Féminine – Emilie Guillaumin

feminine

 

SynopsisV2

Emma Linarès voulait que sa vie soit intense. Voire héroïque. Grande lectrice, elle se rêvait en personnage de roman.Un jour, après y avoir longuement songé, elle a franchi le portail intimidant d’un camp militaire.

L’armée. N’était-ce pas là que se vivaient les dernières aventures ? Sans doute. Mais seulement quand elle aurait appris à s’habiller en moins de cinq minutes, à ramper dans la boue, à se mettre au garde-à-vous, à nommer chaque pièce de son fusil d’assaut et à chanter sa nostalgie virile pour une belle blonde restée au pays…

MonavisV2

J’ai découvert avec un plaisir certain ce livre qui est aussi le premier roman d’Emilie Guillaumin. Moi qui ne connaissait absolument pas, et qui ne m’étais jamais intéressée pour être honnête à l’armée, j’ai pu grâce à ce livre combler quelques lacunes.

Cette histoire c’est le témoignage d’Emma Linares, une jeune femme qui décide de s’engager dans l’armée, de devenir une féminine selon l’expression consacrée. De la sélection aux tests physiques à l’évaluation psychologique où on la déclare « trop sensible », Emma s’accroche pour façonner son esprit et son corps aux idéaux de l’armée. Aux idéaux qui lui avaient transpercé le cœur lors d’un défilé du 14 juillet.

En y pensant, c’est ridicule. Engager sa vie pour un 14 Juillet, un drapeau qui flotte au vent et le cliquetis du « portez armes » hurlé dans le silence recueilli de la foule pour une fois silencieuse. Pourtant, c’est ce que j’ai fait. D’obscures raisons plus ou moins conscientes baignent peut-être aussi dans le magma liquide de mon cerveau. Mais à la base, il y a quoi ? Les visages solennels d’hommes rasés, leur pas qui semble ne jamais vouloir s’arrêter, leurs carrures rigides et l’hymne guttural de leurs cœurs. 

J’ai évidemment eu un petit pincement au cœur en lisant ces phrases… Le 14 juillet, s’engager pour sa patrie, son pays. S’il y a quelque mois ce discours m’aurait laissée de marbre, aujourd’hui je lis ces lignes avec une gravité nouvelle et je comprends presque Emma qui trouve un confort rassurant dans cette institution immuable, enracinée dans l’Histoire, qui promet des aventures, des missions auréolées de gloire pour trouver un sens à sa vie. Comme au cinéma.

Sauf que la réalité ne ressemble en rien au cinéma. La réalité ce sont les blagues grivoises, les réveils à l’aube. C’est se préparer en 10 minutes dans lesquelles chaque seconde est comptée, c’est les heures passées à se traîner dans la boue glacée, les pieds endoloris couverts d’ampoules. On suit Emma, à travers sa détermination, ses doutes, ses incertitudes pendant ce qui est un véritable parcours du combattant. Pas tant pour les épreuves physiques mais par l’image de l’armée qui finalement ne correspond pas à ce qu’elle en attendait. Elle s’en rendra vite compte notamment lors des départs en permission. Oublié le prestige de l’uniforme. La réalité se fait alors crue comme un jogging détendu ou un T-shirt délavé. Nus ils sont nus. Affublés de déguisements grotesques, démunis sans le treillis, les rangers, le fama et le sac qui leur cisaille l’épaule, dépourvus de leurs mines sévères et graves, ils sont nus. Prêts à retourner dans le civil, pendant une permission qui aura presque des airs de printemps. Une bouffée d’air frais dans une vie dictée par une discipline implacable ou réfléchir revient presque à désobéir. La vie civile apparaît alors à Emma presque comme une étrangeté, un monde aseptisé loin de la réalité sans fard des combats. Hugo, l’homme qu’elle aime, semble être alors le seul lien qui la retient alors à ce monde parallèle.

L’armée captive parce que c’est une aventure humaine hors normes qui donne le droit de tuer et de se faire tuer. 

L’armée est une famille, un esprit de corps, des frères d’armes qui portent tous sur leurs visages une trace primitive d’animalité, la conscience de leur mortalité au fond de leurs pupilles. Un quelque chose qui fascine. Pourtant Emma doute, elle a l’impression qu’ils ne font que « jouer à faire la guerre » et que tant qu’elle ne sera pas affectée véritablement en mission toute cette préparation, nettoyer encore et encore les pièces de son fama, les réveils à l’aube (visiblement c’est une torture qui m’a particulièrement marquée) a quelque chose d’absurde, qui relève du non sens.

Lire me sauvait, mais de manière perverse. Car la lecture me faisait croire, dur comme fer, en un ailleurs meilleur, rempli d’aventures et de voyages, de héros aux destins hors du commun.

Emma a soif de grandeur, de triomphe et d’Histoire. Elle veut des frères d’armes, une famille, se fondre dans quelque chose qui la dépasse pour donner un sens à sa vie. La vie d’une héroïne sortie des sentiers battus, féminine dans l’armée : une curiosité pour les civils, une singularité dans l’armée. Au fond c’est cela qu’elle recherche : une identité, quelque chose à admirer, un défi à relever. Être une héroïne de roman. Est-ce que l’armée saura remplir ses promesses ?

EnconclusionV2

Je regrette les quelques longueurs dans la seconde partie du livre même si mon impression générale était plutôt positive. Finalement, ce livre ne parlait pas tant de l’armée que de l’histoire d’une femme qui voulait devenir une héroïne, faire quelque chose d’incroyable de sa vie et qui croyait réaliser ce rêve grâce aux promesses de l’armée, organe du pouvoir qui a toujours fasciné.

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A lire entre deux séances de préparations pour le Mud-day en écoutant « In the army now » de Status Quo ou « Radioactive » d’Imagine Dragons.

Ma note :

troissurcinq


Editeur : FAYARD
Date parution : 24/08/16
ISBN : 9782213699318
Nb de pages : 400 pages

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3 réflexions sur “Féminine – Emilie Guillaumin

  1. Pingback: Le cri – Thierry Vila | le petit crayon

  2. Tiens, je ne connaissais pas ce livre…
    C’est intéressant, étant moi-même ancien officier de l’armée française.. J’ai toujours dit qu’un jour j’écrirai sur ce que j’y ai vécu..
    Je vais me renseigner et le commander. Merci.

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