Soif – Amélie Nothomb

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SynopsisV2

« Pour éprouver la soif il faut être vivant. »

MonavisV2

Je suis un peu en retard pour le Nothomb annuel, mais avec la perspective du Goncourt qui s’approche, je me suis enfin décidée à lire Soif ! Le choix du sujet me paraissait intéressant et si ce n’est pas un livre qui nous tient par le suspense, Amélie nous présente ici les états d’âme d’un Jésus qui sait qu’il va mourir : du dernier jour de son procès à sa résurrection.

On connait déjà l’histoire, je ne vais pas revenir là-dessus : le simulacre de procès de Ponce Pilate, l’interminable (et insoutenable) chemin de Jésus portant la croix, les heures de supplice et puis enfin… La résurrection. AMEN!

Si Jésus est bien le fils de Dieu, il est aussi (et surtout!) un homme (qui a une grande lucidité et une forme d’autodérision que j’ai trouvé charmante). Le sens de l’humour est toujours un bien nécessaire dans des circonstances tragiques, et en vérité je vous le dis : Jésus n’en est pas dépourvu.

Ce livre est extrêmement riche dans les thèmes abordés (et mon article serait bien trop long si je voulais tous les évoquer) ainsi je voudrais insister sur les trois points qui m’ont le plus parlé.

1/. Jésus conscient des failles de la nature humaine

« En vérité, je n’ai rien dit parce que j’avais trop à dire. Et si j’avais parlé, je n’aurais pas été capable de cacher mon mépris. L’éprouver me tourmente. J’ai été homme assez longtemps pour savoir que certains sentiments ne se répriment pas. Il importe de les laisser passer sans chercher à les contrer : c’est ainsi qu’ils ne laissent aucune trace.« 

Oui, Jésus a écouté patiemment tous les témoins de son procès qui ont fait preuve d’une indécence frôlant le niveau des Balkany. Pareil pour l’intégrité. Mais Jésus est resté chill. Il arrive, difficilement, à faire la part des choses et à garder un souvenir pur des beaux moments passés avec ceux qui l’ont trahi au pire moment (pas sûr que tout le monde aurait pu en faire autant mais bon… On n’est pas Jésus!). Le silence pour ne pas donner à l’adversaire la satisfaction de voir se peindre la colère ou la peine sur son visage… Ce n’est pas tant du courage finalement que l’envie de rester digne car, tout homme qu’il soit, Jésus sait qu’il est un exemple et qu’il doit servir la cause. Après tout, cet être omniscient à conscience que son histoire entrera dans l’Histoire. Pas toujours interprétée correctement, souligne-t’il d’ailleurs à plusieurs reprises.

2/. L’incarnation qui symbolise le vivant

« En trente-trois ans de vie, j’ai pu le constater : la plus grande réussite de mon père, c’est l’incarnation. Qu’une puissance désincarnée ait eu l’idée d’inventer le corps demeure un gigantesque coup de génie. Comment le créateur n’aurait-il pas été dépassé par cette création dont il ne comprenait pas l’impact?« 

Peut-être mon thème préféré parmi ceux explorés dans le livre. Vaste sujet. J’ai tendance à être d’accord avec Jésus (avec le Jésus de Nothomb j’entends). On aurait envie, de prime abord, de penser que l’élévation, la beauté suprême, est quelque chose d’immatériel, qui relève de l’esprit. Il apparaitrait alors que ce qui tient du corps serait d’une certaine manière inférieur, de l’ordre du désir. MAIS, ce que souligne Jésus, c’est que c’est à travers le corps, l’incarnation, que l’on peut ressentir les choses, les émotions. Qu’on peut vibrer, se sentir vivant, respirer. On ne se sent jamais aussi vivant que lorsque l’on aime, que l’on meurt où que l’on éprouve la soif. D’où la citation en 4ème de couv, éprouver la soif pour se sentir vivant.

En étant désincarné, en se limitant uniquement à son esprit (en valorisant l’ange plutôt que la bête pour reprendre l’image de Pascal), on risque de ne plus rien ressentir et de passer à côté de la vie tout simplement. Et j’ai tendance à penser qu’il vaut mieux ressentir quelque chose plutôt que rien. Souffrir, aimer, être tourmenté par mille passions, plutôt que de rester un être relativement indifférent à ce qui l’entoure et déconnecté de son corps et du monde. C’est la raison pour laquelle il parait si incroyable que Dieu ait pu « inventer » l’amour, le monde, sans lui-même être incarné. Belle trouvaille (sur laquelle on pourrait évidemment parler pendant des heures ! )

3/. Hello Judas, my old friend

« J’imagine que chacun a un ami de cette espèce: un ami dont les autres ne comprennent pas qu’il soit notre ami.« 

On a beau ne pas connaître la Bible par coeur et hésiter au moment de nommer les apôtres, s’il y en a bien un que tout le monde connait, c’est lui : Judas. Cet ami qui trahit, cet ami si insupportable que l’on ne peut pas s’empêcher d’aimer, d’une manière toute particulière, précisément parce qu’on a l’impression d’être le seul à pouvoir le voir réellement, à l’apprécier dans toute sa complexité.

Jésus sait dès leur première rencontre que Judas le trahira. Il le sait et pourtant il l’aime et l’aimera jusqu’à la fin. Très chic type ce Jésus.

EnconclusionV2

C’est un très beau roman que nous livre Amélie Nothomb. Au-delà de l’exactitude des faits, j’ai trouvé intéressant de découvrir l’histoire sous ce prisme. Celui d’un homme, fils de Dieu mais homme quand même, qui souffre, qui s’interroge et se demande si, en montant sur la croix et en acceptant sa condamnation, il s’est vraiment aimé lui-même autant que son prochain.

Nota Bene : A lire après la Bible et avant de prendre une coupe de champagne !

Ma note :

quatresurcinq


Editeur : ALBIN MICHEL
Date parution : 21/08/19
ISBN : 9782226443885
Nb de pages : 162 pages

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