Un avion sans elle – Michel Bussi

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23 décembre 1980. Un crash d’avion dans le Jura. Une petite libellule de 3 mois tombe du ciel, orpheline. Deux familles que tout oppose se la disputent. La justice tranche : elle sera Émilie Vitral. Aujourd’hui, elle a 18 ans, la vie devant elle mais des questions plein la tête. Qui est-elle vraiment ?
Dix-huit ans que Crédule Grand-Duc, détective privé, se pose la même question. Alors qu’il s’apprête à abandonner, la vérité surgit devant ses yeux, qu’il referme aussitôt, assassiné.
Il ne reste plus à Émilie qu’un vieux carnet de notes, des souvenirs, et Marc, son frère, pour découvrir la vérité…

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Michel Bussi. Il fallait vraiment vivre sur une autre planète pour ne pas avoir entendu parler de cet auteur dont les livres sont toujours en tête de gondoles (et en tête des ventes) avec les irréductibles Musso et Levi. Si pendant quelques années j’ai succombé je l’avoue aux livres de Musso et Levi qui restent quand même des feel-good sympas à lire à la plage ou dans le train, je n’avais jamais tenté l’expérience Michel Bussi. C’est maintenant chose faite.

Je ne m’attendais pas à une écriture transcendante. À un polar efficace tout au plus. Et de  ce point de vue là je n’ai pas été déçue. L’histoire est plutôt bien menée et le véritable talent de Bussi est d’arriver à nous tenir en haleine sur une histoire un peu bancale. Le fameux « oui ce n’est pas dingue mais je veux quand même avoir le fin mot de l’histoire« !

L’histoire repose sur un drame qui a eu lieu fin décembre 1980. Un crash d’où il ne restera qu’une survivante, un petit bébé d’à peine trois mois, une véritable miraculée. Hasard du destin, il y avait deux bébés du même âge dans l’avion et très vite se pose alors la question de son identité. Est-elle Emilie Vitral ou Lyse-Rose de Calville? Les deux familles se la disputent, se l’arrachent à une époque où l’on ne parle pas encore de test ADN. La justice tranche, elle sera Emilie Vitral. Mais le doute subsiste, surtout chez son frère Marc qui ne la voit pas uniquement comme sa petite soeur et chez Malvina de Calville qui est convaincue dans son esprit torturé que c’est Lyse-Rose qui a survécu.

Le jour de ses 18 ans, Emilie reçoit un carnet d’un détective privé engagé par les De Carville qui est un véritable témoignage de presque 18 années d’enquête pour découvrir la vérité. Dans une enquête à deux vitesses, celle qui se déroule sur une journée dans le présent et celle du carnet du détective le lecteur hésite : Qui est donc Lilly, la petite libellule?

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C’était mon premier Michel Bussi. Un livre assez prenant puisque je l’ai lu d’une traite mais l’intrigue aurait gagné à être plus resserrée et plus concise. Quitte à choisir je reviens donc à mes premières amoures: les romans de plages ça restera l’exclusivité de Guillaume Musso 🙂

Nota Bene A lire dans l’avion pendant un long courrier.

Ma note :

troissurcinq


Editeur : POCKET
Date parution : 03/13
ISBN : 9782266233897
Nb de pages : 573 pages

La vie serait simple à Manneville – Pierre Cochez

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Les murs mangés par la vigne vierge, les fenêtres grandes ouvertes, Manneville est une maison de famille, celle qui abrite le jeune Bruce Dehaut, ses soeurs, de joyeux cousins, et puis des adultes occupés à profiter de l’été en lisant le journal ou en préparant des pastis-grenadine. La vie serait simple à Manneville, mais Bruce doit partir. L’Angleterre l’attend : Oxford, les études, un début de vie adulte. Là-bas, Bruce fera la rencontre d’Alex, un grand roux à la veste de tweed beige, qui fume des cigarettes en jouant au jacquet. Bruce n’avait pas prévu ça. L’amour, l’éblouissement. Et l’impossibilité d’une vie partagée.
Devenu journaliste, il sillonnera le monde, des îles Féroé au Mozambique, en quête de vérité, en quête de lui-même, pris dans un mouvement permanent. Mais Bruce l’apprendra, l’attente aussi est une façon d’aimer.

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J’aimerai dire que j’ai été totalement dépaysée en lisant ce livre mais cela ne serait pas la vérité. Le côté Neuilly/Auteuil/Passy, les parents distants, les rallyes pour rencontrer des « gens biens », et les week-end dans les châteaux de tel ou tel. Si je ne l’ai pas vécu directement j’ai pu côtoyer des personnes pour qui c’était le cas et le portrait qui en est fait me parait assez juste.

Bruce se complait vaguement dans le confort de cette vie de « gosse de riche », disons le clairement, même s’il sent bien que tout ceci reste quand même assez superficiel. La vie serait plus simple aux côtés de son meilleur ami, Armand, qui, comme lui, vit dans l’expectative de partir à Oxford, de se défaire de son nom et de se faire, en tant qu’homme, en tant que personne.

« Je sais que c’est la dernière fois que je ne suis qu’un fils heureux. Je le redoute et je l’espère. Partir doit être une joie.« 

Il est temps pour Bruce de partir à Oxford, au collège de Brasenose, (Marie si tu me lis!!!!!). Il quitte une bulle pour une autre. Le dépaysement le satisfait surtout lorsqu’il rencontre Alexander, un grand roux qui l’intrigue et le fascine.

« Les jours suivants, nous parlons peu. Nous croisons nos regards. Cela suffit à me nourrir. J’ai trop peur que la parole craque le rêve qui me berce. C’est lui qui décide de m’adresser ou non la parole.« 

Ils vivent alors leur histoire, prudemment, entre les portes. Un peu à Oxford, surtout à Manneville, l’été, dans ce point d’ancrage, ce lieu qui échappe à l’érosion du temps et où, finalement, tout est plus simple. Les années passent, Alex s’en va et Bruce reste seul, triste, avec pour seule compagnie son métier d’apprenti journaliste pour occuper ses journées.

« Je m’enfonce dans l’actualité. Elle me mange. C’est ce que je demandais. Etre mangé par la marche du monde. Je vis au rythme des sonneries. Je contemple le monde s’écrouler, exploser, s’entretuer. »

Ses voyages initiatiques, avec le souvenir d’Alex en filigrane, apprendront alors à Bruce à se connaître et apprendre à vivre.

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Le personnage de Bruce est attachant et j’ai apprécié ces quelques heures en sa compagnie. Un livre à emporter dans ses valises.

Nota Bene : A lire toujours plutôt que jamais.

Ma note : 

quatresurcinq


Editeur : ESCALES
Date parution : 13/04/17
ISBN : 9782365692694
Nb de pages : 240 pages

Le murmure du vent – Karen Viggers

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L’auteur des best-sellers La Mémoire des embruns et La Maison des hautes falaises revient avec un troisième roman bouleversant.

Quand Abby rencontre Cameron, tout en lui l’agace. Biologiste, elle arpente seule la vallée des monts Brindabella pour observer le comportement des kangourous. Il est un jeune journaliste enquête d’un article pouvant susciter la polémique. Quand il cherche à la revoir, elle fait tout pour l’éloigner. Pourquoi prendrait-elle le risque d’être à nouveau blessée par la vie ?
Un jour, elle rencontre une vieille dame, Daphné, qui a passé sa jeunesse dans ces montagnes et vient régulièrement se ressourcer dans cette nature si chère à son coeur. Malgré leur différence d’âge, les deux femmes se rapprochent. Avec délicatesse, Daphné essaye de sortir Abby de son marasme. Leur amitié leur permettra peut-être enfin de se libérer du passé et de sourire à l’avenir ?

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JOIE, BONHEUR! Un nouveau Karen Viggers, je suis ravie! Après les baleines voilà les kangourous, après Lex et Callista voilà Cameron et Abby. On prend de nouveaux ingrédients, on applique la recette magique et on recommence.

J’avais déjà été conquise par La maison des hautes falaises et ce nouveau livre de Karen Viggers ne m’a absolument pas déçue. Dès les premières lignes, on retrouve cette même écriture, cette poésie, ainsi que ces personnages torturés qui évoluent dans de grands espaces, dans les montagnes et le bush australien. La nature, là encore, est omniprésente.

Ce roman c’est d’abord une histoire d’amour entre Cameron et Abby. Cette dernière est une jeune femme de 23 ans qui est biologiste et étudie les kangourous, une activité solitaire et passionnante qui lui permet de rester seule avec elle-même et de ne pas être dans la superficialité des relations avec les personnes de son âge. Elle rencontre Cameron, un jeune journaliste dans le cadre d’une interview et même si fatalement, elle est attirée par lui, elle a peur de s’attacher, de le perdre. De se perdre.

– Je ne sais pas, mais j’ai l’impression que tu me tiens à distance. Laisse-moi percer ton mystère.
– Donne moi un peu de temps. Le temps de fuir, complète-t-elle intérieurement en se levant pour aller à la salle de bains.

Cette histoire c’est aussi la rencontre d’Abby avec Daphné, cette vieille femme qui lui rappelle sa grand-mère et avec qui elle se sent en confiance. Au long de son roman, Karen Viggers souligne l’importance des liens avec les autres générations, comment chacun peut apporter à l’autre et nouer des relations sincères.

– J’ai pas besoin d’une maman, grogne-t-il. Je suis assez grand pour faire face tout seul. Mais Abby sait bien que ce n’est pas vrai. Tout le monde a besoin d’une mère. Ceux qui ont en une ne se rendent pas compte de la chance qu’ils ont.

Au fond, Karen Viggers traite de thèmes essentiels dans ses livres et particulièrement celui-ci: comment les hommes s’inscrivent dans la nature (a t’on le droit de tuer les kangourous pour préserver un écosystème?), comment faire face à la perte, le deuil. Et surtout, surtout, comment réussir à revivre? Elle réhabilite également le peuple des aborigènes persécutés par les blancs et dont l’histoire a trop souvent été effacée des mémoires.

Un goût de bile lui remplit la bouche, elle s’étrangle. Les yeux morts fixent le vide. Dire qu’il y a quelques minutes à peine le kangourou était bien vivant et qu’il ne reste de lui que cette carcasse à présent. Si peu de chose sépare la vie de la mort. Abby en sait quelque chose.

Si l’on apprend quelque chose dans ce livre c’est qu’on a tous le droit de trouver sa place au soleil. Je vous conseille réellement de découvrir cette auteur qui est juste adorable, aussi sincère et authentique que son écriture 🙂 Je suis encore dans une petite période post lune de miel après le brunch organisé par Le Livre de Poche et Les Escales samedi dernier 🙂

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Une très belle escale en Australie, une bouffée d’oxygène qui nous enseigne l’humilité face à la nature et le courage d’affronter ses peurs. Vivre plutôt que survivre. Mon seul reproche serait peut-être la trop grande similarité entre ce livre et son précédent. Saura-t-elle se renouveler pour ses prochains titres?

Nota Bene : A lire d’une main, en tenant un joey dans ses bras.

quatresurcinq


Editeur : LES ESCALES
Date parution : 06/04/17
ISBN : 9782365692861
Nb de pages : 546 pages

Je ne sais pas dire je t’aime – Nicolas Robin

9782843378614FS

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Paris, tu l’aimes ou tu la quittes. C’est une injonction quotidienne pour qui se retrouve la joue écrasée contre la vitre d’un métro bondé, ou se fait bousculer sur le trottoir par un type mal dégrossi. Dans ce tohu-bohu parisien, Francine déterre un passé longtemps enseveli devant un guichet d’état civil ; Juliette rêve d’avoir la beauté fulgurante d’une actrice qui éclate de rire sur un tapis rouge ; Joachim devient célèbre malgré lui en se faisant larguer en direct à la télé ; Ben essaie de ne pas finir comme ceux qui picorent leurs petits pois, le nez dans l’assiette, sans adresser un mot à l’autre.
Un chassé-croisé plein d’humour et de tendresse dans lequel chacun cherche son salut et espère entendre parler de sentiments, au coeur d’une ville épicentre de l’amour, où il est parfois difficile de se dire je t’aime.
À tous les éclopés du coeur, les éternels pudiques, les incorrigibles passionnés, ce roman  est pour vous.

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J’aime beaucoup les films chorale, comme « Sous les jupes des filles » , « Love actually » ou « Le code a changé ». Il faut croire qu’une histoire « chorale » sous le format livre est toute aussi distrayante qu’un de ces films feel good.

Dans son nouveau roman, Nicolas Robin nous entraîne dans ce Paris d’aujourd’hui sur fond d’élections présidentielles, dans le quotidien de personnes ordinaires. On découvre  par courts chapitres les portraits de Francine, vieille femme qui souffre du secret de ses origines; Ben, qui voit avec impuissance son couple se déliter sous ses yeux; Juliette qui se demande quand est-ce que sa vie va enfin commencer et puis Joachim qui s’est fait larguer en direct devant la France entière par sa copine.

– Vous pensez que je suis une salope?
– Pas vraiment. Vous êtes une névrosée en démarche affective.
– C’est beau, ce que vous dites.

Chaque personnage mène sa barque difficilement, comme il peut, jusqu’à ce que leurs destins ordinaires se télescopent, s’entrechoquent pour aller vers de nouveaux horizons. Je résiste à vous raconter le fin mot de l’histoire (pour ça => direction la librairie).

En attendant, ne serait-ce que pour le style, ce roman vaut la peine d’être lu! Les personnages sont frais, amusants, authentiques. On a envie de rester plus longtemps en immersion dans cette histoire. Un petit coup de coeur pour la scène mémorable du dîner! A quand le prochain?

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Un roman feel-good qui donne le SMIIILE! A mettre dans ses valises pour les vacances et pour décompresser face à l’actualité. Merci beaucoup aux éditions Anne Carrière pour ce SP

Nota Bene A lire dans un petit café à Saint Michel en écoutant « La vie en rose » d’Edith Piaf

Ma note :
quatresurcinq


Editeur : ANNE CARRIERE
Date parution : 13/04/17
ISBN : 9782843378614
Nb de pages : 260 pages

Ostende 21 – Arthur Loustalot

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Adèle et Joseph ont vingt-sept ans. Ce sont de beaux enfants. Peut-être les plus beaux du monde. Amoureux fous. Une virée en Belgique leur fait découvrir Ostende. Sur la plage, face à eux, se dresse une architecture raide et grise, soviétique : le Kursaal. Le casino de la ville est l’un des plus grands d’Europe.
Adèle et Joseph entrent et jouent, perdent, gagnent, s’abandonnent à ce monde hors de tout. Ils reviendront, c’est une promesse. Un temps, le jeu sublime leur histoire. Très vite, la réalité est amère, insuffisante. Le quotidien à Paris les accable. Ils s’ennuient, se disputent, se déchirent. Il n’y a que le casino qui les rassemble et les transporte. Protégés du monde extérieur, c’est dans les cris électriques des machines et cet instant suspendu où les cartes se révèlent et se posent que la passion exulte… Alors le piège se referme.

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Je viens de finir Ostende 21 (mon premier Escales Domaine Français!) et franchement j’ai trouvé qu’il était plutôt réussi. Je ne m’attendais pas du tout à ça en lisant le résumé. J’aurais pensé que le couple prendrait un chemin beaucoup plus glauque et sordide et finalement la lecture n’était pas si oppressante que ça, pourtant vu le sujet il y aurait eu matière.

Cette histoire est racontée par le croupier qui a vu le jeune couple se laisser sombrer dans une spirale autodestructrice, perdre tout contact avec la réalité et se réfugier dans une bulle de félicité éphémère. Il décrit Adèle et Joseph comme deux enfants qui ont choisi l’immédiateté du plaisir et qui se sont autant accroché l’un à l’autre qu’à cette addiction dévorante qui a fini par les submerger, à ne faire d’eux que des êtres parodiques dont le bonheur ne dépendait que des aléas du jeu.

*

C’est vrai que c’est intéressant toute cette réflexion sur le jeu. On parle souvent des autres addictions mais pas tellement de celle-là (dans le débat public en tout cas). J’ai trouvé que le sujet était très bien amené. On joue de manière raisonnable, juste « pour voir » en se fixant des règles et puis très vite on s’en affranchit, presque sans s’en rendre compte parce que l’on pense que l’on ne sera pas assez stupide pour se faire avoir et c’est déjà le début de la fin: de la perte de contrôle jusqu’à la descente aux enfers. L’intérêt ici c’est qu’il s’agit d’un couple donc leur histoire d’amour devient le reflet ou plutôt le pendant dans le réel de leur addiction au jeu. Je ne sais pas ce qui est le pire au fond, tomber à deux dans une addiction (en s’entraînant mutuellement vers le bas mais tout en ayant ce côté « à deux contre le reste du monde ») ou bien tomber tout seul dans l’addiction avec sa seule volonté (ou absence de volonté) comme gardienne de la raison.

Ils eurent ensemble la même idée ; personne ne la formula à voix haute. Dans le lit, ils répondirent seulement à deux questions. Combien voulaient-ils gagner. Combien ils étaient prêts à perdre. 

Les enjeux étaient très clairs et bien exposés, surtout lorsque l’auteur explique que Joseph est terrifié à l’idée de perdre parce qu’il a cette peur irrationnelle qu’Adèle pourrait mécaniquement lui échapper aussi. C’est terrible en fait cette histoire. Terrible parce que c’est sans fin et que l’on n’est pas addict au jeu en soi, on est addict au contrôle, à l’adrénaline, à l’impression d’être Dieu et de pouvoir impunément s’affranchir de toute règle. Et paradoxalement, il y a aussi ce besoin de perdre, pour mieux pouvoir (re)gagner par la suite. Le gain continuel n’aurait aucun intérêt. C’est cette peur de perdre, cette possibilité bien réelle, qui fait que le jeu a du sens et que l’amour de Joseph pour Adèle signifie quelque chose. On ne peut pas perdre quelque chose que l’on n’a pas.

Voilà en fait c’est ça. Le problème c’est qu’Adèle et Joseph ne jouaient pas de l’argent. Symboliquement c’était bien plus que ça, ils jouaient leur histoire, leur fierté, leur avenir. C’est pour ça qu’il est si difficile de se défaire d’une addiction quelle qu’elle soit. Parce qu’on ne voit que les symptômes et pas nécessairement les causes plus profondes, inconscientes. En gagnant, Joseph guérit sa blessure narcissique, il se trouve à nouveau digne d’aimer Adèle, de la mériter et a donc moins peur de la perdre. Le jeu agit comme un réconfortant. Pour Adèle c’est différent, j’ai l’impression qu’elle était moins consciente des raisons qui la poussaient à jouer…

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L’addiction est une voleuse. Elle vole jusqu’à l’identité de ses victimes faisant d’elles des esclaves consentants qui lui abandonnent jusqu’à ce qu’ils ont de plus précieux : leur liberté. Quand elles se rendent compte de la véritable teneur de ce pacte faustien il est souvent trop tard. Parce que l’addiction au jeu (et l’addiction en général) est un véritable fléau dont il est extrêmement difficile de se défaire, ce court roman sur fond d’histoire d’amour, alerte sur ce mécanisme pervers sous le regard complice du portrait de Stefan Zweig.

Nota Bene : A lire grimé(e) en croupier à Las Vegas en écoutant « Sexual Healing » de Marvin Gaye.

quatresurcinq


Editeur : ESCALES
Date parution : 02/03/17
ISBN : 9782365692649
Nb de pages : 208 pages

Sous la même étoile – Dorit Rabinyan

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Tout commence par le froid glacial d’un hiver à New York et tout se termine sur le sable brûlant des plages de Jaffa.
Le hasard a fait se rencontrer et s’aimer une femme et un homme qui ne se seraient jamais adressé la parole dans d’autres circonstances. La femme, c’est Liat, une Israélienne dévorée par une nostalgie profonde de Tel Aviv. L’homme, c’est Hilmi, un peintre palestinien originaire de Ramallah.
À New York, espace neutre hors du temps et de la politique, Liat et Hilmi décident de s’immerger, le temps d’un hiver, dans un amour impossible. Commence alors une vie commune dont la date d’expiration se rapproche chaque jour un peu plus. Dans cet univers clos qu’ils se sont créé, Liat et Hilmi ont décidé d’ignorer les à-côtés, les différences et les fissures. Mais la réalité finit toujours par s’imposer…

MonavisV2

Avant de commencer je souhaiterai faire un point sur l’histoire de ce roman qui a suscité la polémique et a été retiré des programmes scolaires israéliens parce qu’il dépeignait une histoire d’amour entre une israélienne et un palestinien. Stupid much? D’autant plus que le meilleur moyen de s’assurer qu’un texte soit lu est de l’interdire (cf. Harry Potter 5 et la fameuse interview dans la Chicaneur – oui on a les références qu’on mérite). On peut donc conclure de toute cette affaire que le gouvernement israélien n’était pas forcément au fait de la psychologie inversée. Au delà du cynisme qui consiste à interdire un roman, c’était surtout sous-estimer l’esprit de contradiction du peuple qui a porté Dorit Rabinyan pour faire de son roman un best-seller!

censureParce que de manière générale je suis contre la censure et ces prises de positions stupides je conseille à tout le monde de lire ce livre qui est porteur d’un beau message, universel.

Même si je vous conseille de lire ce livre « par principe », il faut aussi (et surtout) le lire pour l‘histoire, la qualité de l’écriture et l’objet-livre dont la couverture est particulièrement réussie. ❤

*

Revenons-en au texte. Il est découpé en 3 parties, chacune explorant une saison afin de montrer l’évolution de l’histoire de Liat et Hilmi à travers le temps.

Automne: La rencontre

Comment le décrire, à présent? Par où commencer? Comment restituer l’impression initiale que j’éprouvai au cours de ces lointaines secondes? Comment en dresser fidèlement le portrait, constitué d’une superposition de nuances, tel que je le vis la toute première fois? Comment rendre en quelques traits l’image complète, à travers toutes ses dimensions? Et ce regard, et cette clarté – peut-on seulement les restituer, alors que l’altérant de leurs empreintes, les doigts de la nostalgie touchent et remodèlent sans cesse le souvenir?

Lorsque Liat, jeune israélienne habitant à NY rencontre Hilmi dans un café elle tombe amoureuse de lui quasi instantanément. Mais Hilmi est arabe, palestinien et pour sa part, elle devra rentrer en Israel dans quelques mois. Est-il raisonnable de se perdre dans une relation à obsolescence programmée que ses parents et sa famille désaprouveraient certainement? Non, mais l’attirance est trop forte. Liat s’abandonne dans les bras de celui qui fera chavirer son coeur. Presque par surprise, elle se laissera guider et prendre par la main vers la promesse tourbillonnante d’une histoire qui la bouleversera et la changera à tout jamais. C’est décidé, elle vivra ces quelques mois avec d’autant plus d’intensité que leur relation n’est pas vouée à durer.

Hiver: La confrontation à la réalité

C’est le joint que vous avez fumé dans l’après-midi, me rétorqueras-tu; ce sont les bières achetées sur la route qui t’ont valu cette impression d’harmonie généralisée; ou peut-être, comme tu me l’as dit une fois, est-ce là le goût de l’eau que l’on dérobe; le goût d’une eau vive et l’ivresse de la liberté qu’elle procure; ce sentiment de victoire secrète qui nous envelope lorsque nous arpentons les rues, deux individus anonymes, enlacés, parmi la foule, dans la profusion des lumières qui clignotent et l’immense désordre urbain. De temps à autre, on distingue un ballon perdu, argenté, gonflé à l’hélium, qui monte vers le ciel en tourbillonnant au-dessus des passants; nous portons alors nos regards vers les hauteurs, et mon coeur aussi souhaite monter, comme le point argenté du ballon qui disparait au-dessus des buildings, il chavire et manque d’éclater de bonheur.

Liam vit son histoire avec Hilmi comme dans une parenthèse enchantée, dans des envolées lyriques avec des étoiles plein les yeux. Sa soeur ne la reconnait plus et désapprouve cette relation qu’elle juge contre nature. Comment Liat peut-elle rester avec cet homme qui représente tout ce qui va à l’encontre de ses valeurs, sa culture et son pays? Hilmi et elle sont les héritiers d’un conflit ancestral qui les dépasse et même s’ils évitent soigneusement d’aborder le sujet, ils se rendent compte amèrement que vivre leur relation au grand jour semble impossible. Liat est alors tiraillée entre son amour pour son pays et sa famille et sa culpabilité de ne pas pouvoir vivre pleinement sa relation avec Hilmi, comme si elle portait sur ses épaules le poids des responsabilités qui incomberait à une digne représentante d’Israel. Malgré la frontière invisible qui les sépare, les deux amants arriveront-il à se (re)trouver?

Eté: La fin de l’histoire… ou le début d’une autre? 

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Une histoire puissante, un Roméo et Juliette des temps modernes dans les rues de New York qui interroge: Peut-on  aller à l’encontre de sa famille, de sa culture et de son pays par amour? Au fond le destin des individus peut-il se soustraire à l’Histoire? Par une écriture touchante, vraie et sincère Dorit Rabinyan signe ici un vrai chef d’oeuvre.

Nota Bene : A lire un pied de chaque côté de la frontière Mexico/US en écoutant Saturn de Sleeping at Last because « Music is the language in which the soul talks with itself »

cinqsurcinq


Editeur : ESCALES
Date parution : 02/03/17
ISBN : 9782365691871
Nb de pages : 320 pages

Une vie à t’écrire – Julia Montejo

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L’histoire incroyable d’une rebelle passionnée qui a su affronter le temps et les océans pour tracer son propre chemin et faire le choix de la liberté.
Un soir, sur une plage du Pays basque espagnol, un écrivain en mal d’inspiration rencontre Amaia, une jeune femme mystérieuse. Elle est persuadée d’avoir déjà vécu au XVIIe siècle et d’avoir alors traversé les océans pour gagner l’Islande où les Basques partaient chasser la baleine. Au péril de sa vie, à une époque où les femmes n’avaient d’autres choix que l’obéissance et le silence, elle a su conquérir son indépendance et sa liberté. Là-bas, elle a rencontré Erik, son amour éternel, dont le souvenir ne cesse de la hanter.
Amaia est-elle folle à lier ? C’est ce que commence par croire Asier avant d’être emporté par la force de son histoire. Envoûté, le jeune homme transforme le récit de cette étrange et attirante muse en roman. Le souffle des mots l’habite enfin.

Est-ce seulement un roman qui s’écrit ou une histoire est-elle en train de naître entre ces deux âmes solitaires ?

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Je ressors un peu étourdie de cette lecture, comme si en lisant la dernière page on m’avait sortie précocement d’un rêve.  C’est donc l’esprit encore un peu embrumé que je fais cette chronique d’un roman qui rentre définitivement dans mon top 3 des Escales.

Ce récit m’a terriblement touchée, viscéralement je veux dire, à travers le duo inextricable entre terreur et beauté, entre une vie fade et la poursuite d’un idéal. Si l’on pouvait rencontrer des personnages de romans, il ne fait aucun doute qu’Amaia/Amalur serait sur la liste. Peut-être qu’au fond je la connais déjà cette femme qui sommeille sûrement dans le coeur de beaucoup d’entre nous. Une femme qui a l’intuition que le secret de la vie est mystérieux et fait de quelque chose qui nous dépasse: un cycle infini, un éternel recommencement ou les âmes unies par un lien plus fort que la mort sont destinées à se retrouver.

Amaia savait que pour espérer vivre heureux, il fallait se sentir entier et que le véritable amour ne naissait pas d’une rencontre, mais de retrouvailles. C’était inscrit dans sa mémoire.

*

Amaia n’est pas folle. Lorsqu’elle s’enfonce dans la mer, le regard perdu au loin et est retrouvée de justesse pas Astier, elle prend cette rencontre comme un signe du destin. Qui d’autres que LUI aurait bravé la tempête pour la sortir des eaux agitées ce soir-là. Astier c’est cet écrivain qui souffre du syndrome de la page blanche. Cette nuit-là il se sent un peu comme un héros en sauvant Amaia et devient étrangement fasciné par cette femme  qui est persuadée d’avoir déjà vécu au 17ème et qui désespère de revoir Erik, son grand amour.

Elle lui confie ses souvenirs comme un trésor afin qu’il trouve les mots, qu’il écrive et publie son histoire, avec l’espoir fou que son bien aimé recouvre cette mémoire ancestrale et qu’ils puissent enfin être réunis. Amaia entraine alors Astier sur le chemin de son passé dans une aventure incroyable, celle d’une femme dans un monde d’hommes, celle d’une extraordinaire histoire d’amour qui transcende l’espace et le temps.

Son histoire? C’est celle d’Amalur Mendaro, jeune espagnole du 17ème au caractère bien trempé et aux rêves plein la tête qui refuse la vie qui lui est destinée et s’enfuit à bord d’un baleinier avec son meilleur ami Iñigo en se faisant passer pour un homme. En enfilant cette armure ce n’est plus seulement des autres qu’elle se protège mais surtout d’elle-même et des sentiments qu’elle se doit de réprimer afin d’oublier et survivre. Car c’est surtout de cela qu’il s’agit. Survivre dans une fuite en avant pour échapper à une vie aux côtés de la brute épaisse à laquelle elle est promise (un autre terme me vient en tête pour le qualifier mais passons), échapper à une vie sans passion et sans but, rythmée par le bon vouloir des hommes.

Amalur forgera son destin dans la mort et dans l’amour. Un amour féroce d’une vie qu’elle sera prête à sacrifier pour l’être perdu et retrouvé, au loin, dans les terres glaciales et hostiles de l’Islande.

Peut-être si je tombais amoureuse comme cela est arrivé à ma cousine Francesca… On dit qu’elle est morte d’amour parce que son fiancé n’est pas revenu de la mer. J’ai toujours pensé que c’était une bêtise. Maintenant, je l’envie. Mourir d’amour, mourir parce qu’un tel désir te consume de l’intérieur, ce doit être splendide. Tu imagines ce que tu dois sentir pour en arriver à te tuer?

*

Au-delà de l’histoire qui s’inscrit dans l’éternité, à la fois dans le passé et le présent mais aussi dans la promesse d’un futur, j’ai été touchée par l’écriture et la sensibilité de Julia Montejo. Cette poétique de la nature, de l’ivresse de l’infini des étoiles du firmament, de la mer majestueuse et indomptable comme les sentiments qui habitent et traversent l’héroïne. Les fans de Karen Viggers (La maison des hautes falaises) devraient être conquis.

EnconclusionV2

Finalement ce livre était peut-être une histoire de retrouvailles entre un auteur et ses lecteurs, entre une écriture poétique et une histoire poignante. Un rappel que la vie mérite d’être vécue et que peu importe les obstacles il faut s’autoriser à rêver jusqu’au bout de la nuit… « Tout ce qui a un nom existe« .

Nota Bene : A lire en écoutant Anthem de Leonard Cohen because « There is a crack in everything/ that’s how the light gets in »

quatresurcinq


Editeur : LES ESCALES
Date parution : 02/02/17
ISBN : 9782365693172
Nb de pages : 384 pages