Conférence d’Eric-Emmanuel Schmitt

« L’homme qui voyait à travers les visages »

bandeau_193254

La librairie Decitre organisait mercredi dernier (5/10) à la Bourse de Travail de Lyon une conférence d’Eric-Emmanuel Schmitt autour de la parution de son dernier ouvrage « L’homme qui voyait à travers les visages ». Bien entendu, lorsque j’ai vu la nouvelle sur mon fil d’actualité Twitter je me suis inscrite dans la seconde et là, quelques heures après la fin de la conférence je ne regrette absolument pas ce choix plus poussé par un instinct primaire qu’autre chose.

Pour la petite histoire, la conférence devait commencer à 19h mais une séance de dédicaces était organisée à 18h donc évidemment je suis arrivée en avance…Très en avance ! Pas folle la guêpe. Et au bout de 23 petites minutes d’attente je me suis retrouvée devant lui. J’hésite à vous retranscrire le dialogue tant il est dépourvu d’intérêt et tant j’ai eu l’air cruche et pathétique mais bon pour la véracité du récit allons-y ! No shame no game!

 **

MOI (m’avançant avec mon exemplaire dans les mains tremblotantes) : Heu Bonjour Monsieur ! (Déjà la phrase d’accroche bien naze)
LUI (avec un sourire accueillant) : Bonjour Mademoiselle.
Il se penche sur le post-it jaune remis par une organisatrice sur lequel est marqué mon prénom et me regarde avec un petit sourire au coin.
LUI (surpris) : Vous-vous appelez Ségolène ?
MOI (s’il me dit que c’est Royal…) : Heu oui *rire nerveux* (et là c’est la catastrophe) En fait je suis un peu stressée (comme s’il n’avait pas remarqué) *rire nerveux bis* Voilà, je voulais vous dire que j’ai adoré votre livre, « Concerto à la mémoire d’un ange ». Je …enfin… Il m’a vraiment marquée et heu… voilà (intérieurement vous pouvez bien vous imaginer que je me décomposais lamentablement sur place et je me disais mais tais-toi mais tais-toi)
LUI (même sourire bienveillant ou sourire « pauvre fille » mais bon on va faire comme si c’était toujours le sourire bienveillant #déni) : Oh merci c’est gentil ça me fait très plaisir.
Il écrit sa dédicace et moi je suis juste incapable de sortir une phrase sujet-verbe-complément un tant soit peu pertinente ! Sortir une phrase tout court d’ailleurs.
LUI (en me tendant mon exemplaire dédicacé) : Voilà !
MOI (les mains toujours tremblotantes mais avec un entrain pour le moins suspect) : Merci ! Bonne soirée ! (Oui j’ai vraiment dit Bonne soirée. Alors que j’assistais à la conférence 30 minutes plus tard. No comment).

Pour couronner le tout je me suis trompée de direction en repartant. Bref, la TO-TALE. Heureusement la suite de la soirée fut plus heureuse concernant ma dignité  (ou ce qui en restait) puisque je me suis contentée de m’asseoir sur mon fauteuil et de boire ses paroles avec un sourire béat. Mission accomplie 

conf-ees

Mais quid de la conférence ?

Tout d’abord j’aimerais conseiller à tout le monde d’assister au moins une fois dans sa vie à une conférence d’EES. J’ai retrouvé le temps d’une heure et demie cette satisfaction que j’avais en cours de philo, ces moments où l’on apprend, où l’on comprend les choses et où d’une certaine manière, on accède à de nouvelles clés de lecture du monde. EES est également un orateur de talent (mes notes sont truffées de verbatim). Il explique avec pédagogie et humilité le cœur de ses œuvres et partage son avis sur les questions essentielles de la vie ou encore les débats d’actualité. Avec une dose d’humour en prime.

Certains moments sont faits pour être vécus et pas pour être racontés mais je vais quand même vous faire un petit débrief non exhaustif de la conférence par thématiques. Je laisserai de côté les considérations vraiment spécifiques à son dernier livre (à inclure peut-être dans la critique #teasing).

♦ ACTUALITE : ENTRE VIOLENCE ET DE-RADICALISATION 

Le dernier roman d’EES s’ouvre sur un attentat à la sortie d’une messe. En abordant ce thème qui fait tristement écho à l’actualité, il suscite l’interrogation du libraire qui lui demande ce qu’il pense du phénomène de dé-radicalisation et de la violence dans la société. EES entame sa réponse en citant Proust « La plus grande des violences qu’on peut infliger à quelqu’un c’est l’indifférence ».

Lorsqu’on l’interroge sur l’Islam, il a cette phrase très juste « Ce à quoi on assiste aujourd’hui c’est à l’Islamisation de la radicalisation plutôt que La radicalisation de l’islam ». De tout temps, les radicalisations ont existé et au fond, ce qu’il faut retenir c’est que certains ont besoin d’une cause, quelle qu’elle soit, surtout à la période de l’adolescence où l’on peine à trouver sa place dans le monde. On se construit selon trois identités : sociale, familiale et religieuse. Lorsque l’on se trouve en perte de repère, mal inséré socialement et avec une famille peut-être dysfonctionnelle, l’équilibre est rompu et le danger est de « réduire son identité à une pure identité religieuse ». Si l’émotion est une clé pour recruter les jeunes, EES pense que c’est aussi une des solutions pour les dé-radicaliser.

Il insiste également dans ce processus de construction de l’identité sur l’importance de la transmission dans la famille, surtout celle qui est non verbalisée. Il faut éviter de tomber dans l’écueil du déterminisme afin de « ne pas être objet de l’histoire mais sujet de son histoire ».

♦ LA VIE D’UN AUTRE

« Je crois qu’on est beaucoup à ne pas seulement vivre notre vie mais à vivre la vie de quelqu’un d’autre ». Cette phrase fait écho au personnage de son dernier livre, Augustin, qui est pourvu d’un don. Il voit à travers les visages l’invisible, les morts qui nous accompagnent. Certains d’entre nous ont cette lucidité, cette empathie particulière aux écrivains qui permet de voir la lumière, la nostalgie, au fond d’un regard. « Bienheureux sont ceux d’entre nous qui ont beaucoup de morts autour d’eux ». Cela signifie qu’ils ont vécu, que de nombreuses personnes les inspirent et les aident à vivre « Un écrivain a toujours un mur de morts autour de lui ».

En vivant la vie des autres, de ceux que l’on a aimé et qui sont partis on apprend à vivre et à ne pas oublier que la vie est éphémère « Je passerai toute ma vie à essayer de mériter d’être en vie. La vie est un cadeau qui nous est fait et en route on trouve ça normal d’être vivant, on oublie que c’est un cadeau. Il faut pratiquer l’étonnement d’être en vie, de se souvenir, vivre avec vivacité et intensité chaque instant ». Cultiver cet appétit de vivre. « Quand j’entends des gens se plaindre de vieillir cela m’est insupportable. C’est vieillir ou mourir jeune. Elle a ses maladies mais la vieillesse n’est pas une maladie ».

♦ LE MYSTERE DE L’ECRITURE 

« Puisque ces mystères nous dépassent. Feignons d’en être les organisateurs » Cocteau. Lorsqu’on lui demande comment il procède pour écrire, EES prend le temps de la réflexion. Il explique que tout cela relève d’un processus mystérieux, presque mystique « J’ai l’impression d’être le scribe plutôt que le créateur ». Les personnages apparaissent dans un coin de son esprit, au loin, comme des silhouettes non définies. Il s’endort alors quelques minutes et lorsqu’il se réveille de cette transe permise par ce demi-sommeil les personnages lui apparaissent plus présents. Ce n’est pas comme si l’histoire était déjà écrite et rédigée dans son esprit, plutôt comme si elle était vivante et qu’il n’avait plus qu’à retranscrire ce qu’il avait perçu.

C’est intéressant de voir finalement que le terreau de son imagination réside dans cet état de demi-conscience qui lui permet de raconter ses rêves. D’ailleurs les histoires, EES en est féru comme il l’a expliqué à une personne qui lui posait une question à la fin de la conférence. Les yeux fatigués après des journées de travail et d’écriture, il aime écouter des histoires audio avant de dormir. Toujours ce besoin de s’évader et de rêver. C’est peut-être pour cela que c’est un écrivain de génie. Parce qu’il s’autorise à cultiver ses rêves.

♦ LES TEXTES FONDATEURS ET LE RAPPORT AU DIVIN 

« C’est la lecture qui fait le livre et pas le livre qui fait la lecture… Sauf quand on le lit plusieurs fois ». EES croit profondément qu’il ne faut pas avoir une lecture littérale et passive des textes fondateurs. La Bible ou le Coran nécessitent une lecture critique, attentive et intelligente « La religiosité ce n’est pas la cessation de la pensée ».

Le violent est celui qui veut faire disparaître dans le réel tout ce qui remet en question sa pensée. « C’est une maladie de la pensée, ce n’est pas une maladie de la religion. Comme c’est une maladie de la pensée, c’est une bonne nouvelle, on peut la guérir par la pensée ». EES conclut ce point en insistant sur l’importance de la pensée des Lumières et de la culture pour avoir l’ouverture d’esprit adéquate et ne pas tomber dans les travers que l’on connaît.

Il termine cette conférence en expliquant que « Dieu est un auteur mal compris, mal lu, très mal lu. En fait ce n’est pas Dieu qui est un mauvais écrivain c’est l’homme qui est un mauvais lecteur» L’homme est responsable de sa lecture, de son rapport avec le divin et des autres hommes.

**

Vous l’aurez compris, je n’ai pas encore lu son dernier livre (dédicacé !!! On ne le répètera jamais assez) mais je publierai sûrement sa critique dans le courant du mois de Novembre. Et vous ? Qu’est ce que vous pensez d’EES ? Quel est son livre que vous avez préféré ?

Publicités

3 réflexions sur “Conférence d’Eric-Emmanuel Schmitt

  1. Pingback: L’homme qui voyait à travers les visages – Eric-Emmanuel Schmitt | le petit crayon

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s