Et soudain, la liberté – Evelyne Pisier et Caroline Laurent

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Mona Desforêt a pour elle la grâce et la jeunesse des fées. En Indochine, elle attire tous les regards. Mais entre les camps japonais, les infamies, la montée du Viet Minh, le pays brûle. Avec sa fille Lucie et son haut-fonctionnaire de mari, un maurrassien marqué par son engagement pétainiste, elle fuit en Nouvelle-Calédonie.
À Nouméa, les journées sont rythmées par la monotonie, le racisme ordinaire et les baignades dans le lagon. Lucie grandit ; Mona bovaryse. Jusqu’au jour où elle lit Le Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir. C’est la naissance d’une conscience, le début de la liberté.
De retour en France, divorcée et indépendante, Mona entraîne sa fille dans ses combats féministes : droit à l’avortement et à la libération sexuelle, égalité entre les hommes et les femmes. À cela s’ajoute la lutte pour la libération nationale des peuples. Dès lors, Lucie n’a qu’un rêve : partir à Cuba. Elle ne sait pas encore qu’elle y fera la rencontre d’un certain Fidel Castro…

Et soudain, la liberté, c’est aussi l’histoire d’un roman qui s’écrit dans le silence, tâtonne parfois, affronte le vide. Le portrait d’une rencontre entre Evelyne Pisier et son éditrice, Caroline Laurent – un coup de foudre amical, plus fou que la fiction. Tout aurait pu s’arrêter en février 2017, au décès d’Evelyne. Rien ne s’arrêtera : par-delà la mort, une promesse les unit.

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Je ne savais pas trop comment aborder ce livre. Disons que j’étais gênée par le mélange des genres. Ce qui me tracassait le plus c’était de savoir si la volonté de l’autrice avait bien été respectée. Après tout, c’est si facile de faire parler les morts et de leur prêter des intentions qu’ils n’ont jamais eu (souvenirs de ces interminables explications de textes plus rocambolesques les unes que les autres au collège). Comment savoir ? Comment transmettre, même avec toute la meilleure volonté du monde, sans trahir ? C’est avec toutes ces questions (entre autres) que je me suis plongée dans ce roman et juste… WOW.

WOW parce que ce livre, avant d’être le roman inachevé d’Évelyne Pisier, est surtout un incroyable témoignage d’amitié. Une de ces rencontres qui compte et qui comptera pour toujours. Le début de l’histoire lui même est romanesque. Évelyne est morte, son roman inachevé, presque mort lui aussi. Mais c’est sans compter cette promesse qui la lie avec son éditrice (j’ai envie de dire son amie). Évelyne transmet à Caroline le flambeau et c’est à elle de combler les trous, instiller les souvenirs et anecdotes dans le texte, ajouter, retirer, écrémer. Faire un travail d’orfèvre, « mettre à nouveau les mains dans le cambouis » tout en se laissant porter par la confiance que son amie a placé en elle.

On sent que la démarche est sincère de par les incises, au gré des chapitres, de l’éditrice, qui nous explique finalement ses choix, qui tente de dire comment, au-delà d’un simple projet, cette histoire a trouvé un écho avec sa propre histoire. Pourquoi ce livre était si important pour elles.

Certaines rencontres nous précèdent, suspendues au fil de nos vies ; elles sont, j’hésite à écrire le mot car ni elle ni moi ne croyions plus en Dieu, inscrites quelque part. 

Cette histoire est donc double. C’est d’abord celle d’Evelyne Pisier qui raconte son histoire et celle de sa mère (les noms des personnages ont été changés), des années 40 à aujourd’hui. Le contexte historique est loin d’être anecdotique. La seconde guerre mondiale, la décolonisation, les premiers mouvements féministes. On a tous étudié ça à l’école mais peut-être pas sous cet angle. La guerre, les déchirures, Mona et sa fille Lucie (aka Evelyne) l’auront vécue de l’autre côté du globe : En Indochine dans les années 40, à Nouméa, en France et à Cuba.

L’horreur des camps, le racisme et l’idéologie nauséabonde de son mari… Mona aura tout traversé, tout supporté tant bien que mal parce qu’il faut bien survivre jusqu’au jour où elle fait une rencontre qui va changer sa vie. Celle d’un livre : « Le deuxième sexe » de Simone de Beauvoir. Et là tout bascule. Mona va peu à peu s’émanciper et s’éprendre de liberté. Elle se donne le permis de vivre en tant que femme, qu’individu qui peut faire ses propres choix. Sa fille, Lucie, toute jeune encore, tiraillée entre le besoin de plaire à son père et celui de comprendre, se laisse quant à elle entrainer par sa curiosité. Elle pose des questions, s’interroge, s’indigne, toujours la tête haute, comme Mona. Sa mère ira en enfer parce qu’elle veut divorcer ? Et bien « On va faire comme si Dieu n’existait pas ».

On va faire comme si et on va se créer le monde dans lequel on a envie de vivre. Ça sera peut-être le leitmotiv de Lucie. De Nouméa à ses études de droit, dans ses voyages à Cuba où elle rencontrera Castro, l’homme, le charismatique, pas le politique, elle s’affirmera, elle aussi. Le destin se jouera encore une fois, avec sa mère comme spectatrice qui ne veut pas qu’elle fasse la cuisine et qui insiste pour qu’elle persévère dans ses études et gagne son indépendance.

*

J’ai été touchée par ces portraits de femmes, si différentes mais si semblables qui ont su traverser les épreuves et vivre comme elles l’entendaient. Véritable récit porteur d’espoir. C’est toutefois un livre qui prend une toute autre dimension lorsque l’on y rajoute la patte de l’éditrice qui, elle aussi, nous raconte sa propre histoire en parallèle à celle d’Evelyne. On voit presque ce roman finalement comme un « work in progress » et en le refermant on se dit (ou plutôt je me dis, mes propos n’engagent que moi) que ce format là, ces incises de l’éditrice, c’est ce petit plus qui fait que ce livre est autre chose qu’un témoignage d’une époque et du combat des femmes. C’est une histoire d’amitié, de promesse et finalement peu importe que ce soit romancé. Peu importe parce que cette histoire est vraie, même si elle emprunte le chemin de l’imagination.

Evelyne avait choisi la fiction, paradis de l’imaginaire, qui est trahison peut-être, liberté assurément. Le respect des faits est un leurre ; chauve-souris prise dans une pièce fermée. La fiction porte une certaine lumière sur une certaine histoire, elle s’affranchit de l’espace comme le font les notes de musique.

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Un petit bijou de la rentrée littéraire donc à lire et à offrir à cette personne qui compte et qui comptera pour toujours. Un roman qui fait malheureusement écho à l’actualité  et au quotidien lorsque l’on entend un abruti dire à sa mère de « retourner dans son pays » dans le métro. La bêtise et la cruauté humaine semblent intemporelles parfois.

Nota Bene : A lire après un doux mélange Redbull, morceau de camembert et avant « Le Deuxième Sexe » de Simone de Beauvoir.

Ma note :

quatresurcinq


Editeur : LES ESCALES
Date parution : 31/08/17
ISBN : 9782365693073
Nb de pages : 448 pages

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Une saison au Cambodge – Lawrence Osborne

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Robert Grieve, jeune enseignant britannique, s’offre un superbe voyage en Asie. Plus son séjour s’écoule, plus il se met à rêver de ne jamais rentrer chez lui… Or tout bascule lorsqu’il franchit la frontière thaïlandaise pour rejoindre le Cambodge. Ses économies épuisées, il tente sa chance au casino : c’est le jackpot. Mais aussi un déclencheur pour changer de vie à jamais, et disparaître.

Cependant, ses poches pleines de billets ne sont pas passées inaperçues. Alors que Robert endosse une nouvelle identité, un expat américain charmeur, un flic corrompu, un escroc chauffeur de taxi et la fille d’un riche médecin vont tour à tour modifier le cours de son existence.

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Ce livre raconte l’histoire de Robert Grieve, un jeune professeur enseignant dans un petit village d’Angleterre qui réalise que sa vie monacale et routinière n’a pas vraiment de sens. Il décide alors de tout plaquer pour voyager en Thaïlande, quelques semaines pendant les vacances d’été, tout en se demandant au fond de lui s’il ne ferait pas mieux de rester en exil, libéré de ses obligations.

On le trouve au début du livre au Cambodge, où, sans le sou, il décide de jouer les quelques dollars qui lui reste dans un Casino. Il  gagnera une somme conséquente (ce qui ne passera pas inaperçu aux yeux des locaux) et ce gain providentiel (vraiment ?) l’entrainera à la rencontre de nombreux personnages (son chauffeur, un américain expatrié etc) qui le conduiront jusqu’à la capitale où sa vie prendra un tournant décisif.

Je ne vais pas vous cacher que l’histoire ne m’a pas paru tellement trépidante. En revanche, ce qui fait la force de ce roman c’est l’ambiance lourde et moite qui ne nous quitte pas tout au long du livre, ce sont toutes les incises de l’auteur qui nous rappelle que les croyances, les fantômes, le karma sont comme des personnages à part entière du roman. Bref, on en apprend beaucoup sur la culture cambodgienne mais le thriller, en soi, ne m’a pas convaincue.

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Un bilan mitigé pour ce livre. Si j’ai été séduite pas l’ambiance et le style de l’auteur, l’histoire en elle-même ne m’a pas intéressée plus que ça. Je ne me suis pas vraiment attachée au personnage principal, ni même aux secondaires. Une petite déception donc… (à relativiser puisque j’ai lu ce livre après l’excellent Kafka sur le rivage. Ceci explique peut-être cela).

Nota Bene : A lire à l’abri des pluies diluviennes lors d’une échappée au Cambodge.

Ma note :

troissurcinq


Editeur : CALMANN-LEVY
Date parution : 10/05/17
ISBN : 9782702159484
Nb de pages : 384 pages

Kafka sur le rivage – Haruki Murakami

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Magique, hypnotique, Kafka sur le rivage est un roman d’initiation où se déploient, avec une grâce infinie et une imagination stupéfiante, toute la profondeur, la richesse de Haruki Murakami. Une œuvre majeure qui s’inscrit parmi les plus grands romans d’apprentissage de la littérature.

Kafka Tamura, quinze ans, fuit sa maison de Tokyo pour échapper à la terrible prophétie que son père a prononcée contre lui.
Nakata, vieil homme simple d’esprit, décide lui aussi de prendre la route, obéissant à un appel impérieux, attiré par une force qui le dépasse.
Lancés dans une vaste odyssée, nos deux héros vont croiser en chemin des hommes et des chats, une mère maquerelle fantomatique et une prostituée férue de Hegel, des soldats perdus, un inquiétant colonel, des poissons tombant du ciel, et encore bien d’autres choses… Avant de voir leur destin converger inexorablement, et de découvrir leur propre vérité.

MonavisV2

Il est assez difficile pour moi de rédiger cette chronique tant ce livre a pu être différent de ceux que j’ai eu l’occasion de lire ces derniers mois.

J’y appose une grille de lecture qui m’est très personnelle. Ce récit d’apprentissage onirique étant fait de métaphores et de symboles, je suppose que chacun y trouvera quelque chose de différent. Cela sera sûrement également mon cas lorsque je le relirai dans quelques années parce que je ne verrai plus la vie de la même manière, j’aurai fait de nouvelles expériences et les mots d’Haruki Murakami résonneront autrement en moi.

C’est la raison pour laquelle l’interprétation que j’en donne ici n’est pas nécessairement la bonne. D’ailleurs, je ne pense pas qu’au fond, il y ait une bonne interprétation (bonne au sens vraie). C’est ça qui fait la force de ce livre. Chacun peut y trouver ce qu’il est venu y chercher, consciemment ou pas.

« Quand on cherche désespérément quelque chose, on ne le trouve pas. Et quand on s’efforce d’éviter quelque chose, on peut être sûr que ça va venir vers nous tout naturellement »

Ce qui a été ouvert doit être fermé. Si je devais résumer ce livre en une phrase, ça serait celle-ci. Ce n’est sûrement pas la plus poétique ni la plus belle mais elle fait écho en moi parce que j’ai cette vague impression qu’elle résume ce livre si compliqué à résumer. Ce qui a été ouvert doit être fermé.

Pour moi ce livre raconte le cheminement que tout à chacun doit accomplir pour se libérer de son passé, de ses entraves et devenir soi-même, trouver son identité.

Kafka Tamura, jeune garçon de 15 ans, abandonné par sa mère partie avec sa sœur ainée, et délaissé par un  père qui ne l’aime pas, décide de partir de chez lui et de faire une fugue. Il s’y prépare consciencieusement avec le garçon nommé Corbeau (que j’interprète comme la voix intérieure qui lui insuffle courage et détermination). Son but est de trouver refuge dans une bibliothèque pour pouvoir y lire à loisir et échapper entre autre à la terrible prédiction œdipienne professée par son père (tu tueras ton père et tu coucheras avec ta mère et ta sœur).

S’ensuit alors un voyage où Kafka (ce n’est pas son prénom d’origine mais celui qu’il s’est choisi – il y aurait d’ailleurs beaucoup à dire sur ce sujet !) essaiera d’échapper à cette malédiction tout en s’efforçant inconsciemment de la réaliser (en couchant avec celles qu’il considère symboliquement comme sa mère et sa sœur). Au cours de son périple, il arrivera dans une bibliothèque, symbole de la mémoire dans laquelle les livres représentent le passé et les souvenirs. Kafka y cherchera sans doute les réponses à ses questions existentielles : pourquoi sa mère l’a-t-elle abandonné ? Mademoiselle Saeki, femme dont il devait nécessairement tomber amoureux, est-elle sa mère ?

Je me permets ici un petit point sur le personnage de Mademoiselle Saeki que j’ai trouvé fascinant. C’est peut-être une des pierres angulaires du livre. Une de celles qui est entrée mais qui n’est pas totalement sortie. Mademoiselle Saeki a perdu son amour de jeunesse, évènement traumatisant à la suite duquel elle n’a plus jamais vraiment été la même. C’est comme si ce jour-là, la jeune fille pleine de vie qu’elle était pendant les jours heureux de ses quinze ans l’avait abandonnée, restant coincée dans les limbes, dans cet ailleurs à peine perceptible, dans ce lieu de mémoire entre le vie et la mort ou Kafka peut percevoir à la fois la jeune fille qu’elle a été et la femme qu’elle est aujourd’hui. Il y aurait, là-encore, beaucoup à dire sur Mademoiselle Saeki, touchante à de multiples niveaux.

Kafka poursuivra sa quête, son cheminement personnel (la forêt labyrinthique), se perdra dans ses souvenirs, dans une vie n’étant qu’hypothèses et possibilités mais il décidera, au contraire d’Orphée, de ne pas se retourner et de laisser Eurydice derrière lui. Il faut fermer ce qui a été ouvert. Il faut laisser Eurydice de l’autre côté, sa mère, sa sœur, le souvenir de Mademoiselle Saeki. Kafka doit les laisser pour se retrouver, à son réveil, dans un monde complètement différent.

L’histoire de Kafka n’aurait pas été si puissante et si onirique (malgré la somme astronomique de symboles distillés tout au long du livre) sans les péripéties en parallèle de  Nakata, vieil homme un peu simplet (au premier abord) qui lui aussi chemine dans cette quête identitaire, quête dont il n’a que vaguement conscience.

Voyez-vous, Nakata n’est pas un vieil homme comme les autres. Il est entré mais il n’est jamais vraiment ressorti. Lors d’un évènement inexplicable au Japon lors de la seconde guerre mondiale, un groupe d’enfants a perdu connaissance dans la forêt et s’est réveillé quelques minutes plus tard sans le moindre souvenir de ce qui leur était arrivé et sans aucunes séquelles apparentes. Tous sauf un. Nakata est resté de l’autre côté, dans le coma, pendant quelques semaines et s’est réveillé complètement vide. Ses souvenirs effacés comme une bibliothèque sans livres.

« Nous perdons tous sans cesse des choses qui nous sont précieuses, déclare-t-il quand la sonnerie du téléphone a enfin cessé de retentir. Des occasions précieuses, des possibilités, des sentiments qu’on ne pourra pas retrouver. C’est cela aussi, vivre. Mais à l’intérieur de notre esprit – je crois que c’est à l’intérieur de notre esprit -, il y a une petite pièce dans laquelle nous stockons le souvenir de toutes ces occasions perdues. Une pièce avec des rayonnages, comme dans cette bibliothèque, j’imagine. Et il faut que nous fabriquions un index, avec des cartes de références, pour connaître précisément ce qu’il y a dans nos cœurs. Il faut aussi balayer cette pièce, l’aérer ; changer l’eau des fleurs. En d’autres termes, tu devras vivre dans ta propre bibliothèque »

Il devient alors cet homme un peu simplet, décalé, qui voit le monde d’une manière totalement différente (est-il simplet pour autant ? Là est toute la question). Il gagne cependant la faculté de pouvoir converser avec les chats et suite à une série d’évènements improbables en vient à quitter son quartier natal pour s’embarquer dans une aventure dont il ne connait pas la fin. Il sait juste qu’il doit aller quelque part pour aller faire quelque chose d’important. Aller où et faire quoi ? Il ne sait pas. Il le saura au moment venu. Il en est convaincu et parvient presque à nous en convaincre aussi, en même temps que Hoshino, son compagnon de voyage qui, d’individu rationnel, parvient peu à peu à lâcher prise et à accepter l’étrange et l’incongru.

« Même si j’y comprends que dalle, je fais ce que vous me dites, comme vous me le dites. J’ai pris conscience de ça hier soir. Je me suis dit qu’il était inutile de me poser des questions normales à propos de trucs qui ne le sont pas. »

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Bref, je pourrai parler de ce livre pendant des heures tant il est intéressant, riche et complexe. Merci à Cyntia de me l’avoir fait découvrir. J’en ressors différente et c’est pour moi la caractéristique d’un grand livre.

Nota Bene : A lire en écoutant le chant envoûtant de Mademoiselle Saeki qui chante « Kafka sur le Rivage ».

Ma note :lovediit


Editeur : BELFOND
Date parution : 05/01/06
ISBN : 9782714440419
Nb de pages : 624 pages

La Candeur de la Rose – Ielenna

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Si seulement j’avais su combien ma vie allait basculer.Comment l’enfer m’aurait enchaînée.
Si seulement j’avais pu entrevoir les rouages du destin.Les rencontres comme les pièges, les obstacles comme les révélations.
Si j’avais su mieux distinguer bontés et malveillances.Amours, amitiés ou loyautés.

Cette histoire serait tout autre. Mon histoire.
Preuve que même les Dieux ne peuvent tout savoir.​
Rare rescapée du massacre de son village natal, Diphtil, une jeune fille du peuple de l’Air, est sauvée en territoire ennemi grâce au symbole étrange qu’elle porte sur le front. Elle serait la cinquième fille de la Déesse Aveugle. Séquestrée dans un monastère et manipulée par le prêtre Sarïn qui compte la livrer au roi une fois ses pouvoirs éveillés, elle est libérée par son frère, Naid, qui la persuade de partir avec lui.
Sauf que les terres de l’Edenor sont semées de dangers et que la cruauté de certaines personnes, hantées par la haine et la guerre, s’opposent à la candeur de Diphtil, avide de découvrir ce monde dont elle a si peu joui.
Mais avant tout, elle veut échapper à son destin. Est-ce possible, lorsque l’on est vouée à devenir une Déesse ?

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Bon. La Candeur de la Rose, premier tome en deux parties des Chroniques des fleurs d’Opale. Plus de 1 000 pages. Un BON-HEUR !

Cela faisait quelques mois que j’attendais de tenir ces livres entre mes mains avides grâce au teasing excellemment maitrisé de Sainte Ielenna. J’ai pu avoir les livres Samedi et il ne m’a fallu que quatre jours pour dévorer ces deux tomes. Il y a cependant quelques effets secondaires à cette lecture je tiens à le préciser

  • Un regard un peu vague parce que l’on ne peut s’empêcher de rêvasser au monde qu’elle a créé
  • Quelque bleus pour être rentrée dans de pauvres individus qui ont dû se demander quel était mon problème à m’obstiner à lire ce pavé en marchant à deux à l’heure dans la rue
  • Louper mon arrêt de tram (bon ça c’est un classique).

Donc pour ceux qui ne l’auraient pas compris, ce livre est un véritable page-turner ! (avantage qui compense ces rares inconvénients !)

L’histoire a une trame assez classique pour le genre et reprend les codes de la Fantasy (j’étais donc RA-VIE !). On a même une petite carte, un arbre généalogique toussa toussa (c’est très mauvais pour ma santé mentale, je risque de devenir aussi pointilleuse sur les détails de cette série que pour Harry Potter – ceux qui me connaissent voient donc l’ampleur du problème et savent à quel point la situation est critique). Critique dans le bon sens hein 🙂

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Revenons-en à l’histoire. Elle se déroule dans un monde dans lequel coexistent quatre peuples descendant respectivement des dieux représentant les 4 éléments (eau, terre, air, feu). Si autrefois, la paix régnait entre les peuples, désormais ils se déchirent dans des guerres intestines, notamment celle opposant les humains (fils de la Terre) et les Neltiad (fils de l’Air). C’est d’ailleurs au cours d’un raid d’humains dans son village que Diphtil, une jeune Neltiad, assiste au massacre de son peuple et ne peut que grâce à une bonne dose de chance réussir à s’échapper (ce qui ne sera pas la cas de sa mère).

Séparée dans sa fuite de son petit frère Naid, elle parvient à se réfugier dans une église où un prêtre la reconnait grâce à la marque qu’elle porte sur son front (ça vous rappelle quelqu’un ?) comme l’héritière de Dorina, la 5ème déesse. L’homme de foi décide alors de la détenir protéger aux yeux du monde, la privant ainsi de ce qu’elle a de plus cher : sa liberté. Pendant sa captivité, elle fait la connaissance d’Astiran, jeune humain avec lequel elle se lie d’amitié. Les années passent et un soir Naid, son frère la retrouve et vient la délivrer en lui prouvant que le prêtre l’ayant recueilli ne la destinait en fait qu’à de sombres desseins, afin que le Roi puisse s’approprier ses pouvoirs de Déesse latents. Accompagnée par Naid et Astiran, Diphtil va alors partir dans une quête à travers le Royaume pour essayer de comprendre qui elle est et quel est son destin. Les compagnons de voyage ainsi que les péripéties se succèdent alors à un rythme effréné jusqu’à ce que les coïncidences et rencontres de Diphtil, prévues par les Dieux, lui fassent prendre conscience qu’elle n’est qu’une pièce sur un échiquier sans savoir quel est le véritable enjeu de la partie. Diphtil parviendra-t-elle à se soustraire à l’influence des dieux et maîtriser son destin ?

*

J’avais attendu tellement longtemps de lire cette histoire que fatalement il y a quelques éléments qui m’ont déçue. En lisant d’autres avis sur les Fleurs je ne peux qu’être d’accord avec les réflexions sur le langage soutenu de Diphtil (justifié par ses années passées à lire, seule, pendant toute sa jeunesse en captivité). Cela m’a un peu agacée au début (le mot « vénusté » clairement je ne vais pas m’y faire) mais on passe assez rapidement outre puisque cela confère une certaine ambiance au livre.

On peut clairement voir certaines références à Eragon ou à Harry Potter dans la création de la mythologie, même si celle-ci reste tout de même une création originale. Il y aurait énooooormément de choses à dire sur cette saga. J’ai nettement préféré la partie 2 à la partie 1, la première faisant plutôt office d’exposition de l’intrigue. La seconde était beaucoup plus intéressante, en termes de péripétie et de storylines. Les personnages et leurs ambiguïtés sont aussi beaucoup plus fouillés. Notons également que Diphtil devient un peu moins niaise dans cette seconde partie ce qui ne gâche pas le plaisir. Si j’étais un peu déçue par le côté mièvre de la première partie, la seconde ne se perd pas dans des serments d’amour éternel. Le monde créé par Ielenna est dur, sans pitié et notre petite Déesse ne sera pas épargnée.

Honnêtement malgré les quelques failles (qui ne représentent pas grand-chose au vu du travail fourni), cette histoire a tous les atouts pour se retrouver parmi les meilleures saga de Fantasy. Vous pouvez retrouver Ielenna sur Facebook et son site !

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Il est difficile de donner un avis sur un roman aussi long, sur un univers qui me semble exploitable à l’infini tant il est riche. J’ai passé de merveilleux moments aux côtés de Diphtil et je vous conseille vraiment (vraiment!) d’aller découvrir l’écriture de Ielenna qui vaut plus qu’un bref détour (je ne parle même pas de l’excellent Ludo Mentis Aciem => histoire dispo ici!).

Nota Bene : A lire les yeux grand ouverts en écoutant Lindsey Stirling 🙂

Ma note : 

lovediit


Editeur : GRAPHEIN EDITIONS
Date parution : 2017
ISBN : 97829560652527
Nb de pages : 493 pages (partie 1) + 626 pages (partie 2)

La vengeance des mères – Jim Fergus

9782749143293

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1875.
Dans le but de favoriser l’intégration, un chef cheyenne, Little Wolf, propose au président Grant d’échanger mille chevaux contre mille femmes blanches pour les marier à ses guerriers. Grant accepte et envoie dans les contrées reculées du Nebraska les premières femmes, pour la plupart « recrutées » de force dans les pénitenciers et les asiles du pays. En dépit de tous les traités, la tribu de Little Wolf ne tarde pas à être exterminée par l’armée américaine, et quelques femmes blanches seulement échappent à ce massacre.
Parmi elles, deux sœurs, Margaret et Susan Kelly, qui, traumatisées par la perte de leurs enfants et par le comportement sanguinaire de l’armée, refusent de rejoindre la « civilisation ». Après avoir trouvé refuge dans la tribu de Sitting Bull, elles vont prendre le parti du peuple indien et se lancer, avec quelques prisonnières des Sioux, dans une lutte désespérée pour leur survie.

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Ce n’est pas l’attrait de la découverte mais le plaisir des retrouvailles que j’ai ressenti en lisant la suite de 1000 femmes blanches.

Même s’il est possible de lire ce tome sans avoir lu le précédent, il est tout de même conseillé d’avoir lu le premier pour bien comprendre les enjeux et le contexte de l’histoire. On quittait les carnets de May Dodd, morte après le carnage de l’armée américaine au sein du campement de Little Wolf. Il n’y aura que quelques rescapées après le massacre. Parmi elles, les sœurs Kelly, les tornades rousses qui ont vu périr sous leurs yeux leurs amies, maris et enfants. Elles n’ont désormais qu’une idée en tête: se venger. C’est viscéral. Un besoin, une nécessité.

Même en enfer, on sait pas ce que c’est, la vengeance d’une mère.

L’auteur nous raconte alors, à travers des carnets encore une fois (pourquoi changer une recette qui marche?), le périple de Meggy et Susie ainsi que celui de Molly, nouvelle forte figure féminine faisant partie d’un autre convoi de femmes blanches. A travers leurs portraits, leurs histoires, on nous transporte une nouvelle fois dans les coutumes indiennes, dans cette nature sauvage où les femmes ne cesseront d’essayer de prendre la place qui leur revient.

Moi, c’est Meggie Kelly, et avec Susie, ma sœur jumelle, on a décidé de prendre la plume. Un crayon, quoi. Il nous reste plus rien à nous, moins que rien. Le village de notre Peuple est détruit, tout ce qu’on avait a brûlé. Nos amis massacrés par les soldats… nos petites filles mortes de froid pendant cette horrible marche dans ces montagnes pleines de cailloux. C’est comme si on sentait plus rien, on est nous-mêmes à moitié mortes. Et de nous, ce qui reste, c’est nos cœurs, des cœurs de pierre maintenant. Maudit soit l’État américain ! Maudite soit son armée ! Cette humanité de sauvages, les Blancs comme les Indiens ! Et le bon Dieu dans les cieux ! Faut pas prendre ça à la légère, la vengeance d’une mère, vous allez voir ce que vous allez voir…

 

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L’histoire sent peut-être un peu le réchauffé parce qu’au fond, l’histoire est tout de même moins trépidante que lors du premier tome mais l’auteur a un tel talent pour raconter ses histoires et nous emporter avec lui, aux côtés de ces femmes et de leur destin que je pense que cette suite mérite largement d’être lue, connue et reconnue.

Nota Bene : A lire au coin du feu, emmitouflé dans une peau de bison…

Ma note : 

cinqsurcinq


Editeur : CHERCHE MIDI
Date parution : 22/09/16
ISBN : 9782749143293
Nb de pages : 464 pages

Portraits d’idoles – Frédéric Martinez

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Six actrices.
Six stars hollywoodiennes.
Six idoles du XXe siècle.

L’histoire d’Ava Gardner, de Grace Kelly, de Norma Jeane alias Marilyn, de Rita Hayworth, d’Audrey Hepburn et d’Ingrid Bergman. Nous sommes dans les années 1950 à Hollywood, en Californie, où parfois la terre tremble. Les sirènes boivent des cocktails au bord des piscines. Condamnées au sourire, elles ont vendu leur âme aux studios. Le diable est dans le décor. C’est une histoire d’amour, avec des millions de spectateurs. Alors forcément, ce n’est pas une histoire simple.

Voici six portraits de femmes, où le sublime côtoie le pathétique et le tragique coudoie le comique, portés par la plume ciselée, et unique, de Frédéric Martinez.

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Frédéric Martinez nous embarque dans une Odyssée folle avec le portrait de sa Vénus, Ava Gardner. De la petite fille qui grandit, anonyme, dans une famille modeste de Caroline du Nord, à la déesse qui fit tourner bien des têtes à Hollywood, il n’y eut que quelques années et des multiples prétendants. Mais celui que l’on retiendra c’est Franck Sinatra, avec lequel elle formera un couple mythique.

Franck aimait Ava. Elle non plus.

Tout est dit. Un amour passionné, destructeur que vivra cette sirène échouée sur les rivages alcoolisés, noyée par son succès. Ava a-t ’elle seulement été heureuse ? La beauté est-elle toujours un don de Dieu ? Il semblerait plutôt que son portrait soit celui d’une illusion, d’un fantasme parmi les hommes.

Direction Grace Kelly et son visage en porcelaine que l’on retrouve sur le couverture du livre. Cette poupée Hitcockienne jouera peut-être le plus grand rôle de sa vie, à corps perdu, en tant que princesse de Monaco. Elle renonce alors à son indépendance et à sa liberté. Beauté fragile, épiée comme un oiseau en cage par le monde entier, elle restera toujours, en un sens une icône inaccessible.

L’auteur nous propose ensuite une escale auprès d’Ingrid Bergman. Vive, intelligente et sûre d’elle. Ingrid a une idée bien précise de ce qu’elle veut dans la vie mais le rôle qu’elle avait peut-être le plus de mal à jouer c’était le sien. Rossellini, avec lequel elle vivra une histoire survoltée le comprendra bien en capturant son essence dans le magistral et moderne Stromboli, véritable documentaire de la vie de son égérie.

Vivre, c’était jouer. Entre les prises, il fallait être Ingrid Bergman.

Brève échappée vers Rita Hayworth. A-t-elle jamais pu être maîtresse de ses choix ? C’est le portrait qui m’a peut-être le plus touchée tant on sent sa détresse dans les ellipses, voulues, par l’auteur.

Son père lui avait volé son enfance, son mari lui volait sa vie, tout continuait.

La chasse aux trésors continue avec un diamant brut posé sur canapé. L’indémodable Audrey Hepburn avec son sourire malicieux et ses yeux espiègles. Véritable icône, élégante et sophistiquée. Pourtant, Audrey n’a pas connu une enfance facile, embarquée dans les tourments de l’Histoire et de la WW2, elle se réfugie dans les livres. Une vie exempte de scandale, teintée par l’amertume du destin des enfants qu’elle a vu déportés et de l’horreur de la guerre. C’est peut-être ce qui donnera un air mystérieux à son regard envoûtant.

Enfin, une arrivée à bon port avec celle qui entonnera la version la plus sensuelle de « Happy Birthday Mister President ». J’ai nommé Marilyn Monroe, cette étrange créature qui jonglera habilement entre son personnage de séductrice, fatale et celui de la ravissante idiote qui connaîtra un destin tragique.

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J’ai beaucoup aimé cette galerie de portraits et la plume de F. Martinez qui propose ici un véritable exercice de style. Portraits d’idoles : Le titre est bien choisi. On les adule, on les adore, on les idol(âtre). Peut-être trop. La beauté a toujours fasciné même lorsqu’elle se fane et subit les affres du temps. Il ressort de ces portraits une violence, une cruauté des spectateurs qui scrutent et sacrent leurs reines de beauté puis attendent d’elles qu’elles soient à la hauteur de leur statut. N’oublions pas qu’il y avait des femmes, des personnes, derrière ces idoles. Des âmes qui ont ri, pleuré et aimé avant de se déliter sous le feu des projecteurs.

Nota Bene : A lire en prenant la pose comme une star de cinéma.

Ma note :

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Editeur : PERRIN
Date parution : 15/10/15
ISBN : 9782262047191
Nb de pages : 400 pages

Street Art à l’école 42

Voilà une exposition permanente que je vous souhaite absolument d’aller voir (infos pratiques à la fin de l’article).

L’école 42 a été créée à l’initiative de Xavier Niel en 2013. Le principe fondamental est qu’elle est gratuite et ouverte à tous. Il « suffit » de réussir le concours d’entrée. Cette école propose une formation d’informatique en 3 ans en cassant les codes traditionnels de la pédagogie classique (il n’y a qu’à regarder l’armée de MacBook dans ces salles géantes qui remplacent amphis ou salles de classe).

Pourquoi 42? (oui j’ai quand même posé la question!). Je vous épargne le regard consterné du guide qui devait avoir quelques années de plus que moi.
– Duh, 42 c’est la réponse à la grande question de la vie et de l’univers dans l’œuvre de Douglas Adams, « Le Guide du voyageur Galactique »
– Mais oui, suis-je sotte ! => lien Wikipédia pour ceux qui comme moi (sacrilège!) ne connaissaient pas

Pour ceux qui ne sont pas « Born to code » et qui n’avaient jamais entendu parler de Douglas Adams, vous pouvez toujours admirer les oeuvres de street art dans cette école qui fait aussi office de musée! (Le cadre pour étudier est quand même relativement sympathique ne nous mentons pas).

Je me devais de terminer sur un Petit Crayon. Si je ne vous ai montré que mes oeuvres préférées, comme vous pouvez vous en douter, il y en a assez pour tous les gouts (les OBEY, les portraits HOPE d’Obama…). Une expo dans un cadre vraiment original et sympathique qui pourra faire office d’une sortie entre amis ou en famille !

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Infos pratiques:

Lieu: Ecole 42, 96 Boulevard Bessières, 75017 Paris
Dates: Ouvert chaque mardi de 19h à 21h et chaque samedi de 11h à 15h.
Réservations: Gratuit mais penser à faire sa réservation ici