Babylone – Yasmina Reza

9782072733086-475x500-1.jpg

SynopsisV2

« Tout le monde riait. Les Manoscrivi riaient. C’est l’image d’eux qui est restée. Jean-Lino, en chemise parme, avec ses nouvelles lunettes jaunes semi-rondes, debout derrière le canapé, empourpré par le champagne ou par l’excitation d’être en société, toutes dents exposées. Lydie, assise en dessous, jupe déployée de part et d’autre, visage penché vers la gauche et riant aux éclats. Riant sans doute du dernier rire de sa vie. Un rire que je scrute à l’infini. Un rire sans malice, sans coquetterie, que j’entends encore résonner avec son fond bêta, un rire que rien ne menace, qui ne devine rien, ne sait rien. Nous ne sommes pas prévenus de l’irrémédiable ».

MonavisV2

Yasmina Reza. Je la connaissais pour Art bien sûr (la version avec Arditi, Luchini et Vaneck) et j’ai eu envie de la découvrir sous un autre prisme que celui d’une pièce de théâtre. Pour être parfaitement honnête, je n’ai ni lu le résumé, ni prêté attention plus que ça au bordereau qui mentionnait le prix Renaudot lorsque j’ai choisi ce livre au hasard des rayons de ma librairie (parce que toutes ces histoires d’attribution de prix m’ont toujours paru suspectes).

« Je ne pourrais pas dire que j’ai su être heureuse dans la vie, je ne pourrais pas me donner quatorze sur vingt à l’heure de ma mort, comme ce collègue de Pierre qui avait dit allez, disons quatorze sur vingt, moi je dirais plutôt douze, parce que moins j’aurais l’impression d’être ingrate ou de blesser, je dirais douze sur vingt en trichant.« 

Ce livre est très curieux parce qu’il m’a tout d’abord fait penser à Mrs Dalloway que j’ai découvert il y a quelques semaines, ce tourbillon de pensées, l’importance des petits riens et les émotions qui sont parfois (souvent?) bien plus révélatrices d’un être que ses actions. Oui, j’avais été sous le charme de Clarissa et j’ai quitté à regrets l’univers de Virginia Woolf pour me plonger dans celui de Yasmina Reza. Coïncidence ou pas, on se retrouve là-encore dans la tête d’une femme l’espace de deux journées significatives.

« La femme doit être gaie. Contrairement à l’homme qui a droit au spleen et à la mélancolie. A partir d’un certain âge une femme est condamnée à la bonne humeur. Quand tu fais la gueule à vingt ans c’est sexy, quand tu la fais à soixante c’est chiant.« 

Elisabeth, femme d’une soixantaine d’années qui s’ennuie un peu dans son quotidien décide d’organiser une soirée et d’y inviter quelques amis et ses voisins du dessus. Notamment l’excentrique Lydie et son mari Jean-Lino, avec lequel elle a noué au fil des années une véritable amitié. La soirée se passe somme toute relativement bien, les dialogues sont incisifs, on boit, on mange, on s’amuse. Il faudrait être bien observateur pour deviner le drame qui se profile sous les plaisanteries et les rires des invités.

Et puis la soirée se termine et… Et c’est le drame. Pendant un coup de folie et une dispute anodine, Jean Lino tue sa femme et, sous le choc, descend voir ses voisins parce qu’il ne sait pas quoi faire. On entre alors dans cette délicieuse seconde partie de roman avec des accents plus policiers où l’on suit les événements rocambolesques qui vont amener Elisabeth à aider son voisin à dissimuler le crime. On s’y croirait!

« Je regardais mes pieds, mon pantalon de pyjama à carreaux, mes chaussons en fausse fourrure. Je descendais seule quatre étages avec un cadavre. Aucune panique. Je me suis trouvée ultra-gonflée. Je me suis plu. Je me suis dit, tu aurais eu ta place dans l’armée des Ombres ou dans le service action de la DGSE.« 

C’est amusant, rempli de justesse et assez brillant tout de même. Petite pensée particulière au passage avec la mouche (qui, pour une raison qui m’échappe, m’a particulièrement marquée).

EnconclusionV2

Un tourbillon magnifique. Un bel hommage à l’amitié et une lecture précise et intelligente de la nature humaine. Petit bijou pour bien commencer l’année.

Nota Bene : A lire dans la cage d’escaliers de son immeuble après la fête des voisins.

Ma note :

quatresurcinq


Editeur : FLAMMARION
Date parution : 31/08/16
ISBN : 9782081375994
Nb de pages : 300 pages

Une réflexion sur « Babylone – Yasmina Reza »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s