C’est vrai que cela fait sens. C’était la stratégie de Lex : partir de chez lui pour se sauver, Callista aussi est partie mais autrement, en vivant en marge de la société, en n’étant qu’une présence désincarnée vivotant grâce à la vente de ses peintures au marché. Mais voilà, s’éloigner physiquement ne permet de se sauver que pour un temps car on s’emporte avec soi. Les stratégies de Callista ou de Jordi sont plus efficaces même si dommageables à long terme.

EnconclusionV2

Ce livre m’a donné des envies d’évasion, il m’a fait me sentir toute petite sur une terre hostile en écoutant le chant des baleines. Un roman tout en douceur sur la résilience, la reconstruction de soi. Une ode à la nature.

Nota Bene : A lire les orteils en éventail sur une plage sauvage en écoutant le chant des baleines.

quatresurcinq


Editeur : LES ESCALES
Date parution : 31/03/16
ISBN : 9782365692007
Nb de pages : 304 pages

Ostende 21 – Arthur Loustalot

Ostende21

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Adèle et Joseph ont vingt-sept ans. Ce sont de beaux enfants. Peut-être les plus beaux du monde. Amoureux fous. Une virée en Belgique leur fait découvrir Ostende. Sur la plage, face à eux, se dresse une architecture raide et grise, soviétique : le Kursaal. Le casino de la ville est l’un des plus grands d’Europe.
Adèle et Joseph entrent et jouent, perdent, gagnent, s’abandonnent à ce monde hors de tout. Ils reviendront, c’est une promesse. Un temps, le jeu sublime leur histoire. Très vite, la réalité est amère, insuffisante. Le quotidien à Paris les accable. Ils s’ennuient, se disputent, se déchirent. Il n’y a que le casino qui les rassemble et les transporte. Protégés du monde extérieur, c’est dans les cris électriques des machines et cet instant suspendu où les cartes se révèlent et se posent que la passion exulte… Alors le piège se referme.

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Je viens de finir Ostende 21 (mon premier Escales Domaine Français!) et franchement j’ai trouvé qu’il était plutôt réussi. Je ne m’attendais pas du tout à ça en lisant le résumé. J’aurais pensé que le couple prendrait un chemin beaucoup plus glauque et sordide et finalement la lecture n’était pas si oppressante que ça, pourtant vu le sujet il y aurait eu matière.

Cette histoire est racontée par le croupier qui a vu le jeune couple se laisser sombrer dans une spirale autodestructrice, perdre tout contact avec la réalité et se réfugier dans une bulle de félicité éphémère. Il décrit Adèle et Joseph comme deux enfants qui ont choisi l’immédiateté du plaisir et qui se sont autant accroché l’un à l’autre qu’à cette addiction dévorante qui a fini par les submerger, à ne faire d’eux que des êtres parodiques dont le bonheur ne dépendait que des aléas du jeu.

*

C’est vrai que c’est intéressant toute cette réflexion sur le jeu. On parle souvent des autres addictions mais pas tellement de celle-là (dans le débat public en tout cas). J’ai trouvé que le sujet était très bien amené. On joue de manière raisonnable, juste « pour voir » en se fixant des règles et puis très vite on s’en affranchit, presque sans s’en rendre compte parce que l’on pense que l’on ne sera pas assez stupide pour se faire avoir et c’est déjà le début de la fin: de la perte de contrôle jusqu’à la descente aux enfers. L’intérêt ici c’est qu’il s’agit d’un couple donc leur histoire d’amour devient le reflet ou plutôt le pendant dans le réel de leur addiction au jeu. Je ne sais pas ce qui est le pire au fond, tomber à deux dans une addiction (en s’entraînant mutuellement vers le bas mais tout en ayant ce côté « à deux contre le reste du monde ») ou bien tomber tout seul dans l’addiction avec sa seule volonté (ou absence de volonté) comme gardienne de la raison.

Ils eurent ensemble la même idée ; personne ne la formula à voix haute. Dans le lit, ils répondirent seulement à deux questions. Combien voulaient-ils gagner. Combien ils étaient prêts à perdre. 

Les enjeux étaient très clairs et bien exposés, surtout lorsque l’auteur explique que Joseph est terrifié à l’idée de perdre parce qu’il a cette peur irrationnelle qu’Adèle pourrait mécaniquement lui échapper aussi. C’est terrible en fait cette histoire. Terrible parce que c’est sans fin et que l’on n’est pas addict au jeu en soi, on est addict au contrôle, à l’adrénaline, à l’impression d’être Dieu et de pouvoir impunément s’affranchir de toute règle. Et paradoxalement, il y a aussi ce besoin de perdre, pour mieux pouvoir (re)gagner par la suite. Le gain continuel n’aurait aucun intérêt. C’est cette peur de perdre, cette possibilité bien réelle, qui fait que le jeu a du sens et que l’amour de Joseph pour Adèle signifie quelque chose. On ne peut pas perdre quelque chose que l’on n’a pas.

Voilà en fait c’est ça. Le problème c’est qu’Adèle et Joseph ne jouaient pas de l’argent. Symboliquement c’était bien plus que ça, ils jouaient leur histoire, leur fierté, leur avenir. C’est pour ça qu’il est si difficile de se défaire d’une addiction quelle qu’elle soit. Parce qu’on ne voit que les symptômes et pas nécessairement les causes plus profondes, inconscientes. En gagnant, Joseph guérit sa blessure narcissique, il se trouve à nouveau digne d’aimer Adèle, de la mériter et a donc moins peur de la perdre. Le jeu agit comme un réconfortant. Pour Adèle c’est différent, j’ai l’impression qu’elle était moins consciente des raisons qui la poussaient à jouer…

EnconclusionV2

L’addiction est une voleuse. Elle vole jusqu’à l’identité de ses victimes faisant d’elles des esclaves consentants qui lui abandonnent jusqu’à ce qu’ils ont de plus précieux : leur liberté. Quand elles se rendent compte de la véritable teneur de ce pacte faustien il est souvent trop tard. Parce que l’addiction au jeu (et l’addiction en général) est un véritable fléau dont il est extrêmement difficile de se défaire, ce court roman sur fond d’histoire d’amour, alerte sur ce mécanisme pervers sous le regard complice du portrait de Stefan Zweig.

Nota Bene : A lire grimé(e) en croupier à Las Vegas en écoutant « Sexual Healing » de Marvin Gaye.

quatresurcinq


Editeur : ESCALES
Date parution : 02/03/17
ISBN : 9782365692649
Nb de pages : 208 pages

Sous la même étoile – Dorit Rabinyan

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Tout commence par le froid glacial d’un hiver à New York et tout se termine sur le sable brûlant des plages de Jaffa.
Le hasard a fait se rencontrer et s’aimer une femme et un homme qui ne se seraient jamais adressé la parole dans d’autres circonstances. La femme, c’est Liat, une Israélienne dévorée par une nostalgie profonde de Tel Aviv. L’homme, c’est Hilmi, un peintre palestinien originaire de Ramallah.
À New York, espace neutre hors du temps et de la politique, Liat et Hilmi décident de s’immerger, le temps d’un hiver, dans un amour impossible. Commence alors une vie commune dont la date d’expiration se rapproche chaque jour un peu plus. Dans cet univers clos qu’ils se sont créé, Liat et Hilmi ont décidé d’ignorer les à-côtés, les différences et les fissures. Mais la réalité finit toujours par s’imposer…

MonavisV2

Avant de commencer je souhaiterai faire un point sur l’histoire de ce roman qui a suscité la polémique et a été retiré des programmes scolaires israéliens parce qu’il dépeignait une histoire d’amour entre une israélienne et un palestinien. Stupid much? D’autant plus que le meilleur moyen de s’assurer qu’un texte soit lu est de l’interdire (cf. Harry Potter 5 et la fameuse interview dans la Chicaneur – oui on a les références qu’on mérite). On peut donc conclure de toute cette affaire que le gouvernement israélien n’était pas forcément au fait de la psychologie inversée. Au delà du cynisme qui consiste à interdire un roman, c’était surtout sous-estimer l’esprit de contradiction du peuple qui a porté Dorit Rabinyan pour faire de son roman un best-seller!

censureParce que de manière générale je suis contre la censure et ces prises de positions stupides je conseille à tout le monde de lire ce livre qui est porteur d’un beau message, universel.

Même si je vous conseille de lire ce livre « par principe », il faut aussi (et surtout) le lire pour l‘histoire, la qualité de l’écriture et l’objet-livre dont la couverture est particulièrement réussie. ❤

*

Revenons-en au texte. Il est découpé en 3 parties, chacune explorant une saison afin de montrer l’évolution de l’histoire de Liat et Hilmi à travers le temps.

Automne: La rencontre

Comment le décrire, à présent? Par où commencer? Comment restituer l’impression initiale que j’éprouvai au cours de ces lointaines secondes? Comment en dresser fidèlement le portrait, constitué d’une superposition de nuances, tel que je le vis la toute première fois? Comment rendre en quelques traits l’image complète, à travers toutes ses dimensions? Et ce regard, et cette clarté – peut-on seulement les restituer, alors que l’altérant de leurs empreintes, les doigts de la nostalgie touchent et remodèlent sans cesse le souvenir?

Lorsque Liat, jeune israélienne habitant à NY rencontre Hilmi dans un café elle tombe amoureuse de lui quasi instantanément. Mais Hilmi est arabe, palestinien et pour sa part, elle devra rentrer en Israel dans quelques mois. Est-il raisonnable de se perdre dans une relation à obsolescence programmée que ses parents et sa famille désaprouveraient certainement? Non, mais l’attirance est trop forte. Liat s’abandonne dans les bras de celui qui fera chavirer son coeur. Presque par surprise, elle se laissera guider et prendre par la main vers la promesse tourbillonnante d’une histoire qui la bouleversera et la changera à tout jamais. C’est décidé, elle vivra ces quelques mois avec d’autant plus d’intensité que leur relation n’est pas vouée à durer.

Hiver: La confrontation à la réalité

C’est le joint que vous avez fumé dans l’après-midi, me rétorqueras-tu; ce sont les bières achetées sur la route qui t’ont valu cette impression d’harmonie généralisée; ou peut-être, comme tu me l’as dit une fois, est-ce là le goût de l’eau que l’on dérobe; le goût d’une eau vive et l’ivresse de la liberté qu’elle procure; ce sentiment de victoire secrète qui nous envelope lorsque nous arpentons les rues, deux individus anonymes, enlacés, parmi la foule, dans la profusion des lumières qui clignotent et l’immense désordre urbain. De temps à autre, on distingue un ballon perdu, argenté, gonflé à l’hélium, qui monte vers le ciel en tourbillonnant au-dessus des passants; nous portons alors nos regards vers les hauteurs, et mon coeur aussi souhaite monter, comme le point argenté du ballon qui disparait au-dessus des buildings, il chavire et manque d’éclater de bonheur.

Liam vit son histoire avec Hilmi comme dans une parenthèse enchantée, dans des envolées lyriques avec des étoiles plein les yeux. Sa soeur ne la reconnait plus et désapprouve cette relation qu’elle juge contre nature. Comment Liat peut-elle rester avec cet homme qui représente tout ce qui va à l’encontre de ses valeurs, sa culture et son pays? Hilmi et elle sont les héritiers d’un conflit ancestral qui les dépasse et même s’ils évitent soigneusement d’aborder le sujet, ils se rendent compte amèrement que vivre leur relation au grand jour semble impossible. Liat est alors tiraillée entre son amour pour son pays et sa famille et sa culpabilité de ne pas pouvoir vivre pleinement sa relation avec Hilmi, comme si elle portait sur ses épaules le poids des responsabilités qui incomberait à une digne représentante d’Israel. Malgré la frontière invisible qui les sépare, les deux amants arriveront-il à se (re)trouver?

Eté: La fin de l’histoire… ou le début d’une autre? 

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Une histoire puissante, un Roméo et Juliette des temps modernes dans les rues de New York qui interroge: Peut-on  aller à l’encontre de sa famille, de sa culture et de son pays par amour? Au fond le destin des individus peut-il se soustraire à l’Histoire? Par une écriture touchante, vraie et sincère Dorit Rabinyan signe ici un vrai chef d’oeuvre.

Nota Bene : A lire un pied de chaque côté de la frontière Mexico/US en écoutant Saturn de Sleeping at Last because « Music is the language in which the soul talks with itself »

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Editeur : ESCALES
Date parution : 02/03/17
ISBN : 9782365691871
Nb de pages : 320 pages