Une simple lettre d’amour – Yann Moix

9782246857693-X

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« Il est toujours bon d’écrire aux femmes que l’on aime. Ne serait-ce que pour les avertir, une fois la rupture consommée, qu’elles font bien de fuir ceux qui leur ont menti, les ont bernées, les ont parfois trompées pendant si longtemps. Il en va de leur départ comme de la mer, lorsque celle-ci se retire : on s’aperçoit de ce qui se cachait sous les flots. Des bidons d’essence, de vieux pneus, des bestioles décharnées. ». Y.M

MonavisV2

Cette lettre qui commence par « Mon Amour » n’a de lettre d’amour que le nom.

Simple ? Elle ne l’est assurément pas. De figures de style en métaphores, Y. Moix jongle avec les mots peut-être au détriment de l’histoire qu’il tente de raconter. Il l’avoue lui même, lui qui aime tant avouer, cette lettre est l’occasion de faire ses armes. En se dévoilant avec une sincérité (vraiment ?) cash, presque trash, il révèle surtout une très haute estime de lui-même.

dans une lettre que j’avais sournoisement pris soin de photocopier (au cas où ma correspondance complète intéresserait un jour, comme celle de Claudel ou de Joyce)

Moix est très fier de lui, on ne cessera de le constater dans les multiples références littéraires qu’il distillera sans subtilité tout au long du livre (de Proust à Stendhal en passant par Racine). Le mystère est résolu : voilà donc d’où viennent ses questions à rallonge dont il nous fait profiter, nous pauvres incultes, lors de ses interview dans ONPC chaque samedi soir.

Cela dit, moi aussi j’avoue aimer « avouer » et je dois bien admettre que je ne suis pas insensible à ceux qui ont le sens de la formule et de la répartie. Menus plaisirs de l’esprit même si parfois il le révèle à travers des petites piques malheureuses et gratuites à destination de l’être anciennement adulé.

L’envie de t’écrire (le papier est de mauvaise qualité, comme nos rapports) me taraude depuis longtemps .

Certains diront que ce livre est prétentieux, d’autres, qu’il est bien écrit. Moi, éternelle indécise j’oscille un peu entre les deuxYann Moix m’est apparu comme un être profondément antipathique, hautain, arrogant, prétentieux, persuadé de tout savoir sur tout. Profondément cynique ? Je ne le pense pas. Je pense au contraire que c’est un grand romantique qui, nourri de littérature, cristallisait avec tant d’espoir l’être aimé qu’il s’est retrouvé extrêmement déçu, presque trahi en se rendant compte que la femme rêvée n’existait simplement pas. Que les femmes n’étaient que des enveloppes, l’amour une chimère pour les rêveurs. Alors il a consommé à outrance : les petites, les grandes, les belles, les moches, les gratuites, les payantes, toutes.

Ma carrière dans la volupté, dans le « vice », dans le nombre, dans le corps des femmes, pouvait démarrer.

En cherchant toutes les femmes il a peut-être voulu combler ce vide laissé par la perte de celle qu’il n’aura jamais la femme idéale, inaccessible, l’éternelle suivante. Loin de moi l’idée de faire de la psychologie de comptoir mais c’est en tout cas l’interprétation que j’en fais.

Au-delà de la « simple lettre d’amour » Y. Moix propose une véritable réflexion sur la nature de l’amour et son rapport à celui-ci. Pour lui l’amour, le vrai, c’est l’amour innocent, pur et léger comme le rire d’un enfant, un amour qui ne connaît pas encore les contraintes pesantes du quotidien qui le transforment en un puits d’obligations à la rigueur administrative : vivre ensemble, payer le loyer, les factures, les enfants, les projets, etc.

Ce qui est exténuant, ce n’est pas que le pire soit toujours sûr, mais que le meilleur soit toujours incertain.

Il ressort de cette lettre beaucoup de rancœur.

L’amour est plus méchant que la guerre, puisque la guerre consiste à faire du mal à ceux que l’on aime pas .

Il crache, il vomit sur cet amour. Du désespoir il passe à une haine féroce, celle qu’on a envers ceux qu’on aime et pas ceux qu’on déteste. Cette lettre c’est le cri, le dégueuli verbal d’un homme dont le cœur a été écartelé, l’égo et l’orgueil déchiqueté par une charogne, un simple corps remplaçable, substituable, comme ceux de toutes les autres femmes.

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Amateurs de « petites phrases » et jolies formules je vous recommande vivement ce livre qui en est truffé ! Cette simple lettre d’amour n’aura finalement eu rien de simple, c’est surtout une déclaration d’amour à lui-même mais si on lit entre les lignes je pense que c’est une lettre d’amour à l’amour, le vrai, pas celui au rabais qu’on nous vend dans les comédies romantiques ou dans les mariages qui ressemblent plus à des contrats qu’à autre chose. Une belle découverte.

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Selon Y. Moix les mauvais livres contiennent le mot « blême » dès la première page, à noter pour les écrivains en herbe !

Ma note :

troissurcinq


Editeur : GRASSET
Date parution : 29/04/15
ISBN : 9782246857693
Nb de pages : 144 pages

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