La maison des Turner – Angela Flournoy

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Cela fait plus de cinquante ans que la famille Turner habite Yarrow Street, rue paisible d’un quartier pauvre de Detroit. La maison a vu la naissance des treize enfants et d’une foule de petits-enfants, mais aussi la déchéance de la ville et la mort du père.
Quand Viola, la matriarche, tombe malade, les enfants Turner reviennent pour décider du sort de la maison qui n’a désormais plus aucune valeur, la crise des subprimes étant passée par là.
Garder la maison pour ne pas oublier le passé ou la vendre et aller de l’avant ? Face à ce choix, tous les Turner, de Cha-Cha, le grand frère et désormais chef de famille, à Lelah, la petite dernière, se réunissent. Et s’il fallait chercher dans les secrets et la mythologie familiale pour trouver la clef de l’avenir des Turner et de leur maison?

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« Cha-Cha essaya de s’imaginer racontant tout au docteur Alice Rothman, qu’il supposait aussi dénuée d’humour que Milton Crawford, trop mince et trop pâle sans doute, du genre à se sentir mal à l’aise en présence du gros et grand corps brun de Cha-Cha installé dans son bureau. Peut-être sa gêne serait-elle évidente, ou pire, elle se croirait libérale et ferait des efforts ostentatoires pour communiquer avec Cha-Cha, routier noir de soixante-quatre ans qui voyait des fantômes. Cherchant désespérément à respecter le politiquement correct, elle se montrerait condescendante, et prétendrait comprendre ce qu’il éprouvait. Il en avait rencontré assez du même type dans les meetings du syndicat des camionneurs après les émeutes, dans les années soixante-dix, pour savoir qu’ils le méprisaient souvent plus encore que ceux qui étaient ouvertement racistes« .

Je crois que c’est en lisant cette citation que j’ai décidé que j’allais vraiment apprécier ce livre. Tout y est. Tout le racisme est là, dans ces quelques phrases, la condescendance derrière un sourire, qui est parfois pire que les insultes lancées au plein visage. Oui, le racisme est un sujet qui est vu et revu et ce n’est sûrement pas le propos principal du livre mais je trouve que l’angle choisi pour aborder le sujet était assez juste. Disons que l’on s’y est vraiment bien reconnu.

C’est peut-être ça finalement que j’ai adoré dans ce livre. La justesse de l’écriture. On y croit. Les difficultés des relations fraternelles, entre amour, exaspération, attachement, devoir… Chaque enfant Turner a peut-être un élément saillant de personnalité mais les personnages ne sont pas clichés, ils sont nuancés (ce qui est assez agréable et rare dans les livres que j’ai pu lire ces derniers temps).

Le seul reproche que je pourrais faire à ce livre est que l’auteure s’est un peu trop concentrée sur deux/trois personnages, au détriment des autres, alors qu’en voyant la couverture et le titre je me serai plus attendue à un roman chorale, une vraie saga familiale. Cela dit, ce roman reste un excellent livre qui m’a transportée le temps de quelques soirées auprès des péripéties de la famille Turner. Un vrai régal 🙂

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Bravo Madame Flournoy. Brianne, la fille de Lelah, a la même date d’anniversaire que moi, donc rien que pour ça… ce livre m’a plu. Il a également dépeint de manière extrêmement touchante le quotidien de cette famille, soudée malgré ses problèmes. La maison des Turner, cette vieille bâtisse torturée par les années, est finalement peut-être le ciment de la famille. Un personnage emblématique de l’histoire, la pierre angulaire du livre. A lire.

Nota Bene : A lire dans sa maison de famille en mangeant des chicken wings et en écoutant « Try a little tenderness » de la grande Aretha Franklin.

Ma note :quatresurcinq


Editeur : LES ESCALES
Date parution : 31/08/17
ISBN : 9782365692014
Nb de pages : 352 pages

 

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L’Héritier – Joost de Vries

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Quand il apprend le décès de son mentor Josip Brik, le philosophe spécialiste du métadiscours sur Hitler, Friso de Vos est anéanti. Profitant de sa détresse, un certain Philip de Vries, inconnu total, occupe alors le devant de la scène, multiplie les apparitions télévisées et devient le successeur de Brik aux yeux du monde entier.

Refusant de se laisser reléguer au second plan, Friso se rend à Vienne pour un colloque, bien décidé à montrer qu’il est le seul vrai connaisseur de l’oeuvre de Brik et son unique dauphin. Mais quand on le confond avec l’imposteur, Friso décide de se prêter au jeu.

Se jouant de la culture universitaire, mêlant références littéraires et culture pop, le roman nous entraîne dans l’univers de l’intelligentsia internationale ou la réalité compte moins que ce qu’on en dit. Une satire universitaire cinglante, un conte absurde extrêmement érudit.

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A nous deux l’Héritier!

J’avais tellement hâte de lire ce livre dont la couverture me faisait l’oeil depuis quelques semaines. Le reflet dans le miroir étant dans le mauvais sens, il me semblait que j’allais enfin avoir entre les mains un livre où la psychologie, les double-sens allaient être de mise. J’abordais donc ce livre avec un a priori positif mais il faut dire que ce livre a juste été une grande déception.

Il raconte l’histoire de Friso de Ros, un universitaire brillant, admirateur invétéré de son mentor Josip Brik qui a pris pour sujet d’études Hitler. Lorsque Brik décède brusquement à Amsterdam, Friso, alors en Amérique en Latine est dévasté. Il consacrait une grande partie de son temps avec son amie Pippa, à entretenir le mythe du vieux professeur.

Elle me toisa, me jaugeant ouvertement. Je tentai de la regarder avec la même dureté, de l’évaluer moi aussi, mais ce fut à moi que je pensais. A ma maigre cage thoracique, à mon visage creusé.

L’auteur nous emmène alors à un congrès à Vienne où Friso découvre, à son plus grand désarroi qu’un autre homme, qui lui ressemble étrangement (et qui a le même nom que l’auteur #funnybutnotfunny) s’arroge le titre d’héritier de son maître à penser. Friso, par un jeu d’apparences et de faux semblants jouera, alternera entre sa propre identité et celle de son double pour notre plus grand plaisir. Finalement, qui est vraiment l’héritier?

 

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En définitive, un livre qui m’est un peu tombé des mains et que j’ai trouvé assez décousu. Même si le style était plaisant à lire, j’ai eu du mal à comprendre où voulait nous emmener l’auteur exactement… Petite déception donc.

Nota Bene : A lire dans la Bibliothèque de son Université entre deux bouquins d’Histoire.

Ma note :

troissurcinq


Editeur : PLON
Date parution : 07/09/17
ISBN : 9782259249508
Nb de pages : 320 pages

 

Tenebra Roma – Donato Carrisi

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Et si Rome se retrouvait plongée dans les ténèbres pour toujours…

Cinq siècles auparavant, le pape Léon X lança cet avertissement : Rome ne devra jamais être plongée dans l’obscurité. Pourtant, lorsqu’aujourd’hui la foudre s’abat sur une centrale électrique au cours d’une terrible tempête, les autorités romaines sont forcées d’imposer un black-out total de vingt-quatre heures sur la ville le temps de réparer les dégâts. Dès le crépuscule, les ombres reviennent envahir Rome.
Dans le chaos et la panique qui s’ensuivent, une silhouette plus sombre que les autres va se déplacer silencieusement à travers la capitale, laissant derrière elle une traînée de morts… ainsi que des indices.
Marcus, le prêtre de l’ordre des Pénitenciers, peut reconnaître et interpréter les anomalies sur les scènes de crime. Mais le pénitencier a perdu son arme la plus précieuse : sa mémoire. Lui-même victime du tueur, il échappe de justesse à une mort atroce, sans plus aucun souvenir des derniers jours passés. Il va devoir remonter le fil de sa vie en même temps que la piste du monstre.
Seule Sandra Vega, une ancienne photographe scientifique, peut l’aider dans sa traque. Sandra connaît le secret de Marcus, mais a subi trop de pertes dans sa vie pour être en mesure de faire face à nouveau au mal. Et pourtant, elle va se retrouver entraînée malgré elle au cœur de l’enquête…
Le coucher du soleil se rapproche, et le temps est compté : au-delà des ténèbres, il n’y a que l’abîme.
MonavisV2

Rome ne devrait jamais, jamais, jamais, se retrouver dans le noir.

Cette bulle papale prononcée avant de mourir par Léon X faisant office de funeste prophétie, se réalise soudain à Rome. C’est le black-out. Il tombe une pluie diluvienne,   les centrales électriques sont HS. Les ombres peuvent enfin sortir de l’obscurité pour éteindre la vie dans cette atmosphère sourde d’anarchie qui gronde dans les rues de Rome. Malgré les mesures de la Police, personne ne sait ce qu’il va se passer une fois que le couvre-feu sera prononcé. Le compte à rebours en début de chaque chapitre parvient à exprimer la tension et l’angoisse que ressentent les personnages.

Dans cette ambiance, lourde et étouffante, et ce compte à rebours inéluctable d’ici la tombée de la nuit, un autre drame se joue. Des meurtres dans des rituels anciens, un enlèvement d’un petit garçon qui date de neuf ans, et l’implication de nos deux compères Marcus et Sandra, dans une affaire sordide qui semble poser les éléments du jeu. Mais cette fois, il y a un nouveau facteur que l’on n’avait pas prévu. Le black out, l’impossibilité de communiquer. On bat les cartes et on doit alors changer les règles. Comment survivre dans le chaos?

Au lieu de penser au danger qu’elle courait, Sandra tenta de faire le compte mathématique de son existence. Combien de cigarettes fumait le commissaire Crespi ? Une par jour. Peut-être avait-il l’illusion d’éloigner le cancer, mais mises bout à bout cela faisait toujours trois cent soixante-cinq par an. Combien de fois s’était-elle maquillée devant un miroir ? En moyenne une fois par semaine depuis qu’elle était adolescente. Combien de paires de chaussures avait-elle possédées ? (…) Combien de glaces ? On n’avait jamais l’impression de faire beaucoup de fois les choses. Et puis, quand on les mettait bout à bout, cela faisait un nombre inimaginable. Or, ce nombre était la vie. 

*

Vous l’aurez compris, ce nouveau Carissi (après l’excellent La fille dans le brouillard), se déroule une nouvelle fois à Rome avec Marcus et Sandra, notre duo de choc, attachant et déterminé. Ce tome, encore une fois, est extrêmement bien documenté, on reconnait les codes, la construction du récit mais…. (parce qu’il y a un mais), il n’y a pas ce petit plus caractéristique de la série du Chuchoteur, cette horreur qui se mêle à la psychologie des personnages. Dommage.

EnconclusionV2

Un bon thriller évidemment (est-il nécessaire de le préciser puisque c’est un Carissi!) mais je ne suis pas fan de la série du Tribunal des âmes, celle du Chuchoteur était bien plus percutante. Finalement, le plus grand reproche que je pourrais faire à ce livre est de ne pas être la suite du Chuchoteur et de l’Ecorchée

Nota Bene : A lire à Rome, éclairé(e) à la faible lueur d’une bougie.

Ma note :

troissurcinq


Editeur : CALMANN-LEVY
Date parution : 18/10/17
ISBN : 9782702162019
Nb de pages : 352 pages

Ne fais confiance à personne – Paul Cleave

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Il y a pire que de tuer quelqu’un : ne pas savoir si on l’a tué.

Les auteurs de thrillers ne sont pas des personnes très fréquentables. Ils jouent du plaisir que nous avons à lire d’abominables histoires, de notre appétit pour des énigmes qui le plus souvent baignent dans le sang. Ce jeu dangereux peut parfois prendre des proportions inquiétantes et favoriser un passage à l’acte aux conséquences funestes. Eux les premiers, qui pensent connaître toutes les ficelles du crime parfait, ne sont pas à l’abri de faire de leurs fictions une réalité.
Prenez par exemple Jerry Grey, ce célèbre romancier, qui ne sait plus très bien aujourd’hui où il en est. À force d’inventer des meurtres plus ingénieux les uns que les autres, n’aurait-il pas fini par succomber à la tentation ? Dans cette institution où on le traite pour un Alzheimer précoce, Jerry réalise que la trame de son existence comporte quelques inquiétants trous noirs. Est-ce dans ses moments de lucidité ou dans ses moments de démence qu’il est persuadé d’avoir commis des crimes ? Quand la police commence à soupçonner les histoires de Jerry d’être inspirées de faits réels, l’étau commence à se resserrer. Mais, comme à son habitude, la vérité se révèlera bien différente et bien plus effroyable que ce que tous ont pu imaginer !

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« Si ça se trouve, il a fallu toute une vie à un homme pour mettre certaines de ses idées par écrit, observer le monde et la vie autour de lui et moi j’arrive en deux minutes et Boum! Tout est fini » – Fahrenheit 451 de Ray Bradbury

This is it! Je viens de terminer le dernier Paul Cleave (après la chronique d’Un employé modèle) et, comme toujours chez cet auteur, le dernier est encore mieux que le précédent! On retrouve tout de suite le style, la patte de Cleave et on est irrémédiablement happé par cette intrigue folle : Celle de Jerry Grey. Jerry, sous le pseudoyme d’Henry Cutter, fut un auteur de best-seller, de romans policiers particulièrement sanglants. Pourquoi en parler au passé? Parce que Jerry n’est plus vraiment lui-même depuis quelques mois, le grand A, nom qu’il donne à la terrible maladie d’Alzheimer, s’est emparé de son esprit.

Henry Cutter est ton pseudonyme. Seulement, c’est un peu plus intime que ça. Ce n’est pas juste le nom que tu inscris sur la couverture de tes livres, c’est la personne que tu essaies de devenir quand tu écris. Toutes ces choses sombres que tu inventes, tu essaies de faire en sorte qu’elles restent dans la tête de Henry Cutter, pas dans la tienne.

Sa vie lui échappe et il consigne dans son Carnet (et pas journal!) de la Folie sa vie qui lui échappe, afin de rappeler au futur Jerry la personne qu’il a un jour été.

Mais ce qui est vraiment intéressant dans ce livre, au-delà des chapitres du fameux Carnet, est l’intrigue dans la timeline du présent où Paul, résidant malgré lui dans une maison de repos, est suspecté de meurtres. Pas de ceux qu’il confesse régulièrement aux aides-soignants et qui sont en fait ceux de ses personnages, mais ceux de la vraie vie. On alterne ainsi finement entre le personnage de Jerry qui doute de la réalité et de ses alter-ego. Qui est-il? Jerry, cet écrivain à succès terriblement amoureux de sa femme ? Henry Cutter, cet auteur sadique, qui parfois devient sa voix intérieure et semble prendre le pas sur sa personnalité? Ou bien est-il seulement Jerry-en-veille, celui qu’il devient lorsque le grand A détruit ses souvenirs sans relâche?

En même temps que Jerry, on tremble, on frissonne, on s’interroge. Et on rit aussi, beaucoup parce que le personnage principal fait preuve de beaucoup d’autodérision.

Ce soir tu es allé à ta première dégustation de gâteaux et, dans ta petite tête de dément, tu t’étais imaginé que ce serait comme une dégustation de vin. (Et n’as tu toujours pas rêvé d’aller à l’une d’elles, de faire tourner le vin dans ton verre en disant: Hmm… raisin?). Tu pensais porter une fourchette pleine de gâteau à ton nez, l’agiter un peu en disant: Hmm, une pointe de farine, une pointe de… ça alors, serait-ce du cacao? Et un soupçon de cannelle? Agiter la fourchette, renifler, prendre une bouchée, laisser ta bouche s’emplir du goût avant de tout recracher dans une serviette.

Est-il possible que Jerry soit victime d’une machination qui le dépasse? A-t-il commis les récents crimes dont on l’accuse et y-a-t’il un monstre qui sommeille au fond de lui et qui a commis les crimes de ses romans dont il se souvient parfaitement? Est-il finalement, lui aussi, un personnage de roman emprisonné dans un scénario dont il ne maîtrise pas les ressorts?

*

S’il fallait résumer ce livre en une phrase, j’imagine que je choisirai la suivante:

Ecris ce que tu sais et fais semblant pour le reste.

C’est le conseil qu’Henri Cutter donne aux apprentis écrivains qui s’évertuent à chercher LA méthode pour produire des best seller, mais c’est aussi une des clés, peut-être, pour comprendre tout l’enjeu du roman. C’est peut-être aussi, un excellent roman sur les écrivains, sur le processus d’écriture. Je n’en dis pas plus, suspense oblige. #sadisme

EnconclusionV2

Bonne nouvelle: C’est un excellent thriller qui se dévore en un après-midi seulement
Mauvaise nouvelle: C’est un excellent thriller qui se dévore en un après-midi seulement

Nota Bene : A lire en s’oubliant, après le premier, deuxième ou troisième gin tonic

Ma notequatresurcinq


Editeur : SONATINE
Date parution : 31/08/17
ISBN : 9782355846403
Nb de pages : 400 pages

Un employé modèle – Paul Cleave

un employé modèle

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Christchurch, Nouvelle-Zélande. Joe Middleton contrôle les moindres aspects de son existence. Célibataire, aux petits soins pour sa mère, il travaille comme homme de ménage au commissariat central de la ville. Ce qui lui permet d’être au fait des enquêtes criminelles en cours. En particulier celle relative au Boucher de Christchurch, un serial killer sanguinaire accusé d’avoir tué sept femmes dans des conditions atroces. Même si les modes opératoires sont semblables, Joe sait qu’une de ces femmes n’a pas été tuée par le Boucher de Christchurch. Il en est même certain, pour la simple raison qu’il est le Boucher de Christchurch. Contrarié par ce coup du sort, Joe décide de mener sa propre enquête afin de démasquer lui-même le plagiaire. Et, pourquoi pas, de lui faire endosser la responsabilité des autres meurtres. Variation sublime sur le thème du tueur en série, ce roman d’une originalité confondante transfigure tous les clichés du genre et révèle un nouvel auteur, dont on n’a pas fini d’entendre parler.

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J’ai apporté le magazine de mots croisés de Daniela pour tuer le temps et garder mon cerveau en alerte. Déjà quatre de finis. Un être omniscient en anglais. Trois lettres. Lettre du milieu, un O. Joe.

Paul Cleave ne nous présente pas Dieu mais Joe dans ce thriller délicieux qui renouvelle le genre.

Joe est homme de ménage au commissariat d’une petite ville néo zélandaise. Il observe avec ses grands yeux écarquillés et son air benêt l’avancée de l’enquête sur le boucher de Christchurch qui semble prendre un malin plaisir à échapper à la police et à terroriser la population. Son personnage de Joe-le-lent est tellement crédible que personne n’oserait suspecter qu’il joue la comédie. Personne et surtout pas Sally qui par bonté chrétienne s’évertue à lui apporter régulièrement son déjeuner le midi.

C’est assez jouissif de voir comment Joe, par petites touches de cynisme et d’humour noir, tourne en ridicule le travail de la police en opérant sous leur nez. Parce que c’est lui le boucher de Christchurch qui passe de Joe-le-lent à Hannibal Lecter en l’espace de quelques secondes. Il tue parce que ça l’amuse. Pourquoi se priver après tout, c’est un hobby comme un autre.

J’aime les femmes et j’aime leur faire des choses qu’elles ne veulent pas me laisser faire. Il doit y avoir 2 ou 3 milliards de femmes sur cette terre. En tuer une par mois, c’est pas grand-chose. C’est juste une question de perspective.

Lorsqu’on l’accuse à tort du meurtre d’une victime qui semble s’y méprendre à l’une des siennes, Joe est furieux. Il décide alors de mener l’enquête et d’éliminer (pas littéralement! ) les suspects de sa liste. Au-delà de l’enquête et des péripéties de son quotidien de sérial killer, ce sont peut-être les repas hebdomadaires qu’il passe chez sa mère que j’ai préféré. Ces repas ou cette femme affreuse lui cuisine avec une constance insupportable du pain de viande en ne manquant pas de lui faire remarquer à chaque fois que c’est son plat préféré. Les personnages secondaires dans ce thriller sont extrêmement intéressants, de la mère de Joe à la bienheureuse Sally ou la mystérieuse Mélissa. Joe est finalement peut-être un homme comme un autre, c’est ça le pire.

Je ne suis pas un animal. Je ne tuerais pas quelqu’un juste parce qu’il passe par là. Je hais les types comme ça. C’est ce qui me distingue des autres. C’est mon humanité.

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Un thriller rafraîchissant. J’ai beaucoup aimé lire cette histoire du point de vue du serial killer, c’est un éclairage original qui est à la fois terrifiant et extrêmement drôle. A ma grande surprise je me suis finalement attachée à Joe (et ce n’était pas gagné d’avance!). On en arrive presque à espérer qu’il ne se fasse pas prendre.

Nota Bene A lire dans la salle d’attente d’un entretien d’embauche avec un air benêt accroché sur le visage.

Ma note :

quatresurcinq


Editeur : SONATINE
Date parution : 20/05/10
ISBN : 9782355840333
Nb de pages : 423 pages

Une saison au Cambodge – Lawrence Osborne

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Robert Grieve, jeune enseignant britannique, s’offre un superbe voyage en Asie. Plus son séjour s’écoule, plus il se met à rêver de ne jamais rentrer chez lui… Or tout bascule lorsqu’il franchit la frontière thaïlandaise pour rejoindre le Cambodge. Ses économies épuisées, il tente sa chance au casino : c’est le jackpot. Mais aussi un déclencheur pour changer de vie à jamais, et disparaître.

Cependant, ses poches pleines de billets ne sont pas passées inaperçues. Alors que Robert endosse une nouvelle identité, un expat américain charmeur, un flic corrompu, un escroc chauffeur de taxi et la fille d’un riche médecin vont tour à tour modifier le cours de son existence.

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Ce livre raconte l’histoire de Robert Grieve, un jeune professeur enseignant dans un petit village d’Angleterre qui réalise que sa vie monacale et routinière n’a pas vraiment de sens. Il décide alors de tout plaquer pour voyager en Thaïlande, quelques semaines pendant les vacances d’été, tout en se demandant au fond de lui s’il ne ferait pas mieux de rester en exil, libéré de ses obligations.

On le trouve au début du livre au Cambodge, où, sans le sou, il décide de jouer les quelques dollars qui lui reste dans un Casino. Il  gagnera une somme conséquente (ce qui ne passera pas inaperçu aux yeux des locaux) et ce gain providentiel (vraiment ?) l’entrainera à la rencontre de nombreux personnages (son chauffeur, un américain expatrié etc) qui le conduiront jusqu’à la capitale où sa vie prendra un tournant décisif.

Je ne vais pas vous cacher que l’histoire ne m’a pas paru tellement trépidante. En revanche, ce qui fait la force de ce roman c’est l’ambiance lourde et moite qui ne nous quitte pas tout au long du livre, ce sont toutes les incises de l’auteur qui nous rappelle que les croyances, les fantômes, le karma sont comme des personnages à part entière du roman. Bref, on en apprend beaucoup sur la culture cambodgienne mais le thriller, en soi, ne m’a pas convaincue.

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Un bilan mitigé pour ce livre. Si j’ai été séduite pas l’ambiance et le style de l’auteur, l’histoire en elle-même ne m’a pas intéressée plus que ça. Je ne me suis pas vraiment attachée au personnage principal, ni même aux secondaires. Une petite déception donc… (à relativiser puisque j’ai lu ce livre après l’excellent Kafka sur le rivage. Ceci explique peut-être cela).

Nota Bene : A lire à l’abri des pluies diluviennes lors d’une échappée au Cambodge.

Ma note :

troissurcinq


Editeur : CALMANN-LEVY
Date parution : 10/05/17
ISBN : 9782702159484
Nb de pages : 384 pages

Kafka sur le rivage – Haruki Murakami

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SynopsisV2

Magique, hypnotique, Kafka sur le rivage est un roman d’initiation où se déploient, avec une grâce infinie et une imagination stupéfiante, toute la profondeur, la richesse de Haruki Murakami. Une œuvre majeure qui s’inscrit parmi les plus grands romans d’apprentissage de la littérature.

Kafka Tamura, quinze ans, fuit sa maison de Tokyo pour échapper à la terrible prophétie que son père a prononcée contre lui.
Nakata, vieil homme simple d’esprit, décide lui aussi de prendre la route, obéissant à un appel impérieux, attiré par une force qui le dépasse.
Lancés dans une vaste odyssée, nos deux héros vont croiser en chemin des hommes et des chats, une mère maquerelle fantomatique et une prostituée férue de Hegel, des soldats perdus, un inquiétant colonel, des poissons tombant du ciel, et encore bien d’autres choses… Avant de voir leur destin converger inexorablement, et de découvrir leur propre vérité.

MonavisV2

Il est assez difficile pour moi de rédiger cette chronique tant ce livre a pu être différent de ceux que j’ai eu l’occasion de lire ces derniers mois.

J’y appose une grille de lecture qui m’est très personnelle. Ce récit d’apprentissage onirique étant fait de métaphores et de symboles, je suppose que chacun y trouvera quelque chose de différent. Cela sera sûrement également mon cas lorsque je le relirai dans quelques années parce que je ne verrai plus la vie de la même manière, j’aurai fait de nouvelles expériences et les mots d’Haruki Murakami résonneront autrement en moi.

C’est la raison pour laquelle l’interprétation que j’en donne ici n’est pas nécessairement la bonne. D’ailleurs, je ne pense pas qu’au fond, il y ait une bonne interprétation (bonne au sens vraie). C’est ça qui fait la force de ce livre. Chacun peut y trouver ce qu’il est venu y chercher, consciemment ou pas.

« Quand on cherche désespérément quelque chose, on ne le trouve pas. Et quand on s’efforce d’éviter quelque chose, on peut être sûr que ça va venir vers nous tout naturellement »

Ce qui a été ouvert doit être fermé. Si je devais résumer ce livre en une phrase, ça serait celle-ci. Ce n’est sûrement pas la plus poétique ni la plus belle mais elle fait écho en moi parce que j’ai cette vague impression qu’elle résume ce livre si compliqué à résumer. Ce qui a été ouvert doit être fermé.

Pour moi ce livre raconte le cheminement que tout à chacun doit accomplir pour se libérer de son passé, de ses entraves et devenir soi-même, trouver son identité.

Kafka Tamura, jeune garçon de 15 ans, abandonné par sa mère partie avec sa sœur ainée, et délaissé par un  père qui ne l’aime pas, décide de partir de chez lui et de faire une fugue. Il s’y prépare consciencieusement avec le garçon nommé Corbeau (que j’interprète comme la voix intérieure qui lui insuffle courage et détermination). Son but est de trouver refuge dans une bibliothèque pour pouvoir y lire à loisir et échapper entre autre à la terrible prédiction œdipienne professée par son père (tu tueras ton père et tu coucheras avec ta mère et ta sœur).

S’ensuit alors un voyage où Kafka (ce n’est pas son prénom d’origine mais celui qu’il s’est choisi – il y aurait d’ailleurs beaucoup à dire sur ce sujet !) essaiera d’échapper à cette malédiction tout en s’efforçant inconsciemment de la réaliser (en couchant avec celles qu’il considère symboliquement comme sa mère et sa sœur). Au cours de son périple, il arrivera dans une bibliothèque, symbole de la mémoire dans laquelle les livres représentent le passé et les souvenirs. Kafka y cherchera sans doute les réponses à ses questions existentielles : pourquoi sa mère l’a-t-elle abandonné ? Mademoiselle Saeki, femme dont il devait nécessairement tomber amoureux, est-elle sa mère ?

Je me permets ici un petit point sur le personnage de Mademoiselle Saeki que j’ai trouvé fascinant. C’est peut-être une des pierres angulaires du livre. Une de celles qui est entrée mais qui n’est pas totalement sortie. Mademoiselle Saeki a perdu son amour de jeunesse, évènement traumatisant à la suite duquel elle n’a plus jamais vraiment été la même. C’est comme si ce jour-là, la jeune fille pleine de vie qu’elle était pendant les jours heureux de ses quinze ans l’avait abandonnée, restant coincée dans les limbes, dans cet ailleurs à peine perceptible, dans ce lieu de mémoire entre le vie et la mort ou Kafka peut percevoir à la fois la jeune fille qu’elle a été et la femme qu’elle est aujourd’hui. Il y aurait, là-encore, beaucoup à dire sur Mademoiselle Saeki, touchante à de multiples niveaux.

Kafka poursuivra sa quête, son cheminement personnel (la forêt labyrinthique), se perdra dans ses souvenirs, dans une vie n’étant qu’hypothèses et possibilités mais il décidera, au contraire d’Orphée, de ne pas se retourner et de laisser Eurydice derrière lui. Il faut fermer ce qui a été ouvert. Il faut laisser Eurydice de l’autre côté, sa mère, sa sœur, le souvenir de Mademoiselle Saeki. Kafka doit les laisser pour se retrouver, à son réveil, dans un monde complètement différent.

L’histoire de Kafka n’aurait pas été si puissante et si onirique (malgré la somme astronomique de symboles distillés tout au long du livre) sans les péripéties en parallèle de  Nakata, vieil homme un peu simplet (au premier abord) qui lui aussi chemine dans cette quête identitaire, quête dont il n’a que vaguement conscience.

Voyez-vous, Nakata n’est pas un vieil homme comme les autres. Il est entré mais il n’est jamais vraiment ressorti. Lors d’un évènement inexplicable au Japon lors de la seconde guerre mondiale, un groupe d’enfants a perdu connaissance dans la forêt et s’est réveillé quelques minutes plus tard sans le moindre souvenir de ce qui leur était arrivé et sans aucunes séquelles apparentes. Tous sauf un. Nakata est resté de l’autre côté, dans le coma, pendant quelques semaines et s’est réveillé complètement vide. Ses souvenirs effacés comme une bibliothèque sans livres.

« Nous perdons tous sans cesse des choses qui nous sont précieuses, déclare-t-il quand la sonnerie du téléphone a enfin cessé de retentir. Des occasions précieuses, des possibilités, des sentiments qu’on ne pourra pas retrouver. C’est cela aussi, vivre. Mais à l’intérieur de notre esprit – je crois que c’est à l’intérieur de notre esprit -, il y a une petite pièce dans laquelle nous stockons le souvenir de toutes ces occasions perdues. Une pièce avec des rayonnages, comme dans cette bibliothèque, j’imagine. Et il faut que nous fabriquions un index, avec des cartes de références, pour connaître précisément ce qu’il y a dans nos cœurs. Il faut aussi balayer cette pièce, l’aérer ; changer l’eau des fleurs. En d’autres termes, tu devras vivre dans ta propre bibliothèque »

Il devient alors cet homme un peu simplet, décalé, qui voit le monde d’une manière totalement différente (est-il simplet pour autant ? Là est toute la question). Il gagne cependant la faculté de pouvoir converser avec les chats et suite à une série d’évènements improbables en vient à quitter son quartier natal pour s’embarquer dans une aventure dont il ne connait pas la fin. Il sait juste qu’il doit aller quelque part pour aller faire quelque chose d’important. Aller où et faire quoi ? Il ne sait pas. Il le saura au moment venu. Il en est convaincu et parvient presque à nous en convaincre aussi, en même temps que Hoshino, son compagnon de voyage qui, d’individu rationnel, parvient peu à peu à lâcher prise et à accepter l’étrange et l’incongru.

« Même si j’y comprends que dalle, je fais ce que vous me dites, comme vous me le dites. J’ai pris conscience de ça hier soir. Je me suis dit qu’il était inutile de me poser des questions normales à propos de trucs qui ne le sont pas. »

EnconclusionV2

Bref, je pourrai parler de ce livre pendant des heures tant il est intéressant, riche et complexe. Merci à Cyntia de me l’avoir fait découvrir. J’en ressors différente et c’est pour moi la caractéristique d’un grand livre.

Nota Bene : A lire en écoutant le chant envoûtant de Mademoiselle Saeki qui chante « Kafka sur le Rivage ».

Ma note :lovediit


Editeur : BELFOND
Date parution : 05/01/06
ISBN : 9782714440419
Nb de pages : 624 pages