Ne fais confiance à personne – Paul Cleave

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Il y a pire que de tuer quelqu’un : ne pas savoir si on l’a tué.

Les auteurs de thrillers ne sont pas des personnes très fréquentables. Ils jouent du plaisir que nous avons à lire d’abominables histoires, de notre appétit pour des énigmes qui le plus souvent baignent dans le sang. Ce jeu dangereux peut parfois prendre des proportions inquiétantes et favoriser un passage à l’acte aux conséquences funestes. Eux les premiers, qui pensent connaître toutes les ficelles du crime parfait, ne sont pas à l’abri de faire de leurs fictions une réalité.
Prenez par exemple Jerry Grey, ce célèbre romancier, qui ne sait plus très bien aujourd’hui où il en est. À force d’inventer des meurtres plus ingénieux les uns que les autres, n’aurait-il pas fini par succomber à la tentation ? Dans cette institution où on le traite pour un Alzheimer précoce, Jerry réalise que la trame de son existence comporte quelques inquiétants trous noirs. Est-ce dans ses moments de lucidité ou dans ses moments de démence qu’il est persuadé d’avoir commis des crimes ? Quand la police commence à soupçonner les histoires de Jerry d’être inspirées de faits réels, l’étau commence à se resserrer. Mais, comme à son habitude, la vérité se révèlera bien différente et bien plus effroyable que ce que tous ont pu imaginer !

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« Si ça se trouve, il a fallu toute une vie à un homme pour mettre certaines de ses idées par écrit, observer le monde et la vie autour de lui et moi j’arrive en deux minutes et Boum! Tout est fini » – Fahrenheit 451 de Ray Bradbury

This is it! Je viens de terminer le dernier Paul Cleave (après la chronique d’Un employé modèle) et, comme toujours chez cet auteur, le dernier est encore mieux que le précédent! On retrouve tout de suite le style, la patte de Cleave et on est irrémédiablement happé par cette intrigue folle : Celle de Jerry Grey. Jerry, sous le pseudoyme d’Henry Cutter, fut un auteur de best-seller, de romans policiers particulièrement sanglants. Pourquoi en parler au passé? Parce que Jerry n’est plus vraiment lui-même depuis quelques mois, le grand A, nom qu’il donne à la terrible maladie d’Alzheimer, s’est emparé de son esprit.

Henry Cutter est ton pseudonyme. Seulement, c’est un peu plus intime que ça. Ce n’est pas juste le nom que tu inscris sur la couverture de tes livres, c’est la personne que tu essaies de devenir quand tu écris. Toutes ces choses sombres que tu inventes, tu essaies de faire en sorte qu’elles restent dans la tête de Henry Cutter, pas dans la tienne.

Sa vie lui échappe et il consigne dans son Carnet (et pas journal!) de la Folie sa vie qui lui échappe, afin de rappeler au futur Jerry la personne qu’il a un jour été.

Mais ce qui est vraiment intéressant dans ce livre, au-delà des chapitres du fameux Carnet, est l’intrigue dans la timeline du présent où Paul, résidant malgré lui dans une maison de repos, est suspecté de meurtres. Pas de ceux qu’il confesse régulièrement aux aides-soignants et qui sont en fait ceux de ses personnages, mais ceux de la vraie vie. On alterne ainsi finement entre le personnage de Jerry qui doute de la réalité et de ses alter-ego. Qui est-il? Jerry, cet écrivain à succès terriblement amoureux de sa femme ? Henry Cutter, cet auteur sadique, qui parfois devient sa voix intérieure et semble prendre le pas sur sa personnalité? Ou bien est-il seulement Jerry-en-veille, celui qu’il devient lorsque le grand A détruit ses souvenirs sans relâche?

En même temps que Jerry, on tremble, on frissonne, on s’interroge. Et on rit aussi, beaucoup parce que le personnage principal fait preuve de beaucoup d’autodérision.

Ce soir tu es allé à ta première dégustation de gâteaux et, dans ta petite tête de dément, tu t’étais imaginé que ce serait comme une dégustation de vin. (Et n’as tu toujours pas rêvé d’aller à l’une d’elles, de faire tourner le vin dans ton verre en disant: Hmm… raisin?). Tu pensais porter une fourchette pleine de gâteau à ton nez, l’agiter un peu en disant: Hmm, une pointe de farine, une pointe de… ça alors, serait-ce du cacao? Et un soupçon de cannelle? Agiter la fourchette, renifler, prendre une bouchée, laisser ta bouche s’emplir du goût avant de tout recracher dans une serviette.

Est-il possible que Jerry soit victime d’une machination qui le dépasse? A-t-il commis les récents crimes dont on l’accuse et y-a-t’il un monstre qui sommeille au fond de lui et qui a commis les crimes de ses romans dont il se souvient parfaitement? Est-il finalement, lui aussi, un personnage de roman emprisonné dans un scénario dont il ne maîtrise pas les ressorts?

*

S’il fallait résumer ce livre en une phrase, j’imagine que je choisirai la suivante:

Ecris ce que tu sais et fais semblant pour le reste.

C’est le conseil qu’Henri Cutter donne aux apprentis écrivains qui s’évertuent à chercher LA méthode pour produire des best seller, mais c’est aussi une des clés, peut-être, pour comprendre tout l’enjeu du roman. C’est peut-être aussi, un excellent roman sur les écrivains, sur le processus d’écriture. Je n’en dis pas plus, suspense oblige. #sadisme

EnconclusionV2

Bonne nouvelle: C’est un excellent thriller qui se dévore en un après-midi seulement
Mauvaise nouvelle: C’est un excellent thriller qui se dévore en un après-midi seulement

Nota Bene : A lire en s’oubliant, après le premier, deuxième ou troisième gin tonic

Ma notequatresurcinq


Editeur : SONATINE
Date parution : 31/08/17
ISBN : 9782355846403
Nb de pages : 400 pages

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Un employé modèle – Paul Cleave

un employé modèle

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Christchurch, Nouvelle-Zélande. Joe Middleton contrôle les moindres aspects de son existence. Célibataire, aux petits soins pour sa mère, il travaille comme homme de ménage au commissariat central de la ville. Ce qui lui permet d’être au fait des enquêtes criminelles en cours. En particulier celle relative au Boucher de Christchurch, un serial killer sanguinaire accusé d’avoir tué sept femmes dans des conditions atroces. Même si les modes opératoires sont semblables, Joe sait qu’une de ces femmes n’a pas été tuée par le Boucher de Christchurch. Il en est même certain, pour la simple raison qu’il est le Boucher de Christchurch. Contrarié par ce coup du sort, Joe décide de mener sa propre enquête afin de démasquer lui-même le plagiaire. Et, pourquoi pas, de lui faire endosser la responsabilité des autres meurtres. Variation sublime sur le thème du tueur en série, ce roman d’une originalité confondante transfigure tous les clichés du genre et révèle un nouvel auteur, dont on n’a pas fini d’entendre parler.

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J’ai apporté le magazine de mots croisés de Daniela pour tuer le temps et garder mon cerveau en alerte. Déjà quatre de finis. Un être omniscient en anglais. Trois lettres. Lettre du milieu, un O. Joe.

Paul Cleave ne nous présente pas Dieu mais Joe dans ce thriller délicieux qui renouvelle le genre.

Joe est homme de ménage au commissariat d’une petite ville néo zélandaise. Il observe avec ses grands yeux écarquillés et son air benêt l’avancée de l’enquête sur le boucher de Christchurch qui semble prendre un malin plaisir à échapper à la police et à terroriser la population. Son personnage de Joe-le-lent est tellement crédible que personne n’oserait suspecter qu’il joue la comédie. Personne et surtout pas Sally qui par bonté chrétienne s’évertue à lui apporter régulièrement son déjeuner le midi.

C’est assez jouissif de voir comment Joe, par petites touches de cynisme et d’humour noir, tourne en ridicule le travail de la police en opérant sous leur nez. Parce que c’est lui le boucher de Christchurch qui passe de Joe-le-lent à Hannibal Lecter en l’espace de quelques secondes. Il tue parce que ça l’amuse. Pourquoi se priver après tout, c’est un hobby comme un autre.

J’aime les femmes et j’aime leur faire des choses qu’elles ne veulent pas me laisser faire. Il doit y avoir 2 ou 3 milliards de femmes sur cette terre. En tuer une par mois, c’est pas grand-chose. C’est juste une question de perspective.

Lorsqu’on l’accuse à tort du meurtre d’une victime qui semble s’y méprendre à l’une des siennes, Joe est furieux. Il décide alors de mener l’enquête et d’éliminer (pas littéralement! ) les suspects de sa liste. Au-delà de l’enquête et des péripéties de son quotidien de sérial killer, ce sont peut-être les repas hebdomadaires qu’il passe chez sa mère que j’ai préféré. Ces repas ou cette femme affreuse lui cuisine avec une constance insupportable du pain de viande en ne manquant pas de lui faire remarquer à chaque fois que c’est son plat préféré. Les personnages secondaires dans ce thriller sont extrêmement intéressants, de la mère de Joe à la bienheureuse Sally ou la mystérieuse Mélissa. Joe est finalement peut-être un homme comme un autre, c’est ça le pire.

Je ne suis pas un animal. Je ne tuerais pas quelqu’un juste parce qu’il passe par là. Je hais les types comme ça. C’est ce qui me distingue des autres. C’est mon humanité.

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Un thriller rafraîchissant. J’ai beaucoup aimé lire cette histoire du point de vue du serial killer, c’est un éclairage original qui est à la fois terrifiant et extrêmement drôle. A ma grande surprise je me suis finalement attachée à Joe (et ce n’était pas gagné d’avance!). On en arrive presque à espérer qu’il ne se fasse pas prendre.

Nota Bene A lire dans la salle d’attente d’un entretien d’embauche avec un air benêt accroché sur le visage.

Ma note :

quatresurcinq


Editeur : SONATINE
Date parution : 20/05/10
ISBN : 9782355840333
Nb de pages : 423 pages

Et soudain, la liberté – Evelyne Pisier et Caroline Laurent

liberté

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Mona Desforêt a pour elle la grâce et la jeunesse des fées. En Indochine, elle attire tous les regards. Mais entre les camps japonais, les infamies, la montée du Viet Minh, le pays brûle. Avec sa fille Lucie et son haut-fonctionnaire de mari, un maurrassien marqué par son engagement pétainiste, elle fuit en Nouvelle-Calédonie.
À Nouméa, les journées sont rythmées par la monotonie, le racisme ordinaire et les baignades dans le lagon. Lucie grandit ; Mona bovaryse. Jusqu’au jour où elle lit Le Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir. C’est la naissance d’une conscience, le début de la liberté.
De retour en France, divorcée et indépendante, Mona entraîne sa fille dans ses combats féministes : droit à l’avortement et à la libération sexuelle, égalité entre les hommes et les femmes. À cela s’ajoute la lutte pour la libération nationale des peuples. Dès lors, Lucie n’a qu’un rêve : partir à Cuba. Elle ne sait pas encore qu’elle y fera la rencontre d’un certain Fidel Castro…

Et soudain, la liberté, c’est aussi l’histoire d’un roman qui s’écrit dans le silence, tâtonne parfois, affronte le vide. Le portrait d’une rencontre entre Evelyne Pisier et son éditrice, Caroline Laurent – un coup de foudre amical, plus fou que la fiction. Tout aurait pu s’arrêter en février 2017, au décès d’Evelyne. Rien ne s’arrêtera : par-delà la mort, une promesse les unit.

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Je ne savais pas trop comment aborder ce livre. Disons que j’étais gênée par le mélange des genres. Ce qui me tracassait le plus c’était de savoir si la volonté de l’autrice avait bien été respectée. Après tout, c’est si facile de faire parler les morts et de leur prêter des intentions qu’ils n’ont jamais eu (souvenirs de ces interminables explications de textes plus rocambolesques les unes que les autres au collège). Comment savoir ? Comment transmettre, même avec toute la meilleure volonté du monde, sans trahir ? C’est avec toutes ces questions (entre autres) que je me suis plongée dans ce roman et juste… WOW.

WOW parce que ce livre, avant d’être le roman inachevé d’Évelyne Pisier, est surtout un incroyable témoignage d’amitié. Une de ces rencontres qui compte et qui comptera pour toujours. Le début de l’histoire lui même est romanesque. Évelyne est morte, son roman inachevé, presque mort lui aussi. Mais c’est sans compter cette promesse qui la lie avec son éditrice (j’ai envie de dire son amie). Évelyne transmet à Caroline le flambeau et c’est à elle de combler les trous, instiller les souvenirs et anecdotes dans le texte, ajouter, retirer, écrémer. Faire un travail d’orfèvre, « mettre à nouveau les mains dans le cambouis » tout en se laissant porter par la confiance que son amie a placé en elle.

On sent que la démarche est sincère de par les incises, au gré des chapitres, de l’éditrice, qui nous explique finalement ses choix, qui tente de dire comment, au-delà d’un simple projet, cette histoire a trouvé un écho avec sa propre histoire. Pourquoi ce livre était si important pour elles.

Certaines rencontres nous précèdent, suspendues au fil de nos vies ; elles sont, j’hésite à écrire le mot car ni elle ni moi ne croyions plus en Dieu, inscrites quelque part. 

Cette histoire est donc double. C’est d’abord celle d’Evelyne Pisier qui raconte son histoire et celle de sa mère (les noms des personnages ont été changés), des années 40 à aujourd’hui. Le contexte historique est loin d’être anecdotique. La seconde guerre mondiale, la décolonisation, les premiers mouvements féministes. On a tous étudié ça à l’école mais peut-être pas sous cet angle. La guerre, les déchirures, Mona et sa fille Lucie (aka Evelyne) l’auront vécue de l’autre côté du globe : En Indochine dans les années 40, à Nouméa, en France et à Cuba.

L’horreur des camps, le racisme et l’idéologie nauséabonde de son mari… Mona aura tout traversé, tout supporté tant bien que mal parce qu’il faut bien survivre jusqu’au jour où elle fait une rencontre qui va changer sa vie. Celle d’un livre : « Le deuxième sexe » de Simone de Beauvoir. Et là tout bascule. Mona va peu à peu s’émanciper et s’éprendre de liberté. Elle se donne le permis de vivre en tant que femme, qu’individu qui peut faire ses propres choix. Sa fille, Lucie, toute jeune encore, tiraillée entre le besoin de plaire à son père et celui de comprendre, se laisse quant à elle entrainer par sa curiosité. Elle pose des questions, s’interroge, s’indigne, toujours la tête haute, comme Mona. Sa mère ira en enfer parce qu’elle veut divorcer ? Et bien « On va faire comme si Dieu n’existait pas ».

On va faire comme si et on va se créer le monde dans lequel on a envie de vivre. Ça sera peut-être le leitmotiv de Lucie. De Nouméa à ses études de droit, dans ses voyages à Cuba où elle rencontrera Castro, l’homme, le charismatique, pas le politique, elle s’affirmera, elle aussi. Le destin se jouera encore une fois, avec sa mère comme spectatrice qui ne veut pas qu’elle fasse la cuisine et qui insiste pour qu’elle persévère dans ses études et gagne son indépendance.

*

J’ai été touchée par ces portraits de femmes, si différentes mais si semblables qui ont su traverser les épreuves et vivre comme elles l’entendaient. Véritable récit porteur d’espoir. C’est toutefois un livre qui prend une toute autre dimension lorsque l’on y rajoute la patte de l’éditrice qui, elle aussi, nous raconte sa propre histoire en parallèle à celle d’Evelyne. On voit presque ce roman finalement comme un « work in progress » et en le refermant on se dit (ou plutôt je me dis, mes propos n’engagent que moi) que ce format là, ces incises de l’éditrice, c’est ce petit plus qui fait que ce livre est autre chose qu’un témoignage d’une époque et du combat des femmes. C’est une histoire d’amitié, de promesse et finalement peu importe que ce soit romancé. Peu importe parce que cette histoire est vraie, même si elle emprunte le chemin de l’imagination.

Evelyne avait choisi la fiction, paradis de l’imaginaire, qui est trahison peut-être, liberté assurément. Le respect des faits est un leurre ; chauve-souris prise dans une pièce fermée. La fiction porte une certaine lumière sur une certaine histoire, elle s’affranchit de l’espace comme le font les notes de musique.

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Un petit bijou de la rentrée littéraire donc à lire et à offrir à cette personne qui compte et qui comptera pour toujours. Un roman qui fait malheureusement écho à l’actualité  et au quotidien lorsque l’on entend un abruti dire à sa mère de « retourner dans son pays » dans le métro. La bêtise et la cruauté humaine semblent intemporelles parfois.

Nota Bene : A lire après un doux mélange Redbull, morceau de camembert et avant « Le Deuxième Sexe » de Simone de Beauvoir.

Ma note :

quatresurcinq


Editeur : LES ESCALES
Date parution : 31/08/17
ISBN : 9782365693073
Nb de pages : 448 pages

Portraits d’idoles – Frédéric Martinez

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Six actrices.
Six stars hollywoodiennes.
Six idoles du XXe siècle.

L’histoire d’Ava Gardner, de Grace Kelly, de Norma Jeane alias Marilyn, de Rita Hayworth, d’Audrey Hepburn et d’Ingrid Bergman. Nous sommes dans les années 1950 à Hollywood, en Californie, où parfois la terre tremble. Les sirènes boivent des cocktails au bord des piscines. Condamnées au sourire, elles ont vendu leur âme aux studios. Le diable est dans le décor. C’est une histoire d’amour, avec des millions de spectateurs. Alors forcément, ce n’est pas une histoire simple.

Voici six portraits de femmes, où le sublime côtoie le pathétique et le tragique coudoie le comique, portés par la plume ciselée, et unique, de Frédéric Martinez.

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Frédéric Martinez nous embarque dans une Odyssée folle avec le portrait de sa Vénus, Ava Gardner. De la petite fille qui grandit, anonyme, dans une famille modeste de Caroline du Nord, à la déesse qui fit tourner bien des têtes à Hollywood, il n’y eut que quelques années et des multiples prétendants. Mais celui que l’on retiendra c’est Franck Sinatra, avec lequel elle formera un couple mythique.

Franck aimait Ava. Elle non plus.

Tout est dit. Un amour passionné, destructeur que vivra cette sirène échouée sur les rivages alcoolisés, noyée par son succès. Ava a-t ’elle seulement été heureuse ? La beauté est-elle toujours un don de Dieu ? Il semblerait plutôt que son portrait soit celui d’une illusion, d’un fantasme parmi les hommes.

Direction Grace Kelly et son visage en porcelaine que l’on retrouve sur le couverture du livre. Cette poupée Hitcockienne jouera peut-être le plus grand rôle de sa vie, à corps perdu, en tant que princesse de Monaco. Elle renonce alors à son indépendance et à sa liberté. Beauté fragile, épiée comme un oiseau en cage par le monde entier, elle restera toujours, en un sens une icône inaccessible.

L’auteur nous propose ensuite une escale auprès d’Ingrid Bergman. Vive, intelligente et sûre d’elle. Ingrid a une idée bien précise de ce qu’elle veut dans la vie mais le rôle qu’elle avait peut-être le plus de mal à jouer c’était le sien. Rossellini, avec lequel elle vivra une histoire survoltée le comprendra bien en capturant son essence dans le magistral et moderne Stromboli, véritable documentaire de la vie de son égérie.

Vivre, c’était jouer. Entre les prises, il fallait être Ingrid Bergman.

Brève échappée vers Rita Hayworth. A-t-elle jamais pu être maîtresse de ses choix ? C’est le portrait qui m’a peut-être le plus touchée tant on sent sa détresse dans les ellipses, voulues, par l’auteur.

Son père lui avait volé son enfance, son mari lui volait sa vie, tout continuait.

La chasse aux trésors continue avec un diamant brut posé sur canapé. L’indémodable Audrey Hepburn avec son sourire malicieux et ses yeux espiègles. Véritable icône, élégante et sophistiquée. Pourtant, Audrey n’a pas connu une enfance facile, embarquée dans les tourments de l’Histoire et de la WW2, elle se réfugie dans les livres. Une vie exempte de scandale, teintée par l’amertume du destin des enfants qu’elle a vu déportés et de l’horreur de la guerre. C’est peut-être ce qui donnera un air mystérieux à son regard envoûtant.

Enfin, une arrivée à bon port avec celle qui entonnera la version la plus sensuelle de « Happy Birthday Mister President ». J’ai nommé Marilyn Monroe, cette étrange créature qui jonglera habilement entre son personnage de séductrice, fatale et celui de la ravissante idiote qui connaîtra un destin tragique.

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J’ai beaucoup aimé cette galerie de portraits et la plume de F. Martinez qui propose ici un véritable exercice de style. Portraits d’idoles : Le titre est bien choisi. On les adule, on les adore, on les idol(âtre). Peut-être trop. La beauté a toujours fasciné même lorsqu’elle se fane et subit les affres du temps. Il ressort de ces portraits une violence, une cruauté des spectateurs qui scrutent et sacrent leurs reines de beauté puis attendent d’elles qu’elles soient à la hauteur de leur statut. N’oublions pas qu’il y avait des femmes, des personnes, derrière ces idoles. Des âmes qui ont ri, pleuré et aimé avant de se déliter sous le feu des projecteurs.

Nota Bene : A lire en prenant la pose comme une star de cinéma.

Ma note :

quatresurcinq


Editeur : PERRIN
Date parution : 15/10/15
ISBN : 9782262047191
Nb de pages : 400 pages

Le Street Art au tournant – Christophe Genin

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Même si le street art est indéniablement devenu une part importante du marché de l’art et un renouvellement de notre univers visuel, il continue de témoigner d’une intelligence de la rue comme rendez-vous de la variété humaine. Des mots d’amour, jetés à même le sol, aux fresques monumentales, des oeuvres à petit budget aux enchères internationales de haut vol, il s’agit d’un phénomène planétaire et contradictoire. Il court dans tous les pays, des plus développés aux plus pauvres, des plus sages aux plus turbulents. Ce phénomène donne lieu à des interprétations contradictoires, des débats d’école qui reposent le plus souvent sur une vision parcellaire. Opposer le graffiti au street art semble relever plus d’une querelle de parts de marché que d’une distinction ontologiquement fondée. Dans nos sociétés policées et policières qui font de la rue un espace sous surveillance, un lieu de contrôle insidieux pour homogénéiser les comportements et anticiper toute forme de dissidence, l’art urbain réintroduit du grain, de la disparité, de la surprise et des rencontres, redonnant des occasions de mélange et d’échange. Il redonne à nos trajectoires, à nos humeurs, à nos songes cette part d’imprévisibilité, et par là même d’incertitude, où flotte un air de liberté.

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« Je ne vois que des couleurs confusément amassées et contenues par une multitude de lignes bizarres qui forment une muraille de peinture » – Balzac, Le chef d’œuvre inconnu

Ce livre, prêté par ma tante (merci à elle au passage!) est une très belle découverte pour tous les amateurs de Street Art.

ernest zacharevic

J’ai découvert le Street Art de manière très peu originale je vous le concède, grâce aux représentations de Bansky qui égayaient joyeusement mon fil d’actualité Facebook il y a quelques années.

Comme toujours, lorsqu’un sujet m’intéresse, j’ai fait preuve d’un très (trop?) grand enthousiasme vis à vis du Street Art, guettant toutes les informations traitant de ce sujet que je trouvais passionnant. Passionnant ces graffitis me-dira-t’on? Eh bien OUI! Passionnant!

Parce que l’on ne peut pas dire que l’on n’aime pas le Street Art, de la même manière qu’on ne peut pas dire que l’on n’aime pas les livres. Ça serait absurde tant le concept revêt de formes, de genres, de messages différents. Il y a forcément une pièce qui vous parlera, à vous et rien qu’à vous!

« (…) Entre une vedette américaine de quarante ans qui passe son temps dans les galeries huppées de Londres et de New York, un anarchiste allemand de soixante ans qui vit dans un squat altermondialiste, un Parisien de vingt ans qui meurt électrifié sur les rails du métro, un Brésilien qui dépeint le désespoir de la rue, une Egyptienne qui marque son vœu d’émancipation, on a affaire à des phénomènes sociaux, politiques, économiques, esthétiques, foncièrement différents. »

Cet extrait est finalement assez parlant et l’auteur, Christophe Génin, nous révèle bien comment, d’une certaine manière, les origines et les finalités du Street Art relèvent de réalités distinctes. Le point commun de ces artistes serait peut-être l’appropriation  d’un espace appartenant à tous, la rue, ainsi que la vocation à aller contre l’ordre établi, à protester pour telle ou telle cause (l’affirmation de soi et de son identité, un signe de reconnaissance d’un entre soi ou bien un message universel).

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Cette pratique qui s’est voulue par sa forme antisystème s’est vue progressivement cannibalisée par le monde et le marché de l’art. C’est un des points sur lesquels s’attarde l’auteur et que j’ai trouvé assez intéressant puisqu’il montre, au fond, comment certains artistes ont peur de dénaturer leur travail en rentrant dans le marché (qui adore soit dit en passant ce côté un peu rock et rebelle au niveau des campagnes marketing).

Même si le Street Art n’a pas toujours gagné ses lettres de noblesse,  il n’est pas aujourd’hui une capitale qui n’a pas son exposition, son festival, de street art et qui ne glorifie pas ses plus grands représentants dans des beaux livres (comme celui-ci!) ou dans les salles d’enchères où sont vendus les graffs des artistes les plus connus et reconnus. Bansky, Ludo, Space Invader ou encore Speedy Graphito. Ils ont tous leur légitimité mais peut-on réellement parler d’Art, de courant, de mouvement artistique ?

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Christophe Génin évacue assez rapidement cette question car au-delà du vandalisme pur et dur (qui existe certes), le Street art, dans sa multiplicité, est un courant vaste, porteur d’autant de messages que d’artistes. Il est témoin d’une « intelligence de rue », d’un souffle de liberté, d’une parole qu’il faut savoir voir et écouter.

Même s’il est difficile d’étudier ce mouvement hétéroclite en constante évolution,  l’auteur nous transmet ici quelques clés de lecture, pose un diagnostic sur le Street Art et assouvit cette curiosité que l’on a face à ce nouveau phénomène artistique.

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Un très beau livre illustré qui explique de manière simple et claire les enjeux du Street Art. A partir de quand peut-on parler d’Art? Comment envisager ce mouvement par rapport aux autres arts, à l’économie et à la géopolitique? Vaste sujet qui mériterait un second tome 🙂

Nota Bene : A lire entre deux séances de marouflage 🙂

Ma note : 

quatresurcinq


Editeur : LES IMPRESSIONS NOUVELLES
Date parution : 17/11/16
ISBN : 9782874494307
Nb de pages : 258 pages

La vie serait simple à Manneville – Pierre Cochez

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Les murs mangés par la vigne vierge, les fenêtres grandes ouvertes, Manneville est une maison de famille, celle qui abrite le jeune Bruce Dehaut, ses soeurs, de joyeux cousins, et puis des adultes occupés à profiter de l’été en lisant le journal ou en préparant des pastis-grenadine. La vie serait simple à Manneville, mais Bruce doit partir. L’Angleterre l’attend : Oxford, les études, un début de vie adulte. Là-bas, Bruce fera la rencontre d’Alex, un grand roux à la veste de tweed beige, qui fume des cigarettes en jouant au jacquet. Bruce n’avait pas prévu ça. L’amour, l’éblouissement. Et l’impossibilité d’une vie partagée.
Devenu journaliste, il sillonnera le monde, des îles Féroé au Mozambique, en quête de vérité, en quête de lui-même, pris dans un mouvement permanent. Mais Bruce l’apprendra, l’attente aussi est une façon d’aimer.

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J’aimerai dire que j’ai été totalement dépaysée en lisant ce livre mais cela ne serait pas la vérité. Le côté Neuilly/Auteuil/Passy, les parents distants, les rallyes pour rencontrer des « gens biens », et les week-end dans les châteaux de tel ou tel. Si je ne l’ai pas vécu directement j’ai pu côtoyer des personnes pour qui c’était le cas et le portrait qui en est fait me parait assez juste.

Bruce se complait vaguement dans le confort de cette vie de « gosse de riche », disons le clairement, même s’il sent bien que tout ceci reste quand même assez superficiel. La vie serait plus simple aux côtés de son meilleur ami, Armand, qui, comme lui, vit dans l’expectative de partir à Oxford, de se défaire de son nom et de se faire, en tant qu’homme, en tant que personne.

« Je sais que c’est la dernière fois que je ne suis qu’un fils heureux. Je le redoute et je l’espère. Partir doit être une joie.« 

Il est temps pour Bruce de partir à Oxford, au collège de Brasenose, (Marie si tu me lis!!!!!). Il quitte une bulle pour une autre. Le dépaysement le satisfait surtout lorsqu’il rencontre Alexander, un grand roux qui l’intrigue et le fascine.

« Les jours suivants, nous parlons peu. Nous croisons nos regards. Cela suffit à me nourrir. J’ai trop peur que la parole craque le rêve qui me berce. C’est lui qui décide de m’adresser ou non la parole.« 

Ils vivent alors leur histoire, prudemment, entre les portes. Un peu à Oxford, surtout à Manneville, l’été, dans ce point d’ancrage, ce lieu qui échappe à l’érosion du temps et où, finalement, tout est plus simple. Les années passent, Alex s’en va et Bruce reste seul, triste, avec pour seule compagnie son métier d’apprenti journaliste pour occuper ses journées.

« Je m’enfonce dans l’actualité. Elle me mange. C’est ce que je demandais. Etre mangé par la marche du monde. Je vis au rythme des sonneries. Je contemple le monde s’écrouler, exploser, s’entretuer. »

Ses voyages initiatiques, avec le souvenir d’Alex en filigrane, apprendront alors à Bruce à se connaître et apprendre à vivre.

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Le personnage de Bruce est attachant et j’ai apprécié ces quelques heures en sa compagnie. Un livre à emporter dans ses valises.

Nota Bene : A lire toujours plutôt que jamais.

Ma note : 

quatresurcinq


Editeur : ESCALES
Date parution : 13/04/17
ISBN : 9782365692694
Nb de pages : 240 pages

Quand on a que l’humour… – Amélie Antoine

QUAND_ON_N_A_QUE_L_HUMOUR_hd

SynopsisV2

C’est l’histoire d’un humoriste en pleine gloire, adulé de tous, mais qui pense ne pas le mériter. Un homme que tout le monde envie et admire, mais que personne ne connaît vraiment. Un homme blessé qui s’est accroché au rire comme on se cramponne à une bouée de sauvetage. C’est aussi l’histoire d’un garçon qui aurait voulu un père plus présent. Un garçon qui a grandi dans l’attente et l’incompréhension. Un garçon qui a laissé la colère et le ressentiment le dévorer.

C’est une histoire de paillettes et de célébrité, mais, surtout, l’histoire d’un père et d’un fils à qui il aura fallu plus d’une vie pour se trouver.

MonavisV2

Je ne sais pas pourquoi j’ai été attirée par ce résumé. Par curiosité peut-être. J’ai toujours eu horreur des humoristes.  Il y a une tristesse, une mélancolie dans cette joie exacerbée qui me fout le cafard. Donc généralement j’évite, mais ici j’ai fait une exception. Grande fan de street art, j’ai été tout de suite séduite par la couverture à la Bansky que j’ai trouvé très belle et poétique. Ce petit garçon qui s’accroche et se laisse emporter par l’espoir, ce ballon coloré dérivant au gré des aléas de la vie et de ses incertitudes.

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Amélie Antoine nous raconte ici l’histoire d’Edouard Bresson, humoriste a succès qui, ce soir du 31 mars 2017 s’apprête à tirer sa révérence après son spectacle.

Alors qu’il réfléchit sur ce qu’a été sa vie, sur la frénésie de la scène qui peine à compenser ses démons, les pensées de l’humoriste sont entrecoupées par des flashbacks de sa vie – de son enfance à aujourd’hui. La seconde partie du livre m’a beaucoup fait penser à PS, I love you. Elle est écrite du point de vue d’Arthur, le fils d’Edouard, qui tel un petit Poucet cherche les cailloux que son père à semé sur son chemin.

Au-delà de l’histoire que j’ai trouvé très belle, j’ai beaucoup aimé l’écriture de l’auteure, les petites touches et détails du quotidien qu’elle a distillé tout au long du livre et qui sonnent plus vrai que nature. Par exemple, le fait de vérifier cinquante fois le quai avant de prendre son train, les petites superstitions avec nous-meme « si je ne reçois pas de message avant… alors tout ira bien… » En un sens, on se sent moins seul après cette lecture. Comme si, à la manière d’Edouard et d’Arthur (son fils), nous aussi on prenait conscience au fur et à mesure de la lecture de l’essentiel: Dire les choses, dire aux gens qu’on les aime avant qu’il ne soit trop tard.

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Ce livre c’est un bel acte manqué. Une rencontre qui n’a pas eu lieu entre un père et son fils. Emouvant, plein de justesse. Inutile de se perdre dans trop de blabla je vais m’en tenir au fait que j’ai adoré. Amélie Antoine est définitivement une auteure à suivre 🙂

Nota Bene A lire, dans un coin calfeutré des coulisses du Stade de France en écoutant Papaoutai de Stromae.

Ma note :

quatresurcinq


Editeur : MICHEL LAFON
Date parution : 04/05/17
ISBN : 9782749932651
Nb de pages : 275 pages