Le pouvoir – Naomi Alderman

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Et si les femmes prenaient enfin le pouvoir dans le monde entier ? Aux quatre coins du monde, les femmes découvrent qu’elles détiennent le « pouvoir ». Du bout des doigts, elles peuvent infliger une douleur fulgurante. Et même la mort. Soudain, les hommes comprennent qu’ils deviennent le « sexe faible ». Mais jusqu’où iront les femmes pour imposer ce nouvel ordre ?

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J’ai commencé mon mois de janvier avec des livres écrits par des femmes afin de raviver la flamme féministe qui s’était quelque peu atténuée ces derniers temps. Virginia Woolf, Virginia Despentes, (il y assurément un truc avec le prénom Virginia), Siri Husvedt, Yasmina Reza, Toni Morrison… et enfin Naomi Alderman! On commence très fort et je dois dire que toutes ces lectures sont assez jouissives. Beaucoup plus la force de dire Fu** aux pervers psychopathes. C’est donc du bout de mes doigts qui crépitent encore que j’écris cette chronique.

Ce livre est présenté comme un récit historique écrit par Neil Adam Armon. Il interroge l’origine de la domination féminine sous le regard amusé de sa correspondante, en partant du présupposé que jadis le monde était patriarcal. Il imagine que très peu de temps avant « la chute », les femmes n’avaient pas encore LE POUVOIR, ce fuseau leur permettant de faire jaillir de l’électricité du bout de leurs doigts, de blesser, de détruire, de guérir…

*

Suite à une mutation génétique, les adolescentes développent LE POUVOIR partout dans le monde et arrivent à le transmettre à leurs aînées par le toucher (j’adore cette idée de transmission). Au début c’est l’incompréhension, on crie aux fake news devant les vidéos qui se multiplient sur les réseaux sociaux, on s’interroge et puis très vite, la peur. Il faut faire quelque chose. Elles deviennent incontrôlables, dangereuses. Comment lutter contre ce nouvel ordre mondial ? Et pour toutes les filles la question se pose : que faire de ce nouveau pouvoir?

On suit alors la destinée d’Allie, jeune femme qui se fait appeler Eve et prône une nouvelle religion en réécrivant les évangiles avec Dieu la Mère. De son côté, Margot  représente la politicienne qui entrevoit les enjeux géopolitiques de cette nouvelle prise de pouvoir. Roxy, fille de gangsters au pouvoir particulièrement développé, compte bien mettre à profit le pouvoir des femmes et enfin le sympathique Tunde, journaliste globe-trotter, documente la révolution mondiale et nous la fait voir du point de vue d’un homme.

« Elle sait qu’elle ne doit pas le faire, qu’elle ne le fera jamais, mais là encore, peu importe. Tout ce qui compte, c’est qu’elle le pourrait si elle le voulait. Le pouvoir de nuire, de faire mal, est une sorte de richesse. »

On suit l’évolution des personnages et du monde sur une dizaine d’années. La passation de pouvoir avant le déluge. C’est beau, puissant, presque crédible. La vraie force de ce roman tient dans le fait qu’il nous interroge : sur la mémoire, sur l’Histoire, sur la domination qui finalement relève plus du pouvoir que du genre. L’autrice, à travers cet exercice nous incite à nous interroger sur notre société, sur ces acquis qui pourraient disparaître grâce à l’étincelle d’un claquement de doigt. Non les femmes ne sont pas plus vertueuses, plus douces, plus ceci ou plus cela. Le matriarcat ne serait pas une contrée douce et paisible car le pouvoir corrompt…

*

Et que dire de ces échanges épistolaires entre l’auteur et son amie qui considère son livre avec une légère pointe d’amusement et de condescendance?

« Neil, je sais que cette suggestion risque de te sembler de très mauvais goût, mais as-tu envisagé de publier ce livre sous un pseudonyme féminin ?« 

Oh cette dernière ligne… Merci Madame Alderman, j’ai presque l’impression d’avoir les doigts qui crépitent à la fin de cette lecture.

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En refermant ce livre j’ai encore l’image de cette bande de filles qui se balade en riant le soir dans la rue, s’amusant à faire apparaître des petits arcs d’électricité entre leurs doigts. Elles devaient se sentir si invulnérables, comme si le monde leur appartenait. Et en voyant la scène à travers les yeux d’un homme, on sent en lui cette peur viscérale si familière, celle du sexe faible. C’est peut-être finalement ça le pouvoir. Ce sentiment d’impunité, grisant et électrique. La possibilité de faire ce que l’on veut. Le passage à l’acte est accessoire. Ce qui fait toute la différence c’est la possibilité, LE Pouvoir.

Nota Bene : A lire avant de s’endormir, en comptant les moutons électriques 

Ma note :

quatresurcinq


Editeur : CALMANN LEVY
Date parution : 03/01/18
ISBN : 9782702163405
Nb de pages : 400 pages

Babylone – Yasmina Reza

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« Tout le monde riait. Les Manoscrivi riaient. C’est l’image d’eux qui est restée. Jean-Lino, en chemise parme, avec ses nouvelles lunettes jaunes semi-rondes, debout derrière le canapé, empourpré par le champagne ou par l’excitation d’être en société, toutes dents exposées. Lydie, assise en dessous, jupe déployée de part et d’autre, visage penché vers la gauche et riant aux éclats. Riant sans doute du dernier rire de sa vie. Un rire que je scrute à l’infini. Un rire sans malice, sans coquetterie, que j’entends encore résonner avec son fond bêta, un rire que rien ne menace, qui ne devine rien, ne sait rien. Nous ne sommes pas prévenus de l’irrémédiable ».

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Yasmina Reza. Je la connaissais pour Art bien sûr (la version avec Arditi, Luchini et Vaneck) et j’ai eu envie de la découvrir sous un autre prisme que celui d’une pièce de théâtre. Pour être parfaitement honnête, je n’ai ni lu le résumé, ni prêté attention plus que ça au bordereau qui mentionnait le prix Renaudot lorsque j’ai choisi ce livre au hasard des rayons de ma librairie (parce que toutes ces histoires d’attribution de prix m’ont toujours paru suspectes).

« Je ne pourrais pas dire que j’ai su être heureuse dans la vie, je ne pourrais pas me donner quatorze sur vingt à l’heure de ma mort, comme ce collègue de Pierre qui avait dit allez, disons quatorze sur vingt, moi je dirais plutôt douze, parce que moins j’aurais l’impression d’être ingrate ou de blesser, je dirais douze sur vingt en trichant.« 

Ce livre est très curieux parce qu’il m’a tout d’abord fait penser à Mrs Dalloway que j’ai découvert il y a quelques semaines, ce tourbillon de pensées, l’importance des petits riens et les émotions qui sont parfois (souvent?) bien plus révélatrices d’un être que ses actions. Oui, j’avais été sous le charme de Clarissa et j’ai quitté à regrets l’univers de Virginia Woolf pour me plonger dans celui de Yasmina Reza. Coïncidence ou pas, on se retrouve là-encore dans la tête d’une femme l’espace de deux journées significatives.

« La femme doit être gaie. Contrairement à l’homme qui a droit au spleen et à la mélancolie. A partir d’un certain âge une femme est condamnée à la bonne humeur. Quand tu fais la gueule à vingt ans c’est sexy, quand tu la fais à soixante c’est chiant.« 

Elisabeth, femme d’une soixantaine d’années qui s’ennuie un peu dans son quotidien décide d’organiser une soirée et d’y inviter quelques amis et ses voisins du dessus. Notamment l’excentrique Lydie et son mari Jean-Lino, avec lequel elle a noué au fil des années une véritable amitié. La soirée se passe somme toute relativement bien, les dialogues sont incisifs, on boit, on mange, on s’amuse. Il faudrait être bien observateur pour deviner le drame qui se profile sous les plaisanteries et les rires des invités.

Et puis la soirée se termine et… Et c’est le drame. Pendant un coup de folie et une dispute anodine, Jean Lino tue sa femme et, sous le choc, descend voir ses voisins parce qu’il ne sait pas quoi faire. On entre alors dans cette délicieuse seconde partie de roman avec des accents plus policiers où l’on suit les événements rocambolesques qui vont amener Elisabeth à aider son voisin à dissimuler le crime. On s’y croirait!

« Je regardais mes pieds, mon pantalon de pyjama à carreaux, mes chaussons en fausse fourrure. Je descendais seule quatre étages avec un cadavre. Aucune panique. Je me suis trouvée ultra-gonflée. Je me suis plu. Je me suis dit, tu aurais eu ta place dans l’armée des Ombres ou dans le service action de la DGSE.« 

C’est amusant, rempli de justesse et assez brillant tout de même. Petite pensée particulière au passage avec la mouche (qui, pour une raison qui m’échappe, m’a particulièrement marquée).

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Un tourbillon magnifique. Un bel hommage à l’amitié et une lecture précise et intelligente de la nature humaine. Petit bijou pour bien commencer l’année.

Nota Bene : A lire dans la cage d’escaliers de son immeuble après la fête des voisins.

Ma note :

quatresurcinq


Editeur : FLAMMARION
Date parution : 31/08/16
ISBN : 9782081375994
Nb de pages : 300 pages

D’extase et d’amour féroce – Dylan Landis

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Le bouleversant roman d’apprentissage d’une jeune femme dans le New York bohème des années 1970.

New York, Greenwich Village, années 1970. Rainey Royal, quatorze ans, habite une maison autrefois élégante mais aujourd’hui délabrée. Elle vit avec son père, musicien de jazz culte, qui mène une existence bohème dans cette grande demeure ouverte à tous. Sa mère ayant déserté le foyer pour aller vivre dans un ashram, Rainey est livrée à elle-même, proie facile pour les protégés de son père qui vont et viennent dans la maison. À l’extérieur, l’adolescente rebelle se révèle forte et cruelle, violente même, jouant du pouvoir de séduction qu’elle exerce sur les autres pour trouver son chemin.
Avec une élégance rare, Dylan Landis dessine le portrait d’une jeune fille à la fois conquérante et vulnérable. Personnage envoûtant, Rainey Royal déploie sa beauté au fil de ce bouleversant roman d’apprentissage.

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New York, dans les années 70.

Tout le monde connaît une Rainey Royal, cette fille un peu trop belle, un peu trop populaire qui utilise sans complexe son pouvoir de séduction pour manipuler son petit monde. Impertinente, insolente et arrogante, Rainey n’a peur de rien et ne semble reculer devant aucun défi avec sa meilleure amie Tina : allumer ses professeurs, braquer des passants dans la rue… Rainey est la Queen B du lycée et les autres n’ont qu’à bien se tenir. Non, rien ne semble faire peur à Rainey ni même lui causer des cas de conscience. Il y a juste l’ami de son père, Gordy qui la borde tous les soirs et lui caresse le dos, il y a juste des colocataires d’infortune, souvent des amies de son père, jazzman réputé, qui viennent squatter sa chambre et emprunter ses affaires sans qu’elle ait son mot à dire, il y a juste sa mère qui est partie vivre dans un Ashram et qui l’a laissée toute seule dans ce simulacre de famille. Dans ce mode de vie bohème avec des rires, du sexe et de la musique à chaque étage. Non rien ne fait peur à Rainey.

Ce qu’elle veut vraiment savoir, c’est à quel endroit, sous l’aisselle d’une fille, finit le dos et commence le côté? Elle peut partager sa chambre rose avec des étrangères, mais il faut qu’elle sache: y a-t-il une partie du corps entre le dos et la poitrine qui puisse, quand on se fait masser le dos, être considérée comme neutre?

A travers son point de vue, celui de sa meilleure amie Tina, et celui de Léah une amie du tandem, on va suivre Rainey sur une dizaine d’année depuis ses 14 ans. C’est un véritable roman d’apprentissage que nous propose l’auteur où l’on voit finalement comment Rainey aborde la vie avec férocité, comment elle prend ce qu’on ne lui a pas donné et façonne le monde selon sa volonté.

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Livre très sympa qui nous plonge dans les pensées de Rainey, attachante malgré elle dans sa fragilité et son inconscience.

Nota Bene : A lire en tailleur sur le toit d’un immeuble, un verre et un joint à la main en écoutant « Bad Things » de Meiko 

Ma note :

quatresurcinq


Editeur : PLON
Date parution : 18/08/16
ISBN : 9782259241373
Nb de pages : 256 pages

Les petites robes noires – Madeleine St John

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1959. Au deuxième étage du grand magasin F.G. Goode’s de Sidney, des jeunes femmes vêtues de petites robes noires s’agitent avant le rush de Noël. Parmi elles, Fay, à la recherche du grand amour ; l’exubérante Magda, une Slovène qui règne sur les prestigieux Modèles Haute Couture ; Lisa, affectée au rayon Robes de cocktail, où elle compte bien rester en attendant ses résultats d’entrée à l’université… Dans le secret d’une cabine d’essayage ou le temps d’un achat, les langues se délient, les vies et les rêves des vendeuses se dévoilent sous la plume délicate de Madeleine St John.

Avec la finesse d’une Edith Wharton et l’humour d’un Billy Wilder, l’australienne Madeleine St John (1941-2006), livre un remarquable instantané de l’Australie des années 1950 et une critique subtile de la place de la femme dans la société. Devenu un classique dans les pays anglo-saxons, Les petites robes noires, traduit pour la première fois en français, est un chef-d’oeuvre d’élégance et d’esprit.

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Australie. Début des années 60. C’est l’effervescence qui précède la période de Noël dans les grands magasins et principalement chez Goode’s, une enseigne très chic de prêt-à-porter. Madeleine St John nous peint le portrait des petites robes noires, les vendeuses du rayon des robes à cocktail, qui, chacune à leur façon, nous en disent beaucoup sur l’époque et la vie des femmes.

« Jeune, n’importe qui peut être joli et doit être joli, moyennant quelques petits arrangements, si nécessaire. Autrement, c’est un désastre, d’être jeune, ou du moins une perte de temps.« 

Leurs destins se croisent et virevoltent dans une danse effrénée au rythme des achats des clientes toujours plus nombreuses. Il y a tout d’abord la timide et réservée Patty, en manque d’enfants qui peine à trouver sa place entre ses deux soeurs à qui tout réussit et son mari, à qui il vient la charmante idée de disparaître soudainement quelques semaines avant les fêtes. Il y a ensuite Fay, l’éternelle amoureuse, qui finit par désespérer de trouver le grand amour auquel elle aspire (une petite vie de famille bien rangée, loin des rencontres occasionnelles toujours décevantes). Il y a aussi Lindsey (qui veut qu’on l’appelle Lisa), jeune écolière qui travaille chez Goode’s pour gagner un peu d’argent en attendant les résultats de son diplôme avant de sauter dans le grand bain et aller à la fac et puis… Ma préférée : Magda bien sûr ! Ce personnage haut en couleur, un brin cynique, qui prends Lisa sous son aile et décide de la chaperonner dans ce monde dont elle ne connait pas les règles.

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Un feel-good très sympathique, une petite madeleine qui se déguste avec gourmandise. Un film est parait-il en production… A voir.

Nota Bene : A lire dans une cabine d’essayage des Galeries Lafayette, rayon haute couture!

Ma note :

quatresurcinq


Editeur : ALBIN MICHEL
Date parution : 02/10/19
ISBN : 9782226443250
Nb de pages : 275 pages

Ceux qu’on aime – Victoria Hislop

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Le destin poignant de Themis, femme courageuse et engagée au cœur d’une Grèce tourmentée.

Athènes, 1941. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la Grèce, après avoir été libérée de l’occupation allemande est ruinée et le pays devient le théâtre d’une guerre civile. Révoltée par les injustices qui touchent ses proches, la jeune Themis décide de s’engager dans l’armée communiste et se révèle prête à tout, même à donner sa vie, pour défendre ses droits et sa liberté. Quand elle est emprisonnée sur l’île de Makronisos, Themis doit prendre une décision qui la hantera à jamais pour protéger ceux qu’elle aime.
Au crépuscule de sa vie, Themis prend conscience qu’il faut parfois rouvrir certaines blessures pour en guérir d’autres, et lève enfin le voile sur son passé tourmenté.

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J’avais adoré les précédents Hislop et cette atmosphère si particulière qu’elle arrivait à peindre dans ses fresques qui prenaient pour décor la Grèce. Ceux qu’on aime ne déroge pas à la règle. On y découvre à travers l’histoire de Themis, une fresque familiale et plusieurs destins qui s’entrecroisent et se déchirent au fil des années sur le fond des conflits politiques qui ont terrassé la Grèce.

L’histoire commence à la fin des années 2000, quand Thémis, matriarche à la tête d’une famille nombreuse se demande quel est l’héritage qu’elle pourra léguer à ses petits enfants. Qu’a-t-elle de précieux, de singulier, qu’elle pourrait transmettre? La réponse lui apparaît alors : ses souvenirs.

Victoria Hislop nous plonge au début des années 30, dans l’histoire d’une famille qui, comme tant d’autres, a connu en son sein de nombreuses batailles. D’abord petite fille effacée et invisible, méprisée par sa grande soeur et témoin malgré elle de la lutte intestine entre ses grands frères, Themis peine à trouver sa voie. J’ai découvert tout un pan de l’histoire grecque en lisant cette histoire, sous le prisme des yeux de Themis qui petit à petit en vient à se forger une conscience politique. Ses questionnements sont brûlants et nous touchent en plein coeur, car s’ils appartiennent à l’Histoire, on ne peut que trop constater combien ces schémas de haine et de peur se répètent encore, générations après générations : la peur des réfugiés, la montée du fascisme, la révolte gauchiste chez les jeunes et des prises de positions politiques de plus en plus radicales qui mènent aux drames familiaux…

Sans s’appesantir sur les drames et avec une écriture subtile et maitrisée, l’autrice nous raconte finalement une destinée, où comment Thémis, cette petite fille qui voulait toujours se faire oublier a pu oeuvrer pour son pays. Elle nous rappelle aussi, en ces temps troublés, combien la conscience et l’action politique sont importantes. Propos que l’on retrouvait dans une autre mesure dans l’excellente série Years and Years récemment.

Je conseille évidemment ce livre, ne serait-ce que pour faire une escale en Grèce et découvrir un pan de l’histoire que l’on survole peut-être un peu trop vite lors de notre scolarité. Devoir de mémoire nécessaire.

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Chaque année il y a le Musso, le Weber et le Nothomb mais depuis 2012 aux Escales, chaque année il y a le Hislop et ON ADORE ! Une auteure magnifique à découvrir et redécouvrir. Cette année ne déroge pas à la règle : encore une superbe réussite!

Nota Bene A lire assis le dos contre un olivier avec un verre de Raki et des biscuits au miel en écoutant cette petite playlist #ambiance

Ma note :

quatresurcinq


Editeur : ESCALES
Date parution : 10/10/19
ISBN : 9782365694827
Nb de pages : 496 pages

Honoré et moi – Titiou Lecoq

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« Parce qu’il était fauché, parce qu’il a couru après l’amour et l’argent, parce qu’il finissait toujours par craquer et s’acheter le beau manteau de ses rêves, parce qu’il refusait d’accepter que certains aient une vie facile et pas lui, parce que, avec La Comédie humaine, il a parlé de nous, j’aime passionnément Balzac. »
Tout le monde connaît Balzac, mais bien souvent son nom reste associé aux bancs de l’école. Avec la drôlerie qu’on lui connaît, Titiou Lecoq décape le personnage. Elle en fait un homme d’aujourd’hui, obsédé par l’argent, le succès, l’amour, dans un monde où le paraître l’emporte sur le reste. Sous sa plume, ce géant de la littérature devient plus vivant que jamais.

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Quand on me dit Balzac, je repense à cette citation magique de Flaubert :  « Quel homme aurait été Balzac s’il eût su écrire! » Boom ! Ca tirait déjà à balles réelles à l’époque. Les twittos n’ont qu’à bien se tenir. Je repense donc à Flaubert, Stendhal et toute la petite clique des auteurs qu’il « faut avoir lu » (et je mets de gros guillemets) mais je repense surtout à ces heures interminables en cours de français au collège où l’on était OBLIGES (ô rage, ô désespoir, ô cours de français ennemi) de lire et étudier les grands classiques. Traumatisme bien vif de beaucoup d’étudiants. J’ai toujours tendance à penser qu’une œuvre nous appelle, qu’il y a un moment pour lire certains livres. Lire un livre par devoir ne mets pas dans de bonnes prédispositions pour l’apprécier… En tout cas c’est mon avis.

On ne va pas se mentir, a priori, une biographie de Balzac n’était sûrement pas mon premier choix en librairie (ni même le second hein…), mais la couv était sympa et décalée, il y avait une petite rencontre Babelio avec l’autrice à la clé (même si évidemment je n’ai pas été foutue de décrocher un mot ni même d’aller faire signer mon exemplaire) alors je me suis dit pourquoi pas. Soyons fous, tentons l’aventure (on note mon courage inouï) ! Et vous savez quoi ? Titiou m’a donné envie de relire Balzac ce qui n’était pas une mince affaire !

On peut se demander l’intérêt de lire une énième biographie de Balzac et pourquoi celle-ci plutôt qu’une autre. Pour trois raisons principalement (je ne sais pas ce que j’ai avec les plans en trois parties en ce moment, je me fatigue moi-même…) :

1/. Où il s’agit de connaître l’homme derrière l’œuvre

On en revient souvent à ce débat finalement… Est-ce qu’on peut apprécier une œuvre indépendamment de l’artiste : Apprécier Voyage au bout de la Nuit malgré Céline, apprécier les films de Polanski malgré son petit côté pervers et pédophile (euphémisme) ? Il reste tout de même un goût amer dans la bouche. S’agissant de Balzac, c’est intéressant car on apprends à connaître Honoré et malgré ses failles et ses vrais airs de sale gosse, il est attachant. Parce qu’il est tout de même un peu paumé le pauvre garçon, ce qui nous le rends infiniment plus sympathique que s’il avait tout réussi. – concept très français ça – L’avantage de connaître l’homme, au-delà de satisfaire notre curiosité, c’est peut-être d’accéder à un niveau de compréhension plus profond de ses textes : comprendre ses sous-entendus, ses petites private jokes qu’il distille dans ses romans (dixit Titiou et on la croit sur parole !).

2/. Où Titiou, fière journaliste indépendante (précaire mais plus pour longtemps !) nous apporte un éclairage nouveau sur Balzac

Oui Balzac, la biographie de Balzac. OK ça existe déjà, et au pire il y a la fiche Wikipédia pour les feignasses comme moi. Mais ce qu’on ne trouvera pas dans les sombres dédales d’Internet et les rayons désertés des bibliothèques, c’est le sens de l’humour piquant de Titiou Lecoq, c’est sa vision personnelle qui donne un tout autre éclairage à la vie d’Honoré (même si tout est vrai et rien ne relève de la fiction dans son livre).  Cette histoire se lit comme un roman et en refermant le livre, on a l’impression de quitter un personnage, de perdre un ami qui nous aurait quitté trop tôt. Il faut alors faire cet effort de se rappeler que tout a bien été réel, ses aventures, ses misères, son œuvre. Oui. Il a été Balzac mais il a aussi été Honoré et il serait bien difficile de choisir celui que l’on préfère.

3/. Où l’héritage de Balzac a encore de beaux jours devant lui

J’ai souvent fait la différence entre la littérature étrangère (anglo-saxonne principalement) et française où, pour résumer, on peut dire que les écrivains français privilégient le style tandis que les anglais l’histoire, le héros etc. Balzac lui, est le premier à avoir lancé cette tradition littéraire du réalisme avec des héros à qui il arrive d’incroyables aventures. L’autrice soulignait par exemple qu’avec lui les femmes n’étaient pas juste des amoureuses transies ou des mères dévouées. Elles n’étaient pas uniquement capable d’éprouver une seule émotion à la fois comme les fées dans Peter Pan. Non, avec Balzac, les personnages sont dépeints dans toute leur complexité et c’est peut-être cette idée de sortir des clichés qui rend ses écrits si uniques.

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Dans une mise en abîme assez rigolote j’ai eu l’occasion d’assister à une rencontre avec l’autrice et découvrir (relativement évidemment) cette fameuse Titiou.

Découverte assez artificielle parce que cela faisait quelques mois que je la connaissais de nom et de réputation (les articles sur Slate, toutes ces journalistes que je classe dans la team Mona Chollet qui est un peu mon héroïne du moment ^^). Bref, le livre est canon, je conseille, à découvrir sans plus tarder.

Nota Bene : A lire en dégustant un Saint-Honoré tout en se promenant rue Visconti dans le 6ème, lieu de l’ancienne imprimerie de Balzac.

Ma note :

quatresurcinq


Editeur : L’ICONOCLASTE
Date parution : 02/10/19
ISBN : 9782378801045
Nb de pages : 304 pages

Soif – Amélie Nothomb

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« Pour éprouver la soif il faut être vivant. »

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Je suis un peu en retard pour le Nothomb annuel, mais avec la perspective du Goncourt qui s’approche, je me suis enfin décidée à lire Soif ! Le choix du sujet me paraissait intéressant et si ce n’est pas un livre qui nous tient par le suspense, Amélie nous présente ici les états d’âme d’un Jésus qui sait qu’il va mourir : du dernier jour de son procès à sa résurrection.

On connait déjà l’histoire, je ne vais pas revenir là-dessus : le simulacre de procès de Ponce Pilate, l’interminable (et insoutenable) chemin de Jésus portant la croix, les heures de supplice et puis enfin… La résurrection. AMEN!

Si Jésus est bien le fils de Dieu, il est aussi (et surtout!) un homme (qui a une grande lucidité et une forme d’autodérision que j’ai trouvé charmante). Le sens de l’humour est toujours un bien nécessaire dans des circonstances tragiques, et en vérité je vous le dis : Jésus n’en est pas dépourvu.

Ce livre est extrêmement riche dans les thèmes abordés (et mon article serait bien trop long si je voulais tous les évoquer) ainsi je voudrais insister sur les trois points qui m’ont le plus parlé.

1/. Jésus conscient des failles de la nature humaine

« En vérité, je n’ai rien dit parce que j’avais trop à dire. Et si j’avais parlé, je n’aurais pas été capable de cacher mon mépris. L’éprouver me tourmente. J’ai été homme assez longtemps pour savoir que certains sentiments ne se répriment pas. Il importe de les laisser passer sans chercher à les contrer : c’est ainsi qu’ils ne laissent aucune trace.« 

Oui, Jésus a écouté patiemment tous les témoins de son procès qui ont fait preuve d’une indécence frôlant le niveau des Balkany. Pareil pour l’intégrité. Mais Jésus est resté chill. Il arrive, difficilement, à faire la part des choses et à garder un souvenir pur des beaux moments passés avec ceux qui l’ont trahi au pire moment (pas sûr que tout le monde aurait pu en faire autant mais bon… On n’est pas Jésus!). Le silence pour ne pas donner à l’adversaire la satisfaction de voir se peindre la colère ou la peine sur son visage… Ce n’est pas tant du courage finalement que l’envie de rester digne car, tout homme qu’il soit, Jésus sait qu’il est un exemple et qu’il doit servir la cause. Après tout, cet être omniscient à conscience que son histoire entrera dans l’Histoire. Pas toujours interprétée correctement, souligne-t’il d’ailleurs à plusieurs reprises.

2/. L’incarnation qui symbolise le vivant

« En trente-trois ans de vie, j’ai pu le constater : la plus grande réussite de mon père, c’est l’incarnation. Qu’une puissance désincarnée ait eu l’idée d’inventer le corps demeure un gigantesque coup de génie. Comment le créateur n’aurait-il pas été dépassé par cette création dont il ne comprenait pas l’impact?« 

Peut-être mon thème préféré parmi ceux explorés dans le livre. Vaste sujet. J’ai tendance à être d’accord avec Jésus (avec le Jésus de Nothomb j’entends). On aurait envie, de prime abord, de penser que l’élévation, la beauté suprême, est quelque chose d’immatériel, qui relève de l’esprit. Il apparaitrait alors que ce qui tient du corps serait d’une certaine manière inférieur, de l’ordre du désir. MAIS, ce que souligne Jésus, c’est que c’est à travers le corps, l’incarnation, que l’on peut ressentir les choses, les émotions. Qu’on peut vibrer, se sentir vivant, respirer. On ne se sent jamais aussi vivant que lorsque l’on aime, que l’on meurt où que l’on éprouve la soif. D’où la citation en 4ème de couv, éprouver la soif pour se sentir vivant.

En étant désincarné, en se limitant uniquement à son esprit (en valorisant l’ange plutôt que la bête pour reprendre l’image de Pascal), on risque de ne plus rien ressentir et de passer à côté de la vie tout simplement. Et j’ai tendance à penser qu’il vaut mieux ressentir quelque chose plutôt que rien. Souffrir, aimer, être tourmenté par mille passions, plutôt que de rester un être relativement indifférent à ce qui l’entoure et déconnecté de son corps et du monde. C’est la raison pour laquelle il parait si incroyable que Dieu ait pu « inventer » l’amour, le monde, sans lui-même être incarné. Belle trouvaille (sur laquelle on pourrait évidemment parler pendant des heures ! )

3/. Hello Judas, my old friend

« J’imagine que chacun a un ami de cette espèce: un ami dont les autres ne comprennent pas qu’il soit notre ami.« 

On a beau ne pas connaître la Bible par coeur et hésiter au moment de nommer les apôtres, s’il y en a bien un que tout le monde connait, c’est lui : Judas. Cet ami qui trahit, cet ami si insupportable que l’on ne peut pas s’empêcher d’aimer, d’une manière toute particulière, précisément parce qu’on a l’impression d’être le seul à pouvoir le voir réellement, à l’apprécier dans toute sa complexité.

Jésus sait dès leur première rencontre que Judas le trahira. Il le sait et pourtant il l’aime et l’aimera jusqu’à la fin. Très chic type ce Jésus.

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C’est un très beau roman que nous livre Amélie Nothomb. Au-delà de l’exactitude des faits, j’ai trouvé intéressant de découvrir l’histoire sous ce prisme. Celui d’un homme, fils de Dieu mais homme quand même, qui souffre, qui s’interroge et se demande si, en montant sur la croix et en acceptant sa condamnation, il s’est vraiment aimé lui-même autant que son prochain.

Nota Bene : A lire après la Bible et avant de prendre une coupe de champagne !

Ma note :

quatresurcinq


Editeur : ALBIN MICHEL
Date parution : 21/08/19
ISBN : 9782226443885
Nb de pages : 162 pages