Théâtre – A droite à gauche

droite gauche

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Comment peut-on être un acteur riche, célèbre et être de gauche ? C’est ce que se demandent la plupart des gens de droite. Comment peut-on être ouvrier chauffagiste et voter à droite ? C’est ce que pensent la plupart des gens de gauche.
A quelques mois des élections, la confrontation inattendue entre Jean-François Balmer et Régis Laspalès casse les codes, se joue des stéréotypes, fait vaciller nos opinons !

Pièce de Laurent Ruquier.

MonavisV2

Je ne peux pas être de gauche, je n’ai pas les moyens.

Lorsqu’un acteur bobo parisien (Jean-François Balmer), jouant exclusivement dans des films d’auteurs fait appel à un modeste chauffagiste (Régis Laspalès) pour réparer sa chaudière, il se rend compte avec effroi qu’ils ne sont pas du même bord… politique!

Alors que l’acteur, passionné de politique et irrémédiablement de gauche, prône la quête d’un idéal, le partage et le vivre ensemble, somme toute de belles valeurs humanistes; l’ouvrier quant à lui fait preuve d’un réel pragmatisme. Il est facile de vouloir partager lorsqu’on a tout, facile d’être tolérant vis à vis des étrangers lorsque l’on vit dans une petite bulle totalement coupé des réalités.

Il y a particulièrement trois points qui m’ont interpellé dans la pièce:

  • L’analyse sur les différents idéaux : L’élite de gauche cherche à élever la conscience de tous, afin que tout le monde puisse connaître et apprécier Soulages alors que l’élite de droite, selon l’acteur, se préserve une certaine culture de l’entre-soi et laisse le peuple « de base » apprécier Joséphine Ange Gardien en famille.
  • Les français ne se sentent plus chez eux >< On ne se sent plus en France : L’ouvrier explique sous le regard satisfait de son contradicteur qu’il n’est pas d’accord avec la phrase « Les français ne se sentent plus chez eux ». Ce « Les français », ce « on »  ne signifient pas vraiment grand chose et cachent généralement un racisme assez nauséabond. En revanche, lui et sa femme sont d’accord avec la seconde phrase « On ne se sent plus en France », le chauffagiste n’a en effet rien contre les personnes d’origine étrangères, il souhaiterait juste qu’elles adaptent leur mode de vie.
  • La condescendance de l’acteur: En voulant absolument voter à gauche pour aider les plus pauvres, pour être bien avec sa conscience l’acteur bobo parisien fait preuve d’une certaine condescendance et même s’il essaie de s’en détacher, ses « mauvais réflexes » (je cite!) ne peuvent s’empêcher de ressurgir, notamment au moment où il est surpris par le fait que le patron du chauffagiste puisse être noir.

Je conseille réellement cette comédie d’actualité qui dénonce sous un angle particulier les clichés et la bien-bienpensance des deux grands partis. Pour les amoureux de la politique, que vous soyez de droite ou de gauche, cour ou jardin, courrez voir cette pièce brillamment mise en scène pour pouvoir dire dans quelques années « J’y étais!« . Petite dédicace à Elo ❤


Infos pratiques:

Lieu: Théâtre des variétés
Dates: Jusqu’au 29 avril 2017
Horaires: 16h30 ou 20h30 selon les jours;  spectacle qui dure  environ 1h45.
Tips & Tricks : Amener avec soi sa conscience politique 🙂

Ostende 21 – Arthur Loustalot

Ostende21

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Adèle et Joseph ont vingt-sept ans. Ce sont de beaux enfants. Peut-être les plus beaux du monde. Amoureux fous. Une virée en Belgique leur fait découvrir Ostende. Sur la plage, face à eux, se dresse une architecture raide et grise, soviétique : le Kursaal. Le casino de la ville est l’un des plus grands d’Europe.
Adèle et Joseph entrent et jouent, perdent, gagnent, s’abandonnent à ce monde hors de tout. Ils reviendront, c’est une promesse. Un temps, le jeu sublime leur histoire. Très vite, la réalité est amère, insuffisante. Le quotidien à Paris les accable. Ils s’ennuient, se disputent, se déchirent. Il n’y a que le casino qui les rassemble et les transporte. Protégés du monde extérieur, c’est dans les cris électriques des machines et cet instant suspendu où les cartes se révèlent et se posent que la passion exulte… Alors le piège se referme.

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Je viens de finir Ostende 21 (mon premier Escales Domaine Français!) et franchement j’ai trouvé qu’il était plutôt réussi. Je ne m’attendais pas du tout à ça en lisant le résumé. J’aurais pensé que le couple prendrait un chemin beaucoup plus glauque et sordide et finalement la lecture n’était pas si oppressante que ça, pourtant vu le sujet il y aurait eu matière.

Cette histoire est racontée par le croupier qui a vu le jeune couple se laisser sombrer dans une spirale autodestructrice, perdre tout contact avec la réalité et se réfugier dans une bulle de félicité éphémère. Il décrit Adèle et Joseph comme deux enfants qui ont choisi l’immédiateté du plaisir et qui se sont autant accroché l’un à l’autre qu’à cette addiction dévorante qui a fini par les submerger, à ne faire d’eux que des êtres parodiques dont le bonheur ne dépendait que des aléas du jeu.

*

C’est vrai que c’est intéressant toute cette réflexion sur le jeu. On parle souvent des autres addictions mais pas tellement de celle-là (dans le débat public en tout cas). J’ai trouvé que le sujet était très bien amené. On joue de manière raisonnable, juste « pour voir » en se fixant des règles et puis très vite on s’en affranchit, presque sans s’en rendre compte parce que l’on pense que l’on ne sera pas assez stupide pour se faire avoir et c’est déjà le début de la fin: de la perte de contrôle jusqu’à la descente aux enfers. L’intérêt ici c’est qu’il s’agit d’un couple donc leur histoire d’amour devient le reflet ou plutôt le pendant dans le réel de leur addiction au jeu. Je ne sais pas ce qui est le pire au fond, tomber à deux dans une addiction (en s’entraînant mutuellement vers le bas mais tout en ayant ce côté « à deux contre le reste du monde ») ou bien tomber tout seul dans l’addiction avec sa seule volonté (ou absence de volonté) comme gardienne de la raison.

Ils eurent ensemble la même idée ; personne ne la formula à voix haute. Dans le lit, ils répondirent seulement à deux questions. Combien voulaient-ils gagner. Combien ils étaient prêts à perdre. 

Les enjeux étaient très clairs et bien exposés, surtout lorsque l’auteur explique que Joseph est terrifié à l’idée de perdre parce qu’il a cette peur irrationnelle qu’Adèle pourrait mécaniquement lui échapper aussi. C’est terrible en fait cette histoire. Terrible parce que c’est sans fin et que l’on n’est pas addict au jeu en soi, on est addict au contrôle, à l’adrénaline, à l’impression d’être Dieu et de pouvoir impunément s’affranchir de toute règle. Et paradoxalement, il y a aussi ce besoin de perdre, pour mieux pouvoir (re)gagner par la suite. Le gain continuel n’aurait aucun intérêt. C’est cette peur de perdre, cette possibilité bien réelle, qui fait que le jeu a du sens et que l’amour de Joseph pour Adèle signifie quelque chose. On ne peut pas perdre quelque chose que l’on n’a pas.

Voilà en fait c’est ça. Le problème c’est qu’Adèle et Joseph ne jouaient pas de l’argent. Symboliquement c’était bien plus que ça, ils jouaient leur histoire, leur fierté, leur avenir. C’est pour ça qu’il est si difficile de se défaire d’une addiction quelle qu’elle soit. Parce qu’on ne voit que les symptômes et pas nécessairement les causes plus profondes, inconscientes. En gagnant, Joseph guérit sa blessure narcissique, il se trouve à nouveau digne d’aimer Adèle, de la mériter et a donc moins peur de la perdre. Le jeu agit comme un réconfortant. Pour Adèle c’est différent, j’ai l’impression qu’elle était moins consciente des raisons qui la poussaient à jouer…

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L’addiction est une voleuse. Elle vole jusqu’à l’identité de ses victimes faisant d’elles des esclaves consentants qui lui abandonnent jusqu’à ce qu’ils ont de plus précieux : leur liberté. Quand elles se rendent compte de la véritable teneur de ce pacte faustien il est souvent trop tard. Parce que l’addiction au jeu (et l’addiction en général) est un véritable fléau dont il est extrêmement difficile de se défaire, ce court roman sur fond d’histoire d’amour, alerte sur ce mécanisme pervers sous le regard complice du portrait de Stefan Zweig.

Nota Bene : A lire grimé(e) en croupier à Las Vegas en écoutant « Sexual Healing » de Marvin Gaye.

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Editeur : ESCALES
Date parution : 02/03/17
ISBN : 9782365692649
Nb de pages : 208 pages

Sous la même étoile – Dorit Rabinyan

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Tout commence par le froid glacial d’un hiver à New York et tout se termine sur le sable brûlant des plages de Jaffa.
Le hasard a fait se rencontrer et s’aimer une femme et un homme qui ne se seraient jamais adressé la parole dans d’autres circonstances. La femme, c’est Liat, une Israélienne dévorée par une nostalgie profonde de Tel Aviv. L’homme, c’est Hilmi, un peintre palestinien originaire de Ramallah.
À New York, espace neutre hors du temps et de la politique, Liat et Hilmi décident de s’immerger, le temps d’un hiver, dans un amour impossible. Commence alors une vie commune dont la date d’expiration se rapproche chaque jour un peu plus. Dans cet univers clos qu’ils se sont créé, Liat et Hilmi ont décidé d’ignorer les à-côtés, les différences et les fissures. Mais la réalité finit toujours par s’imposer…

MonavisV2

Avant de commencer je souhaiterai faire un point sur l’histoire de ce roman qui a suscité la polémique et a été retiré des programmes scolaires israéliens parce qu’il dépeignait une histoire d’amour entre une israélienne et un palestinien. Stupid much? D’autant plus que le meilleur moyen de s’assurer qu’un texte soit lu est de l’interdire (cf. Harry Potter 5 et la fameuse interview dans la Chicaneur – oui on a les références qu’on mérite). On peut donc conclure de toute cette affaire que le gouvernement israélien n’était pas forcément au fait de la psychologie inversée. Au delà du cynisme qui consiste à interdire un roman, c’était surtout sous-estimer l’esprit de contradiction du peuple qui a porté Dorit Rabinyan pour faire de son roman un best-seller!

censureParce que de manière générale je suis contre la censure et ces prises de positions stupides je conseille à tout le monde de lire ce livre qui est porteur d’un beau message, universel.

Même si je vous conseille de lire ce livre « par principe », il faut aussi (et surtout) le lire pour l‘histoire, la qualité de l’écriture et l’objet-livre dont la couverture est particulièrement réussie. ❤

*

Revenons-en au texte. Il est découpé en 3 parties, chacune explorant une saison afin de montrer l’évolution de l’histoire de Liat et Hilmi à travers le temps.

Automne: La rencontre

Comment le décrire, à présent? Par où commencer? Comment restituer l’impression initiale que j’éprouvai au cours de ces lointaines secondes? Comment en dresser fidèlement le portrait, constitué d’une superposition de nuances, tel que je le vis la toute première fois? Comment rendre en quelques traits l’image complète, à travers toutes ses dimensions? Et ce regard, et cette clarté – peut-on seulement les restituer, alors que l’altérant de leurs empreintes, les doigts de la nostalgie touchent et remodèlent sans cesse le souvenir?

Lorsque Liat, jeune israélienne habitant à NY rencontre Hilmi dans un café elle tombe amoureuse de lui quasi instantanément. Mais Hilmi est arabe, palestinien et pour sa part, elle devra rentrer en Israel dans quelques mois. Est-il raisonnable de se perdre dans une relation à obsolescence programmée que ses parents et sa famille désaprouveraient certainement? Non, mais l’attirance est trop forte. Liat s’abandonne dans les bras de celui qui fera chavirer son coeur. Presque par surprise, elle se laissera guider et prendre par la main vers la promesse tourbillonnante d’une histoire qui la bouleversera et la changera à tout jamais. C’est décidé, elle vivra ces quelques mois avec d’autant plus d’intensité que leur relation n’est pas vouée à durer.

Hiver: La confrontation à la réalité

C’est le joint que vous avez fumé dans l’après-midi, me rétorqueras-tu; ce sont les bières achetées sur la route qui t’ont valu cette impression d’harmonie généralisée; ou peut-être, comme tu me l’as dit une fois, est-ce là le goût de l’eau que l’on dérobe; le goût d’une eau vive et l’ivresse de la liberté qu’elle procure; ce sentiment de victoire secrète qui nous envelope lorsque nous arpentons les rues, deux individus anonymes, enlacés, parmi la foule, dans la profusion des lumières qui clignotent et l’immense désordre urbain. De temps à autre, on distingue un ballon perdu, argenté, gonflé à l’hélium, qui monte vers le ciel en tourbillonnant au-dessus des passants; nous portons alors nos regards vers les hauteurs, et mon coeur aussi souhaite monter, comme le point argenté du ballon qui disparait au-dessus des buildings, il chavire et manque d’éclater de bonheur.

Liam vit son histoire avec Hilmi comme dans une parenthèse enchantée, dans des envolées lyriques avec des étoiles plein les yeux. Sa soeur ne la reconnait plus et désapprouve cette relation qu’elle juge contre nature. Comment Liat peut-elle rester avec cet homme qui représente tout ce qui va à l’encontre de ses valeurs, sa culture et son pays? Hilmi et elle sont les héritiers d’un conflit ancestral qui les dépasse et même s’ils évitent soigneusement d’aborder le sujet, ils se rendent compte amèrement que vivre leur relation au grand jour semble impossible. Liat est alors tiraillée entre son amour pour son pays et sa famille et sa culpabilité de ne pas pouvoir vivre pleinement sa relation avec Hilmi, comme si elle portait sur ses épaules le poids des responsabilités qui incomberait à une digne représentante d’Israel. Malgré la frontière invisible qui les sépare, les deux amants arriveront-il à se (re)trouver?

Eté: La fin de l’histoire… ou le début d’une autre? 

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Une histoire puissante, un Roméo et Juliette des temps modernes dans les rues de New York qui interroge: Peut-on  aller à l’encontre de sa famille, de sa culture et de son pays par amour? Au fond le destin des individus peut-il se soustraire à l’Histoire? Par une écriture touchante, vraie et sincère Dorit Rabinyan signe ici un vrai chef d’oeuvre.

Nota Bene : A lire un pied de chaque côté de la frontière Mexico/US en écoutant Saturn de Sleeping at Last because « Music is the language in which the soul talks with itself »

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Editeur : ESCALES
Date parution : 02/03/17
ISBN : 9782365691871
Nb de pages : 320 pages

Là où tu iras j’irai – Marie Vareille

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Isabelle a 32 ans, un chihuahua nain prénommé Woody-Allen et une carrière d’actrice comparable à celle du Titanic: prometteuse en théorie, catastrophique en pratique.
Le jour où elle refuse la demande en mariage de l’homme qu’elle aime, sous prétexte qu’elle ne veut pas d’enfant, elle se retrouve à la rue, avec pour toute fortune vingt-quatre euros sur son compte en banque. Elle est alors forcée d’accepter le seul travail qu’on lui propose : utiliser ses talents de comédienne pour séduire Jan Kozlowski, un jeune veuf sur le point de se remarier.
La voilà donc partie en Italie, dans la maison de vacances de la richissime et déjantée famille Kozlowski. Seule ombre aux deux semaines de dolce vita qui se profilent : pour exécuter en toute discrétion sa mission « séduction », Isabelle devra jouer le rôle de l’irréprochable nanny anglaise de Nicolas, 8 ans, qui n’a pas prononcé un seul mot depuis la mort de sa mère cinq ans plus tôt. Isabelle est bien loin d’imaginer à quel point cette rencontre improbable avec ce petit garçon blessé par la vie va bouleverser sa vision du monde.

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Ce livre m’a foutu en l’air une soirée de révisions pour les partiels. Je voulais lire 2/3 pages juste pour voir et, étrange sortilège, j’ai été incapable de le lâcher jusqu’à la fin. Donc Marie Vareille, si je ne valide pas ce cours de Quantitative Marketing ça sera de votre faute! Voilà. Ça c’est dit.

Ce roman nous raconte l’histoire d’Isabelle, début de la trentaine, véritable Bridget Jones 3.0 qui remplace le beurre de cacahuète par des cocktails avec ses amis et qui rêve de percer dans le 7ème art (alors qu’elle n’a eu qu’un rôle conséquent à son actif plus de quinze ans auparavant). J’insiste un peu sur le personnage d’Isabelle car

1/. C’est le personnage principal : ça parait logique
2/. Elle est géniale cette fille! Je m’explique: Elle n’aime pas les enfants (Enfin! Je l’attendais de pied ferme cette héroïne qui n’était pas travaillée par ses hormones et qui ne s’attendrissait pas devant les tiny humans), elle enchaîne des Spritz en terrasse (what else) et elle est fascinée par Harry Potter (la base). Au-delà du fait que je partage ces trois traits de personnalité avec elle, je trouve que c’est une fille à laquelle il est assez facile de s’identifier.
3/. Une fille et pas une femme: Oui, Isabelle est une fille. Elle aime les « putains de kinder », les pures gelato italiennes à la Stracciatella et préfère rire aux textos envoyés par ses amis plutôt que s’engager dans des problématiques d’adultes (gérer son argent, fonder une famille etc). Une fille normale somme toute,  qui vit dans le présent et est un peu paumée dans le carcan de l’existence dans lequel on essaie sans cesse de l’enfermer.

Demain serait un autre jour, et comme Amina l’affirmait souvent : toute décision prise après vingt et une heures, après un verre ou après l’amour, était susceptible d’être source de regrets infinis. Conseil qu’elle prenait soin de ne jamais appliquer elle-même, soit dit en passant (…)

Au-delà du personnage d’Isabelle qui porte le roman de bout en bout j’ai été assez convaincue par l’histoire et les personnages secondaires qui nous donnent des répliques dignes d’excellentes comédies. Le pitch? Isabelle se retrouve dans une situation financière assez précaire après avoir refusé la demande en mariage de son petit ami Quentin. Elle est donc obligée, par un certain concours de circonstance (j’adore cette expression soit dit en passant) d’accepter l’offre d’Adriana, jeune fille de 17 ans qui lui propose contre rémunération de passer deux semaines en vacances avec sa famille en Italie et de séduire son père. Le plan? Se débarasser de son affreuse future belle-mère qui apparemment n’a pas de bonnes intentions envers sa nouvelle famille d’adoption. Isabelle se retrouve alors embarquée dans une luxueuse maison de vacances au milieu de cette petite famille brisée par la tragédie de la mort de la mère d’Adriana,  quatre ans plus tôt. Véritable opération sous couverture (sinon ça ne serait pas drôle) où Isabelle doit se faire passer pour la nouvelle babysitter de Nicolas, 8 ans, qui n’a pas prononcé un mot depuis le suicide de sa mère…

Le suspense est à son comble! Que va-t’il se passer? Eh oui ce roman est rempli de bons sentiments mais l’auteure arrive quand même à nous surprendre avec talent! Donc hop hop hop on file en librairie acheter son exemplaire 🙂

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Pour moi c’est la révélation du printemps, un roman qui respire un petit air de vacances et de soleil en attendant l’été. Là où tu iras j’irai est finalement une comédie romantique en 380 pages, un chick lit qui nous réconcilie avec le genre parce que les personnages sont attachants et même s’il y a pas mal de clichés c’est amené d’une telle manière qu’on en redemande! Une réussite 🙂

Nota Bene : A lire à travers le verre teinté de ses lunettes de soleil, affalée sur sa Vespa orange, un Spritz à la main.

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Editeur : MAZARINE
Date parution : 15/03/17
ISBN : 9782863744284
Nb de pages : 378 pages

A chacun son rêve – Paul Ivoire

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Sylvain Balmont, commercial dans une entreprise agroalimentaire, gagne le jackpot de l’Euromillions grâce à un SDF. Son premier réflexe est de retrouver le vagabond pour le remercier et lui venir en aide. Mais son bienfaiteur est mort. En pleine procédure de divorce, le Parisien n’a aucun projet. Et comme il se sent infiniment redevable, il décide d’enquêter sur le passé du SDF, Xavier Rosa, afin d’honorer sa mémoire. Ses investigations le conduisent à Villard-sur-Armançon, un village de deux cents âmes, perdu en Bourgogne à proximité d’Alésia. Deux familles de paysans – deux véritables clans – s’y livrent une guerre absurde à laquelle Rosa ne semble pas étranger. Malgré lui, Sylvain déterre des secrets que le maire voulait étouffer. Le conflit entre les deux hommes prend des proportions déraisonnables, chacun essayant de pousser l’autre à bout. Bien aidé par ses millions, le Parisien tient bon. Et au milieu des querelles qui agitent le village, il trouve enfin le moyen d’honorer la mémoire de son bienfaiteur : exaucer un rêve de jeunesse de Rosa, un projet un peu fou qui n’a pas fini de faire enrager le maire.

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Lorsque mon cerveau de Parisienne a compris que l’histoire allait se dérouler en partie dans un petit village perdu au fin fond de la Bourgogne, j’ai eu un bref moment de recul très vite dissipé à la lecture des premières pages cela dit!

On rentre très vite dans l’histoire, le style est agréable, d’une simplicité travaillée et on s’identifie très vite à Sylvain Beaumont, ce commercial de 49 ans qui par un heureux concours de circonstances se retrouve en possession de la grille gagnante de l’Euro-millions.

Dès les premières pages, j’ai eu une impression qui n’a cessé de se confirmer tout au long du livre. Celle que ce roman devrait absolument être adapté en téléfilm ou mini-série (dans le style de La Nouvelle Maud). L’originalité ici est l’angle choisi par Paul Ivoire. Ce n’est pas le retour de l’enfant prodigue au village de son enfance ou bien la victime lésée d’un crime ou d’un complot qui revient pour exercer sa vengeance. Non. C’est tout simplement l’histoire de Sylvain Beaumont, un Monsieur tout-le-monde qui gagne au loto grâce à un SDF, Xavier Rosa, et qui décide de rendre justice à son bienfaiteur afin de le remercier et de lui rendre hommage.

À chacun son rêve. Je n’ai pas trouvé le mien, alors j’emprunte celui de Roxa. Au moins il ne sera pas mort pour rien.

Lorsqu’il débarque dans le petit village de Villard-sur-Armançon (ce nom…),  en Bourgogne, Sylvain comprend bien vite que le nom de Xavier Rosa réveille une histoire que tout le monde préfèrerait oublier. Celle de la mort de Marie Vichot, la fille du maire, morte à 15 ans dans des circonstances troubles. Xavier aurait eu sa part de responsabilité dans la disparition de celle qui fut sa petite amie de l’époque. Alors qu’une véritable Omerta est placée sur ces évènements du passé, Sylvain, avec son regard extérieur et étranger aux tensions intestines et générationnelles entre les Vichot et les Germain (les deux principales familles du village) va s’employer à réhabiliter le nom de Xavier et faire la lumière sur ce qui est arrivé à Marie.

L’histoire est très bien ficelée, on voit presque les rouages de la mécanique du roman où l’auteur distille les éléments de l’intrigue au compte-goutte. On sait confusément que des éléments seront essentiels pour la suite mais on feint de l’oublier pour se laisser prendre par la main et suivre le cours naturel de l’histoire. Ce roman a des accents assez réalistes d’une certaine manière, notamment dans les petites observations du quotidien (par exemple le fait d’imiter la signature de l’expéditeur dans un mail ou apprécier la messe qui donne l’occasion de méditer malgré l’alternance constance des assis/debout).

Cependant à la lecture de ce livre, il m’est resté un petit bémol au sujet de Sylvain. Ca m’a légèrement chagrinée que le protagoniste soit si gentil, altruiste et plein de bonnes intentions. Il faudrait peut-être que je pense à changer mes fréquentations mais je pense que l’histoire manquait un peu de réalisme de ce côté là.

Et vous qu’est-ce que vous feriez si vous gagniez au Loto?

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A priori les histoires qui se passent à la campagne avec des intrigues du style téléfilm sur France 3 ne sont pas mais alors pas du tout ma tasse de thé mais il faut dire que Paul Ivoire a réussi à me réconcilier avec le genre. Un grand merci aux éditions Anne Carrière (et par extension à l’équipe de Librinova) et à Paul Ivoire pour l’ouvrage dédicacé qui aura une place de choix dans ma bibliothèque 🙂

Nota Bene : A lire dans une fête foraine au sommet de la grande roue avec une bonne bouteille de nuits-saint-georges en s’éventant avec des billets de 500€

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Editeur : ANNE CARRIERE
Date parution : 02/03/17
ISBN :9782843378539
Nb de pages : 290 pages

Mille femmes blanches – Jim Fergus

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En 1874, à Washington, le président Grant accepte la proposition incroyable du chef indien Little Wolf : troquer mille femmes blanches contre chevaux et bisons pour favoriser l’intégration du peuple indien. Si quelques femmes se portent volontaires, la plupart viennent en réalité des pénitenciers et des asiles… L’une d’elles, May Dodd, apprend sa nouvelle vie de squaw et les rites des Indiens. Mariée à un puissant guerrier, elle découvre les combats violents entre tribus et les ravages provoqués par l’alcool. Aux côtés de femmes de toutes origines, elle assiste à l’agonie de son peuple d’adoption…

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A chaque fois c’est la même magie qui opère. Je suis émerveillée par cette capacité qu’ont les livres de nous faire voyager et de nous emmener dans des époques et des lieux qui nous paraissent ensuite aussi familiers que des souvenirs enfouis au creux de notre mémoire.

Cette histoire est peut-être un des plus beaux souvenirs qu’a déterré Jim Fergus: un souvenir qui sent le vent des plaines du Montana et les balades à cheval dans des prairies verdoyantes, un souvenir ancré à la fin du 19ème dans cette époque si particulière qui marque l’histoire de l’Amérique. On est en 1874. Le président Ulysses Grant lance une mission pour le moins incongrue qui est l’objet des moqueries et des spéculations les plus folles: la mission FBI « Femmes Blanches pour les Indiens ».

Tel est le nom de code porté par ce programme secret décidé entre le président des Etats-Unis et Little Wolf, le grand chef Cheyenne. Le deal? Echanger mille femmes blanches contre la quantité équivalente de chevaux pur-sangs. L’objectif étant de perpétuer la lignée du peuple Cheyenne qui s’éteint progressivement et de faire en sorte que les deux peuples puissent à terme vivre dans une certaine harmonie.

On comprend vite que le deal ne sera jamais totalement respecté. L’issue de l’histoire est inévitable et on sait que le peuple Cheyenne terminera sa vie dans les réserves, ravagées par la pauvreté et l’alcoolisme. L’Histoire était déjà en marche avant même que l’échange ne soit effectué nous raconte May Dodd dans l’un de ses nombreux carnets qu’elle a tenu consciencieusement pendant presque une année auprès de son mari Little Wolf.

C’est en effet par l’intermédiaire de May Dodd, une des femmes du premier convoi de la mission FBI que l’on découvre les dessous de cette étrange transaction. Enfermée dans un asile car elle avait commis le pécher d’aimer la mauvaise personne elle est traitée comme une nymphomane. Pour procéder à l’échange, l’administration américaine a fait appel principalement aux folles et femmes de petites vertu qui se portaient « volontaires ». Volontaires avec d’ENOOOOOORMES guillemets car pour la plupart d’entre elles cet échange n’était qu’une opportunité pour échapper à une vie sinistre faite de sévices et injures.

Franchement, vu la façon dont j’ai été traitée par les gens dits civilisés, il me tarde finalement, d’aller vivre chez les sauvages.

May n’est peut-être pas la plus représentative des femmes dépêchées dans cette mission mais elle permet, grâce à ses écrits, de faire un portrait de la société, des femmes qui sont infantilisées et dont les vies ne semble qu’être une accumulation de drames et de violence.  Elle voit en ce projet une occasion de s’échapper de l’asile et l’on découvre par ses yeux, à la manière d’apprentis ethnologues, le mode de vie des Indiens et le statut si particulier des femmes blanches.

Cette plongée au coeur d’un camp Indien a été riche d’enseignements quant à leurs croyances et leurs modes de vie. On apprend avec May que l’eau est vivante et qu’il ne faut pas utiliser l’eau de la veille, que les prénoms sont donnés par rapports aux accomplissements de chacun. On y découvre aussi le fléau de l’alcool, la difficulté de communiquer avec un peuple qui ne parle ni sa langue ni ne partage les mêmes conventions. Au fur et à mesure, on comprend la richesse de ce peuple qui était dépeint comme un peuple de sauvages et barbares par les blancs. Avec humilité, on redonne aux Indiens (malgré un léger manichéisme) la place qu’ils méritent: celle d’un peuple incompris qui a été traité comme le nouvel esclave de l’homme blanc.

Je ne peux m’empêcher de penser une fois de plus que l’homme est bel et bien une créature brutale et imbécile. Est-il une autre espèce sur terre qui tue pour le plaisir ?

May apprendra malgré les aléas de sa courte vie à gagner sa liberté, ou du moins à échapper, même provisoirement, à la folie des hommes.

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Un livre magnifique qui promet une immersion totale en terre inconnue. Jim Fergus a écrit une suite: La vengeance des mères. Il me tarde de la découvrir tant j’ai été emportée par ce premier tome.

Nota Bene : A lire habillée en squaw, les cheveux au vent en galopant à toute vitesse dans les grandes plaines du Montana.
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Editeur : POCKET
Date parution : 05/05/11 (NED)
ISBN : 9782266217460
Nb de pages : 512 pages

Who run the world? GIRLS!

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Queen B l’a dit bien avant moi: Who run the world? GIRLS!

Il ne vous aura pas échappé qu’aujourd’hui, le 8 mars, c’est la journée internationale des femmes #girlpower! Malgré ce sentiment jouissif de pouvoir s’arrêter de travailler à 15h40 il y a toujours ce petit quelque chose qui me dérange dans cette journée et qui me laisse un arrière-goût amer. C’est ce sous-entendu que tous les autres jours sont ceux des hommes et que l’on nous accorde ici une petite journée de célébration pour qu’on soit bien sages et obéissantes le reste de l’année. (They wish). C’est vrai que les femmes ne représentent que la moitié de l’humanité…une broutille, un détail!

Ce n’est pas l’objet du blog mais je pense que sur cette question il y a encore beaucoup à faire et nous sommes tous responsables, à notre niveau, de la construction de la société dans laquelle nous voulons vivre. Cette réalité n’est pas immuable, il ne tient qu’à nous de changer les choses grâce à l’éducation, la culture et surtout la lecture pour éduquer les petits garçons autrement et insuffler des rêves, du courage et de l’ambition aux petites filles afin qu’elles deviennent des femmes intelligentes, gentilles et importantes.

You is smart, you is kind, you is important – The Help

Voilà une petite sélection que toute personne respectable qui voudrait mettre les femmes à l’honneur se devrait de lire et découvrir. En plus les critiques sont presque toutes déjà disponibles sur le blog…. Quelle heureuse coïncidence!

Le deuxième texteCollectif: Un panel de femmes croquées, dessinées, décortiquées par un collectif d’auteurs.
Mille femmes blanches Jim Fergus: Une femme forte dans l’Amérique de la fin du 19ème qui reprend son destin en main.
30 ans (10 ans de thérapie)Nora Hamzawi: Nora et ses parfaites imperfections, drôle et touchante à la fois.
Une vie à t’écrire – Julia Montejo : Un roman magique, dans mon top 3 des livres des Escales 🙂
The perfect girl Gilly MacMillan: Because this woman is the most adorable and her protagonist is just the Perfect girl.
Sainte MazieJami Attenberg: Parce que c’est un magnifique portrait de femme peu conventionnelle qui est sortie des sentiers battus. Mazie, the life and soul of the party!

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FocusauteurV2

Pour finir, voilà un petit portrait d’une femme que j’admire beaucoup et dont on ne parle pas assez en France : Je nomme ici Chimamanda Adichie. Je vous invite d’ailleurs à aller écouter son speech au TEDxEuston (dont est extraite la citation ci-dessous) qui est réellement magnifique, plein d’humour et d’intelligence.

The problem with gender is that it prescribes how we should be rather than recognizing how we are. Imagine how much happier we would be, how much freer to be our true individual selves, if we didn’t have the weight of gender expectations.

chimamanda

C’est une écrivaine nigériane qui a gagné de nombreux prix pour ses romans et nouvelles parmi lesquels We should all be feminists ou Americanah. Mais ce qui fait peut-être sa particularité au-delà de son engagement pour la question raciale et le féminisme,  c’est son impressionnante éloquence d’une rare sincérité, qui nous interroge sur notre culture.

Elle nous appelle à construire ensemble la société demain. Une société rayonnante, remplie d’espoir et de lendemains qui chantent.

En résumé, une femme bien dont certain(e)s devraient s’inspirer plus souvent.


…Pour que tous les jours soient aussi les journées des femmes…