DOSSIER : La femme d’en haut – Claire Messud

** Attention cet article contient des spoilers pour ceux qui n’ont pas lu le livre**

 Les gens n’ont pas envie de s’inquiéter pour la femme d’en haut. Elle est fiable, organisée, sans histoires

J’ai de suite été séduite par la 4ème de couverture, cette description de la voisine sans histoire qui semble avoir la vie banale et normale par excellence. Qui se cache derrière cette femme ni belle ni moche, ni jeune ni vieille, ni blonde ni brune ?

Nora est cette fille/femme* qui a toujours fait plus ou moins ce que l’on attendait d’elle (la bonne copine, la bonne prof, la digne héritière des rêves contrariés de sa mère et de ses envies d’évasion). Finalement, on a l’impression qu’elle n’a jamais eu le courage de vivre ses ambitions, d’oser être pleinement elle-même ; comme si son avis était un critère parmi tant d’autres dans son processus de décision, un critère d’une importance relative par rapport aux exigences de ses parents et des valeurs reçues par son éducation.

fille/femme* : C’est peut-être un détail mais je trouvais intéressant qu’elle se décrive comme une fille puis comme une femme. Qu’elle oscille entre les deux. La question de la finitude de la vie, de son âge (elle fait une véritable fixette là-dessus) apparait tout au long du roman. Au-début on peut dire effectivement que c’est une fille (parce qu’elle n’est pas en accord avec elle-même) mais après la trahison de Sirena elle s’affirme et devient réellement femme (en tout cas c’est comme ça que je l’interprète).

En parlant de filles/femmes j’ai été frappée par son mépris et sa condescendance par rapport justement aux filles (toutes décrites comme des idiotes qui s’intéressent plus à leurs fringues qu’aux vrais problèmes du monde). C’est un féminisme un peu facile ou seules les quelques figures admirées sont épargnées : Didi, Sirena et sa mère.

1/. Le Palais des glaces : La quête de sens vers l’affirmation de soi

La métaphore du palais des glaces était particulièrement bien trouvée. Pourquoi ?

  • La palais: Le palais représente l’immensité de l’existence et son côté labyrinthique, les opportunités qui se trouvent derrières de nombreuses portes sur notre chemin qu’on laisse passer (par peur, par déni ou bien tout simplement parce qu’on veut tracer vers la fameuse sortie!).
  • Des glaces : Alors là évidemment il y a la métaphore de l’identité, la question du reflet, de ce que l’on projette. La différence entre la personne que l’on est, que l’on pense être, que l’on voudrait être et le reflet que l’on renvoie au reste du monde (via les miroirs déformants). Nora parait obsédée par cette question au point de devenir la fille la moins spontanée du monde. Et comment pourrait-on lui en vouloir ? Elle nous pose avec justesse tout au long du livre la question de savoir si finalement à force de faire semblant on ne devient pas cette caricature à laquelle on joue quotidiennement pour sauver les apparences. A force de trop faire semblant, le risque est de ne plus se souvenir de la personne que l’on était auparavant. Cette idée m’a fait penser à l’anecdote d’un type qui avait passé son adolescence à imiter les rires des autres et qui, arrivé à l’âge adulte, ne se souvenait plus de son véritable rire. C’est vrai que c’est l’écueil auquel on arrive inévitablement et c’est particulièrement pervers puisque lorsque l’on s’en rend compte c’est trop tard et on a perdu notre authenticité. On est obligé de jouer la comédie, avec plus ou moins de talent, et on ressent ce sentiment de décalage qui persiste, qui nous met à l’écart. D’où peut-être aussi (pour en revenir au livre !) tous ces moments où elle a peur d’avoir l’air folle, d’avoir un comportement inapproprié vis-à-vis des parents d’élèves ou de Sirena.

Nora se sent comme le personnage secondaire de sa propre vie, elle observe mais n’agit que très sporadiquement. Cela fait sens lorsqu’elle parle de l’inscription qu’il y aura sur sa tombe. C’est une question que l’on est tous amené à se poser. Comment les autres nous perçoivent ? Est-ce que l’on nous reconnaitrait si l’on donnait la véritable description de nous-même (de notre « moi intérieur ») ?

2/. Le besoin vital d’être comprise et acceptée

A travers les relations que Nora entretient notamment avec ses deux amies (Didi- vraie amie ; Sirena – amitié/amour malsain) on voit que Nora cherche d’abord à être comprise, qu’on lui donne au fond l’autorisation d’être elle-même.

Mais est-ce que l’on peut vraiment être compris ? Personnellement je pense que c’est impossible, que personne ne peut vraiment comprendre s’ils n’ont pas vécu les mêmes choses (on peut compatir au sens de « souffrir avec », essayer de se mettre à la place de) mais on ne peut pas comprendre. Nora en est consciente mais elle se laisse bercer par l’illusion qu’elle comprend Sirena, ou plutôt que celle-ci lui laisse entrevoir sa véritable nature (ce qu’elle estime être un cadeau inestimable). Là-dessus je rejoins totalement Nora. Au fond qui est-ce que l’on connait et qui nous connait totalement ? Personne. C’est un risque de se dévoiler entièrement parce qu’on fait le pari que l’autre personne nous comprendra (vraiment) et en respect par rapport au contrat implicite de l’amitié partagée ne nous trahira pas. En grandissant on revient très vite de cette conception idyllique de l’amitié j’ai envie de dire.

3/. La relation entre Nora et Sirena (+ la famille Shahid)

Le prénom

 J’ai adoré la création de la construction de la fascination de Nora pour Sirena. Déjà le choix du prénom Sirena en soi n’est pas anodin ! Sirena, Sirène. Les sirènes sont la métaphore de la dualité du plaisir, du plaisir qui ne se présente pas comme ce qu’il est vraiment. Les sirènes fascinent et envoutent les marins par leur chant (côté positif du plaisir) et leurs bateaux s’échouent sur les rochers (dangers du plaisir que l’on ne perçoit pas à première vue). C’est la raison pour laquelle justement Ulysse avait fait preuve de ruse dans l’Odyssée parce qu’il avait réussi à bénéficier uniquement du côté positif des sirènes (écouter leur chant) sans avoir le côté négatif (s’échouer donc) grâce à la ruse (s’attacher au mat du bateau).

C’était une petite parenthèse mais nécessaire je trouve pour réellement comprendre ce qu’implique le personnage de Sirena. Elle n’est pas la personne qu’elle semble être (Sirena ainsi que le mari et le fils).

L’importance du toucher

C’est quelque chose qui m’a marquée évidemment: l’importance du toucher et de cette fameuse main que Sirena pose toujours sur le bras de Nora. Il y a une véritable importance des gestes dans la manipulation, la manière dont un geste même anodin peut nous renvoyer à cet instant originel. La première fois ou Sirena lui a touché le bras, ou elle l’a bouleversée. A chaque fois que le geste est réitéré, l’émotion revient avec emphase, avec exactement la même puissance que la première fois. Lorsqu’elle lui demande de garder son fils (moment de manipulation digne d’une marquise de Merteuil), Nora ne peut refuser à cause de son éducation, à cause de Sirena mais surtout à cause de cette main sur son bras. Je trouve que c’est très intelligent de parler de ça parce que c’est vrai que les gens ne se rendent pas comptent que parfois un geste aussi anodin qu’une main sur un bras puisse déchainer tout un afflux d’émotions brutes, non rationnalisées car non traitées par le cerveau (cf. conférence de B. Cyrulnik sur la mémoire traumatique). Du coup c’est vrai que l’on peut avoir l’air ridicule à avoir peur d’un geste qui parait insignifiant d’un point de vue extérieur.

La naissance et l’évolution de la dépendance physique et affective

 Sirena est ravissante. Elle ravit Nora parce qu’elle lui plait mais aussi parce qu’elle l’enlève. Nora ne peut plus se passer d’elle. Elle attend toujours avec impatience les conversations qu’elles partagent et dont l’issue a toujours pour elle une vraie signification, un enjeu quasi-vital. Nora, est un peu naïve sur ce coup là (mais qui pourrait lui reprocher parce qu’on a tous fait l’erreur (mais elle, elle se réveille un peu tard quand même !)).

Elle est persuadée que ses sentiments sont réciproques mais inconsciemment elle se rend bien compte qu’elles ne sont pas sur un pied d’égalité. Elle admire fiévreusement Sirena tandis que cette dernière l’apprécie tièdement tout au plus. Ça m’a fait penser au passage dans Les faux monnayeurs d’André Gide ou le héros explique qu’on fait toujours semblant de ne pas trop tenir aux personnes les plus importantes par peur d’être ridicule/rejeté. C’est exactement ce que dit Nora quand elle a peur de paraitre trop enjouée en la présence de Sirena et qu’elle se force à ne pas être complètement hystérique/extatique lorsque celle-ci la contacte.

Le début de leur relation s’apparente à une période « lune de miel ». Elles entretiennent une relation exclusive et Nora fait comme si Sirena n’existait pas en dehors de leurs rencontres. Et puis lorsqu’elle rencontre son mari c’est le retour à la réalité : Sirena est une artiste montante, elle a un mari, un fils, une vie en dehors d’elle. Et pour Nora, cette idée lui apparait progressivement de plus en plus insupportable.

Reza est l’enfant rêvé. Le fils qu’elle aurait pu avoir. Skandar le mec qu’elle aurait pu avoir. Nora ne cesse tout au long du roman de se justifier d’être toujours une femme célibataire sans enfants (« toujours » sous-entendu « toujours à son âge »). Elle avait eu l’opportunité (avec Ben), c’est par choix, en suivant les principes de sa mère qu’elle a décidé d’être indépendante (vive l’émancipation !). Enfin petite parenthèse, ça c’est ce qu’elle dit mais elle n’a pas l’air d’avoir une vie amoureuse très funky ! Elle persiste dans sa volonté et sa fierté à toujours vouloir se débrouiller toute seule (bon là je serai mal placée pour lui en tenir rigueur). Elle a tendance à se dévaloriser dans la description qu’elle fait d’elle-même, dans son rapport d’admiration/de mépris par rapport aux autres. Il n’y a pas de juste milieu.

Du choc de voir que cette famille évolue sans elle, elle s’immisce progressivement dans leur quotidien (via les fantasmes qu’elle a de Skandar, les conversations avec Sirena et son attitude maternelle et surprotectrice envers Reza). Evidemment elle culpabilise et se rends bien compte qu’elle n’est pas à sa place mais après tout peu importe puisque ça la rends plus heureuse et plus vivante qu’elle ne l’a jamais été. C’est pour ça qu’elle accepte d’être utilisée parce qu’au fond elle y trouve elle aussi son compte. Sa volonté de faire partie de cette cellule familiale devient limite obsessionnelle et Sirena ne cesse de l’encourager dans cette voie en lui disant qu’elle est je cite « une véritable amie ». Mon dieu, quand elle a dit ça j’au juste eu envie de sauter dans le livre et de la remettre à sa place !

Jusqu’à ce moment-là l’opération séduction se déroule avec succès !

Des illusions à la désillusion

Tout est merveilleux, Nora n’a pour l’instant entendu que le chant des sirènes et est à peine consciente qu’elle pourrait s’échouer sur des récifs. Tout est merveilleux et puis sa famille d’adoption part brusquement. Sans elle. C’est les heures passées près du téléphone à attendre une lettre, un sms, n’importe quoi. C’est se raccrocher au moindre signe de vie de l’autre. C’est se retrouver désespérée de réaliser qu’on est cette personne qui ne se suffit pas à elle-même malgré ses beaux discours sur l’indépendance.

Sa colère n’est finalement que l’expression de sa tristesse qui la prend aux tripes. Peut-être que finalement elle ne comptait pas tant que ça pour Sirena (il était temps qu’elle s’en rende compte) ! Il n’y a pas eu de promesses entre elles. Rationnellement Nora ne pouvait pas en vouloir à Sirena de ne pas lui donner de nouvelles mais le contrat de l’amitié était implicite. On en revient encore à cette prise de risque de s’attacher, de mettre quelqu’un sur un piédestal. Soit l’autre personne s’en fout, soit elle s’en rend compte et en joue (pour le coup c’est plus pervers). A ce moment-là on ne sait pas encore si Sirena est juste une connasse égoiste qui ne se rend pas compte de ce qu’elle fait ou si c’est une perverse qui sait et qui en joue. A la limite on préfèrerait presque la seconde possibilité. Une indifférence sans mauvaise intention c’est le mépris ultime. On raye la personne de son existence et basta ya.

Pour Nora, plus l’attente dure, plus elle s’accroche. Plus Sirena est cruelle, plus elle a besoin d’elle. C’est terrible. Pourquoi ? En pardonnant (parce qu’évidemment Nora finit par lui pardonner, comment faire autrement) elle justifie le fait d’être restée. Si elle avait dit stop, alors Nora aurait été obligée de se retrouver face à elle-même et de réaliser qu’elle avait été bien conne de s’accrocher tout ce temps dans cette amitié à sens unique. Alors Nora pardonne. Elle pardonne parce qu’elle est trop faible pour dire non et se sortir de cette emprise délicieuse, de cette relation destructrice qui représente tout et qui désormais la définit.

Nora pardonne mais elle n’oublie pas. La graine de sa colère et de sa rébellion a désormais un terreau fertile pour pousser.

Nora n’est pas uniquement fascinée par Sirena elle l’est par cette famille mais aussi pour ce qu’elle représente ; un champ de possibilité, l’espoir de s’épanouir et de devenir l’artiste et la femme qu’elle voudrait être, de réaliser le rêve qui était bridé par sa peur de rater, sa peur de ne pas être à la hauteur de l’idée qu’elle se faisait d’elle-même.

Je ne supportais pas l’idée d’échouer. Je trouvais pire de tenter ma chance et d’échouer que de ne pas essayer.

Là encore on retrouve cette peur héritée de sa mère de passer à côté de sa vie et d’errer dans le Palais des glaces et de manquer les portes (encore une petite couche sur le temps qui passe et fixette sur son âge – décidément !).

Elle est fascinée par cette famille mais peu à peu devient jalouse de Sirena qui prend sa vie de rêve pour acquise. Nora rêverait d’avoir une relation exclusive avec chacun d’entre eux. Pourquoi est-ce que c’est si important ? En fait c’est un peu la dialectique maitre/esclave de Hegel inversée. Nora admire de façon particulière les trois membres de la famille et elle est enchantée qu’ils l’aiment en retour. Pourquoi ? Parce que si des personnes aussi fascinantes l’aiment alors cela signifie qu’elle est digne d’être aimée, qu’elle a de la valeur. En fait cette relation booste sa confiance en elle et font naitre en elle l’espoir que sa vie n’est pas finie, qu’elle peut réussir en tant que femme, en tant qu’artiste et qu’elle pourra un jour traverser Paris en voiture, les cheveux au vent.

La relation plus intime

 On le voyait venir, le moment où Nora allait se rendre compte qu’elle éprouvait du désir au-delà de l’amitié et de l’amour pour Skandar et Sirena. Plus que le désir c’est une relation intime, particulière qu’elle veut avec chacun d’entre eux, séparément (l’idée qu’ils puissent coexister sans elle lui est aussi insupportable).

Skandar est un personnage très énigmatique tout au long du livre au sens où on se demande ce qu’il trouve à Nora. Sirena l’utilise comme assistante et faire-valoir, Reza comme mère de substitution mais lui ? Qu’est-ce qu’il lui trouve ?? J’étais un peu sceptique par rapport aux promenades platoniques de Skandar et Nora. Cette situation est peu crédible à mon avis.

Les oppositions dans l’art

Skandar ne m’a pas intéressé plus que ça jusqu’au moment où il découvre l’œuvre de Nora. Ce qui m’amène à un point majeur du livre : les différentes conceptions artistiques de Nora et Sirena et ce que ça dit de leur personnalité.

Nora a un art recroquevillé sur lui-même, minutieux, introverti, elle s’efface, invisible, pour laisser la place aux femmes qu’elle admire et dont elle imagine le lieu d’intimité par excellence (la chambre donc) tandis que Sirena envisage une œuvre grandiose, exposée à la lumière, éclatante de joie, à la taille de son ego et de son ambition. On a également une opposition entre les photos professionnelles de Sirena qui témoigne, qui s’assume, et les polaroids flous et fantasmagoriques de Nora qui s’amuse à être quelqu’un d’autre, qui s’excuse presque d’exister. L’opposition entre l’ombre et la lumière.

On ne peut décemment pas parler de leur opposition sans évoquer le titre de l’œuvre de Sirena (là-encore on apprécie le clin d’œil à Lewis Caroll : Alice au pays des merveilles jusqu’à l’autre côté du miroir). L’œuvre de Sirena (qui porte décidément bien son nom !) fait également écho à la métaphore du début, celle du Palais des Glaces, des miroirs déformants qui embellissent, asservissent, transforment la réalité.

Il y aurait surement beaucoup de chose à dire sur le détail de la construction de leurs œuvres respectives mais là n’est peut-être pas l’essentiel du livre, c’est surtout le fil conducteur, une illustration imagée des rapports qu’elles ont avec la vie, avec elles-mêmes.

Le tragique du départ de « la famille » de Nora

J’ai toujours su que mon désir ne pourrait pas être satisfait, qu’il ne le serait jamais ; mais que j’étais encore assez près pour me cramponner, par intermittence, au fantasme de sa satisfaction, et que cela même suffisait à le maintenir, si longtemps, en vie.

Quand la famille part, l’obsession de Nora prend une dimension toute particulière. Et personne, même pas Didi, ne comprend. Comment le pourrait-elle ? A-t‘elle seulement déjà vécu quelque chose de similaire ? Nora ne vit encore une fois que dans l’attente et regarde le monde par le prisme de sa relation avec eux. Eux qui sont tellement parfaits par rapport à elle qui, au fond, à part cette année partagée avec eux, n’a pas accompli grand-chose.

Le départ de Sirena est vécu comme une petite mort. Je pense que le mot « mort » n’est pas exagéré (lorsqu’elle compare cet abandon à la mort de sa mère). C’est une mort, la fin d’une histoire, le démantèlement de l’œuvre pour laquelle elle a tant travaillé (réellement et symboliquement), la fin des jours heureux. Comme si tout cela n’avait été qu’une parenthèse imaginée/imaginaire.

Et puis Sirena revient, elle irradie, elle rayonne comme un soleil et même Anna (la galeriste) ne peut détourner son regard d’elle. Est-elle vraiment aussi magnétique ou bien est-ce une déformation de ce que croit voir Nora ?

La trahison

Nora était déjà amère lorsque Skandar lui avait donné ses vieilles affaires en partant (une concession et pas réel cadeau) et on ne peut que la comprendre. Mais même ça elle était prête à le comprendre et à l’accepter parce qu’elle se trouvait insignifiante. Ce qu’elle ne pourra pas pardonner en revanche c’est la trahison ultime de Sirena et le silence complice de Skandar. Réaliser que leur famille n’était pas sincère, que cette amitié/cet amour n’était pas réciproque.

Au fond c’est peut être un mal pour un bien parce que, une fois trahie, Nora se donne la permission de vivre. Elle s’autorise à avoir une fureur de vivre, à laisser éclater sa colère et à dire FUCK sur sa tombe. Le monde peut trembler parce que maintenant « vous allez voir ce que vous allez voir ».

3/. Une nouvelle lucidité

Parfois, vous ne saisissez même pas l’importance d’un évènement avant longtemps, car vous n’arrivez pas à croire qu’un fait aussi capital ait pu présenter une apparence aussi anodine.

On pourrait écrire des pages et des pages sur cette phrase. Parce qu’elle est vraie. Parce qu’il suffit d’un rien pour changer une vie, de cinq malheureuses petites minutes et c’est fini, tout bascule. Irrémédiablement. C’est la « fêlure fatale » dont parlait Donna Tartt (de manière générale tout est dans le livre de DT).

On peut se demander si c’était une bonne chose que Nora croise le chemin de la famille Shahid. Est-ce qu’il aurait mieux valu qu’elle reste « la femme d’en haut » ou bien est-ce que cette rage de vie est préférable ? Je tends à préférer la seconde option. Pourquoi ? Déjà parce que c’est impossible de revenir sur le passé mais surtout parce que l’important c’est ce qu’elle va faire de cette expérience. C’est qu’elle se batte, c’est qu’elle dise FUCK sur sa tombe, c’est qu’elle devienne l’artiste qu’elle a toujours voulu être et qu’elle arrête de se mettre toute seule des barrières. Sirena aura au moins eu le mérite de la révéler à elle-même. Bien sûr elle lui aura fait du mal. Terriblement. Mais Nora ne va plus se laisser faire ! Elle choisit la Vie avec un V majuscule.

J’aimerai terminer sur une petite phrase de Martha Graham que j’avais notée sur un petit carnet parce que je trouve qu’elle correspond bien au nouvel esprit combatif de Nora (et surtout parce que je n’ai pas trop d’inspiration pour une conclusion !):

There is a vitality, a life force, a quickening that is translated through you into action, and there is only one of you in all time, this expression is unique, and if you block it, it will never exist through any other medium; and be lost. The world will not have it. It is not your business to determine how good it is, not how it compares with other expression. It is your business to keep it yours clearly and directly, to keep the channel open. You do not even have to believe in yourself or your work. You have to keep open and aware directly to the urges that motivate you. Keep the channel open

C’est un peu la leçon que donne Nora finalement : Keep the channel open

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Une réflexion sur “DOSSIER : La femme d’en haut – Claire Messud

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