Margaret Atwood : Géante de la littérature adaptée sur le petit écran

The-Handmaids-Tale-book

Une fois n’est pas coutume, j’aimerai vous parler aujourd’hui de Margaret Atwood et de The Handmaid’s Tale (La servante écarlate) dont le livre va être adapté en série sur Hulu (la date de sortie est le 26 avril 2017)!

Je ne vais pas mentir, je n’ai pas (encore) lu La servante écarlate et je n’aurai sûrement pas le temps de le lire avant la diffusion de la série. Il est vrai que je suis plutôt du genre à lire les livres avant de voir les films/séries pour une multitude de raisons mais ici, je vais faire une exception: il y a une première à tout!

Si je ne connais pas ce roman, j’ai pu en lire de nombreuses critiques (accro à Babelio et aux autres blogs oblige!) et franchement c’est tout à fait le genre de lecture qui a l’air passionnante : une dystopie dans un monde de science fiction où règne la dictature et la peur absolue. Les femmes sont considérées comme des « ventres », des mères-porteuses qui subissent le bon vouloir des hommes et de la chaîne immuable du commandement. Par ce livre, Margaret Atwood y dénonce les dérives des systèmes totalitaires et je pense qu’il fait bon, en ces temps de présidentielles troublées, de lire ce genre d’ouvrages qui à mon avis est assez éclairant et fait figure de classique! Je ne sais pas vous mais moi je regarderai avidement la série (avec son casting de folie) et je lirai le livre dès que possible!

Le tueur aveugle

Il aurait été un peu facile de faire un article « je ne sais pas de quoi je parle mais je conseille quand même par principe » donc je vais m’efforcer de faire un petit point sur l’auteur qui, je le rappelle, ne sort pas de nulle part et a de nombreux chefs-d’oeuvre à son actif!

tueur aveugleJ’avais lu Le tueur aveugle l’été dernierC’est un livre assez perturbant mais qui m’a beaucoup plu. En même temps, c’est bien parfois de se faire un peu violence et de lire quelque chose de différent, qui prend aux tripes. Un livre dont on se souviendra et qui ne restera pas qu’un souvenir périssable prenant la poussière sur son étagère.

« Pour qui est-ce que j’écris ceci? […] 

Peut-être que je n’écris pour personne? Peut-être est-ce pour la personne à qui les enfants écrivent quand ils gribouillent leurs noms dans la neige? »

Ce livre là c’est une véritable saga familiale, l’histoire d’une époque depuis la fin du 19ème, de la décadence d’une famille, une histoire dans une histoire, celle du « tueur aveugle » récit imaginé par la soeur suicidée de l’héroïne. C’est un de ces pavés comme je les aime, remarquablement bien écrit, fouillé, détaillé et impossible à lâcher. Une vraie perle 🙂

Les livres de M. Atwood valent donc le détour et j’espère que cette série augmentera the brand awareness (cf. restes de cours de mkt) et qu’elle se fera plus largement connaître et reconnaître du grand public! 🙂

Publicités

Paul Ivoire – L’auteur altruiste

A l’occasion du Salon du Livre de Paris j’ai eu l’occasion avec d’autres bloggueurs, de rencontrer Paul Ivoire, auteur d’A chacun son rêve, à une table ronde au stand de Librinova! #Privilège #Joie #Etoiles bleues dans les yeux 🙂

Pour être honnête c’est la première fois que je participais à ce genre d’évènement, une table ronde avec une rencontre auteur et j’étais assez impressionnée (au point de réviser mes petites notes juste avant – bref j’étais légèrement ridicule comme avant de passer un entretien déterminant) et puis Paul Ivoire s’est assis, tranquillement, et il nous a mis tout de suite à l’aise parce que je crois qu’au fond il était aussi intimidé que nous.

A dire vrai c’était assez rafraîchissant d’avoir en face de soi une personne humble, les yeux pétillants, presque surpris par son propre bonheur de tenir son livre entre les mains. J’ai trouvé qu’il ressemblait beaucoup à son protagoniste (pas uniquement dans son discours mais aussi dans son attitude, sa prévenance et sa gentillesse). Paul Ivoire est véritablement un auteur accompli. Depuis son plus jeune âge il écrit: des poèmes aux carnets de bords en passant par des pièces de théâtre (dans lesquelles il a réussi à faire jouer ses amis!). Il ressort vraiment de son discours l’importance qu’il accorde à sa famille : de son père, héros des crêpes qui fut sa première source d’inspiration jusqu’à ses enfants, aujourd’hui, qui lui inspirent les nombreuses histoires qu’il cache dans ses tiroirs.

Lorsque ce père au foyer a découvert Harry Potter il y a quelques années il a été conquis (et moi avec quand j’ai vu ses yeux briller en évoquant comment il avait été saisi par l’intrigue). Et comme tout bon écrivain qui se respecte il s’est dit qu’il allait lui aussi se mettre à écrire des histoires pour ses enfants. Ecrire un chapitre pendant la journée et leur lire le soir. Il faut savoir que les enfants sont des juges implacables qui ne manquent pas de signifier par un bâillement si l’histoire n’est pas intéressante. C’est ainsi qu’il s’est mis en tête de céder à leurs supplications et d’écrire entre autre une trilogie (on en rêverait d’un père comme ça!). Il nous explique alors tout naturellement qu’au fur et à mesure que ses enfants grandissent, son écriture et les thèmes qu’il aborde évoluent avec eux.

Actuellement, il a plusieurs projets en cours. On lui souhaite la plus belle des réussites parce que du peu que j’en ai vu c’était vraiment une belle personne, humble, tournée vers les autres et qui n’a pas perdu sa capacité à s’émerveiller.

L’origine d’A chacun son rêve

A l’origine de ce livre il y a un concours, celui du prix Nouveaux Talents 2015 organisé par la Fondation Bouygues Télécom et les éditions Jean-Claude Lattès. Il est parti d’une citation de Marcel Pagnol « Tout le monde pensait que c’était impossible. Un imbécile est venu qui ne le savait pas, et qui l’a fait » et s’il n’a pas remporté ce concours il a quand même remporté son idée et la publication de son livre!

Librinova l’a publié sous le titre « La guerre des millions » en référence à « La guerre des boutons ». Je ne vais pas m’attarder sur l’histoire de sa publication que vous pourrez retrouver ici, en revanche je vais revenir sur le moment fort de la rencontre: Que ferait Paul Ivoire s’il gagnait la même somme que Sylvain Beaumont (179 millions)?

C’est vrai que c’est une question existentielle mais il avait déjà réfléchi à la question. Il voudrait une vision plus Girondine de la France, faire venir la culture à la campagne, la démocratiser afin que tout le monde puisse y avoir accès pour créer une universalité du monde artistique. Il souhaiterait également s’engager pour la protection de la planète et peut-être aussi voyager à Abidjan en Côte d’Ivoire pour revoir sa famille. Je n’ai même pas été étonnée par l’altruisme de sa réponse.  C’était totalement en cohérence avec le personnage. C’était tellement étrange en fait, j’avais l’impression de déjà connaitre l’auteur à travers Sylvain Beaumont. Peut-être que c’est la raison pour laquelle on est aussi intimidé (en tout cas je parle pour moi) lorsque l’on rencontre un auteur parce qu’une écriture sincère et vraie crée un rapport assez intime avec les lecteurs. Finalement on reconnait une personne à travers sa manière de s’exprimer et d’écrire (et décrire le monde) peut-être plus qu’en la rencontrant en personne.

L’arrivée d’Anne Carrière

La rencontre avec Paul Ivoire a été interrompue (avec plaisir) par Anne Carrière. Si l’on pouvait parfois douter de la relation qu’il existe entre un auteur et son éditeur, ici la confiance et la reconnaissance de Paul Ivoire envers son éditrice étaient palpables. Après un mini cours d’histoire pour nous rappeler qu’elle était la fille de Robert Laffont et qu’elle avait grandi autour des livres, AC a voulu perpétuer son héritage en créant sa propre maison d’édition. Son objectif? Publier des « livres ouverts sur la vie » qui peuvent toucher le public et qui sont faciles à lire. Il ne fait aucun doute que les écrits de Paul Ivoire remplissent les critères!

On note au passage qu’elle est l’éditrice de Paul Coelho (L’alchimiste) et de my favourite girl Chimamanda Ngozi Adichie. Bref une maison à suivre de très près 🙂

rencontre

Donato Carrisi, le maître du suspense

Il ne vous aura pas échappé que nous sommes en Octobre et qu’Octobre c’est le mois… roulement de tambour… d’Halloween! Halloween étant selon Le Petit Crayon (selon moi donc) considéré comme le meilleur jour de l’année, il fallait marquer l’évènement (rassurez-vous on fera aussi un petit article spécial Noël… cadeaux sapin Jésus guirlandes et compagnie). Comme vous pourrez le remarquer je fais généralement preuve d’un optimisme modéré à l’approche de cette “fête” de fin d’année mais, comme cette échéance n’est pas prête d’arriver, concentrons nous plutôt sur quelque chose de positif: l’Halloween cher à mon coeur (avec le super visuel de Cyntia!)

halloween

Pour mon deuxième focus auteur, après la dame au chapeau, j’ai choisi de vous parler de Donato Carrisi, LE maître du suspense et du thriller. Ayant été biberonnée aux Agatha Christie, Maxime Chattam etc dès le plus jeune âge je suis une fine connaisseuse du genre mais il faut reconnaître que je n’ai jamais été autant saisie par un thriller qu’à la lecture du dyptique de Donato Carrisi (à quand le tome 3 d’ailleurs??? Par pitié faites qu’il y ait un tome 3). Même si vous ne l’avez jamais lu vous n’êtes surement pas passé à côté de ses couvertures représentant des visages de poupées en porcelaine creepy à souhait (ou sinon vous vivez sur une autre planète)! Avant de vous faire le petit débrief de quelques bijoux de l’amico Donato (appelons le par son petit prénom #familiarité) faisons un récap de sa bio qui est elle aussi fort intéressante et apporte un éclairage lumineux sur son oeuvre.


Tout d’abord un petit mot sur l’auteur

donatocarrisi

J’adore ce portrait avec son petit sourire au coin du style “je ne fais pas qu’écrire des livres sur des sérial killer si vous saviez hahaha” *rire diabolique* La photo est donc réussie car il cultive son aura mystérieuse (espérons que ça ne soit qu’une aura cela dit en passant).

Donato Carrisi. Italien, né en 1973 (je vous laisse faire le calcul), je n’ai pas été faire la fouine sur tous les sites qui parlent de lui pour connaître sa bio en détail MAIS le point à retenir c’est qu’il a fait des études en criminologie et sciences du comportement. Et ça se ressent parfaitement dans son écriture. Donato sait de quoi il parle. Il est très pédagogue sans avoir ce côté prof qui explique tout ou ce côté technicien qui utilise des termes incompréhensibles pour mettre de la poudre aux yeux.

Carrisi est un prestidigitateur de génie mais c’est dans la construction de ses intrigues qu’il opère son tour de magie.

Il est à noter qu’il a reçu pour “Le Chuchoteur” (j’adore le titre italien “il suggeritore”) le prix polar SNCF et si j’en crois mon expérience c’est généralement un bon indicateur de la qualité d’un roman. (cf. l’excellentissime « Avant d’aller dormir »de SJ Watson).

Le but n’étant pas d’être exhaustive vous pourrez trouver plus d’infos sur Wikipédia ou sur son site (je suis gentille je vous ai mis les liens bande de feignasses).


La série du Chuchoteur

chuchoteur

Il y a certains thrillers qui nous emportent dès la première ligne. Cela  a été le cas  pour moi avec cette série magistrale.

L’intrigue du chuchoteur est glauque à souhait, 5 petites filles ont disparu, 5 petites fosses ont été creusées dans la clairière, au fond de chacune d’elles un petit bras a été trouvé, le gauche. Un sixième appartenant à une victime inconnue est retrouvé dans une sixième fosse. L’équipe en charge de l’enquête appelle Mila Vasquez, spécialiste des affaires d’enlèvement pour retrouver à temps la dernière victime. Je crois que j’ai retenu mon souffle pendant toute la lecture de ce roman. Carrisi tourne et retourne la situation dans tous les sens dans des intrigues à tiroirs qui s’encastrent parfaitement dans une intrigue plus générale. Le style est cash, documenté, précis. On ressort de cette lecture en réalisant que l’on vient de lire un chef d’oeuvre magistral. “Dieu se tait, le diable murmure”.

Le second tome remet en scène Mila, cette héroïne dépourvue d’empathie. Sept ans plus tard, elle porte encore sur elle les stigmates de l’affaire du Chuchoteur. L’intrigue, là-encore est saisissante et dès les premières pages on frissonne d’horreur et de plaisir. Le second tome traite du thème des disparitions. Lorsqu’il s’agit d’enfants on pense à une fugue où à un enlèvement mais il existe une autre catégorie de personnes qui disparaissent, des personnes qui partent comme ça du jour au lendemain et changent de vie sans laisser de traces. Ici, dans “Les limbes”, Mila cherche dans les visages, partout, la trace de ces personnes disparues. Mais un jour, ils se mettent à réapparaître et à commettre des meurtres. Encore une intrigue magistrale où l’auteur nous balade comme des marionnettes jusqu’à la fin. Oh mon dieu la fin. Que dire sinon que cette série est un incontournable.

Le simple fait de rédiger cet article me donne une terrible envie de connaitre la suite! C’est affreux de ne pas avoir de date de sortie (si vous voulez en terme de frustration c’est équivalent à l’attente d’une nouvelle saison de GOT multipliée par 6,66). Je vous conseille donc, si vous voulez vous mettre au Carrisi d’acheter/d’emprunter/de lire Le chuchoteur et L’écorchée en même temps parce que inévitablement vous aurez besoin de lire la suite MAIS il y a un pendant négatif…. l’intrigue finale reste en suspens…

A quand un troisième tome? (ceci est clairement un appel désespéré à l’auteur – Donato si tu me lis…)


Il serait malhonnête de réduire cet incroyable auteur uniquement à cette série mais je trouve que c’est la plus réussie. Vous pouvez également découvrir Malefico et le Tribunal des âmes que j’ai personnellement moins aimé. Pour avoir regardé le teaser de La fille dans le brouillard, ce nouvel opus me paraît prometteur mais sera-t-il à la hauteur du chuchoteur? Suspense!!

Suspense relatif car je publierai sa chronique dans quelques jours !

Conférence d’Eric-Emmanuel Schmitt

« L’homme qui voyait à travers les visages »

bandeau_193254

La librairie Decitre organisait mercredi dernier (5/10) à la Bourse de Travail de Lyon une conférence d’Eric-Emmanuel Schmitt autour de la parution de son dernier ouvrage « L’homme qui voyait à travers les visages ». Bien entendu, lorsque j’ai vu la nouvelle sur mon fil d’actualité Twitter je me suis inscrite dans la seconde et là, quelques heures après la fin de la conférence je ne regrette absolument pas ce choix plus poussé par un instinct primaire qu’autre chose.

Pour la petite histoire, la conférence devait commencer à 19h mais une séance de dédicaces était organisée à 18h donc évidemment je suis arrivée en avance…Très en avance ! Pas folle la guêpe. Et au bout de 23 petites minutes d’attente je me suis retrouvée devant lui. J’hésite à vous retranscrire le dialogue tant il est dépourvu d’intérêt et tant j’ai eu l’air cruche et pathétique mais bon pour la véracité du récit allons-y ! No shame no game!

 **

MOI (m’avançant avec mon exemplaire dans les mains tremblotantes) : Heu Bonjour Monsieur ! (Déjà la phrase d’accroche bien naze)
LUI (avec un sourire accueillant) : Bonjour Mademoiselle.
Il se penche sur le post-it jaune remis par une organisatrice sur lequel est marqué mon prénom et me regarde avec un petit sourire au coin.
LUI (surpris) : Vous-vous appelez Ségolène ?
MOI (s’il me dit que c’est Royal…) : Heu oui *rire nerveux* (et là c’est la catastrophe) En fait je suis un peu stressée (comme s’il n’avait pas remarqué) *rire nerveux bis* Voilà, je voulais vous dire que j’ai adoré votre livre, « Concerto à la mémoire d’un ange ». Je …enfin… Il m’a vraiment marquée et heu… voilà (intérieurement vous pouvez bien vous imaginer que je me décomposais lamentablement sur place et je me disais mais tais-toi mais tais-toi)
LUI (même sourire bienveillant ou sourire « pauvre fille » mais bon on va faire comme si c’était toujours le sourire bienveillant #déni) : Oh merci c’est gentil ça me fait très plaisir.
Il écrit sa dédicace et moi je suis juste incapable de sortir une phrase sujet-verbe-complément un tant soit peu pertinente ! Sortir une phrase tout court d’ailleurs.
LUI (en me tendant mon exemplaire dédicacé) : Voilà !
MOI (les mains toujours tremblotantes mais avec un entrain pour le moins suspect) : Merci ! Bonne soirée ! (Oui j’ai vraiment dit Bonne soirée. Alors que j’assistais à la conférence 30 minutes plus tard. No comment).

Pour couronner le tout je me suis trompée de direction en repartant. Bref, la TO-TALE. Heureusement la suite de la soirée fut plus heureuse concernant ma dignité  (ou ce qui en restait) puisque je me suis contentée de m’asseoir sur mon fauteuil et de boire ses paroles avec un sourire béat. Mission accomplie 

conf-ees

Mais quid de la conférence ?

Tout d’abord j’aimerais conseiller à tout le monde d’assister au moins une fois dans sa vie à une conférence d’EES. J’ai retrouvé le temps d’une heure et demie cette satisfaction que j’avais en cours de philo, ces moments où l’on apprend, où l’on comprend les choses et où d’une certaine manière, on accède à de nouvelles clés de lecture du monde. EES est également un orateur de talent (mes notes sont truffées de verbatim). Il explique avec pédagogie et humilité le cœur de ses œuvres et partage son avis sur les questions essentielles de la vie ou encore les débats d’actualité. Avec une dose d’humour en prime.

Certains moments sont faits pour être vécus et pas pour être racontés mais je vais quand même vous faire un petit débrief non exhaustif de la conférence par thématiques. Je laisserai de côté les considérations vraiment spécifiques à son dernier livre (à inclure peut-être dans la critique #teasing).

♦ ACTUALITE : ENTRE VIOLENCE ET DE-RADICALISATION 

Le dernier roman d’EES s’ouvre sur un attentat à la sortie d’une messe. En abordant ce thème qui fait tristement écho à l’actualité, il suscite l’interrogation du libraire qui lui demande ce qu’il pense du phénomène de dé-radicalisation et de la violence dans la société. EES entame sa réponse en citant Proust « La plus grande des violences qu’on peut infliger à quelqu’un c’est l’indifférence ».

Lorsqu’on l’interroge sur l’Islam, il a cette phrase très juste « Ce à quoi on assiste aujourd’hui c’est à l’Islamisation de la radicalisation plutôt que La radicalisation de l’islam ». De tout temps, les radicalisations ont existé et au fond, ce qu’il faut retenir c’est que certains ont besoin d’une cause, quelle qu’elle soit, surtout à la période de l’adolescence où l’on peine à trouver sa place dans le monde. On se construit selon trois identités : sociale, familiale et religieuse. Lorsque l’on se trouve en perte de repère, mal inséré socialement et avec une famille peut-être dysfonctionnelle, l’équilibre est rompu et le danger est de « réduire son identité à une pure identité religieuse ». Si l’émotion est une clé pour recruter les jeunes, EES pense que c’est aussi une des solutions pour les dé-radicaliser.

Il insiste également dans ce processus de construction de l’identité sur l’importance de la transmission dans la famille, surtout celle qui est non verbalisée. Il faut éviter de tomber dans l’écueil du déterminisme afin de « ne pas être objet de l’histoire mais sujet de son histoire ».

♦ LA VIE D’UN AUTRE

« Je crois qu’on est beaucoup à ne pas seulement vivre notre vie mais à vivre la vie de quelqu’un d’autre ». Cette phrase fait écho au personnage de son dernier livre, Augustin, qui est pourvu d’un don. Il voit à travers les visages l’invisible, les morts qui nous accompagnent. Certains d’entre nous ont cette lucidité, cette empathie particulière aux écrivains qui permet de voir la lumière, la nostalgie, au fond d’un regard. « Bienheureux sont ceux d’entre nous qui ont beaucoup de morts autour d’eux ». Cela signifie qu’ils ont vécu, que de nombreuses personnes les inspirent et les aident à vivre « Un écrivain a toujours un mur de morts autour de lui ».

En vivant la vie des autres, de ceux que l’on a aimé et qui sont partis on apprend à vivre et à ne pas oublier que la vie est éphémère « Je passerai toute ma vie à essayer de mériter d’être en vie. La vie est un cadeau qui nous est fait et en route on trouve ça normal d’être vivant, on oublie que c’est un cadeau. Il faut pratiquer l’étonnement d’être en vie, de se souvenir, vivre avec vivacité et intensité chaque instant ». Cultiver cet appétit de vivre. « Quand j’entends des gens se plaindre de vieillir cela m’est insupportable. C’est vieillir ou mourir jeune. Elle a ses maladies mais la vieillesse n’est pas une maladie ».

♦ LE MYSTERE DE L’ECRITURE 

« Puisque ces mystères nous dépassent. Feignons d’en être les organisateurs » Cocteau. Lorsqu’on lui demande comment il procède pour écrire, EES prend le temps de la réflexion. Il explique que tout cela relève d’un processus mystérieux, presque mystique « J’ai l’impression d’être le scribe plutôt que le créateur ». Les personnages apparaissent dans un coin de son esprit, au loin, comme des silhouettes non définies. Il s’endort alors quelques minutes et lorsqu’il se réveille de cette transe permise par ce demi-sommeil les personnages lui apparaissent plus présents. Ce n’est pas comme si l’histoire était déjà écrite et rédigée dans son esprit, plutôt comme si elle était vivante et qu’il n’avait plus qu’à retranscrire ce qu’il avait perçu.

C’est intéressant de voir finalement que le terreau de son imagination réside dans cet état de demi-conscience qui lui permet de raconter ses rêves. D’ailleurs les histoires, EES en est féru comme il l’a expliqué à une personne qui lui posait une question à la fin de la conférence. Les yeux fatigués après des journées de travail et d’écriture, il aime écouter des histoires audio avant de dormir. Toujours ce besoin de s’évader et de rêver. C’est peut-être pour cela que c’est un écrivain de génie. Parce qu’il s’autorise à cultiver ses rêves.

♦ LES TEXTES FONDATEURS ET LE RAPPORT AU DIVIN 

« C’est la lecture qui fait le livre et pas le livre qui fait la lecture… Sauf quand on le lit plusieurs fois ». EES croit profondément qu’il ne faut pas avoir une lecture littérale et passive des textes fondateurs. La Bible ou le Coran nécessitent une lecture critique, attentive et intelligente « La religiosité ce n’est pas la cessation de la pensée ».

Le violent est celui qui veut faire disparaître dans le réel tout ce qui remet en question sa pensée. « C’est une maladie de la pensée, ce n’est pas une maladie de la religion. Comme c’est une maladie de la pensée, c’est une bonne nouvelle, on peut la guérir par la pensée ». EES conclut ce point en insistant sur l’importance de la pensée des Lumières et de la culture pour avoir l’ouverture d’esprit adéquate et ne pas tomber dans les travers que l’on connaît.

Il termine cette conférence en expliquant que « Dieu est un auteur mal compris, mal lu, très mal lu. En fait ce n’est pas Dieu qui est un mauvais écrivain c’est l’homme qui est un mauvais lecteur» L’homme est responsable de sa lecture, de son rapport avec le divin et des autres hommes.

**

Vous l’aurez compris, je n’ai pas encore lu son dernier livre (dédicacé !!! On ne le répètera jamais assez) mais je publierai sûrement sa critique dans le courant du mois de Novembre. Et vous ? Qu’est ce que vous pensez d’EES ? Quel est son livre que vous avez préféré ?

La rentrée de la dame au chapeau

Driiiiing c’est  la rentrée littéraire (et bientôt la rentrée scolaire)!

Qui dit rentrée dit retour de la dame au chapeau: Amélie Nothomb pour celles ou ceux qui n’auraient pas compris! C’est donc l’occasion de revêtir mon petit costume de prof pour une petite séance de rattrapage pour ceux qui auraient des lacunes et qui n’auraient pas lu l’intégralité de son œuvre.

Amélie aime le noir, les chapeaux, le chocolat, le champagne et le mot « pneu ». Amélie c’est aussi des personnages aux noms à coucher dehors, les thématiques récurrentes de la beauté/laideur de l’amour/la mort qui fonctionnent en véritables binômes. Amélie c’est une plume, c’est un A majuscule qui touche le ciel comme une tour Eiffel. C’est donc une personne tout à fait respectable qui mérite amplement son propre article #vraiesvaleurs #derienAmélie.

Dans un élan spontané de mansuétude, je me dévoue pour vous faire un débrief de ses livres qu’il faut absolument avoir lu, ne serait-ce que pour briller en société un verre de champagne à la main. Chaque livre valant 1 point ceux qui ont une moyenne en dessous de 5/10 sont priés de parfaire cette culture en gruyère et de lire fissa les livres de Nothomb. Dérogation spéciale pour ceux qui s’engageraient à m’envoyer du chocolat ou des bouteilles de champagne.


1/. Cosmétique de l’ennemi 

51pf0VZ9eLL._SX308_BO1,204,203,200_Un livre qui m’a fait une très forte impression et qui est peut-être mon préféré de la sélection. Non pas peut-être. C’est mon préféré de la sélection. Jérôme Angust est un homme d’affaire qui attend sagement son avion à l’aéroport jusqu’à ce qu’il se fasse aborder par un certain Texor Textel qui n’aura de cesse de le torturer. « Moi ce que j’aime dans la vie ce sont les nuisances autorisées. Elles sont d’autant plus amusantes que les victimes n’ont pas le droit de se défendre« . Les dialogues sont exquis, cosmétiques. Le petit retournement de situation à la fin est une friandise que l’on savoure longuement.

Nota bene: A lire en attendant son avion, de préférence pendant les grèves. Tout est une question de contexte.


2/. Stupeur et tremblement

23375

Livre qui lui a valu le prix de l’Académie Française en 1999. Comme le soulignait justement M, lors d’une conversation téléphonique que je ne retranscrirai pas ici pour préserver sa réputation, c’est peut-être le livre qui est le moins représentatif de Nothomb. Il n’y a pas dirons nous ce grain de folie, ce côté un peu déjanté qui nous fait adorer, adhérer à Amélie. Pour résumer notre Amélie nationale (non pas nationale, puisqu’elle est belge rappelons le, mais c’est un détail) est partie travailler dans sa jeunesse au Japon ou elle était la secrétaire de la secrétaire de la… (Bref un peu l’équivalent d’une stagiaire au rabais #compassion#empathie). Elle se fait humilier quotidiennement par sa N+1, une garce sublime qui lui fait faire des photocopies de photocopies et pléiade de tâches plus inutiles les unes que les autres. Big up au moment ou elle pète un câble la nuit toute nue dans les bureaux. On adore.

Nota bene: A lire pendant son stage en s’arrachant les cheveux à 22h sur des tableaux de chiffres.


3/. Hygiène et tremblement

hygiene-de-l-assassin-3747213

Premier roman d’Amélie. Plébiscité par la critique. Un an avant que je ne vienne au monde. Coïncidence? Je ne pense pas. Bref. Prétextat Tacht, brillant écrivain est atteint d’une maladie au nom imprononçable et les journalistes défilent à sa porte pour décrocher la dernière interview et le scoop sur cet auteur misanthrope finalement assez méconnu. Prétextat est un personnage avec un P majuscule. Là encore, Amélie nous prouve à quel point lire ses dialogues peuvent être un réel plaisir de l’esprit. Chaque journaliste ressort à moitié traumatisé des interviews, incapable de réussir à cerner l’auteur qui se fait un malin plaisir de les renvoyer à leur propre médiocrité. Jusqu’au jour où Nina, jeune journaliste décide de s’attaquer à la bête… Un roman là encore plus profond qu’il n’y parait au premier abord.

Nota bene: A lire entre deux cuillères d’huile de foie de morue et trois tartines de beurre


4/. Métaphysique des tubes

Couverture-Metaphysique-Des-Tubes-Amelie-Nothomb

Mon premier Nothomb #nostalgie. La couverture, le titre, le concept. Brillant. Amélie à 3 ans. Elle n’est pas une fille, pas un garçon. Elle est un tube. Amélie est Dieu, elle ne vit pas, elle se contente d’exister, pouvoirs et privilèges de l’immobilité et de l’inertie. Jusqu’à ce qu’elle découvre le chocolat et décide de commencer son œuvre. Une biographie de 0 à 3 ans, si précoce la jeune Amélie. Il fallait oser mais le pari est réussi. J’ai été conquise par ce petit bout de chou promise à un grand avenir

Nota bene: A lire en mangeant un carré de chocolat B&B (Blanc&Belge)


5/. Antéchrista

31643386_10909073

C’est l’histoire de Blanche, cette fille couvée par ses parents, un peu timide, un peu introvertie qui va entrer à la fac. Elle y fait la rencontre de la solaire Christa qui est son exact contraire, belle, débordant de confiance en elle et qui va se faire le plaisir pervers de manipuler son petit monde sous le regard horrifié, presque impuissant de notre oie Blanche qui va essayer de ne pas se laisser faire. Essayer.

Nota bene: Un petit shot de réalité pour réellement comprendre ce qu’est une amitié toxique.


6/. Les Catilinaires

les-catilinaires-2137862

 Un livre sur la torture passive agressive. Un vieux couple décide de s’exiler à la campagne pour y passer sa retraite toute en tranquillité. Ils savourent cette paix tant méritée jusqu’au jour ou leur voisin, Monsieur Bernardin s’invite chez eux. Il est 16h, il s’assoit dans leur salon sans prononcer un mot et repart chez lui deux heures plus tard. Curieux phénomène. Il revient alors, réglé comme une pendule, le lendemain et le surlendemain… Tous les jours, à la même heure. Ce qui apparaissait comme une routine amusante et extravagante au début de l’histoire devient finalement très vite une source d’angoisse pour le couple qui voit le piège se refermer sur eux, oppressant. Que faire contre ce voisin aussi envahissant?

Nota bene: A offrir à son nouveau voisin lors de sa pendaison de crémaillère.


7/. Acide sulfurique

9782253121183-001-T

 « Vint le moment où la souffrance des autres ne leur suffit plus; il leur en fallut le spectacle ». Peut-être le livre le plus terrifiant de Nothomb car il mêle de manière habile et originale l’Histoire à la société de divertissement : des camps de concentration à la télé réalité. Nothomb décrit sous nos yeux horrifiés le nouveau jeu qui fait fureur : Concentration. Des individus lambda sont kidnappés pour faire partie du « jeu » dans lequel ils vivront l’horreur des camps, les spectateurs choisissent les candidats qui seront éliminés. Littéralement. Pannonique, participante (et pas princesse) malgré elle, se rebelle contre le système. On ressort horrifié de cette lecture parce qu’au fond de nous on se rend bien compte qu’on a aimé être témoin de ce jeu pervers. Qui sommes nous pour juger les téléspectateurs, complices de cette cruauté ?

Nota bene: Une petite claque à lire entre deux saisons de Secret Story.


8/. Robert des noms propres

robert-des-noms-propres-171336-250-400

Livre inspiré de la vie de RoBERT. RoBERT c’est un peu l’Amélie de la musique, une chanteuse, amie de l’auteure, un peu perchée que je ne connaissais pas du tout. Elle a un univers assez particulier, hypnotisant. A découvrir. « L’assassinat a ceci de comparable avec l’acte sexuel qu’il est souvent suivi de la même question : que faire du corps ? Dans le cas de l’acte sexuel, on peut se contenter de partir. Le meurtre ne permet pas cette facilité. C’est aussi pour cette raison qu’il constitue un lien beaucoup plus fort entre les êtres. ». Si cette phrase ne vous donne pas envie de lire le livre, je ne peux plus rien faire pour vous.

Nota bene: A lire en écoutant RoBERT (le chant des sirènes par exemple)


9/. Une forme de vie

9782226215178

Le titre est particulièrement bien trouvé. Il est de notoriété publique qu’Amélie entretient une correspondance régulière avec ses lecteurs. Ce livre est l’occasion de savoir comment elle trie son courrier (toujours bon à savoir), comment elle envisage la relation auteur/lecteur. C’est aussi l’histoire de sa correspondance épistolaire avec Mel Mapple, soldat américain traumatisé par la guerre qui gère ses PTSD en engloutissant des montagnes de nourriture et qui croit au plus profond de lui-même qu’Amélie est la seule à pouvoir le comprendre. Une correspondance touchante ou elle renoue avec ses thèmes de prédilection : la beauté/laideur, sa relation particulière à la nourriture.

Nota bene: A lire avant d’entamer sa correspondance avec son auteur(e) préféré(e)


10/. Le sabotage amoureux
le-sabotage-amoureux-703518

On avait connu Amélie de 0 à 3 ans, jeune femme lors de son retour au Japon. On la retrouve ici à 7/8 ans exilée en Chine, lieu de désolation après l’Eden qu’était la terre nippone. Pas la lecture la plus transcendante de Nothomb mais TOP 9 sonnait moins bien que TOP 10. Ceci explique cela. La petite Amélie fait la connaissance d’Elena qui devient son amoureuse pendant les petites guéguerres que se vouent les enfants du quartier.

Nota bene: A découvrir entre deux séances de corde à sauter dans la cour de récré.


On ne va pas se mentir, depuis quelques années les livres de Nothomb sont un peu plus décevants que d’habitude mais comme chaque année je me précipiterai pour acheter le nouveau en espérant trouver une perle à la hauteur de ses meilleurs livres. Je dédie cet article à L, Nothombophile avertie.